Le Chasseur d’âme

Aaron Dembski-Bowden · Chapitre 21 sur 27

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Le Chasseur d’âme

XVIII - Fraternité

XVIII

 

FRATERNITÉ

 

Le réseau de cavernes interconnectées qui s’étendait sous le massif montagneux de la Griffe de l’Omnimessie abritait des merveilles d’une ingéniosité et d’une taille faramineuse. C’était là que se trouvait le centre vital de la Legio Maledictis et le cœur béni des opérations de l’Adeptus Mechanicus sur Crythe Prime.

Un million d’humains, un million d’âmes à différents stades d’améliorations bioniques, œuvraient dans ces tunnels souterrains sanctifiés. L’air était fiévreux et enfumé, vibrant sous l’effet des brumes de chaleur, rendu âcre par la puanteur métallique de l’encens et de la forge.

Des systèmes entiers de cavernes avaient été ouverts à des engins de transports sur rail, immenses trains qui convoyaient ressources, munitions, serviteurs et pièces détachées d’une salle colossale à une autre. Les myriades de cavernes atteignaient elles-mêmes plusieurs centaines de mètres de hauteur, chacune capable d’abriter un titan Warlord prêt au combat. La peau de pierre de ces gigantesques tanières était recouverte de machineries accrochées aux murs : consoles de commande, relais de capteurs, passerelles, ascenseurs, monte-charges, réservoirs de prométhium, et d’immenses icônes du Mechanicus de Mars. Il restait bien peu de la roche rouge d’origine, laquelle s’étendait autrefois aussi loin, et même bien plus loin, que l’œil humain pouvait le voir.

Une cité de fabriques et de forges, cachée sous la peau blindée de la croûte de la planète. Une cité fondée pour fournir à l’Imperium les dieux-machines inestimables destinés à arpenter les champs de bataille lointains des croisades d’un empire mourant. Une cité qui avait prospéré depuis près de deux mille ans.

Les plaines, devant la chaîne de montagnes, étaient tombées entre les mains du Maître de Guerre après les combats du jour précédent. La dernière tentative désespérée du Mechanicus pour briser le siège des portes principales de Dix-sept Dix-sept avait échoué, et les preuves de cet échec s’étendaient d’un point à l’autre de l’horizon. Depuis l’orbite et d’autres points de la planète, des transports de troupes et des Thunderhawk Astartes débarquaient soldats et guerriers à la surface de Crythe, qui se massaient sur la plaine en une immense horde unifiée. Les corps des skitarii tués et les cadavres des troupes de soutien couvraient le reste de la scène, ponctuée par la dépouille occasionnelle d’un titan tombé. Les morts humains gonflaient sous l’effet du soleil matinal. Les parties charnelles des skitarii commençaient déjà à puer et à se décolorer. Les titans abattus grouillaient sous un essaim de fourmis : les propres techno-adeptes du Maître de Guerre qui récupéraient les dieux-machines pour les réutiliser sur d’autres champs de bataille.

Le choix de Crythe n’avait pas seulement été dicté par l’ampleur de ses ressources, mais parce que la majorité de sa légion titanique était engagée au combat en d’autres endroits du segmentum. Non seulement ses richesses pourraient-elles être pillées quand la forteresse tomberait, mais en plus, l’Imperium se verrait privé d’un bastion fortifié de plus dans le futur.

Les grandes portes ne tiendraient plus longtemps. Dix-sept Dix-sept avait grandi bien au-delà de ses plans originaux. L’avenue du Triomphe qui conduisait à la principale cité souterraine se trouvait désormais hors de la protection des boucliers invincibles du site 017-017. La porte principale n’était rien d’autre que de l’adamantium et l’ingéniosité du Mechanicus : malgré toute sa solidité, elle tomberait sous la concentration des tirs en quelques heures. Assez large pour laisser passer trois titans de front, elle le serait également pour laisser l’armée du Maître de Guerre pénétrer dans le site.

Assiégée, menacée de destruction, la cité souterraine en appela à ses fils élus. Les rares encore présents sur place répondirent à son appel. Ils avancèrent à travers leurs cavernes natales, leurs épaules gigantesques hérissées d’armes capables d’anéantir des villes entières, sous des bannières rappelant des centaines d’exploits glorieux. Sur leurs talons, un million d’acolytes, de serviteurs et de guerriers skitarii se préparèrent à repousser l’envahisseur.

Les derniers fils de la Legio Maledictis venaient de s’éveiller, et Dix-sept Dix-sept se mit à trembler sous leurs pas.

Sur le pont, Blackened était prêt au décollage. C’était un vautour hurlant en armure sombre dont les moteurs ululaient tout en faisant miroiter l’air surchauffé. Il respirait l’impatience, et les Night Lords se sentirent ragaillardis rien qu’à le voir.

La Première Griffe avança en formation désordonnée vers la rampe d’embarquement, leurs armures aussi bien réparées que les quelques heures de répit à bord du Covenant l’avaient permis. Chacun des harnois bleu nuit portait encore sa part de cicatrices. Mercutian et Uzas, qui ne disposaient pas des services d’un artificier entraîné, donnaient l’impression qu’ils n’auraient jamais dû pouvoir sortir debout du précédent champ de bataille. Creux, bosses, fissures et éclats parsemaient la surface de céramite de leurs armures.

Mercutian s’était plaint que l’esprit de la machine de son harnois répondait avec lenteur. Ce qui n’était pas étonnant vu l’ampleur des dommages que sa seconde peau avait subie.

Tout en marchant, il passait en revue les différents modes de vision tout en jurant doucement sur la fréquence vox.

— Ma vision de chasse est hors d’usage. Les mots étaient hésitants, et il y avait de bonnes raisons à cela.

— Mauvais présage, pouffa Uzas. Très, très mauvais présage.

— Je ne crois pas aux présages, dit Adhémar.

— Quelle bizarrerie alors, répliqua Uzas, que tu serves dans une escouade conduite par un prophète.

— Uzas, dit Talos en se tournant pour lui faire face.

— Quoi ? demanda Uzas.

Talos ne dit rien. Il ne bougeait plus.

— Quoi ? répéta Uzas, tu ne me fais pas la morale ?

Talos resta silencieux, toujours immobile.

— Ses signes vitaux sont… incohérents, dit Cyrion qui observait son affichage rétinien. Oh, par l’enfer, Xarl !

Talos tourna à moitié sur lui-même, tituba avant de tomber, les jambes coupées. Xarl l’attrapa au vol dans un fracas de céramite.

— Que lui arrive-t-il ? demanda Mercutian.

— Sept yeux se sont ouverts sans prévenir, dit Talos sur le vox, et les fils de l’ange volent, la vengeance dans le cœur.

— N’est-ce pas évident ? dit Cyrion à Mercutian. Septimus ? On a besoin de toi ici.

— Les fils de l’ange cherchent la lame d’or, et la justice pour leurs frères à l’âme noircie…

— Maintenant, Septimus ! hurla Cyrion.

L’Exalté tourna sa tête cornue vers un humain dont il n’avait jamais essayé de retenir le nom.

— Rapport de déploiement, gargouilla-t-il.

L’officier se redressa dans son uniforme défraîchi tout en examinant sa console d’affichage.

— Le module du seigneur Malcharion indique qu’il est déjà à terre, maître. Toutes les autres escouades sont déjà engagées au combat ou en route vers la surface… sauf la Première Griffe.

L’Exalté se pencha laborieusement en avant dans le crissement de ses os et les grincements de son armure.

— Quoi ?

— Je demande confirmation, maître. L’officier fixa son microvox à son col. Ici la passerelle de commandement. Première Griffe, confirmez votre statut de déploiement.

L’Exalté, toujours aussi intéressé par les différentes manifestations de la peur chez les humains, observa avec une perverse fascination le visage du soldat qui pâlissait. Son cœur se mit à tambouriner un peu plus vite et fort. Une mauvaise nouvelle donc. Et une nouvelle que le mortel craignait de divulguer.

— La Première Griffe annonce, maître, que le seigneur Talos est hors d’état de combattre. Il souffre d’une nouvelle… crise.

— Ordonne-leur de le laisser et de se rendre à la surface immédiatement.

L’officier transmit l’ordre. En entendant la réponse, il lui fallut trois essais avant de parvenir à déglutir.

— Maître…

— Parle.

— La Première Griffe a refusé l’ordre.

— Je vois. Les griffes de l’Exalté agrippèrent les accoudoirs de son trône raffiné. Et pour quelles raisons se permettent-ils de refuser de combattre l’ennemi dans cette guerre sainte ?

— Le seigneur Cyrion a dit, maître, que si la bataille à la surface vous souciait tellement, vous pouviez emprunter leur Thunderhawk et allez voir par vous-même ce qu’il en était.

Que l’officier ait réussi à rapporter l’ensemble de la communication, sans que sa voix ne trahisse plus qu’un tremblement minime, impressionna considérablement l’Exalté. Il appréciait la compétence par-dessus tout.

— Bon travail… humain. Informe la Première Griffe que cette trahison a été soigneusement enregistrée.

L’officier salua et exécuta cette dernière instruction. La réponse du space marine connu sous le nom de seigneur Xarl fut immédiate et obscène. L’humain décida de ne pas relayer cette dernière répartie à l’Exalté.

D’autres voix se mirent à bourdonner dans son oreille. Les guerriers de la Première Griffe à nouveau.

— Seigneur ?

L’Exalté se tourna vers lui, intrigué par le malaise grandissant perceptible dans la voix de l’homme.

— Parle.

— Le seigneur Cyrion souhaite une connexion directe avec vous. Il s’agit d’une question très urgente et de la plus haute gravité.

— Ouvrez la fréquence.

— Vandred ! La voix de Cyrion résonna immédiatement à travers la passerelle. Rappelez toutes les escouades qui sont à la surface immédiatement.

— Et pourquoi donc devrais-je faire cela, frère Cyrion ?

— Parce qu’il ne reste pas trois semaines avant que les Blood Angels n’arrivent.

L’Exalté passa sa langue sur sa gueule dépourvue de lèvres. Les veines, sous la peau de ses joues, se mirent à pulser douloureusement.

— Votre agressivité devient pénible, Première Griffe. J’écouterai Talos, et lui seul. Connectez-moi sur sa fréquence.

—… brèche dans la coque. Je le tue. Il reconnaît mon épée avant de mourir…

L’Exalté écouta en silence pendant plus d’une minute. Lorsqu’il reprit la parole, ses mots étaient empreints d’une sauvage réticence.

— Ouvrez un canal de transmission avec le Vengeful Spirit. Je dois parler au Maître de Guerre.

Malcharion avançait à travers les immenses cavernes de la citadelle souterraine. Le siège durait depuis une heure, et bien que les forces de la 10e Compagnie sous ses ordres aient été chargées d’accompagner la seconde vague d’assaut, la résistance qui s’était organisée dans les premières salles avait ralenti l’avance du Chaos.

Sur ses flancs, mais à une distance respectueuse – et prudente – lui permettant d’utiliser son armement, deux griffes des Night Lords progressaient, crachant le feu de leurs bolters dans les rangs ennemis.

Le guerrier ressuscité les connaissait tous par leurs noms, connaissait chacune de leurs armures, malgré les cicatrices reçues lors des nombreuses batailles auxquelles ils avaient survécu sans lui.

Pourtant, dans sa coquille immortelle, sa soif guerrière désormais éteinte, il ne se sentait plus guère de liens avec les frères qu’il avait autrefois commandés comme capitaine de la 10e.

Ils combattaient parce qu’ils étaient encore emplis d’une haine féroce qui ne l’habitait plus depuis longtemps. Ils hurlaient des malédictions avec une amertume qu’il ne ressentait plus.

Sombres pensées. De sombres pensées qui menaçaient sa concentration.

Les pieds blindés du Dreadnought, lourds, aux griffes largement écartées, écrasaient des cadavres sous son poids. Le canon jumelé qui lui servait de bras droit tonnait encore et encore, ouvrant de vastes brèches dans les rangs des skitarii. Et sans arrêt ils le chargeaient, attirés par le blasphème de son existence même, désirant plus que tout mettre un terme à la non-vie qu’il devait à la science dévoyée du faux Mechanicus.

Une part de lui-même était peut-être tentée de les laisser faire. Une toute petite part. Une part qui restait morte et silencieuse tant que la bataille faisait rage. Ce n’était pas de la joie – la guerre n’avait jamais été une affaire joyeuse pour le belli-sage –, mais l’immersion lui permettait de se concentrer sur autre chose, sur l’extérieur. Cela diminuait sa conscience de sa véritable forme, froide et ratatinée à l’intérieur du sarcophage.

Un skitarii équipé de quatre lames de scie hurlantes à la place des bras s’écrasa contre le Dreadnought. Malcharion le souleva au-dessus du sol et serra de toute la force immense de son poing énergétique. Des éclairs jaillirent lorsque le sang du technogarde mourant gicla sur le métal électrifié de la griffe qui l’écrasait. Malcharion déclencha l’unité lance-flammes installée sur son bras, submergeant l’homme d’une langue de feu. Les restes de chair du skitarii furent rôtis, alors même que le soldat mourait écrasé. Il jeta l’épave organique dans les rangs des fantassins devant lui, tout en se lamentant de leur indifférence lobotomisée devant un massacre aussi magnifique. Par le sang des puissances de la ruine, cette guerre n’était qu’un gaspillage éhonté des talents de la légion.

— Malcharion, dit une voix sur le vox.

Il lui fallut un effort significatif pour diriger sa voix vers la liaison vox au lieu de la transmettre par les haut-parleurs montés sur sa coque blindée.

— C’est moi.

— Ici, Cyrion.

Son autocanon expédia ses obus vers un skitarii énorme – un champion ou un capitaine certainement. Le guerrier cyborg s’effondra en morceaux au milieu de la horde grouillante. Les cris de milliers de soldats pressés les uns contre les autres résonnaient sous le plafond voûté de la caverne.

— Tu es supposé être ici, non ? M’avez-vous réveillé pour que je tue tout à votre place ?

— Monsieur, vous devez battre en retraite de Dix-sept Dix-sept. Conduisez les griffes jusqu’aux Thunderhawk.

Une douleur fantôme le traversa en un flot acide. Malcharion – sa forme réelle – hurla dans son cercueil empli de fluide amniotique. Il sentit la caresse de soie de la sueur sur son visage ravagé. Des psychostigmates marbraient la chair pâle de son corps.

Le skitarii qui transperçait le genou du Dreadnought au niveau de l’articulation fut réduit à l’état de pulpe rougeâtre quelques instants plus tard. Malcharion pivota autour de l’axe de son bassin, son poing énergétique étendu. Plusieurs autres soldats du Mechanicus qui s’apprêtaient à assiéger sa gigantesque carcasse volèrent dans les rangs de leurs camarades, les os réduits en miettes.

— Nous sommes dans la cité souterraine, tonna Malcharion dont la voix-vox était teintée de douleur. Nous ne pouvons battre en retraite. La bataille est à nous.

— Talos souffre d’une nouvelle vision. Il dit que la force de secours impériale n’est pas à des semaines de distance. Elle n’est qu’à quelques heures. Les Blood Angels arrivent.

— Qu’en dit Vandred ?

— Il a prévenu le Maître de Guerre, mais refuse de rappeler nos troupes. Le Hunter’s Premonition a lui aussi reçu l’ordre de maintenir ses forces au sol.

Malcharion fit décrire un arc de cercle à sa griffe énergétique, déversant devant lui des torrents de feu depuis son lance-flammes intégré. À côté de lui, en formation bien ordonnée, armées d’épées et de bolters, deux escouades de la 10e Compagnie avançaient dans son ombre.

Le Dreadnought s’arrêta. Il pivota, lentement. À l’affût.

Un bruit nouveau s’éleva autour de lui. Un bruit qu’il n’avait pas entendu jusque-là à cause des grincements de ses propres articulations et de la fureur de ses armes. Des projectiles ricochaient en cliquetant sur son armure. Comme c’était bizarre. On aurait dit la pluie.

— La Black Legion et leurs esclaves humains sont engagés à nos côtés. Devons-nous les abandonner ? Le don de double vue du Chasseur d’Âme n’est pas sans failles.

— Malcharion, mon capitaine, en quoi croyez-vous ?

La centrale énergétique du Dreadnought se remit à gronder plus fortement lorsque Malcharion reprit le combat contre l’ennemi, les écrasant de son poing tandis que son canon crachait le feu. Les haut-parleurs, sur sa carlingue, se mirent à hurler tandis qu’il criait en nostramien :

— Night Lords ! Retraite ! Aux vaisseaux !

À bord du Covenant, l’Exalté observait les retours image flous de la bataille au sol. La créature passait d’une vue à l’autre – les pict-transmetteurs montés sur le casque de chaque chef d’escouade et les liaisons image installées sur les coques des blindés de la 10e Compagnie. L’imagerie orbitale était devenue inutile, maintenant que les combats se déroulaient dans les premières salles souterraines de la Griffe de l’Omnimessie. Il n’avait d’autre choix que de suivre la bataille par le biais de ces scènes frénétiques, tremblotantes. En être réduit à cela offensait sa sensibilité tactique.

À sa gauche se tenait Malek, à sa droite Garadon.

— Vous avez vu ça ? demanda-t-il en se concentrant sur l’image écarlate offerte par les lentilles d’un Night Lord au sol.

— Oui, seigneur, répondirent les deux Atramentar.

— C’est étrange, non ? Pourquoi toutes nos escouades se replient-elles à travers les forces du Maître de Guerre ? On peut légitimement s’interroger.

— Je crois que je peux deviner, seigneur, dit Garadon. Son poing se serra un peu plus fort autour de la hampe de son marteau à deux mains.

— Oh, vraiment ? L’Exalté laissa un de ses rares sourires fendre son visage. Je t’en prie, frère. Partage tes soupçons.

Garadon gronda avant de s’exprimer, comme s’il avait essayé de rassembler le maximum d’amertume à injecter dans ses propos.

— Le prophète s’est enfin décidé à usurper votre commandement sur la compagnie.

Malek secoua son énorme heaume.

— Talos est incapacité par sa double vue. Tu vois des conspirations là où il n’y en a pas, Garadon.

— Aucun de nous n’est aveugle à ton soutien sans faille, répliqua Garadon, à ton ardente défense de chacun de ses échecs.

— Mes frères, mes frères. L’Exalté ne souriait plus. Paix ! Observez. Écoutez. Je pense que d’un moment à l’autre…

— Message entrant, mon prince, annonça l’officier de communication depuis sa station de travail.

— Quel délicieux à-propos, murmura l’Exalté. Ouvrez la fréquence.

— Ici, le capitaine Halasker, de la 3e Compagnie, commandant du Hunter’s Premonition.

— Ici, l’Exalté, commandant de la 10e.

— Salut, Vandred.

— Que veux-tu, Halasker ?

— Pourquoi tes escouades se replient-elles vers le site d’atterrissage ? Par le sang de notre père, le belli-sage a ordonné la retraite de toutes les forces de la VIIIe Légion. À quel foutu jeu es-tu en train de jouer ?

— Je n’ai pas ordonné la retraite. Malcharion agit en accord avec sa propre volonté démente. Le Maître de Guerre a exigé que nous poursuivions les opérations.

— Tu ne peux même pas contrôler tes propres troupes?

L’Exalté poussa un soupir à travers ses crocs serrés.

— Pas quand le belli-sage est à la surface et agit comme s’il était le commandant de la 10e.

— Et pourquoi n’es-tu pas toi-même au sol, Vandred ?

La pointe de dérision dans la voix d’Halasker ulcéra plus l’Exalté que tout ce qu’il avait dû supporter depuis très, très longtemps… jusqu’à ce que l’autre capitaine ne reprenne la parole.

— Vandred, où est le prophète ? Malcharion et tes escouades parlent sur le vox d’une nouvelle prophétie. Je dois parler avec le Chasseur d’Âme.

— Il est en crise, prononça l’Exalté. Ses crocs étaient serrés si fortement que l’un d’eux se brisa comme de la porcelaine. La malédiction de notre père s’est abattue sur lui une fois de plus.

— Alors c’est vrai ?

— Je n’ai pas dit…

— Retraite ! cria Halasker à ses escouades sur le réseau vox. Repliez-vous avec le belli-sage !

L’Exalté rugit vers le plafond de la passerelle, avec assez de rage pour forcer tous les membres humains de l’équipage à se recroqueviller sur eux-mêmes.

Il ouvrit les yeux. La vision des belles et fières armures s’évanouit, remplacée par la teinte rouge sombre de son viseur. De minuscules runes clignotantes défilaient devant ses yeux. Il avala et sentit le goût cuivré du sang dans sa bouche.

Ses réticules de visée se verrouillèrent sur des points familiers de sa propre cellule. Un rapide coup d’œil au chronomètre digital de son affichage rétinien le renseigna exactement sur le temps qu’il avait passé dans le coma. Ça aurait pu être pire.

— Cyrion, adressa-t-il, et les portes de sa cellule s’ouvrirent à l’instant où il prononça le mot.

— Frère, dit Cyrion. Il portait toujours son armure.

— Cy, les forces du Trône sont en route. Les Marines Errant, les Flesh Tearers. Et surtout, les Blood Angels. Ils seront bientôt là.

— Tu es resté évanoui trois heures, Talos.

— Je sais.

— L’Exalté a convoqué un conseil de guerre. Cyrion s’écarta de la porte et lui fit signe de le suivre. Les Blood Angels sont déjà là.

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