Jusqu'ici tout va mal

Amar · Chapitre 20 sur 25

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Jusqu'ici tout va mal

« Cécile est une bonne ministre. Mais… »

 

« Potiron sera président », Cécile Duflot n’en démord pas. En cet été 2007, où la gauche rase les murs, elle a trouvé sa raison d’espérer. Elle est certaine que François Hollande sera le prochain président de la République. Elle l’a compris en entendant les militants l’applaudir au stade Charléty le 1 mai 2007, en pleine Ségomania. L’éternelle gamine er

l’a affublé du nom de l’ami de Oui-Oui depuis le référendum européen de 2005. Duflot expose son pronostic à tous ses proches et tous se moquent d’elle. Elle a perdu son flair légendaire, elle croit en ce loser. Elle est persuadée qu’il est populaire chez les sympathisants de gauche et que cela fera la différence. Son pif, son intuition, elle y croit, ils ne l’ont jamais trahie. Jusque-là.

 

Mercredi 26 juin 2013, Cécile Duflot savoure son heure de gloire. La fille du RER D est numéro six du gouvernement. Son plan de com’ est parfaitement huilé, elle présente dans la salle du Conseil où elle a maintenant ses habitudes son projet de loi sur l’encadrement des loyers. C’était une promesse de campagne. « Enfin un truc de gauche », disent en privé les ministres. Pendant qu’elle fait sa communication, assise comme d’habitude entre Vincent Peillon et Delphine Batho, son téléphone vibre, des sms de félicitations de quelques ministres tombent. La ministre du Logement s’arrête. Elle est heureuse. Le président de la République prend la parole. Le ton est sec. « Les agences immobilières sont mécontentes, y a-t-il vraiment eu une concertation ? Et l’encadrement des loyers, est-ce vraiment bien ? » Le silence se fait dans ce salon compassé, les ministres lèvent les yeux de leur téléphone et regardent le président des lobbies basher sa ministre du Logement, sans comprendre réellement pourquoi il flanche sur la mise en place de l’engagement numéro 22 de son programme.

Il a osé. Cécile Duflot le toise et se lance : « Monsieur le président, les agents immobiliers ont été consultés. Ne vous inquiétez pas, ils vont s’en remettre. Les loyers ont augmenté de 40 % en dix ans, il n’y a pas eu corrélation d’augmentation des salaires. Et à ma connaissance, nous ne l’envisageons pas pour les Français. Cela réglerait effectivement le problème de l’encadrement des loyers. »

Le chef de l’Etat sait pourtant que la prendre de haut n’a jamais été une solution. Hollande a réussi en politique parce qu’il valait mieux que ceux qui le méprisaient, ne voyaient en lui qu’un apparatchik sans profondeur, un « Monsieur Petites Blagues » qu’ils toisaient de leur morgue, un « Flanby » dont ils ne feraient qu’une bouchée. Sûr de son intelligence et persuadé de sa supériorité, Hollande a commis la même erreur. Maintenant qu’il est le meilleur d’entre eux, maintenant qu’ils doivent tous manger dans sa main, Hollande se trompe à son tour.

Pour comprendre la relation Hollande/Duflot, il faut revenir en arrière. Aux 12 et 13 mai 2007, que Cécile Duflot et ses amis n’ont jamais oubliés. Dans l’imaginaire masculin de Hollande, la secrétaire nationale des Verts n’est presque rien, elle ne compte pas. Elle est jeune, la compagne de Jean-Vincent Placé, un écolo comme il les comprend, radsoc, ambitieux, passionné de cuisine interne, qu’il va pouvoir acheter pour un demi-poste de député. Dominique Voynet a fait un très mauvais score à la présidentielle, l’accord avec les Verts va être facile à passer. Il y aura un CNIR (le parlement des verts), cirque habituel, Hollande connaît tout ça par cœur, le cinéma, les hurlements et à la fin, ils se couchent, ils acceptent les postes que les socialistes leur offrent. Hollande n’a jamais été écolo, mais il sait que pour conquérir le pouvoir, il faut en passer par là. Une étape à cocher, rien d’autre qu’une formalité.

Fier de sa roublardise, l’accord électoral qu’il leur propose est simple : les trois députés Verts sortants (Martine Billard, Yves Cochet et Noël Mamère) sont reconduits et trois autres postes leur sont donnés : François de Rugy en Loire-Atlantique, Jean-Marc Brûlé en Seine-et-Marne et Jean-Vincent Placé dans l’Essonne, toutes les sensibilités écolos auront leur député et les négociateurs seront servis.

Mais ce week-end de printemps, à l’hôpital des Diaconesses, rien ne se passe comme prévu par le grand chef socialiste. Le samedi matin, à la tribune du CNIR, Cécile Duflot, secrétaire nationale depuis six mois, prévient : « Je m’en vais si l’accord passe. » Jean-Vincent Placé abat sa dernière carte : « Je pourrais devenir député mais je suis contre cet accord. » Les socialistes qui avaient donné en 1997 la circonscription de Roubaix à Guy Hascoët l’ont cette fois refusée à Slimane Tir, ce « deux poids, deux mesures » braque des écolos. Dominique Voynet, Yves Cochet, Noël Mamère, Martine Billard, Yves Contassot, bref, tous les poids lourds du parti défendent à la tribune le texte proposé par Hollande. La tension est forte, Duflot et sa petite équipe sont prêts à faire leurs valises.

François Hollande décroche son téléphone, appelle Cécile Duflot. « Ça ne va pas être voté, lui dit-elle. — Mais si », ses comptages à lui ne se trompent jamais ! Parfois, son numéro le fatigue, mais il n’y prête pas plus attention que ça. Peu après, le téléphone de Hollande sonne. Encore elle. « 77 contre, au revoir François », et elle raccroche. L’accord a été refusé par 60 % du CNIR plus trois voix ! Pour se venger, Hollande et les siens reconduiront les trois députés sortants, Placé et Brûlé n’auront rien, et de Rugy passera un accord en solo avec Jean-Marc Ayrault, il aura son poste.

Duflot a gagné, elle connaît ses troupes, elles ne sont pas à vendre pour un plat de lentilles. Pas cette fois. Hollande aurait dû l’écouter. Elle est de la même graine que lui.

 

Les années ont passé, elle a fait 12 % aux régionales en Ile-de-France, a été la copine de Martine Aubry. Assise dans son fauteuil, dans son magnifique bureau de ministre, mangeant sa pomme râpée et buvant son hibiscus tout en regardant frénétiquement son compte Twitter, elle se souvient : « Au début, il ne me calcule pas. Puis on refuse l’accord et là, il comprend. »

Le groupe de liaison de la gauche et des écologistes se forme, le patron des socialistes apprend à connaître la patronne des écolos. Cette petite éveille sa curiosité. « Potiron » réagit, il va falloir compter avec elle. Et ce ne sera pas si difficile, elle est drôle, charmante et elle adore la cuisine interne.

Il est obligé de la prendre au sérieux, elle est contente. En plus, elle en est sûre, il sera président en 2012 ! Elle est bien la seule à y croire. En cet été 2007, Sarkozy est au firmament, la gauche a la gueule de bois, la prochaine présidentielle paraît inatteignable, François Hollande n’arrive pas à se remettre de sa séparation, 53 ans et toujours pas ministre, le pouvoir s’éloigne, encore cinq ans à tenir, marre de Solférino, marre de tout. Ses copains voient bien que l’éternel optimiste est touché, blessé ; Duflot croit en Hollande, au moment où le toujours content ne croit plus en lui. Son ami Jean-Pierre Jouyet est même passé chez Sarkozy.

Les écolos touchent le fond, la présidentielle a été un fiasco, personne ne parie sur eux. Après une année difficile, la patronne invite le premier secrétaire aux journées d’été 2008 à Toulouse. Entre losers, ils se serrent les coudes. Rien à perdre, rien à gagner, François Hollande va quitter la direction du PS à l’hiver prochain. La semaine suivante, ce sera sa dernière université d’été du PS comme patron, son dernier discours de clôture de cet événement qu’il aime tant. Le JDD, sous la plume de Claude Askolovitch, titrera cruellement « l’enterrement du fossoyeur ». Une page se tourne et Hollande ne sait pas ce qu’il va devenir. La présidentielle de 2012 paraît si lointaine. Il accepte d’aller échanger, le jeudi 21 août au soir, avec Cécile Duflot et Olivier Dartigolles, le porte-parole du PC, dans une table ronde animée par Edwy Plenel. « Il était un peu petite miette. Il fait une excellente intervention sur ce qu’est la gauche, et ce qui peut faire gagner l’élection présidentielle. » Duflot est bluffée par sa sincérité. Pas l’arrogance habituelle des grands frères socialistes. La salle applaudit chaleureusement Hollande. Duflot, fidèle à sa réputation, tape : « Tous ceux qui pensent que le 21 avril a été un accident seront condamnés à le revivre. » Ce jeudi, « on enterre la gauche plurielle », se souviennent les écolos, et « le lendemain, on crée EELV », car ils invitent Dany Cohn-Bendit et José Bové.

Ne reste de cet instantané fraternel qu’une photo d’un François Hollande bouffi en bras de chemise et d’une Cécile Duflot, encore gamine, son panier d’osier au bras. Parfois, elle lui envoie des sms, le voit. Ils déjeunent ensemble de temps en temps ; rien de plus, rien de moins.

A partir de 2009, Cécile Duflot découvre Martine Aubry. La première secrétaire devient comme une grande sœur. Elles s’amusent, s’apprécient, parlent des enfants, de la vie, des kilos qu’on prend, du machisme des politiques, de ces « cons » qui les entourent. Cécile Duflot a quelques années de plus que Clémentine Aubry. Elles se plaisent. Martine Aubry est plus à gauche, plus écolo que François Hollande. Leurs entourages se lient, entre leurs conseillers une vraie amitié se noue. Et surtout, ce sont les années où Cécile Duflot grandit, mûrit, perce dans les médias. Europe Ecologie Les Verts, le nouveau parti que Cohn-Bendit lui impose, atteint 16 % aux européennes de juin 2009, il talonne le PS, Duflot manœuvre bien sa barque.

François Hollande est loin, dans sa reconstruction, dans sa traversée du désert, dans sa conquête élyséenne. Quand à Lorient le 27 juin 2009, il lance « Répondre à gauche » et dévoile son pacte productif, mise en orbite présidentielle, il demande à Cécile Duflot d’envoyer quelqu’un. Ne pas se laisser distancer par Martine Aubry, montrer qu’il peut rassembler la gauche. Elle envoie Jérôme Gleizes, l’économiste des écolos.

Cécile Duflot devient copine avec Martine Aubry, mais elle continue à dire que « Potiron sera président ». Et elle ne rompt jamais les ponts avec lui. Le vendredi 15 avril 2011, Duflot et Hollande sont invités au forum Libération à Rennes. Elle débat face à NKM, lui face à Xavier Bertrand, ils rentrent ensemble en train et papotent. « C’est bon, ce sera lui », confie la secrétaire nationale à ses proches après ce voyage.

DSK favori des sondages, Hollande ne s’inquiète pas, aucune chance que Duflot ne penche de ce côté. Mais quand Aubry se lance dans la primaire, le 28 juin 2011, la situation se corse. L’élection est ouverte à tous les sympathisants de gauche, les écolos peuvent venir voter, ils ont pourtant choisi Eva Joly pour les représenter à la présidentielle. Même s’ils ne seront pas très nombreux, ça pourrait compter. Hollande le comprend. Alors que Martine Aubry promet de sortir du nucléaire après la catastrophe de Fukushima, François Hollande le productiviste fait un pas. S’il est président, la part d’électricité produite par le nucléaire sera ramenée de 75 % à 50 %. Aux journées d’été d’EELV, en août 2011, François Hollande envoie son fidèle Stéphane Le Foll le représenter. Et dîner entre autres avec Cécile Duflot.

Officiellement, l’écologiste se tient en dehors de la primaire socialiste, mais elle laisse ses très proches montrer et dire qu’ils soutiennent Martine Aubry. Quand François Hollande s’en plaint, elle lui envoie des sms, « ça va pour le moment, je ne m’en suis pas encore mêlée, je pourrais le faire ». Quand, le samedi 8 octobre 2011, la veille du premier tour de la primaire, Jean-Vincent Placé s’affiche aux côtés de Martine Aubry pour regarder un match de l’équipe de France de rugby, Cécile Duflot n’est pas contente. François Hollande, lui, s’énerve. Trop tard. Et surtout, l’appui des écolos n’a pas suffi. Martine Aubry perd la primaire. François Hollande est rancunier. Un peu. Pas trop.

La donne a changé, François Hollande reprend en main la finalisation de l’accord entre le PS et EELV. « Tu continues, sauf sur le nucléaire », ordonne Hollande à Aubry. Michel Sapin pilote alors Guillaume Bachelay et Laurence Rossignol, les négociateurs socialistes. La première secrétaire poursuit son travail avec les écologistes, sur le programme et sur l’accord électoral (combien et quels députés écologistes…). Chaque fois qu’un accord partiel est trouvé, Martine Aubry le fait valider par le candidat. Le programme commun contient un blanc, « le bloc nucléaire » comme Aubry l’appelle en souriant. Ce n’est plus de son ressort. Les écolos découvrent alors de nouveaux interlocuteurs. Un dimanche, Jean-Vincent Placé et Stéphane Sitbon, le jeune et brillant directeur de cabinet de Duflot, se retrouvent face à Manuel Flam, le spécialiste énergie de Hollande, proche de Michel Sapin, et Laurence Rossignol. Duflot a dit, la veille, que si l’EPR de Flamanville était maintenu, elle ne signerait pas cet accord. Les deux écolos pensent qu’ils ont perdu la bataille. Divine surprise, Flam et Rossignol leur proposent « Flamanville ouvrira mais vingt-quatre réacteurs nucléaires fermeront d’ici 2025 ». Les écolos ne croyaient pas obtenir tant. Ils sont ravis, ils auront un groupe à l’Assemblée nationale et au Sénat et un accord programmatique avec de réelles avancées. Un rêve !

Le mardi 15 novembre 2011, le « programme commun » est finalement accepté par le candidat socialiste et signé en grande pompe par Martine Aubry et Cécile Duflot en début d’après-midi. François Hollande l’a validé juste avant. Reste une formalité, le vote des directions des deux partis : le bureau national du PS ce jour même à 17 heures puis le CNIR d’EELV le samedi qui suit. La réunion socialiste commence. Un petit mot est remis à Martine Aubry : « François te demande de retirer une phrase sur la “reconversion à emploi constant de la filière de retraitement et de fabrication du MOX” » (un combustible nucléaire « recyclé »).

En coulisses, juste avant cette réunion, Aurélie Filippetti avait alerté François Hollande : « Tu t’es fait avoir, le MOX c’est une vieille revendication des écolos. » Bernard Cazeneuve, député-maire de Cherbourg, et François Brottes, député très pronucléaire, étaient montés en première ligne contre cette proposition, Areva revendiquant même avoir tiré la sonnette d’alarme. La phrase est donc effacée, mais le texte avait déjà été paraphé par Cécile Duflot. Contrat rompu ? François Hollande veut montrer qu’il est autoritaire, qu’il n’est pas ce « mou », ce « flou » moqué par Martine Aubry. Avant d’affronter Nicolas Sarkozy, il faut casser cette image, ne pas laisser s’installer l’idée qu’il cède aux écologistes, Flanby doit disparaître.

Le ton monte, la campagne est à peine commencée et déjà un marchandage, déjà un « couac ». Le 16 novembre 2011, François Hollande est l’invité du 20 Heures de TF1, Cécile Duflot choisit France 2. Un face-à-face télévisuel, un bras de fer par JT interposés, la tension atteint son paroxysme entre les deux partenaires. Hollande et ses amis sont persuadés que Cécile Duflot bluffe, qu’elle est trop avide de pouvoir (si l’accord est validé, elle deviendra députée de Paris) pour assumer un clash. L’équipe Duflot prévient Michel Sapin : « S’il déconne, elle l’explose. » Elle sait qu’elle joue son va-tout, que si elle flanche, elle perdra tout. Le soutien de ses troupes. La petite aura qu’elle s’est patiemment construite. Et le poids politique de sa mouvance. Cécile Duflot est aussi blessée dans son orgueil, Potiron l’a, à nouveau, sous-estimée. Dans sa loge sur France 2, elle écoute le candidat expliquer : « Je suis pour qu’il y ait encore du retraitement, du combustible, il le faut pendant le temps nécessaire. » Déterminée, Duflot dégaine une phrase qui, sur le moment, passe un peu inaperçue mais prendra toute sa saveur plus tard : « Il y a une chose très importante, c’est la parole donnée. (…) Je pense que c’est important en politique d’être très clair, d’être constant dans ses positions. (…) Je n’ai aucun doute sur le fait que la parole donnée soit maintenue. » Et elle développe l’idée que Hollande président ne pourra revenir sur un engagement donné pendant un sommet européen à Angela Merkel. Chacun a campé sur ses positions, nul n’a perdu la face. Et miracle de la politique politicienne, le lendemain midi, un communiqué commun signé Jean-Vincent Placé et Michel Sapin embrouille tout le monde et rétablit la phrase comme si de rien n’était. Le samedi, les écologistes ratifient le texte initial, les socialistes, eux, ne se prononcent plus. Michel Sapin perd momentanément un peu de sa splendeur, Manuel Flam sort de la campagne présidentielle. Il deviendra le 15 mai 2012 directeur de cabinet de la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement, Cécile Duflot. Le président François Hollande, lui, n’appliquera jamais ce programme commun.

 

« Il sait, je sais, il sait que je sais, on ne s’en est jamais reparlé », déclame Cécile Duflot, espiègle, à l’été 2013, dans son bureau ministériel.

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande est sur les routes, Duflot sur la sienne, colmatant les brèches de la tragédie Eva Joly. Duflot et Hollande se parlent de temps en temps, il l’utilise quand il trouve que l’ex-juge d’instruction va vraiment trop loin. Ils s’apprécient mais ne sont pas amis, juste partenaires, donc s’il n’y a pas de problème, ils n’ont pas de relation. Le candidat socialiste est en confiance : il sait qu’Eva Joly appellera à voter pour lui, le soir du premier tour. Cela suffit à son bonheur. Il sait qu’en échange, les écologistes rentreront au gouvernement et Cécile Duflot sera l’un des nouveaux visages de la gauche au pouvoir.

Entre les deux tours, le 27 avril 2012, Cécile Duflot accompagne Eva Joly au meeting de François Hollande à Limoges. L’ex-candidate écolo ne prend pas la parole, mais elle est très applaudie. Dans cette même période, à l’Assemblée nationale, François Hollande, Martine Aubry, Cécile Duflot et Eva Joly se sont donné rendez-vous. Hollande et Duflot, en avance, papotent d’abord tous les deux. François Hollande veut un gouvernement pluriel, la discussion s’engage : « Un ministre, niet, donc c’est deux », avance cash Duflot. Hollande reste sur la même ligne, la négociation se poursuivra, une fois l’élection gagnée.

Puis quand les autres invitées arrivent, le débat continue à quatre, pour mettre de l’huile dans les rouages. Aubry et Duflot laissent les deux candidats se parler en tête-à-tête. Joly rêvait de s’occuper de la lutte contre la corruption et les paradis fiscaux, Hollande ne lui donnera jamais rien.

Le 15 mai 2012, François Hollande appelle Cécile Duflot pour lui proposer d’entrer au gouvernement : « C’est l’Egalité des territoires et le Logement », elle accepte et ils discutent du deuxième ministre. « Il connaissait le nom de Pascal Canfin, Jouyet lui en avait parlé », croit se souvenir, des mois plus tard, Cécile Duflot.

A Dany Cohn-Bendit, déçu que son poulain Yannick Jadot n’ait pas été nommé ministre, François Hollande racontera en juin 2012 une tout autre version. L’eurodéputé demande au chef de l’Etat : « Comment es-tu arrivé à Pascal Canfin ? — J’ai appelé Cécile, je lui ai dit : “Vous avez deux ministères, l’Egalité des territoires et le Logement et le Développement, je propose que ce soit toi et Yannick Jadot.” Cécile m’a dit : “Je te propose quelqu’un dans trente minutes” et quand elle m’a rappelé, elle m’a dit : “Pascal Canfin, c’est un ami de Dany !” »

 

Parfois, Duflot agace Hollande. Souvent, elle l’amuse. Il lui reconnaît une qualité essentielle à ses yeux. Dans sa matière préférée, celle où il excelle par-dessus tout, la politique politicienne, elle est très forte. Trop forte même, trop préoccupée par son parti, ses troupes, ses copains quand le gouvernement tangue. Autour de Hollande, beaucoup le poussent à se débarrasser d’alliés si remuants.

Hollande et Duflot se ressemblent, ils ont l’un pour l’autre une tendresse réciproque. Il lui cherche des excuses, « c’est son congrès », « elle a rectifié », « elle est solide ». Elle lui trouve toujours une explication, « il ne pense pas ça », « il n’a pas changé », « il ne l’a pas dit publiquement ». Ils ont été chefs de parti, ils se passionnent pour les fédérations, les congrès, les bouffes avec les militants. Ils connaissent par cœur tous les cantons, les CNIR, les CN, ils n’aiment pas voyager mais ils ont appréhendé tous les recoins de France. Et elle le distrait, lui parle cash. Elle le fait rire.

Et elle est une bonne ministre, elle défend ses lois. Son cabinet est sérieux, efficace. Rien d’exceptionnel mais, dans cet océan d’amateurisme, leur professionnalisme tranche. Quand François Hollande veut s’afficher avec sa ministre, le cabinet Duflot arrive à l’Elysée avec trois idées d’endroits, balisés, les dossiers de presse impeccables, les lieux sont bétonnés. Mais, en même temps, Hollande est sensible aux lobbies de l’immobilier, son ami Paul Boury conseille les assureurs, vent debout contre la garantie universelle des loyers. Et dans le bureau de François Hollande, ils défilent tous, trouvant comme souvent une oreille très attentive.

 

En allant à Caen visiter un quartier en rénovation thermique, vendredi 17 mai 2013, le président et sa ministre papotent. « Il ne faut pas prendre de vacances cet été », demande Hollande. Duflot : « Mais si, moi je prendrai des vacances. » Il insiste : « Les Français ne comprendraient pas. » Elle ne voudra jamais sacrifier sa famille et répond : « Ton problème, c’était Brégançon et tes photos en short, pas les vacances ! » Et il se marre. La discussion glisse sur Bayrou, le centre, le Modem. « Tu as trois emmerdes pour trois types, un qui marche, un antipédé et antirequin et l’autre qui se croit meilleur que toi et qui voudra prendre ta place. » Quelques jours plus tard, Hollande reprendra l’idée dans une

conversation informelle avec des journalistes . 1

Le pouvoir isole, François Hollande est entouré d’une cour qui le flatte en face, et le décrie dès qu’il a le dos tourné. Cécile Duflot lui parle franchement. Cette fraîcheur sied à l’ancien « Monsieur Petites Blagues ». Elle croit le comprendre : « Tu veux mettre Love Love à l’écologie, ça te posera plus de problèmes à toi qu’à moi », lui glisse-t-elle un jour que la rumeur Montebourg ministre de l’Energie enfle.

Manuel Valls, celui avec lequel elle s’affronte le plus, confie en septembre 2013 : « Je partage l’analyse de François Hollande qui a, en plus, de l’affection pour elle, ce qui n’est pas mon cas, je la connais peu, elle est une vraie politique. » Et dans le monde de François Hollande, c’est la plus grande des qualités. Elle est ministre du Logement, mais pour le président, qui se pense encore souvent premier secrétaire du PS, Cécile Duflot est avant tout la chef des Verts.

 

Mercredi 4 septembre 2013, François Hollande s’approche d’elle avant le début de la réunion et la prévient : « Je veux te voir après le Conseil des ministres. » Cécile Duflot croit qu’il veut lui parler de construction, car Pierre Moscovici a expliqué que la reprise économique fonctionnait partout sauf dans le bâtiment. Pendant le Conseil, la ministre demande par sms à son cabinet des chiffres pour défendre son secteur. A la fin de la réunion, Duflot rejoint le président, à ses côtés le Premier ministre et Alain Vidalies, chargé des relations avec le Parlement. Elle comprend sa méprise, Ayrault semble surpris de la voir là. La discussion s’engage entre responsables politiques sur la Syrie et la nécessité ou non de faire voter le Parlement après le déclenchement de frappes. « Faites un pointage sans que ça se voie », plaide François Hollande, qui ne veut que d’un vote « de renforcement » de la position française.

Hollande lui passe beaucoup. Face à ceux qui ne l’aiment pas, le chef de l’Etat peut se plaindre de sa ministre. Mais face à elle, il est plus clément. « Il n’a jamais levé la voix contre moi. Je gueule tellement fort avant, qu’après en public, je suis toujours bien plus calme. Il ne peut pas me faire le coup du “ça m’embarrasse”, je le préviens. Je m’emporte parfois, je tafe et je ne me plains pas. J’argumente, je suis solide et je l’ai prévenu : “Je ne partirai pas sur la pointe des pieds, ce sera une crise politique qui sera de ta responsabilité.” Lui m’a toujours dit : “Dis-moi quand quelque chose ne va pas.” » Et elle n’y manque jamais. Ils se voient, se parlent, échangent par sms.

Sur l’écologie, ils ont eu une fois une vraie discussion, elle a cru à son discours lors de la première conférence environnementale, le 14 septembre 2012. Depuis elle oscille. Elle sait qu’il a besoin des écologistes dans sa majorité, il leur donnera des gages politiques. Mais son engagement va-t-il plus loin ? Est-il sincère ? « Je ne sais pas ce qu’il pense vraiment », se lamente celle qui aimerait tellement que François Hollande soit clair.

Dans un quinquennat où tous ceux qui ont soutenu Martine Aubry doivent expier leur péché originel, Cécile Duflot assume son amitié. Elle voit la maire de Lille, l’appelle régulièrement. Et quand Duflot annonce dans Le Nouvel Observateur, le 19 juin 2013, qu’elle renonce à briguer la mairie de Paris, elle déclare : « Je ne veux ni flou, ni loup. » Un clin d’œil assumé au fameux « comme dirait ma grand-mère, quand c’est flou c’est qu’il y a un loup » lancé par Aubry pendant la primaire que lui pardonne François Hollande. Peu avant, Cécile Duflot avait confié au chef de l’Etat : « Tu dois le savoir, j’ai une nouvelle chef de cabinet. » Le président : « Ah bon, et qui c’est ? — Mathilde Casteran, assume la ministre. — Ah oui, bien sûr », encaisse le chef de l’Etat. Cécile Duflot a recruté l’ancienne chef de cabinet de Martine Aubry. Il ne le savait pas.

Cécile Duflot est utile à François Hollande. Avoir un flanc gauche à l’intérieur lui permet de se croire central, de présumer qu’il contrôle ainsi toutes les facettes de son camp. Et tant que Duflot et Canfin sont au gouvernement, les députés écolos se tiennent à l’Assemblée. Enfin, le plus souvent. L’ancien premier secrétaire sait aussi que la déléguée syndicale du gouvernement représente une partie du peuple de gauche. Quand au Conseil des ministres, le 21 août, Hollande recadre, « pas de faux débat notamment sur le regroupement familial », après des propos rapportés de Manuel Valls, le chef de l’Etat fait un clin d’œil à Cécile Duflot qui, le matin même, avait pris ses distances avec le ministre de l’Intérieur, dans Libération et sur France Inter. Chaque fois que la gauche s’enflamme, sur l’austérité ou sur l’immigration, Cécile Duflot est en première ligne. Avec Arnaud Montebourg, Benoît Hamon ou Christiane Taubira notamment.

Parfois, Cécile Duflot agace François Hollande. Et parfois, François Hollande déçoit Cécile Duflot. « Au fond, il n’est président que – et elle le mime – lorsqu’il se tient droit, les mains le long de son corps », confie-t-elle un jour de déprime à la rentrée 2013.

Un épisode a cristallisé l’agacement de l’un et la déception de l’autre. Le mardi 24 septembre 2013, Manuel Valls choisit de s’inviter sur France Inter, qui consacre sa matinale à la question des Roms. Le ministre de l’Intérieur est à Bordeaux, il assiste aux journées parlementaires du PS. « Il y a évidemment des solutions d’intégration mais elles ne concernent que quelques familles, c’est illusoire de penser qu’on règle le problème des populations roms à travers uniquement l’insertion », affirme le ministre de l’Intérieur. A la question de savoir si seulement une minorité de Roms avaient un projet de vie et voulaient s’intégrer en France, il répond : « Oui, il faut dire la vérité aux Français. (…) Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres, et qui sont évidemment en confrontation, il faut tenir compte de cela, cela veut bien dire que les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie. »

En l’écoutant, Cécile Duflot blêmit. Elle ne se résoudra jamais à l’idée qu’un peuple a plus ou moins vocation à s’intégrer. Elle s’énerve avec ses proches, se demande ce qu’elle fait dans un tel gouvernement. Essaie de comprendre ce que pense François Hollande, lui envoie des sms. Elle se rassure en se souvenant de la polémique sur le démantèlement des camps de Roms à l’été 2012. Elle s’était déjà démarquée de Manuel Valls et à l’époque François Hollande ne s’en était jamais ému auprès de sa ministre. Une circulaire avait réglé la question, signée comme un armistice par Duflot et Valls. François Hollande est à New York, Europe 1 fait fuiter que le président a confié en petit comité (dans l’avion en fait) que « la majorité des Roms a vocation à être raccompagnée dans son pays d’origine » et que « seule une minorité cherche à s’intégrer ».

Cette fois, pour Cécile Duflot, si le président est sur la même ligne que le ministre de l’Intérieur, le désaccord est grave. Duflot ne va pas bien, les soubresauts de son parti avant son congrès l’épuisent. Elle s’en est mêlée, a convaincu Pascal Durand de laisser sa place de secrétaire national pour se lancer aux européennes. Noël Mamère claque la porte d’EELV. La séquence est catastrophique, elle le sait. Sa vie se complique et elle ne peut se résoudre à accepter la ligne Valls sur l’immigration et les Roms. Le gouvernement auquel elle appartient va déjà très loin sur la politique économique et l’austérité, il n’est pas très écologiste et s’il dévie maintenant sur les valeurs, que reste-t-il à Cécile Duflot quand elle fait son bilan ? Elle peste en privé, ronge son frein, envoie des sms, appelle ses copains. Le FN ne cesse de monter, elle se demande comment ce gouvernement sera jugé dans plusieurs années.

Jeudi 26 septembre, l’écologiste prend le train pour Angers, elle va participer à la journée parlementaire de son parti. Elle se retient depuis deux jours, elle sait qu’on dirait qu’elle a parlé pour se sortir de l’ornière verte. Elle monte à la tribune, assise à côté du ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, et de celui des relations avec le Parlement, Alain Vidalies. Et la catho soulage sa conscience. Elle cogne : « On ne peut pas considérer et on ne peut pas dire qu’il y a des catégories de population dont l’origine justifierait qu’elles ne puissent pas s’intégrer. Et deuxièmement, que leurs pratiques et leur mode de vie sont un dérangement pour leurs voisins. Parce que quand on dit ça, on est au-delà de ce qui met en danger le pacte républicain. » Le coup est fort, ses mots sont pourtant pesés. Duflot ne met pas seulement en cause Manuel Valls, pour la première fois depuis qu’elle est ministre, elle interpelle Hollande : « Quand tous nous avons participé à des meetings contre le recours aux tests ADN pour justifier le recours au regroupement familial. Quand tous nous avons dit que le discours de Grenoble était un scandale absolu, nous ne pouvons tenter de, ou envisager de tenter de ou laisser penser que nous pourrions utiliser les mêmes méthodes. Et ça, ce n’est pas la responsabilité des ministres. C’est la responsabilité du président de la République. » Elle sait que si le chef de l’Etat tient en public les propos qu’il a tenus en « off » sur les Roms, il ne lui laissera plus le choix, elle quittera le gouvernement. Une heure après cette charge, Jean-Marc Ayrault arrive à Angers. Il salue chaleureusement sa ministre et renvoie les journalistes à « la circulaire interministérielle signée par les ministres » en août 2012 et relative aux Roms. « C’est la politique du gouvernement. Il y a tout dedans. Y compris la fermeté, le respect du droit, y compris tout le travail d’intégration, d’accompagnement social », balaie le Premier ministre.

François Hollande finit, lui, sa journée en Lorraine, il vient d’effectuer son retour à Florange. La sortie de Duflot tombe au pire moment. Le visage de Hollande se ferme, son entourage est furieux. François Hollande ne dit rien à Cécile Duflot. Ni ce jeudi, ne le lendemain, ni tout au long du week-end. Manuel Valls ne s’entretient pas avec sa collègue du logement. Le dimanche sur BFM TV, il dénoncera des « propos insupportables ». A un proche qui s’inquiétait, « mais je croyais que tu t’entendais bien avec Cécile, pourquoi elle fait ça ? » François Hollande dira seulement : « Mais elle le pense. »

Le lundi 30 septembre, Cécile Duflot fait parvenir à François Hollande une longue lettre sur sa conception de l’intégration des Roms, sa manière de lutter contre le Front national, son malaise. François Hollande lui parle enfin, pour la première fois depuis son offensive. Quand le 18 octobre, je demande à François Hollande de me confirmer qu’il n’a pas répondu à la lettre de sa ministre sur les Roms, il me certifie, le visage fermé : « Je n’ai pas répondu à une lettre qui n’existe pas. » Quand j’insiste – puisque cette lettre existe –, le chef de l’Etat avoue : « Je n’ai pas répondu à une lettre qui n’était pas sur les Roms, mais sur sa position, son état d’esprit. Je lui ai répondu verbalement. »

A propos de Cécile Duflot, François Hollande me confiera, ce jour-là : « C’est une bonne ministre. Sur le plan de la préparation des textes, de son engagement, de sa loyauté, c’est une bonne ministre. Mais elle est très engagée dans la vie politique et du coup, elle tient des propos qui posent parfois problème, comme quand elle attaque Valls. » Le chef de l’Etat n’a pas du tout apprécié devoir, sous la pression de Cécile Duflot, recadrer ses troupes, son gouvernement, comme il le fera en Conseil des ministres, le mercredi 2 octobre 2013. François Hollande en surveillant général fait un rappel au règlement, et maintient le cap des valeurs républicaines. La polémique sur les Roms est close. Duflot et Valls n’ont pas à se déjuger.

Officiellement, rien n’a changé entre Cécile Duflot et François Hollande après cette affaire. Dans cette période, dans ces polémiques sur les valeurs où elle s’emporte contre Manuel Valls, elle sait que pour des raisons de fond et d’opportunité politique, elle a un allié. Le Premier ministre, très attentif à ne pas fracturer la gauche et très hostile à Manuel Valls, la protège. « Je fais très attention à Cécile Duflot, il ne faut pas les caporaliser tous les jours. Je l’apprécie, c’est une bosseuse, une fille intelligente, qui a le sens de l’appareil, elle a du talent, elle est à la fois dure, sans cadeaux et affective », me livre Jean-Marc Ayrault, le 3 octobre, à Matignon. La ministre du Logement a même obtenu de l’argent pour une mission « bidonville ». Elle a invité à déjeuner Manuel Valls, le 7 octobre, à son ministère. « C’était tranquille, on a parlé politique, gouvernement, avenir, municipales et à la fin, des Roms », raconte Duflot. Etait-il content de ce repas ? « Content ? Je n’emploierais pas ce mot, mais il n’y a pas eu de tension, c’est une politique et moi aussi », confirme en écho Valls.

Quand François Hollande est vraiment en colère contre Cécile Duflot, il sait qu’il a un écolo populaire, un écolo sans les problèmes des Verts, un vrai défenseur de l’environnement à qui il a confié une mission autour du monde, Nicolas Hulot. « Jamais, de près ou de loin, François Hollande n’a laissé planer d’ambiguïté sur un poste de ministre », dément Hulot. « Quand il est venu me voir pour être ambassadeur de la planète, Nicolas Hulot n’est pas venu au nom d’EELV. Si je l’avais nommé ministre, au début du gouvernement, alors qu’il n’est pas à EELV, je ne pense pas que ça aurait été bien compris et je ne pense pas qu’il l’aurait souhaité », balaie Hollande.

Cécile Duflot a failli partir, le jour où Delphine Batho a été limogée. Elle ne l’a pas fait, n’en a jamais parlé au chef de l’Etat. Du coup, quand le 4 août, François Hollande lit dans Le Journal du Dimanche qu’elle a vraiment songé à démissionner ce mardi-là, il n’est pas content : « Le JDD, ce ne sont pas nos amis », lui écrit-il.

Et souvent dans leurs tête-à-tête, Cécile Duflot confesse en souriant à François Hollande : « Je ne peux pas le faire ailleurs, mais je vais te faire le sketch, ce que je dirais si je n’étais plus au gouvernement. Je te raconte : “Ce matin, notre invitée est l’ex-ministre du Logement. Que pensez-vous de la réforme des retraites, madame Duflot ?” » Il se marre et lui demande, « arrête ». Le président sait trop les coups qu’elle pourrait lui porter si elle n’était plus liée par la solidarité gouvernementale. Avec le Premier ministre, Duflot fait « les tweets que je n’enverrai pas ». Sa soupape de sécurité. Sa liberté imaginaire. Cécile Duflot a prévenu François Hollande dès les premiers mois : « Tu sais, ex-ministre, c’est un statut à vie. »

Il croit qu’elle bluffe, qu’elle est comme lui, un animal froid, avide du pouvoir et de ses attributs, qu’elle pense qu’elle a un rôle dans l’histoire. Elle est encore la gosse grandie dans les années 1980, celles du sida et de l’antiracisme. Lutter contre le Front national en reprenant ses thèmes, faire de la triangulation ne sera jamais sa manière d’être. Sa hantise, son cauchemar : avoir appartenu à un gouvernement qui a fait cyniquement monté le FN. Elle ne se le pardonnera jamais.

1. Cf. chapitre sur le mariage pour tous.

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