Jusqu'ici tout va mal

Amar · Chapitre 6 sur 25

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Jusqu'ici tout va mal

« Je ne vois pas pourquoi Ségolène serait interdite de responsabilité »

« Je ne vois pas pourquoi Ségolène

serait interdite de responsabilité »

 

Certains l’ont vu pleurer, d’autres l’ont entendu se lamenter. « Tu te rends compte, je n’ai même pas eu un mois », s’est plaint François Hollande à un vieux copain, qu’il avait appelé pour se réconforter, le jour du tweet de Valérie Trierweiler. Car il s’agit bien de cette déflagration-là. Mardi 12 juin 2012, à 11 h 56, « Valtrier » se venge, elle écrit : « Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des rochelais depuis tant d’années dans un engagement désintéressé ». La Première dame soutient le candidat dissident contre la candidate soutenue par le président. Politiquement, c’était déjà inattendu. Mais quand en plus le conflit devient privé – Valérie Trierweiler choisissant de soutenir l’adversaire de Ségolène Royal, ancienne compagne et mère des quatre enfants de François Hollande –, on comprend mieux la colère du chef de l’Etat. Sa déception aussi, de voir son quinquennat entaché dès son premier mois. Les collaborateurs élyséens se souviennent de sa froideur,

en fin de matinée. « Elle est irresponsable », leur dit-il. Certains de ses 1 amis, eux, n’ont pas oublié ses larmes, de rage, de tristesse. Sa présidence pulvérisée par sa propre compagne, François Hollande qui disait « connaître toutes les vicissitudes de l’âme humaine » n’y avait jamais pensé. « François était bousillé psychologiquement », se souvient un ami qui l’avait vu ce jour-là. « Ce fut un choc. Que sa vie privée soit exposée publiquement est insupportable pour lui », racontait à l’époque son fils, Thomas Hollande. « Il a failli perdre ses enfants une fois, dans la séparation avec Ségo, il ne recommencera pas », prévenait un autre vieil ami. Dans les jours qui suivirent ce tweet, Ségolène Royal gardait les stigmates du coup, son visage était marqué. Dévastée, la candidate avait du mal à y croire : « Elle a obtenu ce qu’elle voulait, elle devrait être contente, quel besoin a-t-elle de vouloir effacer le passé ? » répétait-elle en privé, et elle prévenait certains : « Elle ferait mieux de s’intéresser à la suivante. »

A peine un mois après avoir été élu président de la République, François Hollande doit affronter sa première crise, elle met à mal sa présidence qui se voulait normale et ramène son quinquennat au mélange public/privé dont il voulait tant qu’il demeure l’apanage de Nicolas Sarkozy. « Il avait la grosse tête en arrivant à l’Elysée, le tweet fut finalement salvateur, ça l’a fait atterrir », croit savoir un hollandais de la première heure.

 

Des mois plus tard, j’ai demandé à François Hollande s’il avait vraiment pleuré ce jour-là – ce que des témoins attestent – et il m’a répondu, crânement : « Non, je n’ai pas pleuré. » Pour Ségolène Royal, pour leurs quatre enfants, pour Valérie Trierweiler, François Hollande était navré. Et il m’avait confié : « Ce qui m’a rendu vraiment triste ce n’est pas le tweet, c’est l’échec de Ségolène. »

Les vieux copains de l’ancien couple racontaient que la violence du coup porté par Valérie Trierweiler contre Ségolène Royal avait paradoxalement contribué à adoucir les relations entre le président et son ancienne compagne. « Ma relation avec Ségolène était déjà apaisée depuis la primaire », me certifie François Hollande, lundi 9 septembre 2013, assis sur son fauteuil doré dans son bureau à l’Elysée. Et s’il ne veut pas vraiment revenir sur le tweet, il reconnaît que l’échec législatif de Ségolène Royal l’a contrarié : « Je pense qu’elle méritait d’être à l’Assemblée. »

 

Si François Hollande affirme avoir apaisé ses relations avec Ségolène Royal lors de la primaire, c’est parce qu’il lui doit une partie de sa victoire. La panique avait saisi son camp, le soir du premier tour de cette désignation, dimanche 9 octobre 2011. L’avance était plus courte que prévue ; le Corrézien avait recueilli 39,17 % des voix, Martine Aubry 30,42 %. A la Maison de l’Amérique latine, l’ambiance était morose. Tous s’attendaient à passer la barre des 40 % et à être largement devant la maire de Lille. Vers qui se tourner ? Qui appeler en renfort pour le second tour ? La réunion tactique se tint en présence de Valérie Trierweiler. Pour la majorité des présents, la clé de la victoire était « Montebourg ». Quelques rares voix détonnaient en affirmant « Ségolène ». François Hollande consentit ensuite à téléphoner à Ségolène Royal, elle ne décrocha pas. La sévère défaite qu’elle venait de subir (7 %) l’avait abattue, ses larmes en direct à la télé avaient ému. Après la réunion de la Maison de l’Amérique latine, quelques vieux hollandais se retrouvèrent au café, ils savaient que leur candidat allait devoir prendre contact avec son ancienne compagne, et trouver les mots pour la convaincre d’appeler à voter pour lui, plutôt que pour Aubry. Politiquement, cela n’était pas compliqué, mais la nouvelle compagne de François Hollande allait s’y opposer de toutes ses forces. L’un d’entre eux reçut d’ailleurs, ce soir-là, un sms de Valérie Trierweiler : « Si j’ai bien compris dans la réunion, la stratégie c’est de s’allier avec Ségolène. Sache que je suis totalement contre. Si tel était le cas, l’aventure se ferait sans moi. »

Le lundi midi, le staff de Hollande déjeuna à la Maison des Polytechniciens, là même où Royal avait digéré sa défaite la veille. Le candidat, mal à l’aise, finit par lâcher : « J’ai laissé un message à Ségolène, je vais aller la voir. » Hollande et Royal se virent l’après-midi puis le lendemain. Royal dîna avec ses quatre enfants, qui étaient plutôt favorables à ce qu’elle appelle à voter pour leur père. Le mardi 11 octobre, Royal accepta de se rallier à Hollande, et il lui promit la présidence de l’Assemblée nationale. Mais peu savaient autour du favori qu’il était allé discuter avec son ex. « Chut, je ne l’ai pas encore dit à Valérie », leur intima-t-il. François Hollande et Ségolène Royal n’ont pas discuté seulement de politique. Les deux anciens compagnons ont également réglé leurs différends patrimoniaux dans l’entre-deux-tours de

cette primaire . C’est ce qui explique le tweet envoyé par Valérie 2

Trierweiler pour saluer l’appel à voter de l’ancienne candidate à la présidentielle : « Hommage à Ségolène Royal pour son ralliement sincère, désintéressé et sans ambiguïté ». Trierweiler ne laisse jamais rien passer, surtout quand il s’agit de Royal. Hollande, lui, a longtemps voulu ne pas voir la jalousie de sa nouvelle compagne. Jusqu’au mardi 12 juin 2012.

Royal battue à La Rochelle, Hollande ne pouvait plus honorer sa promesse d’en faire la première femme présidente de l’Assemblée nationale. Quel rôle, dans le quinquennat de François Hollande, pour celle qui s’est présentée en 2007 ? « Rien n’interdit de la nommer quelque part mais je ne sais pas où », répète sans cesse le président. Il en a déjà fait la vice-présidente de la Banque publique d’investissement, elle qui préside la région Poitou-Charentes. Ségolène Royal peut-elle espérer plus ? Oui, à en croire François Hollande. Le 9 septembre 2013, le chef de l’Etat assurait : « Je ne vois pas pourquoi elle serait interdite de responsabilité au prétexte que nous avons eu des enfants ensemble. J’ai trouvé que c’était vraiment affligeant que des voix aient pu contester sa nomination à la BPI alors qu’elle n’y a aucune rémunération, aucune responsabilité exécutive. »

François Hollande estime avoir aujourd’hui une relation qu’on qualifierait de normale avec son ex, s’il n’avait pas surutilisé et galvaudé ce terme. Ils ont vécu ensemble plus de vingt-cinq ans. Un couple privé et un couple politique qui se complétait, l’intuition de l’une, son sens de la société s’alliant au sens tactique de l’autre, à sa rondeur qui faisait des merveilles à la tête du PS. Certains l’avaient surnommé « le boulanger de Solférino » pour ses capacités à rouler tout le monde dans la farine. Leur séparation fut douloureuse. Leurs quatre enfants ont longtemps reproché à leur père de ne pas avoir assez soutenu leur mère quand elle se présentait en 2007. Hollande a souffert de ne pas les voir à cette époque. Il aime ses enfants, il aime les enfants. Il confiait parfois au moment où il s’éloignait de sa compagne et rencontrait Valérie Trierweiler qu’il aurait voulu un autre enfant. Aujourd’hui, il le dément : « La question ne s’est pas posée. » Puis « ça ne s’est pas fait ». Et positif : « J’ai eu quatre enfants, c’est une belle famille, je n’ai pas de regrets d’enfants. » Thomas, Clémence, Julien et Flora Hollande sont grands, leur mère a toujours été très présente, leur père aussi, mais un peu moins. Et parfois, il s’en veut. « Bien sûr que j’ai des regrets, mais j’en aurais plus si j’avais eu l’impression de leur avoir manqué. Je les ai beaucoup interrogés, ils n’en ont pas souffert, ils vont bien », se rassure François Hollande. Et quand on l’écoute, on entend les reproches qu’il se fait, la nostalgie de cette période dont il n’a pas assez profité, les regrets qui affleurent.

En septembre 2009, L’Express avait révélé qu’André Hadjez, le nouveau compagnon de Royal, avait envoyé une facture de 41 860 euros à Pierre Bergé pour des « prestations nouvelles sur le site de Désirs d’avenir ». Peu après, François Hollande avait confié à un proche, passant un peu vite sur leurs vingt-cinq années de vie commune : « C’est dingue, Ségolène ne tombe que sur des escrocs. »

 

1. Entre deux feux, Anna Cabana et Anne Rosencher, Grasset, 2012.

2. L’Ex, Sylvain Courage, Editions du Moment, 2012, p. 134.

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