La théorie des étoiles filantes
Épilogue
Parfois, les vœux s’envolent dans les nuées sans jamais être entendus par les dieux, parfois ils sont exaucés à peine formulés. C’est ce qu’on appelle la loterie des anges. Ce soir-là était sans doute mon jour de chance.
J’étais allongé dans la neige depuis deux minutes à peine, les yeux plongés dans l’immensité de l’Univers, les mains délicatement repliées en croix sur ma poitrine, lorsque je perçus un bruit métallique, comme une nacelle arrivant à quai, suivi bientôt de pas dans la neige. J’ai découvert un visage penché au-dessus du mien.
C’était celui, radieux, pur et merveilleux, d’Olympe Vega. La seule étoile brillant encore dans mon ciel astral en cette nuit particulière où j’avais confié mon destin aux puissances célestes.
‒ Alexandre, qu’est-ce que tu fais allongé par terre ?
Je ne savais encore si je rêvais ou non, si le froid intense me portait au délire, ou si Olympe avait fait tout ce chemin pour venir me chercher, mais il était indéniable que cette apparition avait pour moi toutes les apparences de la réalité.
‒ Comme tu le vois, je prends le frais et j’attends de plonger dans le grand sommeil.
Olympe n’a pas tiqué, ni même paru étonnée de ma réponse. Elle s’est contentée de m’adresser son regard de velours, petit rictus, paupières ourlées et prunelles couleur de feu, puis a dit :
‒ Il est un peu tôt pour ça, tu ne crois pas ?
Je n’avais plus rien à quoi me raccrocher. Mon ex-femme ne me supportait plus, mes enfants se contrefichaient de mon existence, j’avais essuyé le revers amoureux d’Ambre avec laquelle je comptais refaire ma vie, connu les affres d’un infarctus et du passage de la cinquantaine, essuyé le refus d’une dernière aventure amoureuse. Plus aucun câble de vie ne se profilait à l’horizon, et pour couronner le tout, Shogun avait disparu au col de la Fenêtre au volant de sa dameuse. Tout ce que j’ai trouvé à répondre a été :
‒ C’est trop tard, tout est fini pour moi.
Tandis que le froid m’engourdissait davantage, et que mes lèvres, déjà bleuissantes, alliées à la pâleur de nacre de mon visage, préfiguraient mon imminent passage dans l’autre monde, Olympe a compris qu’il n’y avait plus de temps à perdre. En femme intelligente, elle a fait vibrer une nouvelle corde à son arc de sensibilité :
‒ Tu as essuyé des échecs, mais qui te dit que tout ne peut pas recommencer ? Et puis, pourquoi fermer la porte à un avenir amoureux ? Il y a des milliards d’étoiles dans le ciel, et des milliards de femmes sur cette Terre. Qui te dit qu’avec l’une d’elles, tu ne pourrais pas vivre encore une belle histoire ?
Elle savait qu’elle avait atteint le point sensible. Au fond, je n’étais qu’un homme, et comme tous les hommes et les femmes sur cette Terre, j’avais juste besoin d’aimer et être aimé.
‒ Tu en es sûre ?
‒ Certaine. Il y a toujours une renaissance après un accident de la vie. C’est ce qu’on nomme la résurrection… Et n’oublie pas qu’en tant qu’infirmière, je suis tenue de te maintenir en vie, même si pour cela je dois recourir à la force.
Puis, tout en faisant glisser une mèche de cheveux derrière son oreille, elle a ajouté encore :
‒ Tu viens. On nous attend en bas… La vie nous attend.
Ce geste, cette parole… mon cœur a fondu une nouvelle fois, puis comme elle me tendait la main, je lui ai tendu la mienne. Lorsque nos paumes se sont rejointes, il y eut comme une étincelle dans l’obscurité. J’ai su alors que j’étais un nouveau Lazare ressuscité d’entre les morts, et que, grâce à cette intervention divine, j’allais finir par me relever. J’ai souri d’une manière béate, extatique. À cet instant précis, il s’est arrêté de neiger et le ciel est devenu limpide. Je ne sentais plus le froid, j’étais comme transporté au cœur de la matrice, je venais de renaître. Et, puisant l’énergie dans son regard, j’ai enfin retrouvé le chemin de l’espoir. Les yeux d’Olympe étaient deux phares d’Alexandrie dans la nuit d’Alexandre.
J’ai compris alors, avec la fulgurance d’une comète entrant dans l’atmosphère, la portée de cette maxime qui serait désormais ma devise. À deux, on est un peu moins perdus dans l’immensité de l’Univers.
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Maxence Fermine
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