Jusqu'ici tout va mal

Amar · Chapitre 16 sur 25

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Jusqu'ici tout va mal

« Sur le plan de ma carrière politique, je ne dois rien à Jacques Delors »

« Sur le plan de ma carrière politique,

je ne dois rien à Jacques Delors »

 

Une occasion rêvée. Pour célébrer le cinquantième anniversaire du traité de l’Elysée, François Hollande prononce un discours devant le Bundestag, le premier grand plaidoyer européen de son quinquennat. Mais le mardi 22 janvier 2013, une personne manque à l’appel. Pour François Hollande, articuler le nom de Jacques Delors est visiblement trop difficile. Constat cruel pour celui qui s’est longtemps revendiqué de cette filiation. Angela Merkel rend, elle, hommage au plus européen des Français. La chancelière allemande insiste : « Concernant l’Union monétaire, je voudrais évoquer Jacques Delors, qui avait signalé avec perspicacité, dès avant l’introduction de l’euro, qu’une coopération politique plus étroite – notamment en matière de politique économique – était de la plus haute importance. » Les autorités allemandes avaient souhaité la présence de Jacques Delors pour ces festivités. Les mesquineries élyséennes en ont décidé autrement. « Je croyais qu’il avait du mal à se déplacer », osera même François Hollande, peu après, pour justifier ses mauvaises manières et son rendez-vous manqué.

 

Il profite des derniers instants dans ce bureau qu’il aimait tant. Vendredi 11 mai 2012, François Hollande fait ses adieux à sa Corrèze. Président élu, mais non encore investi, il vient de céder son poste de patron du conseil général de ce département auquel il doit tant. L’émotion est palpable. Hollande s’attarde dans la pièce qui surplombe Tulle. Assis sur son canapé, il fait son dernier « off », parle avec les journalistes du Hollande Tour. Ils l’ont accompagné depuis des mois sur les routes de France, ils l’appellent maintenant « Monsieur le président » et ne savent plus s’ils doivent mettre ses phrases dans sa bouche ou respecter cette règle qui veut que ce soit « son entourage » qui s’exprime. La presse essaie d’en savoir plus sur la fin de cette période de transition, la passation de pouvoir avec Nicolas Sarkozy, la nomination du gouvernement. Comment se déroulera sa cérémonie d’investiture ? Quels gestes symboliques effectuera-t-il ? Qui sera présent à l’Elysée ? Hollande réplique, content de lui comme si souvent. Invitera-t-il Jacques Delors pour son intronisation ? « Bien sûr, je vais l’inviter. » La réponse est sans appel, sans ambiguïté, sans hésitation. Mais c’est un mensonge. L’ancien président de la Commission européenne n’a jamais été convié à cette cérémonie. Son absence sera remarquée.

 

Samedi 16 mars 2013 au matin, François Hollande est à Bordeaux. Il vient inaugurer l’imposant pont Jacques-Chaban-Delmas. La veuve de l’ancien Premier ministre est là, à l’instar du maire de la ville, Alain Juppé, et de son challenger socialiste, le hollandais Vincent Feltesse. Le président est heureux, il plaisante avec ceux qui l’accueillent, se fait présenter la famille de Chaban. Après avoir coupé le ruban et traversé la Garonne sur la travée centrale, Hollande se lance dans un discours banal. Il détaille toutes les caractéristiques techniques du pont puis rend hommage à Jacques Chaban-Delmas. Hollande fait l’éloge de la « nouvelle société », mais sans prononcer le nom de Jacques Delors, un des inspirateurs de ce concept, au cabinet du Premier ministre de l’époque.

 

Les scènes se répètent, François Hollande gomme Jacques Delors de sa vie et l’efface peu à peu de la vie politique. A plusieurs reprises, en préparant un discours européen, un discours franco-allemand, les plumes sont venues voir le président. Présentant une version incomplète, tel conseiller se penche vers François Hollande et, pointant un blanc : « Là, il faudrait mettre Jacques Delors. — Oui, il faudrait, mais non », répond, sec, le chef de l’Etat.

Depuis qu’il est président, François Hollande s’exprime presque tous les jours. Il a cité quatre fois le nom de Jacques Delors dans un discours (le 5 février 2013 au Parlement européen ; le 28 mai à Sciences-Po ; le 11 juin aux Invalides pour l’hommage national à Pierre Mauroy et le 20 juin pour la conférence sociale) et une fois dans une conférence de presse avec Angela Merkel, le 30 mai 2013. Mais il ne lui a jamais vraiment rendu hommage, n’a jamais reconnu ce qu’il lui devait. François Hollande a pourtant présidé le club Témoin, de 1993 à 1997, dont Jacques Delors était le président d’honneur. Hollande a été un des fervents supporters de la candidature à l’élection présidentielle du grand Européen. Il s’en est revendiqué lorsqu’il en a eu besoin. Président, il estime ne rien lui devoir. Pourquoi ? C’est son caractère. François Hollande veut croire qu’il s’est fait tout seul, il déteste qu’on le juge, il ne souhaite pas se comparer et agit rarement gratuitement. Il a cru devenir ministre grâce à Jacques Delors mais le président de la Commission européenne ne s’est pas présenté. Il a été déçu. Delors ne lui sert plus à rien depuis qu’il a abandonné la politique. Et puis Delors a une fille et, elle, elle fait de la politique.

 

A midi, ce vendredi 31 mai 2013, dans la salle des fêtes de l’Elysée, Jacques Delors se tient sagement debout, derrière le traditionnel cordon de sécurité. Autour de lui, nombreux sont ceux qui ont connu ce palais il y a trente ans. C’est d’ailleurs pour honorer deux piliers de cette gauche-là qu’ils sont tous venus. François Hollande remet la légion d’honneur à Jean-Louis Bianco et à Pascal Lamy. C’est avec le premier que Hollande a commencé sa carrière, petite main auprès de François Mitterrand que Bianco, lui, conseillait officiellement. Le second a fait toute une partie de sa carrière aux côtés de Delors, à Paris puis à Bruxelles, avant de voler de ses propres ailes à la Commission européenne puis à l’OMC. C’est lui qui a invité Delors. Le président prononce l’hommage à Pascal Lamy, égrenant tous les postes qu’il a occupés : « En 1981, vous êtes appelé au cabinet de Jacques Delors, ministre de l’Economie et des Finances. Il est parmi nous ce matin. C’est l’occasion de lui dire notre gratitude, pour l’action qu’il a menée dans cette période déjà difficile pour notre pays, et pour la démarche réformiste qu’il a incarnée. » L’hommage à Jacques Delors n’est pas public, ce discours n’est pas sur le site de l’Elysée, il n’a pas vocation à être divulgué.

Fin juillet 2013, François Hollande a déjeuné à l’Elysée en tête-à-tête avec Jacques Delors. Un rendez-vous privé, qui ne figure pas sur l’agenda officiel du président. Hollande en est sorti content. « Je l’ai trouvé toujours alerte, je ne parle pas physiquement, mais intellectuellement, très au fait des questions européennes, très informé de ce qui se passait. C’est un des rares qui lit la presse étrangère, il est d’une certaine manière mieux informé que nous », confiait François Hollande, peu après ce repas. Mais ce commentaire aussi était « off », pas destiné à être publié. A croire que Hollande n’assume aucune louange publique à l’égard de Jacques Delors.

 

Certains se construisent dans l’affrontement, François Hollande se construit dans l’effacement. « C’est une question d’orgueil, François veut s’être fait tout seul. Jacques Delors a trouvé suffoquant que François se dise son fils spirituel et ne l’appelle jamais pendant dix ans », se souvient un ancien de Témoin, là où tout a commencé. « François a bashé Delors, c’est profond. Ce n’est pas seulement parce qu’il veut s’être fait tout seul, c’est plus dur que ça. Il ne parle jamais de Delors, ne l’a pas invité pour son investiture, c’est grossier, or François ne l’est pas, il y a quelque chose de plus », s’interroge un proche, pourtant peu suspect de delorisme.

« Il s’est mouillé pour que Delors soit candidat à la présidentielle et Delors a laissé tomber sans lui dire. Je n’ai jamais entendu François dire une méchanceté sur Delors, mais il n’en est pas fan, c’est tout », nuance Julien Dray. « Entre Delors et François, rien ne s’est mal passé entre 1993 et 1995, je n’ai rien vu de relations tendues, de mots désagréables entre eux deux », certifie Jean-Pierre Jouyet, meilleur ami de Hollande et ancien collaborateur de Delors.

 

Comment François Hollande s’est-il lié à Jacques Delors au début des années 1990 ?

Dans leur appartement parisien, alors que Ségolène Royal est encore alitée après la naissance de Thomas Hollande, ce 4 décembre 1984, son compagnon François Hollande et trois copains, l’avocat Jean-Pierre Mignard, le Breton Jean-Yves Le Drian et celui qui à l’époque est

conseiller à l’Elysée Jean-Michel Gaillard, créent « les Transcourants ». 1 La bande, à laquelle se joint le complice de l’ENA, Jean-Pierre Jouyet, se transformera en un club baptisé Démocratie 2000 quelques années plus tard. Ils sont entre les deux gauches, très europhiles, ont envie de faire parler d’eux et se cherchent un parrain. Hollande est le chef de la petite équipe. Jean-Yves Le Drian connaît bien Jacques Delors, c’est lui qui va chercher l’Européen et lui demande de prendre la présidence d’honneur de Démocratie 2000. Celui qui est à l’époque président de la Commission européenne leur demande de s’ouvrir à la société civile, comme il l’a toujours fait dans les clubs qu’il a animés ou présidés. Ainsi se crée le club Témoin, dont les réunions à Lorient, ville de Jean-Yves Le Drian, attirent de nombreux jeunes esprits brillants. Le très populaire Delors en est le président d’honneur, le jeune ambitieux Hollande, qui vient de perdre son siège de député, en est le président, choisi par ses potes. Delors était alors à Bruxelles, il ne voyait pas beaucoup la petite bande. Aujourd’hui, il se souvient qu’il avait de « bonnes relations » avec ces jeunes gens.

Dans ses Mémoires, parus en 2004, Jacques Delors ne cite François Hollande qu’à deux reprises. Et sans le singulariser particulièrement. « J’allais aussi [aux réunions] des deux clubs que j’avais créés ou réformés, d’un côté Clisthène, et de l’autre le club Témoin qui s’appelait à ses débuts Démocratie 2000 et avait été fondé par un quatuor de talent composé de Jean-Michel Gaillard, François Hollande, Jean-Pierre Jouyet et Jean-Pierre Mignard », écrit l’ancien président de la Commission européenne. Puis : « Au début des années quatre-vingt-dix, des jeunes du PS qui voulaient se situer hors courant, François Hollande, Jean-Pierre Mignard, Jean-Pierre Jouyet et quelques autres, avaient créé un cercle de réflexion baptisé “Démocratie 2000”. Ils m’avaient demandé de les aider lors des réunions qu’ils faisaient à Paris et de leur séminaire annuel qu’ils tenaient à Lorient, dont le maire, Jean-Yves Le Drian, était des leurs. A ce moment-là, je leur ai proposé de renforcer leur main en élargissant leur audience et en créant un groupe qui s’appellerait “Témoin”. Pour moi, il s’agissait de “passer le témoin” aux nouvelles générations. Pendant des années, j’ai participé activement à ce club dont j’avais la présidence d’honneur mais dont la présidence effective est revenue à François Hollande puis, lorsque celui-ci a pris les fonctions de premier secrétaire du Parti socialiste, à l’un des fondateurs, l’avocat Jean-Pierre

Mignard . » On ne saurait faire – et écrire – moins. 2

 

Il s’est abrité sous son aile, a grandi dans son ombre, mais que pensait vraiment le jeune énarque de l’ancien ministre de l’Economie de François Mitterrand ? En 1987, François Hollande dresse sous un pseudonyme le portrait de Jacques Delors. L’ouvrage s’intitule Qui choisir. Comment acheter votre prochain président de la République sans

risque 3 , il est signé « Caton, traduit par André Bercoff ». Bercoff a depuis avoué que les chapitres consacrés à Delors et Rocard avaient été entièrement écrits par Hollande, qui s’essayait alors au journalisme au Matin de Paris. Delors par Hollande, qui semble parfois parler de lui : « “Un homme quelconque” comme il se définit lui-même. Rarement l’air à son aise. (…) Malgré son sourire, qu’il a plutôt généreux, Delors fait triste, l’air toujours de porter le drame du monde sur sa tête. On aurait cependant tort de se fier à sa mine de chien battu. Il aime gagner et même rire. (…) Sa force mais peut-être aussi sa faiblesse, c’est que depuis vingt ans, il dit la même chose : que les faits sont premiers, que la social-démocratie est une chance, que le qualitatif est nécessaire à la lutte contre les inégalités, que le “contractuel” est le fondement du progrès social et que celui-ci ne se conquiert pas sans sacrifices. (…) Cet homme n’a pas d’armée, mais il a du panache. Jacques Delors est un prof qui saurait enseigner. Sa clarté, contrairement à celle de Fabius, n’est pas travaillée, son message est authentique sans être simple. Sa diction, quoique monocorde, est fluide. Les phrases sont courtes, le mot est juste. (…) Sa chimère est de faire de la politique sans se salir les mains ou d’exercer le pouvoir sans avoir à le conquérir (…) Etre chef ne lui déplaît guère, mais faire le chef, c’est-à-dire quadriller un territoire, mener des hommes, fourbir des armes, bref, faire comme Rocard, lui est insupportable. Alors il se réfugie dans les idées, les nuages, d’où un Dieu quelconque viendrait un jour le décrocher. (…) Delors est prisonnier d’un rôle. Il en prend prétexte pour ne pas se livrer… Aussi finit-on par ignorer ce qu’il pense vraiment. C’est un être retenu à force d’être réservé. (…) Jacques Delors est pour les journalistes de ce pays du “pain bénit”. (…) il a l’orgueil de ceux qui n’ont pas toujours été reconnus à leur juste valeur (…) Jacques Delors est un faux doux, un gentil qui, titillé, peut devenir méchant. Aimé des journalistes, il est passé maître dans l’art de la démolition de ses concurrents ou rivaux pour se peindre a contrario en victime ou en vainqueur moral. Cette efficacité est d’autant plus grande qu’il repère vite les failles et les faiblesses. »

La conclusion du jeune énarque de 33 ans est sans appel : « Certes, le charisme n’est pas son fort, et la séduction n’est point sa préoccupation principale ; mais plutôt que de le laisser trôner dans la succursale européenne, mieux vaudrait, un jour, songer à une utilisation plus rationnelle, si du moins le produit lui-même n’a pas vocation à rester un haut de gamme marginal dans les boutiques de luxe d’une pureté point suffisamment récompensée… Mais en a-t-il vraiment envie ? ou trouve-t-il un bonheur doux-amer dans le sentiment de se savoir en réserve permanente dans les magasins de la République ? Après tout, nul n’est obligé d’être président. Heureusement. »

Sur Michel Rocard, dont il ne s’est jamais réclamé, François Hollande écrivait dans le même livre : « Rocard, c’est Tintin sans le capitaine Haddock. (…) Il a cependant bien du mal à s’inventer une silhouette de présidentiable. Il se dresse, comme pour marquer sa petite taille, relève la tête du mieux qu’il peut, comme pour se donner de la noblesse républicaine, et fixe son regard de peur de se relâcher. » Et le jeune Hollande concluait : « Destin tragi-comique de celui qui caracole pourtant en tête des sondages et qui possède toutes les qualités légitimes d’un produit fiable et populaire : le voici à nouveau en position d’attente et (…) de dépendance vis-à-vis du tenant du titre ; que celui-ci se retire et Rocard peut légitimement, en dépit de certaines oppositions, faire campagne ; mais que Mitterrand se représente, et la laisse à nouveau se tend, le collier se resserre, l’étranglement s’amorce. En politique aussi, le

destin n’a pas de morale . » 4

Hollande a 33 ans, il veut faire carrière dans la politique, même s’il n’a pas encore réussi à se faire élire député. Et déjà, son regard sur ses aînés est féroce, sans pitié, drôle aussi. Sous ses airs affables pointe un petit Rastignac qui saura se faire une place dans les allées du pouvoir.

François Hollande a utilisé Jacques Delors, il le reconnaît lui-même. En privé. Voilà ce qu’il confiait à l’été 2013 : « Sur le plan de ma carrière politique, au sens des mandats que j’ai pu exercer, des fonctions que j’ai pu occuper, je ne lui dois rien. Mais sur le plan de la notoriété, c’est d’abord par Delors que cette génération a pu accéder à une certaine reconnaissance médiatique. J’ai eu grâce à Delors des contacts européens. Et puis enfin, dans le Parti socialiste, j’avais cette étiquette. Elle a contribué quand il n’a pas été candidat à ce que Jospin nous récupère. Et il a eu raison d’ailleurs. Ça m’a permis d’avoir une image qui pouvait être utile, sûrement au Parti socialiste et à moi-même, une fois que Delors renonçait. »

Car pour comprendre les relations entre les deux hommes, il faut remonter au dimanche 11 décembre 1994. Sur le plateau de « 7 sur 7 », à la fin de l’ émission, alors qu’en coulisses Martine Aubry, Jean-Pierre Jouyet et Pascal Lamy écoutent attentivement, Jacques Delors renonce à se lancer dans la course présidentielle. Il prédit : « L’absence de majorité politique (…) ne me permettrait pas de mettre mes solutions en œuvre. » Et prévient : « Les déceptions de demain seraient pires que les regrets d’aujourd’hui. » Ce soir-là, chez François Hollande, déception et regrets se mêlent. Il voit ses rêves ministériels s’envoler. « François était très pour la candidature de Delors, je lui avais dit quelques jours avant “7 sur 7” qu’il ne se présenterait pas, Jacques Delors me l’avait dit en rentrant du sommet européen d’Essen, se souvient Jean-Pierre Jouyet. En l’entendant renoncer, François était déçu mais il n’est pas tombé de sa chaise. Il croyait que Delors pouvait être président de la République, il croyait que s’il était élu, il aurait une carrière ministérielle. »

 

Dans son bureau élyséen, le 9 septembre 2013 en fin d’après-midi, François Hollande assume une dette à l’égard du sage européen : « Delors a permis à une génération, celle des Transcourants, du club Témoin, d’accéder aux responsabilités. J’ai appris de Delors une connaissance de l’Europe, de ses mécanismes, de ses fonctionnements. »

Si avoir été proche de Jacques Delors lui a été utile dans sa carrière, pourquoi le gommer de sa vie, de ses discours, ne pas l’avoir vu pendant toutes ces années ? Poser la question, c’est mettre François Hollande face à ses contradictions, face à son caractère. Il se cabre d’abord et dégaine l’alibi parfait : « J’ai déjeuné avec lui fin juillet. » Puis, comme souvent chez lui, il renvoie la responsabilité sur l’autre. S’il n’a pas vu Jacques Delors, c’est à cause… de Jacques Delors.

« Delors avait été malheureux que Jospin ne le choisisse pas, en 2000, pour présider la convention pour l’avenir de l’Europe, à l’origine du traité européen, et il a pensé que j’y avais pris ma part comme premier secrétaire. Je pense qu’il nous en a voulu à Jospin et à moi, sans qu’il ne l’ait jamais dit », me confiait-il un jour au printemps 2013 alors que je cherchais à comprendre pourquoi, président, il ne recevait toujours pas son ancien mentor.

Jacques Delors en a bien voulu à Lionel Jospin de cette décision, mais n’en déplaise à son ego, pas à François Hollande qui n’était pour rien dans ce choix. De nombreux leaders européens souhaitaient que l’ancien président de la Commission prenne la tête de cette convention, ils faisaient passer ce message à Lionel Jospin… et à Jacques Delors. Martine Aubry, numéro deux du gouvernement, va en discuter avec son Premier ministre. Elle n’a jamais voulu mêler son père à sa carrière politique, n’aime pas mélanger vie privée et politique, mais elle ne comprend pas ce choix. « Ce n’est pas parce que c’est mon père, mais c’est un socialiste et un Français, un Européen qui compte, l’Europe n’a pas besoin d’une vision libérale », plaide-t-elle en vain. Autour de Lionel Jospin, certains proches lui vendent un tout autre scénario : « Si tu nommes Giscard, tu auras le centre droit à la présidentielle. » Valéry Giscard d’Estaing s’est, lui, toujours vanté d’avoir convaincu le président Jacques Chirac de le nommer.

Ami de l’un, collaborateur de l’autre, Jean-Pierre Jouyet fait, lui, remonter le malaise à une autre affaire. « Le moment le plus difficile entre François et Delors fut en 1999 au moment des élections européennes, François était premier secrétaire, Delors voulait être sur la liste, François ne lui a proposé que la troisième ou la cinquième place, et François m’a dit : “Mais il ne m’a jamais demandé la tête de liste.” » Jacques Delors fut plus que surpris d’apprendre cette soi-disant explication. Delors a été dix ans président de la Commission européenne, député européen à la fin des années 1970, pourquoi diable aurait-il voulu redevenir eurodéputé en 1999 ? Cela n’a, pour lui, aucun sens. Et même si Hollande lui avait proposé de diriger la liste socialiste, le sage n’aurait pas accepté. « C’est n’importe quoi, il n’a jamais été question de Delors dans cette élection, François au début ne voulait pas être tête de liste, il a poussé Jack Lang puis s’est laissé convaincre qu’il devait mener lui-même cette bataille, mais le nom de Jacques Delors n’a jamais été évoqué », confirme un hollandais.

Aucun événement particulier n’a donc marqué la rupture entre les deux hommes. Mais c’est presque pire. Delors, lucide, confiait parfois, en 2007 : « Il paraît que j’ai un fils spirituel, ça fait dix ans qu’il n’est jamais venu me voir, il ne vient que quand il a besoin de quelque chose, il n’était avec moi que parce qu’il croyait que je serais candidat. »

Parfois, François Hollande s’en veut. Un peu. Devant les caméras de Canal +, en janvier 2011, il répondait, visiblement contrarié, à cette remarque de Delors : « D’abord j’ai été très proche de lui sans jamais être un intime et je n’ai pas non plus été de ces personnes qui entretiennent des relations alors même qu’elles ne sont pas forcement souhaitées. Moi j’ai été partisan de sa candidature. Je l’ai toujours accompagné, puis à un moment il s’est lui-même éloigné de la responsabilité politique directe et c’est vrai que la faute me revient. On n’accorde pas toujours assez de temps à ceux qui peuvent être, à un moment, précieux. Précisément parce qu’ils peuvent donner des conseils, des éclairages et ça c’est hélas la contrepartie d’une activité politique pleine, trop pleine pour donner à ses proches, à ses relations intimes ou liées à l’Histoire la place suffisante. Je

m’en fais à moi-même le reproche . » Hollande s’est détourné de lui 5 parce qu’il a été déçu que Delors ne se lance pas dans la présidentielle. Déçu pour lui d’abord, parce que Delors élu, Hollande aurait été ministre. Et déçu aussi parce qu’il se dit que Delors n’a pas été à la hauteur de son destin.

 

Jean-Pierre Mignard, en 2011, voulait tordre le cou à cette légende du fils spirituel. « Neveu, plus que fils, la fille de Delors c’est Martine Aubry, point. Elle pensait comme nous d’ailleurs, on était très proches sur le plan des idées. Je crois que d’une certaine manière, Delors, ça l’amusait un peu ; dans un parti où à l’époque il n’avait pas tant de fédérations pour le soutenir, tant de troupes et où on n’existait pas facilement, c’était pour Delors montrer qu’il avait des réseaux dans ce parti mais plus jeunes, plus novateurs. Les rapports avec François étaient bons et même très bons, jusqu’au moment où François a voulu précipiter les choses pour amener Delors à se décider. Ce qui l’a poussé à résister, pour des raisons personnelles et peut-être même politiques, parce que Delors, la présidence et même le métier il n’aimait pas beaucoup, il disait que c’était un métier de roi fainéant. » Jean-Pierre Jouyet essaie, comme toujours, de venir à la rescousse de son ami : « Ce n’est pas François lui-même qui se disait le fils spirituel de Delors, François a un père et il connaît le parcours personnel de Delors, mais il a laissé dire, laissé se constituer cette légende. Sur l’Europe, ils partageaient les mêmes convictions. »

François Hollande se raconte et nous raconte une autre histoire. Celle d’un responsable qui a toujours été reconnaissant envers son aîné. Il confie l’avoir vu régulièrement après 2002. Notamment pour la défense du traité européen. Il se souvient de réunions communes en 2005. Hollande voudrait qu’on écrive qu’il a rendu visite à son ancien mentor, qu’il a toujours été correct avec lui. Les faits sont plus cruels. François Hollande ne va jamais le voir, ne l’invite pas dans les colloques et d’ailleurs en 2005, quand il prend position pour le oui, Delors reconnaît lui-même que le PS ne fait jamais appel à lui.

De 1997 à 2007, Hollande ne cherche pas le contact avec celui à l’ombre duquel il a pourtant grandi. « On ne voyait pas souvent Delors, il est parfois compliqué. Mais c’est vrai, ni lui ni François n’ont jamais fait le premier pas. François n’avait pas besoin de Delors en politique, il était premier secrétaire et Delors s’était mis en dehors de la politique », reconnaît Jean-Pierre Jouyet. Quand Hollande reprend contact avec Delors pour la première fois depuis dix années, l’Européen glisse juste : « C’est peut-être le retour du fils prodigue ». Les deux hommes déjeunent en tête-à-tête chez Tante Marguerite. Ils se croisent ensuite en 2009 dans un avion, par hasard, et discutent un peu. Deux rencontres dont une fortuite…

François Hollande souligne qu’en 2007, alors qu’il avait accepté de suivre Ségolène Royal, Jacques Delors n’a pas été très utilisé pour la campagne présidentielle. Et il ne se sent absolument pas responsable.

Le dimanche 22 avril 2007, dans la nuit de ce premier tour présidentiel, Dany Cohn-Bendit croise François Hollande, au siège du PS. Cohn-Bendit voudrait que Ségolène Royal soit élue, il est prêt à aider au rapprochement avec les centristes. Mais il a une autre idée, qu’il vient vendre au premier secrétaire du PS. « Demande à Papa Delors d’inviter Prodi et Bayrou pour sceller l’appel à voter Ségolène », enjoint l’eurodéputé, sûr que ce n’est qu’une formalité. « Oui, c’est une bonne idée », répond François Hollande, qui ne donnera pas suite.

Arrive l’année 2008, François Hollande quitte la rue de Solférino, Martine Aubry lui succède à la tête du Parti socialiste. Voici donc la raison avouée de la brouille entre le disciple et le maître. « Puis, après 2008, nos rapports ont été compliqués, reconnaissait Hollande en 2013. Non pas par Martine, qui n’y était pour rien. Mais par le fait qu’il y avait une possible compétition pour la primaire avant même qu’elle n’ait eu lieu. Ça ne rendait pas la relation facile. » François Hollande tel qu’en lui-même. La faute incombe toujours aux autres. Le problème avec le père, c’est la fille.

Dans la famille Delors, il le sait bien, on n’aime pas mêler vie privée et vie publique. Martine Aubry avait assisté, mais cachée dans le studio, au fameux « 7 sur 7 » de son père le 11 décembre 1994, celui-là même où il renonça à la présidentielle. Jacques Delors n’était pas assis sur une des chaises en plastique de l’ancienne gare Saint-Sauveur pour écouter sa fille, le 28 juin 2011, se lancer, elle, dans la présidentielle. La veille, l’ancien président de la Commission européenne confiait dans Le Monde : « Je soutiens Martine à 120 %, mais depuis trois ans, je me suis retiré volontairement de la vie publique française pour m’activer sur un plan européen et international. Je vais rester à l’écart, sauf si François

Hollande continue à proclamer qu’il est un de mes fils ! » 6

« Entre François et Martine, sauf au début, ça n’a jamais été le grand amour, il a toujours eu une meilleure relation avec Delors qu’avec Martine. Jusqu’en 2007-2008, les relations avec Martine sont neutres. Je n’ai jamais vu François à titre privé, avant la succession, dire des choses contre Martine. Avec DSK, Fabius, Mélenchon, c’était difficile, pas avec Martine », décrypte Jean-Pierre Jouyet.

La présence de Martine Aubry n’explique pas tout. Jacques Delors appelle à voter pour elle à la primaire. Et le candidat Hollande ne fera jamais appel à lui pendant la présidentielle. L’épisode du colloque « Renaissance pour l’Europe : une vision progressiste commune », le samedi 17 mars 2012, est révélateur. C’est le seul rendez-vous européen de la campagne présidentielle. François Hollande y est entouré de l’Italien Pier Luigi Bersani, de l’Allemand Sigmar Gabriel, du président du Parlement européen Martin Schulz. Ce show est primordial pour le candidat, qui a besoin de démontrer qu’il n’est pas isolé sur la scène européenne. Les invités étrangers sont certains d’y retrouver leur ami Jacques Delors, ils l’appellent et lui donnent rendez-vous, « on se voit samedi ? », mais Delors, lui, n’a pas été convié. Les Européens sont choqués. Henri Nallet, au nom de la Fondation Jean-Jaurès, essaie la veille de rattraper la bévue, mais trop tard. Ce matin-là, Jacques Delors le passe avec sa fille, chez lui. Il n’entendra pas l’ancien chef du gouvernement italien Massimo D’Alema ou le leader du SPD allemand Sigmar Gabriel lui rendre hommage et le faire applaudir par une salle d’Européens de gauche. François Hollande, lui, citera son nom.

Le lui fait-on remarquer que François Hollande cherche encore une excuse. Dans la voiture, en rentrant de Chelles, le vendredi 13 avril 2012, le candidat m’assure : « Quand je serai élu, avant l’investiture, je lui demanderai de faire la tournée des capitales européennes pour moi, ça m’aidera. » François Hollande n’a jamais appelé Jacques Delors après son élection, il ne l’a jamais missionné en Europe.

Croit-il à ses mensonges ? Le 9 septembre, dans son bureau, le président de la République me certifie : « Devenu président, j’ai veillé à chaque fois à évoquer son parcours et son rôle. » Les faits, on l’a vu, sont têtus.

Une autre fois, le chef de l’Etat m’a affirmé : « Je l’ai invité à la cérémonie d’investiture. Je crois… » Quand je lui ai répondu que non, il a ajusté : « Ah non. J’avais invité Martine et pas lui. On avait dû limiter, je ne sais plus pourquoi on ne l’a pas fait. »

A-t-il au fond vraiment été deloriste ? N’était-ce pas seulement pour lui le moyen de sortir du mitterrandisme, sans prendre de grand risque ? N’était-ce pas seulement un ancrage au côté d’une personnalité populaire à l’avenir tout tracé ?

« Est-ce que François Hollande est fils de la social-démocratie française ? Est-ce qu’il est fils de la deuxième gauche ? » se demande son vieux copain Michel Sapin, qui, lui, à l’époque, était rocardien. « Il ne l’est pas au départ. Quand on se rencontre, il y a d’un côté la première gauche issue du communisme (Jouyet et Hollande) et la deuxième gauche issue du rocardisme (Ripert et moi), François ne se construit pas idéologiquement comme ça. On le dit social-démocrate car il est ensuite proche de Delors. Mais François Hollande ne l’est pas, il pense que Delors a été mitterrandien, puis il va chez Jospin, la meilleure synthèse des deux gauches. » Jean-Pierre Jouyet, justement, se souvient : « François sait quand même que s’il n’avait pas été repéré par Delors, si Jospin ne lui avait pas donné le poste de premier secrétaire, il n’en serait pas là, mais depuis 2009, il s’est fait tout seul. Entre François et Delors, c’est la rencontre de deux intérêts. Hollande a sa figure spirituelle, son club et Delors son fan-club. Delors, pour lui, c’est un moyen, c’est la deuxième gauche, sans oublier l’ombre de Mitterrand. François est mitterrandiste, mais indépendant. » La gauche était divisée, les Mitterrandistes vs les Rocardiens. Hollande, lui, a emprunté une troisième voie, une synthèse des deux gauches, qui lui permettait de ne se fâcher avec personne. Et il s’est réfugié sous la tutelle de Delors, le plus social-démocrate et le plus européen des socialistes français.

Dans ses Mémoires, celui qui a failli être candidat à la présidentielle revient sur les raisons de son refus, pas sûr d’avoir une majorité : « Les solutions que j’avais en tête pour surmonter les difficultés propres à la France étaient assez éloignées, pour parler franchement, de celles dégagées, à son congrès, par la majorité du Parti socialiste. Pour le dire succinctement, j’avais l’intention de mettre au cœur de ma politique, la lutte contre le chômage sur le plan intérieur, la réalisation, dans les délais, de la monnaie unique sur le plan extérieur. Je pensais saisir une éventuelle victoire à l’élection présidentielle pour sortir de la langueur et des précautions excessives en adoptant des mesures plus brutales. A cette fin, il fallait dresser un cadre pour un assainissement rapide des finances publiques (Etat et Sécurité sociale) et stimuler la baisse négociée des charges sociales, et donc un allègement du coût du travail, en contrepartie de la création d’emplois, et du développement de la formation professionnelle, ouverte aux chômeurs, aux jeunes sortant de l’école sans une “employabilité” suffisante et aux travailleurs menacés par les mutations nécessaires de nos structures économiques. Le cadre ainsi fixé, les partenaires sociaux auraient été invités, dans un temps limité, à donner leur avis et conclure des accords sur certains aspects du

programme . » Delors pensait en 1994 que le PS n’accepterait jamais ce 7

projet. C’est pourtant un programme politique pas si éloigné de celui que met en place le président François Hollande.

 

« Delors, François en parle peu, n’en dit pas du bien et c’est réciproque », témoigne Pierre Moscovici. Mais pour le ministre de l’Economie, qui connaît François Hollande depuis 1984, ce n’est pas propre à sa relation avec le père de Martine Aubry. Hollande est avec Delors comme il est avec Jospin. « Il ne veut pas être sous influence, il n’a pas envie d’avoir des anciens qui lui disent comment tailler des crayons. Depuis que je le connais, il a toujours voulu être le premier et devenir président. Il n’a jamais voulu être le second de personne et il est arrivé à être le premier, comme François Mitterrand. Il est le seul à avoir réussi depuis Mitterrand, il n’a pas envie de voir des gens qu’il estime vraiment mais dont il ne veut être le second, lui donner des leçons. »

Envie de s’émanciper, d’être libre. Ou refus d’être comparé, jugé. Comme si malgré tout, François Hollande n’était pas si content de ses débuts de président.

Il en serait des relations Hollande-Delors comme de celles entre Hollande et Jospin, nous dit Moscovici. Faux. Le président n’agit pas du tout de la même façon avec l’ancien Premier ministre, qui l’a, il est vrai, nommé premier secrétaire du Parti socialiste en 1997. « Il est reconnaissant envers Lionel Jospin, il lui rend toujours hommage, lui a donné une commission, a nommé Olivier Schrameck à la tête du CSA », témoigne Aquilino Morelle, qui a été la plume de l’ancien Premier ministre de 1997 à 2002 avant d’être celle de Hollande dans la campagne. Outre Morelle, d’autres anciens jospiniens sont dans la place, Manuel Valls en tête. Lionel Jospin et Sylviane Agacinski sont restés proches de Valérie Trierweiler. Jospin a fait la carrière de Hollande, qui le cite régulièrement dans ses discours, lui rend hommage, l’a invité à sa cérémonie d’investiture, a dîné avec lui à l’Elysée… Il paie sa dette, d’une certaine manière, en lui confiant la mission sur la modernisation de la vie politique. Et en nommant son ancien directeur de cabinet, Olivier Schrameck, non pas préfet de région Ile-de-France ou membre du Conseil constitutionnel comme Schrameck le souhaitait, mais président du CSA, ainsi que Lionel Jospin le voulait.

 

Avant de se glisser sous la tutelle de Jacques Delors puis de Lionel Jospin, François Hollande a commencé sa carrière politique derrière Max Gallo. En 1983, il y a appris le fonctionnement des médias, s’y est fait son carnet d’adresses dans la presse. Aujourd’hui, le chef de l’Etat parle parfois, en privé, de Gallo. Il dit : « Quand j’étais avec Max », ajoutant immédiatement : « C’était avant qu’il n’appelle à voter Sarkozy. » Hollande n’a jamais cité le nom de son ancien supérieur hiérarchique. A Nice, le samedi 7 septembre 2013, le président aurait pu parler de l’écrivain. Hollande inaugurait les Jeux de la Francophonie, dans la ville de Max Gallo. A la tribune, place Masséna, avant le concert, le maire Christian Estrosi a d’ailleurs rendu hommage à Gallo, clin d’œil évident à celui qui fut son directeur de cabinet. Mais ce soir-là, Hollande a feint de ne pas comprendre et n’a pas saisi l’occasion de prononcer publiquement pour la première fois de son quinquennat le nom de l’écrivain dont il fut si proche. Le Corrézien a effacé le Niçois de sa vie, il ne l’a pas vu pendant des années, et ce même « avant que Gallo n’appelle à voter Sarkozy », comme il dit.

« C’est son caractère, c’est un indépendant. Il s’est fait tout seul, il a peu d’amis, il ne se confie pas. Il n’avouera jamais ses faiblesses, car les avouer c’est pour lui une faiblesse supplémentaire », décrypte Julien Dray.

Le seul à qui il se réfère, le seul à qui il rend de vibrants hommages, c’est François Mitterrand. Il réécrit même une proximité avec l’ancien président, alors qu’il n’était pas vraiment son collaborateur à l’Elysée. François Mitterrand a fait ensuite de Ségolène Royal sa conseillère puis sa ministre. Il n’a jamais nommé François Hollande, qui ne comptait pas vraiment à ses yeux. Mais aujourd’hui, pour François Hollande, il est facile de s’en revendiquer, François Mitterrand a été président quatorze ans et… il est mort. Il est aisé aussi d’être en privé content d’avoir travaillé avec Max Gallo, qui a abandonné la politique et qui a commis l’erreur aux yeux de Hollande d’appeler à voter Sarkozy en 2007. Simple enfin de rendre hommage à Lionel Jospin, retraité de la politique, dont l’ambition présidentielle s’est fracassée le 21 avril 2002. Plus compliqué de se dire reconnaissant envers Jacques Delors, favori de la présidentielle de 1995 sans y concourir, demeuré populaire et dont la fille fait toujours de la politique.

François Hollande répétait souvent pendant sa campagne en arpentant son département : « La Corrèze est une terre où poussent des champignons et des présidents. » Des présidents qui poussent tout seuls. Sans rien devoir à personne.

 

1. Ségolène et François, biographie d’un couple, Cécile Amar et Didier Hassoux, op. cit.,

p. 71-72.

2. Mémoires, Jacques Delors, Plon, 2004.

3. Publié chez Cogite-Robert Laffont en 1987, chapitre Jacques Delors, p. 119-155.

4. Idem, chapitre Michel Rocard, p. 382-417.

5. « François Hollande, dans l’intimité d’un candidat », documentaire de Pierre Tourdes,

Florence Bon et Cécile Amar.

6. « Martine Aubry et le pacte des Delors », Ariane Chemin, Le Monde, 28 juin 2011.

7. Mémoires, Jacques Delors, op. cit.

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