L’Ampoule n°2 - Art et Danger
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Tu vois, ces banlieues grasses qui se tissent graduellement entre nos discussions suaves ?
Elles sont mues par des manivelles écumeuses. À répétition !
Ou bien encore par le grand chambellan de ton jeu d’échecs passif. Celui de ta matrice belliqueuse. Distribué de sa plus belle voix, dans les chambrettes, avec un fouet paisible.
Encadré par deux bougies gluantes de lumière, comme deux tableaux de René Magritte.
Ce seront les bienveillantes bougies de nos gros cosmonautes de paprika.
Ceux qui, pour la millième fois, vont chevaucher ton âme fétide.
Ceux qui vont te cliver dans des ruelles aussi narcissiques que les œuvres de MichelAnge.
― Oui, j’ai perdu ta raison. Et à plusieurs reprises même.
― Et alors ?
― Elle avait semé des cailloux derrière elle, il lui a été bien facile de nous retrouver.
C’est pour cela que, lorsque tu t’affaisseras, toute nue, dans un cercle mort, je te déchirerai.
Le sourire éteint et les yeux embués.
Bouchés comme une gare belge de Paul Delvaux.
J’embrasse la gomme de tes paupières fluides et je reste passionné par la saga débauchée de tes initiations.
Des apprentissages fournis par ton courageux cerveau.
Méchamment déformés par le relief de ta peau. Similaire. Car c’est la mienne.
Et même celle de Géricault !
Je me rends parfaitement compte des obstacles.
Des nuances que tu pourrais hasarder à la lecture de mon texte.
Il ressemble un peu à l’abordage de deux vaisseaux pestilentiels, dans lequel s’insinue très lentement l’amertume.
Une amertume sanctifiée par la nef malléable de ton église. Déifiée par mon espoir mystique.
A peu près comme une sérigraphie d’Andy Warhol.
Lorsque les vitraux en plastique de tes cuisses rédigent, à cœur perdu, le roman écœurant de nos vies, tes empressements de dactylographe ne gagnent que les mirages de la tristesse des hommes.
Comme les collages de Max Ernst.
Soleil jaune et tout gras… Bien oisif… Comme un Readymade.
Nue dans la satanée grange de ton enfance. La tête recroquevillée sur tes petits genoux.
Comme dans l’azur oblitéré des vacances qui rayonnent de travers…
Avoue que tout retombe toujours en pluie malodorante sur le gaz du présent.
Froissé pour ainsi dire, comme le gentilhomme de Giuseppe Ghislandi.
Définitivement enclose dans ta magie, tu sais maintenant le désespoir logique de notre espérance ratatinée.
Ton visage, assombri par le trident de la conquête, est tout aussi galant qu’une fête d’Antoine Watteau…
Eh bien, ta victoire enfourchera son ultime piano dans un massacre horizontal.
Tu beugleras, parcourue de frissons nucléaires, comme une sculpture de Brancusi.
Mes petitsenfants prient pour que tu sois vaste. Éternisée dans l’hippocampe.
Tu leur seras révélée par la soie de ta langue obèse qui me feuillette.
Un sublime désordre fera de tes cheveux bouffants d’azote un plafond d’église où l’on aura écrasé ce bon vieux Tiepolo. Comme on écrase une guêpe.
Ah, tu es sur mon front, nimbée d’orgasmes. Sectionnée par le milieu, comme un ver par la bêche du jardinier. Collée au pourtour d’une auréole effervescente.
Ah, tu es sur mes cuisses ! Ton corps émétique a l’ampleur d’une surdité. Sourd comme les fesses que peignait François Boucher.
Et puis tu tombes en avant, avec un râle.
Une invitation à prendre un verre dans tes estampes japonaises. Sans doute pour me montrer ta mauvaise collection d’asiles psychiatriques…
Enfumée et lourde de beauté, tu ne cesses de vagir. Fardée de malheur. Aussi inconstante à suivre mon désir que les sanguines de Véronèse…
Autant est impérative l’immigration vers ta chaleur sale, autant cette ordonnance versifie ta voix en mineur…
Bien plus loin que l’océan où ton regard damné osa saborder ce pauvre Raphaël.
La lumière pernicieuse rend cette chaleur sacrée et l’ondulation animale de notre héroïne intrépide y bouillonne.
En tamisé, au vert de ses cils…
Mais te voilà camisolée près de la cruche d’eau cassée. Vertus de faïence hypocrites, comme celles de Greuze.
Petite avortée aux signalements divers, pour qui, dans ma poursuite, je suis devenu brutal…
Ton sang pourri rejaillit autour de mes veines en torrents éblouis. Sache que les pensées difformes du Caravage s’incrusteront dans ta pénitence.
Dans ta punition… La poitrine traversée par un rêve malsain, je serai aussi immatériel que tu le désireras. Viens donc te promener dans ma charogne pour que nos doigts s’unissent, comme ceux de Madame Vigée Lebrun s’unissaient à ceux des enfants de la Reine de France.
C’est le matin. Il fait clair. Et j’ai si froid.
Je n’ai pas le temps de déjeuner.
La police est venue, il faut que tu t’abrites sous mon adresse comme un pigeon bagué.
Tu viendras donc reposer chez moi.
Dans mon orgie aussi édentée que le dernier sourire de Rembrandt van Rijn.
Ma belle créature aux mains coupées…
Contre six milliards, je te cicatrise.
L’Indienne aux bijoux, la grosse veine toute nue et le petit garrot…
Mais aussi menteuse que l’était Fernand Khnopff.
À quoi pensestu ?
À Jésus ? Cet exemple étonnant de crucifixion obscène ?
Ou plutôt à la cinquième saison ? À l’Australie, dernier rivage où nous pourrions, à brûlecœur, déambuler dans ta dépouille ?
Lorsque tu traînes ta fumée corruptrice le long des quais excommuniés…
Comme une locomotive de Turner.
Sept ans déjà, j’étais l’artiste fou, pendu aux lames majeures…
Si tu voulais te souvenir. S’il existait un moyen d’aller à l’encontre de l’infâme tristesse de Félicien Rops.
Ils disent que ma raison vacille.
Je le sais, mais ils disent aussi que tu es dingue.
C’est toi ou moi ! Mais pourquoi pas les deux ?
Et puis, de toute façon, la dernière chose à faire : dérégler des tournesols pendant des heures, solitaire comme Vincent Van Gogh…
Abandonné par toi. Mais tu n’y peux rien.
Toi, je t’aime.
Mes yeux me font mal à ne plus regarder autre chose que la mélancolie.
Les dessins piquants comme une alène d’Albrecht Dürer.
Je profite d’un faux instant de lucidité pour presser ta main dans la mienne.
Je palpe une douceur qui frise la télévision. Mais je l’avais déjà explorée sur ta grosse bouche visqueuse. Car à partir d’une certaine heure, tu sens la mort.
Mais tu n’y peux pas grandchose, toi. Je t’aime.
Je te cherche dans l’affliction et sans y croire.
Je te trouve quand tu n’es pas là, comme parfois l’on découvre Cranach l’Ancien.
Je veille sur toi, parce que je ne peux rien chiner d’autre.
Je ne veux plus.
Tu es ma cinquième saison de couleurs, de parfums.
Tu me feras mourir en douceur. Aux barbituriques.
Tu es ma maladie de cheveux, de regards poisseux, au maudit visage de lapin que je désire.
J’ai essayé de te dessiner aussi bien que Jérôme Bosch, dans ma petite toux du matin.
Quand tu t’en vas à six heures.
Et tu t’en vas toujours, maintenant…
Tous les matins, tu me quittes.
Ne m’oublie pas / Au revoir.
Diffamée par toute la force du stupide cylindre que tu consumes. presque infinies tant le film puise son inspiration aux sources du mythe et de l’inconscient, en étant ouvert à toutes les lectures par la richesse de son contenu.
Tu te souviens parfois ? J’ai crevé pour que tu dormes tranquillement dans mes tout petits bras.
Tu ne te rappelles plus. Non.
Comme on ne se rappelle plus de Jeanne Hébuterne.
Je t’aime.
Mais un jour, je te tuerai.
Mon estomac tournera en vrille. J’aurai la bave aux lèvres.
Et je t’aimerai dans les pierres.
Au labour de ton mirage dégueulasse.
Tu es ma folie…
Je suis ta guérison…