La Tosca: Drame en cinq actes
Scène V
et lui avouer que les moustaches sont toujours là, parce que j'ai plaisir à les
fréquenter. Car alors, il me défendrait de t'aimer!... Je lui répondrais!... Dieu
sait ce que je lui répondrais... Un vrai scandale!... Mais mon compte est
bon, va!... Je suis en état constant de péché mortel, et si je venais à mourir
subitement...
M .—L'enfer!
.—Encore si c'était avec toi!...
M .—Bon, qui sait!...
, rassurée.—Oui, je crois que ça s'arrangera tout de même...
M .—Mais oui!... va...
.—Grâce à la Madone, je suis très bien avec la Madone!
M .—Ah! alors, continuons!
On frappe à la porte.
.—Chut!...
M .—Quoi?
.—On a frappé.
, dehors.—Madame, madame!
, descendant.—C'est ma femme de chambre... C'est toi, Luciana?
.—Oui, madame.
, à Mario.—Ouvre.
Mario ouvre.
Scène V
L , LUCIANA
.—Qu'est-ce que c'est?... Quoi!
.—Une lettre que l'on vient d'apporter à la maison de la part du
maestro.
Elle cherche la lettre sur elle.
.—Paisiello? Dieu, que c'est agaçant de ne pas être un moment
tranquille. (Mario, pendant ce temps, fait à Angelotti un signe de patience.) Allons,
donne donc? Dépêche-toi!
.—La voici!
.—Qu'est-ce qu'il me veut encore, ce vieux fou? (Lisant.) Divine Tosca.
Son Excellence monsieur le duc d'Aseoli me communique une nouvelle qui
vous comblera de joie. Sa Majesté vient de recevoir une lettre du général
Mêlas qui lui annonce que, le 14 courant, il a livré bataille à l'armée
française commandée par le général Bonaparte, dans la plaine de
Marengo, près d'Alexandrie...
M , vivement.—Ah! donne, je t'en prie... (Il prend la lettre et lit de façon à être
entendu par Angelotti.) ...Le combat commencé à l'aube s'est prolongé avec un
grand acharnement jusqu'à trois heures de l'après-midi et s'est terminé par
la déroute complète de l'armée française... C'est une victoire éclatante pour
nos armes... (Il repasse la lettre à Floria.) Tiens, achève.
Il va s'asseoir, attristé, à gauche.
, reprenant la lecture.—...En conséquence, Sa Majesté vient d'ordonner
des prières d'actions de grâces dans toutes les églises. Et j'ai pensé qu'il
était de notre devoir de nous associer à cette joie patriotique... L'excès
même de mon enthousiasme échauffant ma verve, je viens d'improviser une
cantate en l'honneur de cette victoire...
M .—Charlatan! Il veut rentrer en grâce et faire oublier sa Marseillaise
parthénopéenne!
, continuant.—...Ai-je besoin d'ajouter, diva, que cette improvisation ne
peut avoir quelque mérite que si vous lui prêtez, ce soir, au Palais-Farnèse,
l'appui de votre prestigieux talent?... Les chœurs et l'orchestre sont
convoqués. On n'attend plus que vous. Une bonne répétition nous suffira
avant l'heure du souper. Venez sans retard, je vous en prie, et vous
comblerez de joie le plus ardent, le plus dévoué, le plus! et cætera! Vieux
singe, va...
e diable l'emporte avec sa cantate!
M , vivement.—Ah! tu ne peux pas refuser!
.—Eh! non... Pour la reine!... Mais comme c'est gai de te laisser là pour
aller répéter sa cantate!... Qu'est-ce que tu vas faire sans moi?
Elle s'apprête à partir.
M .—Je travaillerai jusqu'à la nuit.
.—Et après?
M .—J'irai souper et coucher à la villa.
.—C'est cela, oui!... Et demain matin?
M .—Demain matin, tu me verras à midi.
.—Pourquoi si tard?
M .—Pour te laisser dormir.
.—Je n'ai pas besoin de dormir tant que ça! Je veux que tu me réveilles.
M .—C'est convenu. Allons, à demain.
, prête à partir, s'arrêtant.—Attends!...
M .—Quoi?
, montrant, le tableau.—Oh! je t'en prie! Fais-lui des yeux noirs... Cela t'est
bien égal, n'est-ce pas? Elle sera tout aussi Madeleine avec des yeux noirs...