L’Ampoule n°16 - Audace & Irrévérence

Elle voulait un peu de temps à…

Elle voulait un peu de temps à elle. Il a fumé une cigarette dans l’arrièrecour, marché le long des quatre murs ouverts au ciel.

Le réceptionniste est sorti et s’approche pour lui demander du feu. Ils restent quelques minutes ensemble à ne rien se dire. Le moment venu, il s’éloigne. Il va jusqu’à l’ascenseur extérieur, monte au quatrième, il prend le couloir et la rejoint dans la chambre.

Il voit dans le soleil quelques cheveux échappés de la masse, électrisés par l’air, qui frissonnent. L’épaule tout en chaleur, le long du bras, jusqu’à la main qui froisse le drap très blanc. Les paupières baissées et tout ce tremblement contenu qui la tient, de crainte plus que d’envie, ou l’envie d’en finir avec ce qui fait d’elle une fille.

Il va à la fenêtre, tire le rideau sur la voie de chemin de fer en contrebas. Il se donne une contenance, le dos tourné. Elle compte sur lui, ça se sent à sa peau. Il ne sait pas beaucoup mieux qu’elle. Assez quand même pour s’asseoir sur le lit et lui prendre la main qui froisse.

Il y a le silence. Entre eux. Dans la chambre qui vibre encore de lumière. Il pose le front sur le sien, embrasse sa tempe. Il sent un vrai sourire à la joue qui se gonfle. Il la goûte, doucement mais fort. Elle se laisse faire.

Il a les doigts sur sa nuque, défait le bouton qui ajuste le col de sa robe et trace une ligne entrebâillée jusque bas dans son dos. Il descend la main à plat sur cette ouverture, pousse contre elle, la couche sur ce lit qui ne la connaît pas.

Il voit encore, ses yeux humides et profonds, le dessin des sourcils. Elle respire par àcoups. Elle court. Il sent comme un effort qui lui brûle la gorge. Il vient chercher sa bouche et elle la tend, la jette. Il cherche de la langue. Leurs baisers sont vivants.

Elle saisit sa nuque et le retient, les doigts crispés. Elle fait durer ce qu’elle connaît déjà et c’est si doux qu’il se laisse faire un temps.

Son ventre est douloureux, en lui l’instinct le dispute à sa demande à elle. Il se détache, effleure la tempe, pose la main sur son front, de l’autre fait glisser l’encolure sur les épaules.

Le tissu coule, dévoile les seins. Il la regarde. Elle clôt les paupières, assez fort pour qu’elles se froissent, sa main s’ouvre sur le drap. Il tire et la dénude jusqu’aux genoux. La robe accroche à l’emboîture et il sent l’étoffe se tendre jusque dans son avantbras.

Elle fuit son regard et l’attire à elle, se cache contre son corps. Elle l’épouse et il se raidit, son sexe se tend à lui faire mal.

Elle dit : « Attends ». Il entend : « Viens ». Il dégage l’autre jambe, caresse le genou qui s’y trouve, la replie et écrase sa bouche de la sienne. De son autre main, il se déboutonne, se dégage à micuisse, se colle à elle.

Son pouls bat dans sa tête, le précipite, tout son corps se résume à ce sexe qui bande.

Il se souvient de la fille qui tremblait, se calme en caresses, prend de sa peau en bouche, s’efforce de ne pas mordre, approche son sexe à elle. Une fine pellicule d’eau la recouvre.

Il dit : « Touchemoi » et elle le touche, sa paume ouverte et puis ses doigts. Il ressent, il gémit. C’est comme le son d’un autre. Elle le regarde en plein. Il s’installe en elle, des doigts.

Il lui semble qu’elle est tout entière par ce sexe et dans ce silence installé, alors il force sur le genou, l’écarte et passe à travers elle. Elle recule un peu dans le matelas, mais il la traverse et elle aussi gémit. Elle résiste et elle cède, parce que sur le moment il n’y a pas d’autre choix et qu’elle le sait.

Il se concentre sur sa douleur à elle, la maîtrise, la pousse de l’autre côté. Se tient au plus profond et bouge au plus près d’elle, glisse contre son sexe ouvert. Lui vient quelque chose de chaud qu’elle ne lâche plus.

Elle referme ses bras sur lui, le tient serré. Il passe sa main sous elle, la soulève et il sent que la douleur cède. Au point d’en chercher le goût dans sa sueur, sa salive, les larmes qui perlent au bord de ses cils quand il la bouscule un peu, quand il la pénètre trop fort et qu’il entend : « Plus fort encore ».

Il va chercher l’autre jambe, celle qu’elle ne sent pas, s’y agrippe. De toutes ses forces la matière inerte et lisse. Il lui dit « Viens » et il entend « Viens ».

La première fille qui ait vraiment compté, autrement que parce que c’était la première. Une fille réparée, avec une jambe en plastique qui lui faisait cette démarche raide quand elle montait le chemin du lycée et qu’il la regardait parmi toutes. Une comme les autres mais avec quelque chose en plus, un membre magique, comme une extension interchangeable vers l’immortalité.