La Tosca: Drame en cinq actes
Scène II
.—Joseph!... Il fait courir, le bruit qu'il a franchi les Alpes avec tous
ses canons!... Les Alpes!... Non!... C'est à mourir de rire...
G .—Voici le patron!
Scène II
L , MARIO CAVARADOSSSI
M , entrant par la droite portant une étoffe.—Je vous demande pardon, père
Eusèbe, je suis un peu en retard.
Il monte sur son échafaudage et, pendant ce qui suit, drape son étoffe sur un mannequin.
, repliant son journal.—J'en profitais, Excellence, pour mettre Gennarino
au courant des opérations militaires.
M .—Oh! Alors!
.—Tout est fermé... Je puis sortir, Excellence?
M .—Oui, oui, et toi aussi, Gennarino... Je n'ai pas besoin de toi avant la
réouverture des portes.
G .—Merci, Excellence!
.—Votre-. Excellence aura la bonté de tirer les verrous. (Poussant
Gennarino.) Allons, passe devant, paresseux!
Ils sortent par la droite. Eusèbe tire la porte...
Scène III
MARIO, CESARE A
Mario resté seul, après avoir disposé son étoffe, descend de l'échafaudage pour voir l'effet de
loin. Puis tout en sifflotant, il remonte sur l'échafaudage et corrige les plis de la draperie;
après quoi il ôte sa veste, pose son tabouret, et s'apprête à travailler... Dès qu'il est remonté
sur son estrade, Angelotti paraît derrière la grille de la chapelle à droite, qu'il rouvre sans
bruit et sort sans être vu par Mario qui lui tourne le dos; puis il descend vers la porte, et
prête l'oreille. A ce moment, Mario, agenouillé pour choisir des vessies dans sa boîte,
l'aperçoit, et, sans changer de posture, l'interpelle.
M .—Tiens!... Quelqu'un?...
A , se retournant.—Plus bas, je vous prié... Sommes-nous seuls?
M .—Oui. Ah ça, qui diable êtes-vous, avec ces allures de malfaiteur?
A ,—Un malfaiteur, en effet, pour certaines gens, mais pour vous,
non... si j'en crois ce que disaient cet homme et cet enfant.
M , descendant de l'estrade.—Tout cela ne m'apprend pas qui vous été...
A , résolument.—Eh bien, soit!... Advienne que pourra! Je suis un
prisonnier évadé du château Saint-Ange!
M .—Vous?
A , vivement.—Et mon nom ne vous est peut-être pas inconnu. J'étais à
Naples un des plus ardents défenseurs de la République parthénopéenne, et,
quand elle a succombé, je me suis réfugié à Rome... où l'on m'a fait consul
de la République romaine, égorgée comme l'autre... Vous avez pu lire sur
toutes les listes de proscription ce nom qui est le mien: Cesare...
M , vivement.—Angelotti?...
A .—Oui!
M , courant à la porte et tirant les verrous.—Ah! bon Dieu!... Que ne le disiez-
vous plus tôt?
A .—Dieu soit loué! je ne me suis pas trompé sur votre compte...
M .—Ah! certes, non! Mais comment êtes-vous caché dans cette église?...
A .—Comment et pourquoi, je vous le dirai; mais, par grâce,
quelques gouttes de ce vin... Je n'ai rien pris depuis hier, et je n'en puis plus
de fatigue et de besoin.
Il s'assied sur l'escabeau.
M , allant vivement au panier, et lui versant à boire dans un gobelet.—Ah! Certes!...
Tenez!... Buvez!... Buvez vite!
A .—Merci! Ne retirez pas votre main... Quand on n'a plus
commerce depuis longtemps qu'avec des geôliers, des bourreaux et autres
animaux malfaisants, vous ne sauriez croire quel plaisir c'est de serrer enfin
dans sa main la main d'un homme. (il vide le gobelet.) Ce vin me ranime.
M , retournant à son panier.—J'ai mieux à VOUS offrir!... Heureusement. (Il
rapporte le panier qu'il vide en parlait.) Et comment avez-vous pu vous évader?
A , prêt à manger.—Je n'y suis pour rien... (S'interrompant pour regarder
autour de lui.) Mais êtes-vous bien sur?...
M .—L'église est vide et close de toute part... Le sacristain lui-même ne
peut rentrer par cette porte que si j'en tire les verrous. Nous avons devant
nous deux bonnes heures de sécurité pour le moins.
A , mangeant.—Je n'ai pas, vous disais-je, le mérite de mon évasion,
qui est l'œuvre de ma sœur, la marquise Attavanti... La connaissez-vous?
M .—De vue seulement.
A .—C'est elle qui a tout fait! Hier à la tombée du jour, un porte-clefs
gagné par elle, le nommé Trebelli, m'a apporté ces vêtements dans mon
cachot dont il m'a ouvert la porte après avoir détaché mes fers. On travaille
en ce moment, au château Saint-Ange, à réparer les dégâts de l'occupation
française. J'ai pu me mêler, à la sortie des ouvrières, et gagner au large.
Mais, à cette heure-là, les portes de la ville sont fermées, de l'Angélus du
soir à l'Angélus du matin. Me réfugier chez ma sœur? Impossible... Le
marquis Attavanti, mon beau-frère, est un fanatique, du trône et de l'autel,
qui serait homme à me livrer lui-même au bourreau; non par méchanceté—
l'imbécile n'est pas méchant—mais par courtisanerie, par peur et conscience
de son devoir!... Où trouver asile pour la nuit?... Ma sœur avait prévu le cas.
Les Angelotti, fondateurs de cette église, y ont leur chapelle dont seuls ils
gardent la clef... elle y a déposé hier des vêtements de femme, le voile, la
mante, jusqu'à l'éventail, pour cacher mon visage au besoin, et des rasoirs,
des ciseaux, etc., tout ce qui peut servir à me rendre méconnaissable; la clef
m'a été remise par Trebelli, j'ai pu me glisser dans cette chapelle avant la
fermeture des portes de l'église, y passer toute la nuit, et le jour venu, m'y
couper les cheveux et la barbe. J'attendais Trebelli ce matin. Lui seul entrant
dans mon cachot, mon évasion ne devait être constatée qu'à la visite
réglementaire de demain. Il était donc convenu que Trebelli ferait son
service à l'ordinaire, et qu'après s'être entendu avec un voiturier, il viendrait
me prendre ici à l'heure de la grand'messe. Je sortais avec lui sous mes
habits de femme, nous montions en voiture, et nous allions à Frascati
rejoindre ma sœur qui, partie ce matin, y prépare toutes choses pour ma
sortie des Etats-Romains. Trebelli n'a pas paru, et je n'ai su que résoudre,
balancé entre l'obligation de l'attendre, puisque sans lui je ne sais que
devenir, et la crainte de prolonger ici mon séjour. Car enfin, si l'évasion est
découverte, si Trebelli est arrêté, s'il parle...
M .—S'il était arrêté, vous le seriez aussi; car de gré ou de force, il aurait
tout dit!... Et, si votre fuite était connue, le canon du château Saint-Ange
l'aurait appris à toute la ville, en donnant le signal d'en fermer les portes...
A .—Ce qui me rassure, en effet, c'est de ne l'avoir pas entendu. Mais
l'absence de cet homme...
M .—Un retard que le moindre accident peut motiver et qui n'a rien de
bien effrayant. Attendons ici patiemment que le jour baisse. Aucun asile
n'est plus sûr pour vous que cette église déserte... D'ailleurs vous ne sortirez
pas de ce côté, sous votre déguisement, sans attirer l'attention des commères
qui tricotent sur le pas de leurs portes, des enfants, des joueurs de boules
qui sont là sur la place. Tandis qu'à la réouverture de l'église, vous pourrez
sortir franchement par la grande porte, et, dans le va-et-vient des dévotes,
personne ne prendra garde à une de plus. Si, à cette heure-là, Trebelli ne
s'est pas encore montré, je me charge du reste.
A .—Ah! quel homme vous êtes!... Ce qui aie fâche, c'est l'inquiétude
de ma pauvre sœur qui m'attend.
M .—Et qu'on ne saurait prévenir, malheureusement. Mais je m'explique
sa présence hier dans cette église.
A .—Vous l'avez vue?
M .—Assez pour fixer sur cette toile le souvenir de sa merveilleuse
beauté.
A , regardant.—En effet!...
M .—Oh! une simple esquisse.
A , regardant le tableau.—C'est bien le ton doré de ses cheveux, et ses
grands yeux bleus si doux... Ah! ma chère Giulia! Quel dévouement. Pensez
que depuis un an elle me dispute à la mort. Mais la tendresse d'une femme
est moins puissante que la haine d'une autre.
M .—Ah! C'est là votre fait?...
A .—Et par ma faute... Il y a une vingtaine d'années, j'étais à
Londres, uniquement soucieux alors de mes plaisirs... Un soir, au Waux-
Hall, je fus accosté par une de ces créatures qui rôdent, à la nuit, dans ces
jardins publics, en quête d'un souper. Celle-là était prodigieusement belle.
Notre liaison dura huit jours; puis je partis, ne gardant de cette aventure que
le souvenir, qu'elle méritait. Des années se passent: mon père meurt, et le
partage de ses biens me fait propriétaire de terres considérables dans les
environs de Naples, et, par suite, habitant de cette ville. J'y arrive un jour
après une assez longue absence. Le prince Pepoli chez oui je dîne, me dit:
«Venez ça que je vous présente à l'ambassadeur d'Angleterre, sir Hamilton,
et à sa délicieuse femme qui révolutionne ici toutes les têtes.» Et dans lady
Hamilton, jugez de ma stupeur!... je reconnais ma facile conquête du Waux-
Hall...
M .—Eh! oui. Emma Lyon, bonne d'enfants à ses débuts, puis servante de
taverne, modèle, fille publique, etc... et finalement, ambassadrice du
Royaume-Uni d'Angleterre.
A .—Je dissimule en vain ma surprise. Lady Hamilton n'est pas
femme à s'y méprendre. Elle se sent reconnue. A table, on m'a fait l'honneur
de m'asseoir à sa droite. Mais un autre convive, La Haine, s'y place entre
nous... Et j'ai la folie de la braver... L'Hamilton n'était pas alors, comme
aujourd'hui, la vraie souveraine de Naples, par l'empire qu'elle a su prendre
sur Marie-Caroline, son amie, sur l'amiral Nelson, son amant, protecteur du
Royaume!... Mais elle avait assez de crédit déjà, pour exciter la cour à
toutes les rigueurs contre les Napolitains suspects, comme moi, de pactiser
avec l'idée révolutionnaire. Irrité de la voir hostile, pour nous, jusqu'à la
cruauté, je m'oubliai à dire publiquement en quel lieu j'avais connu cette
aventurière. Deux jours après, ma maison était envahie, mes papiers saisis,
fouillés... Rien! Mais dans ma bibliothèque, deux volumes de Voltaire
qu'une main perfide y avait glissés à mon insu, et par quel ordre?... ai-je
besoin de vous le dire? Or le décret royal était formel. Pour tout possesseur
d'un seul ouvrage de Voltaire,... trois ans de galère!...
M .—Et vous avez fait?...
A .—Mes trois ans!
M .—Ah! grand Dieu!
A .—Après quoi, exilé, ruiné, tous mes biens étant confisqués par la
couronne, je quittai Naples, où je ne rentrai qu'à la suite de Championnet.
Au retour de l'armée royale, je réussis à gagner Rome, tandis qu'à Naples,
les patriotes, mes amis, étaient écartelés, aveuglés, mutilés, brûlés vifs par
la canaille napolitaine, qui se régalait de leur chair grillée, et dans la
campagne, traqués par les san-fédistes à la solde d'un Fra-Diavolo ou d'un
Mammone, ce monstre qui troue la gorge de ses prisonniers, et qui boit leur
sang!... Mais, quand la garnison française dut céder Rome aux troupes;
napolitaines, arrêté au mépris de la capitulation et jeté dans, un cachot du
château Saint-Ange, j'y suis oublié depuis un an grâce à ma sœur. Le prince
d'Aragon, gouverneur de Rome pour le roi, n'est pas un méchant homme, et
se prêtait à cet oubli volontaire, dans l'espoir qu'à l'arrivée du nouveau pape,
je profiterais de quelque amnistie; mais, la cour de Naples a dépêché ici
récemment, comme régent de police, un Sicilien qui s'est fait là-bas une
réputation le justicier impitoyable...
M .—Le baron Scarpia!...
A .—...Et celui-là n'est pas homme à m'oublier!
M .—Ah! le misérable! Sous les dehors de la parfaite' politesse et de la
fervente dévotion, avec ses sourires et ses signes de croix, quel vil gredin,
cafard et pourri, artiste en scélératesse, raffiné dans ses méchancetés, cruel
par dilettantisme, sanguinaire jusque dans ses orgies! Quelle femme, fille ou
sœur, n'a payé de sa honte les démarches faites auprès de ce satyre
immonde?...
A .—A qui le dites-vous? Ma sœur a dû le fuir épouvantée, et c'est
alors qu'elle a conçu le plan de mon évasion. Mais Scarpia nous gagnait de
vitesse et, dans trois jours, je devais être expédié à Naples pour y donner à
lady Hamilton la joie de voir pendre son ancien amant!... Plaisir qu'elle
n'aura pas, quoi qu'il arrive; j'ai dans cette bague, grâce à ma sœur, de quoi
leur épargner les frais de ma potence...
M .—Chut!...
A .—On a frappé...
Silence. Ils écoutent. Bruit, de voix dehors.
M , l'oreille collée à la porte.—Non! C'est la boule de l'un, des joueurs qui est
venue heurter cette porte. Ils s'éloignent... Ce n'est rien.
Il revient: à Angelotti.
A .—Que je m'en veux de vous associer à mes inquiétudes... Mais,
bon Dieu! je vous parle de moi depuis une heure et je ne sais pas encore de
quel nom vous nommer.
M ..—Mario Cavaradossi.
A .—Le fils?...
M .—De Nicolas Cavaradossi! Un Romain comme vous.
A .—Je croyais la famille éteinte.
M .—Pas encore, vous voyez. Mais votre erreur s'explique. Mon père a
passé en France la plus grande partie de sa vie. Introduit par l'abbé Galiani
dans la société des Encyclopédistes, il était fort lié avec Diderot,
d'Alembert, etc. C'est ainsi qu'il épousa M lle de Castron, ma mère, petite-
nièce d'Hélvétius!... J'ai fait mes études à Paris et, après la mort de mes
parents, j'y ai vécu pendant toute la période révolutionnaire, dans l'atelier de
David, dont je suis l'élève...
A .—Et vous pouvez vivre ici?...
M .—Sans l'avoir désiré, ni même prévu... J'avais à Rome des intérêts en
souffrance. J'y suis venu au moment où les troupes françaises sortaient par
une porte, où l'armée napolitaine entrait par l'autre. Et j'y suis resté pour
mettre ordre à mes affaires...
A .—Depuis un an?
M .—J'aurais mauvaise grâce à ne pas vous dire la vérité!... J'y suis resté
surtout...
A , souriant.—Pour une femme?
M .—Eh! oui.
A .—Toujours!
M .—Connaissez-vous la Tosca?
A .—Floria Tosca? La cantatrice?
M .—Oui!
A .—De renommée seulement... C'est elle?
M .—C'est elle!... L'artiste est incomparable; mais la femme... Ah! la
femme!... Et cette créature exquise a été ramassée dans les champs, à l'état
sauvage, gardant les chèvres. Les bénédictines de Vérone, qui l'avaient
recueillie par charité, ne lui avaient guère appris qu'à lire et prier; mais elle
est de celles qui ont vite fait de deviner ce qu'elles ignorent. Son premier
maître de musique fut l'organiste du couvent. Elle profita si bien de ses
leçons qu'à seize ans elle avait déjà sa petite célébrité. On venait l'entendre
aux jours de fête. Cimarosa, amené là par un ami, se mit en tête de la
disputer à Dieu, et de lui faire chanter l'opéra. Mais les bénédictines ne
voulaient pas la céder au diable. Ce fut un beau combat. Cimarosa
conspirait; le couvent intriguait. Tout Rome prit parti pour ou contre, tant
que le défunt pape dut intervenir. Il se fit présenter la jeune fille, l'entendit
et, charmé, lui dit en lui tapant sur la joue: «Allez en liberté, ma fille, vous
attendrirez tous les cœurs, comme le mien, vous ferez verser de douces
larmes; et c'est encore une façon de prier Dieu.» Quatre ans après elle
débutait triomphalement dans la Nina et, depuis, à la Scala, à San-Carlo, à
la Fenice, partout il n'y a qu'elle. Quant à notre liaison, elle a été improvisée
ici à l'Argentina où elle chante en ce moment. Une de ces rencontres où l'on
se sent à première vue l'un pour l'autre, l'un à l'autre, où deux êtres se
reconnaissent sans s'être jamais vus;—c'est lui!—c'est elle!—Et tout est dit.
A .—Je ne vous connais, moi, que depuis un quart d'heure; mais je ne
lui pardonnerais pas de ne pas vous aimer.
M .—Ah! pour cela!... Elle m'aime bien! Je ne lui sais même qu'un
défaut!... C'est une jalousie folle qui n'est pas sans troubler un peu notre
bonheur. Il y a bien aussi sa dévotion qui est excessive; mais l'amour et la
dévotion s'accommodent assez l'un de l'autre...
A .—C'est la même chose!...
M .—Eh! oui... Enfin, je lui ai fait le sacrifice de mes répugnances en
prolongeant ici mon séjour qui n'est pas sans péril. Car vous pensez bien
que j'y suis assez mal vu. Je n'ai pris aucune part à ce qu'ils appellent votre
révolte; et, à cet égard, je ne saurais être inquiété; mais, outre que mon nom
sent un peu le roussi, mon père ayant fait scandale en son temps, le fait seul
que je suis élève du conventionnel David, ma façon de vivre qui n'a rien
d'un san-fédiste, mes vêtements et jusqu'à l'air de mon visage, tout est pour
me signaler à la police. Ici, comme à Naples, vous le savez, celui-là est mal
noté qui supprime la perruque poudrée, la culotte, les souliers à boucles, et
s'habille et se coiffe à la française. Mes cheveux à la Titus sont d'un
libéralisme outré, ma barbe est libre penseuse, mes bottes sont
révolutionnaires. J'aurais déjà eu maille à partir avec le hideux Scarpia si je
ne m'étais avisé d'une ruse...
A .—Qui est?...
M .—J'ai sollicité du chapitre de cette église l'autorisation de peindre ce
mur-là gratuitement.
A .—Oh! ils ont accepté?
M .—Vous pensez!... Ce pieux dévouement a conjuré l'orage, et peut-être
lui devrai-je ma sécurité jusqu'au départ de Floria pour Venise où elle est
engagée la saison prochaine. Là, du moins, nous pourrons nous aimer sans
crainte.
A .—Et plus librement, sans doute...
M .—Oh! ma foi, nous n'en faisons pas mystère. Quand elle n'est pas chez
moi, au palais Cavaradossi, c'est moi qui suis chez elle. Ici même, elle vient
me retrouver en plein jour, et vous l'auriez déjà entendue frapper à cette
porte si elle n'était à quelque répétition pour le concert de ce soir. Cela se
trouve bien, du reste...
A .—Pourquoi?
M .—Sa présence contrarierait nos projets!...
A .—Bon; vous en seriez quitte pour lui dire qui je suis...
M .—Oh! que non pas!... Et que je ne suis pas pour associer les femmes à
ces sortes d'aventures!...
A .—Même celle-là qui vous est si dévouée?
M .—Même celle-là!... Son concours nous est inutile, n'est-ce pas?...
Biffons l'inutile. Si petit que soit le risque à lui parler, il est moindre encore
à ne lui rien dire, et nous supprimons du coup les questions, les inquiétudes,
la fièvre, les nerfs, etc... surtout sa mauvaise humeur à me voir protéger un
scélérat tel que vous. Car, pour elle, royaliste, vous n'êtes rien de mieux!...
Et puis, supposons la fuite impossible; que votre séjour à Rome se M .—Moi!... Je ne parlais pas!... Je fredonnais... Tu m'as entendu