L’Ampoule n°2 - Art et Danger

Décembre 2011 · Chapitre 7 sur 14

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L’Ampoule n°2 - Art et Danger

Ayant rempli trois feuilles recto verso de…

Ayant rempli trois feuilles recto verso de pattes de mouches presque illisibles, Marlowe pris une pause pour soulager ses yeux. Il tremblait et avait besoin d’un remontant. L’afflux soudain de souvenirs le rendait triste, il lui rappelait ce qu’avait été sa vie et comment il la gâchait à présent, à ne rien faire, ne rien attendre, ne rien espérer. Il se contenta d’un verre d’eau, déplaça les feuilles à la table basse du salon et changea de disque.

À 12h50 environ, il mangea deux œufs au plat et un reste de chili en écoutant la radio. Retracer le fil de ses pensées à cet instant précis ne serait pas chose aisée : on pourrait l’imaginer perdu dans sa mémoire, cherchant à retrouver des détails, des visages et des voix, essayer de comprendre pourquoi cette histoire extravagante, cet homme qu’il n’avait vu qu’une fois, ce livre disparu et cette annonce lui importaient tant. De manière plus factuelle, les deux policiers qui entrèrent en même temps que le concierge, et durent enjamber le corps et sa flaque de sang, remarquèrent que la vaisselle avait été faite ainsi que la poussière, dans tout l’appartement. Rien d’anormal ne laissait présager le geste terrible de la fin d’aprèsmidi ; jusqu’au bout, Henry Marlowe avait conservé son sangfroid.

Il n’était pas encore quatorze heures lorsqu’il décida de ne rien garder pour lui un jour de plus et de finir ce qu’il avait commencé. Derrière le panneau coulissant du meuble en bois attenant au guéridon du téléphone, sa collection de vinyles de musique classique entamée depuis trois décennies était l’une des rares satisfactions de ses vieux jours : Marlowe fit rapidement son choix, déposa avec soin le quarantecinq tours sur la platine et retourna à la table de la cuisine avec quelques feuilles supplémentaires.