La Tosca: Drame en cinq actes
Scène IV
, riant.—Français, n'est-ce pas? Cela se voit!
.—A l'accent?...
, de même.—Des baisers, oui.
.—M. le chevalier de Trévilhac, que j'ai l'honneur de vous présenter.
, riant.—Il est bien temps! (Tout en descendant, elle arrive à Scarpia qui,
silencieusement, lui baise la main.) Ah! bonjour, baron... Eh bien! Et votre
fugitif?
.—Son sort, vous intéresse?
.—Eh! oui, le pauvre!
.—Un criminel d'Etat! Vous plaignez ce misérable?.
.—Oh! ma foi, baron, un homme qui fuit, la potence n'est plus un
misérable!... C'est un malheureux.
.—Et s'il frappait à votre porte, vous l'ouvririez?
.—Oh! tout de suite.
, toujours souriant.—Savez-vous que VOUS y joueriez cette jolie tête?...
.—Raison de plus!... (Elle se détourne.) Ah! bonsoir, princesse.
Elle continue à parler bas, à rire, etc., avec d'autres empressées. Les domestiques reportent au
fond les sièges qui sont à gauche de la grande table pour préparer l'entrée de la reine.
, seul à l'avant-scène, la suivant des yeux.—Est-ce ignorance, ou bravade?
U , au fond à droite, a voix très haute.—Messieurs, la
reine!
Scène IV
L , MARIE-CAROLINE, DIEGO NASELLI, P 'A , LE
GENERAL FRŒLICH, O , , , LE
DUC D'ASCOLI, PAISIELLO, C , , ,
, etc.
Tandis que les domestiques enlèvent la table et les sièges devant l'estrade, et les emportent
dans la coulisse par le fond, tous les joueurs se lèvent et s'effacent pour faire place à la
reine qui entre par la seconde porte de gauche, et descend, suivie à deux pas de distance par
le prince d'Aragon et le général Frœlich. La reine descend, saluée par tous, et s'arrête
devant Floria qui lui fait une grande révérence, tandis que le prince d'Aragon remet un
programme à la reine.
M-C .—Bonjour, ma chère. Etes-vous en voix, ce soir?
.—Je ferai en sorte que Votre Majesté ne soit pas trop mécontente de
son humble servante.
M-C .—Est-ce réussi, au moins, cette cantate?
.—Je crois que Votre Majesté en sera satisfaite.
M-C .—Paisiello a bien des sottises à se faire pardonner.
Paisiello, à droite, à l'écart, reste très humble sous les regards tournés vers lui.
.—Je puis assurer à Votre Majesté qu'il est encore plus repentant que
coupable.
M-C .—Bon, ma chère, ne parlez pas; mais chantez pour lui; cela
suffira peut-être. (Elle se détourne. Paisiello remonte, enchanté. La reine, à Attavanti.)
Bonsoir, marquis!... (Apercevant Scarpia.) Ah! C'est toi, Scarpia!... (Elle descend
un peu, et se trouve isolée avec lui, à l'avant-scène; les autres se retirent par discrétion.) Eh
bien, quelles nouvelles d'Angelotti?
Le prince d'Aragon et Trivulce, à droite, avec la Tosca.
.—Bien de positif, encore, madame, sinon qu'il n'a pas dû quitter
Rome.
M-C .—Prends garde que cette aventure ne te soit fatale. Tu as
bien des ennemis.
.—Les mêmes que Votre Majesté!
M-C .—Et ces gens-là font courir de mauvais bruits sur ton
compte!
.—J'arrête journellement ceux qui calomnient la reine.
M-C .—On constate qu'Angelotti, enfermé depuis un an, n'a réussi
à s'échapper que huit jours après ta venue.
.—On m'accuserait?...
M-C .—Sa sœur est riche et belle!
.—Votre Majesté me croit coupable?...
M-C .—Ta réponse est facile.... Trouve Angelotti!
.—Oh! cette nuit même...
M-C .—Tant mieux pour toi, car j'aurais bien du mal à conjurer la
mauvaise humeur du roi.
Elle se détourne. On entend de grands cris sur la place; ritournelle de la saltarelle.
P 'A .—Votre Majesté ne donnera-t-elle pas à ce bon peuple la joie de lui témoigner son adoration?
M-C .—Oui, certes! Les braves gens!
Chœur et orchestre sur le place, jouant la salterelle. Les acclamations redoublent. La reine
remonte vers la fenêtre du milieu, à droite de la grande table, suivie de son entourage, et
s'avance sur le balcon. Autres personnages en scène se portent vers les deux autres
fenêtres. A la vue de la reine, les vivats ne cessent plus, ainsi que les chants. Le balcon est
envahi par les assistants.
, après avoir crié: «Vive la reine!»—Angelotti!... Angelotti!... A mort!...
, à Capréola.—Que disent-ils?
M-C , sur le seuil de la fenêtre du milieu, se tournant vers Scarpia, seul au
milieu de la scène. —Tu entends, Scarpia! Ils demandent la tête d'Angelotti.
, froidement.—Oui, Majesté!
.—Scarpia! A mort, Scarpia!
M-C , même jeu.—Et la tienne.
On rit.
, de même, regardant fièrement le groupe formé à gauche par Capréola, Trivulce, et
autres qui ricanent. —Naturellement, la canaille romaine serait la plus hideuse
des canailles, s'il n'y avait pas la canaille napolitaine! («Vive la reine! Vive la
reine!» Musique et chœurs sur la place. Les cris s'apaisent. Seule la musique continue.
Scarpia redescend seul devant la table. Tous écoutant au fond, debout ou assis, la tête
tournée vers la place.) Allons, si Angelotti se dérobe, c'est la disgrâce
prochaine, et ces courtisans qui la flairent font déjà gorge chaude à mes
dépens. Ce n'est pas cette femme que je redoute, mais l'autre, l'Hamilton,
qui veut qu'Angelotti soit pendu et qui ne me pardonnera jamais sa proie qui
lui échappe. Un mot de cette Anglaise qui mène tout là-bas, et c'est fait de
moi. (Il descend au fauteuil où il s'assied.) Voyons, du calme! Que faire? Arrêter
Cavaradossi demain, dès qu'il affectera de se faire voir? Et après? Angelotti
sera déjà loin. C'est avant l'ouverture des portes, qu'il me faut ces deux
hommes... Et comment?... J'ai beau chercher. Je ne vois toujours que cette
femme qui ne sait rien ou qui ne voudra rien dire. (Il regarde la Tosca en ce
moment à la balustrade des musiciens, où elle cause avec Paisiello, un morceau de musique
à la main, déchiffrant.) Du moins, contre l'autre, l'Attavanti, j'avais une arme:
cet éventail, mais ici... Ici? (Il s'arrête frappé d'une idée subite.) Pourquoi pas la
même? Voyons donc! Voyons donc! Une femme très amoureuse, très
passionnée!... Avec un mouchoir, Jago a fait bien du chemin... Ou elle sait
et je lui fais tout dire, ou elle ignore... Et, pardieu, c'est elle qui trouvera,
elle trouvera pour nous! (Fin de la saltarelle.) Quel policier vaut une femme
jalouse? (Debout.)...Allons, allons, j'y suis, cette fois... Et, à la bonne heure,
je me retrouve!
endant ce temps, Floria est venue s'asseoir sur le canapé à droite de la scène, son morceau de
musique à la main, et Scarpia a traversé la scène, allant à elle derrière le canapé, par un
détour. Orchestre dans les salons lointains jouant l'andante en sol majeur de la symphonie
de Haydn en ré majeur.