Le Chasseur d’âme
Prologue - Le Fils d'un Dieu
PROLOGUE
LE FILS D’UN DIEU
Être le fils d’un dieu était une malédiction.
Voir ce que voyait un dieu, savoir tout ce qu’il savait. Ces visions, cette connaissance le déchiraient sans cesse.
Sa chambre était une cellule, dénuée de tout confort, qui ne lui servait guère que de refuge contre toute ingérence. À l’intérieur de ce détestable sanctuaire, le fils du dieu hurlait les secrets d’un possible futur, et sa voix était un chœur de cris étranglés que la grille du haut-parleur de son antique heaume de bataille rendait métallique et sans timbre.
Quelquefois, ses muscles se raidissaient en une masse de viande et de tendons contractés autour de ses os durs comme le fer, ce qui le laissait tout tremblant, le souffle court, incapable de reprendre le contrôle de son corps. Ces crises pouvaient durer des heures. Chaque battement de ses deux cœurs enflammait ses nerfs de douleurs insupportables tandis que le sang affluait dans ses muscles tétanisés. Lorsqu’il parvenait enfin à s’extirper des griffes de cette maudite paralysie, lorsque son cœur de réserve ralentissait et se mettait au repos, il atténuait la douleur en se frappant la tête contre les murs de sa cellule. Ce tourment était un moyen de distraire son esprit des images qui brûlaient derrière ses yeux.
Parfois c’était efficace, mais jamais longtemps. Le retour des visions dissipait les douleurs moindres, baignant de nouveau ses pensées dans un torrent de feu.
Le fils du dieu, toujours revêtu de son armure de bataille, frappait sa tête casquée contre le mur, fracassant sans interruption son crâne contre l’acier. Entre la céramite renforcée de son heaume et les os améliorés de son squelette, il faisait plus de mal au mur qu’à lui-même.
Prisonnier de la malédiction qui avait précipité la perte de son père génétique, le fils du dieu ne voyait pas les murs de la cellule autour de lui, pas plus qu’il ne détectait les données qui défilaient devant ses rétines tandis que les systèmes d’affichage de son heaume de bataille détectaient et ciblaient la forme des murs, les charnières de la porte verrouillée et tous les insignifiants détails de la pièce nue. Dans le coin supérieur gauche de l’affichage, ses signes vitaux apparaissaient dans un menu déroulant, clignotant par intermittence en signe d’alerte lorsque ses cœurs jumeaux se mettaient à battre trop fort, même pour sa physiologie surhumaine, ou lorsque sa respiration cessait pendant une minute lors des crises qui tétanisaient son corps.
Tel était le prix à payer pour être né semblable à son père. Telle était l’existence de l’héritage vivant d’une divinité.
L’esclave écoutait à la porte de son maître, comptant les minutes.
Derrière la sombre porte de métal renforcé, les cris du maître avaient fini par s’éteindre – du moins pour le moment. L’esclave était humain, avec les sens limités de ses semblables, mais en pressant l’oreille contre la porte, il parvenait à percevoir le souffle de son maître. C’était un bruit râpeux, rauque et irrégulier, transformé en un grondement métallique par les haut-parleurs du heaume au visage de crâne de son maître.
Et pourtant, alors même que son esprit vagabondait vers d’autres pensées, l’esclave continuait à compter les secondes jusqu’à ce qu’elles forment des minutes. C’était facile pour lui, il avait été spécifiquement entraîné pour que cela devienne instinctif, car les chronomètres ne fonctionnaient pas de manière fiable dans le Warp.
L’esclave avait pour nom Septimus, car il était le septième. Six esclaves avaient servi le maître avant lui, et ces six-là ne faisaient plus partie de l’équipage de ce glorieux vaisseau, le Covenant of Blood.
Les coursives du croiseur d’assaut Astartes étaient presque vides, réseau silencieux de fer noir et d’acier sombre. Ces couloirs étaient les veines de ce fier vaisseau, et ils avaient autrefois bourdonné d’activité : des serviteurs vaquaient à leurs simples tâches, des space marines se déplaçaient d’une salle à une autre, l’équipage humain accomplissait les myriades de fonctions nécessaires à maintenir le navire en état de marche. Dans les temps qui avaient précédé la grande trahison, des milliers d’âmes peuplaient le Covenant, y compris près de trois cents des immortels de l’Adeptus Astartes.
Le temps avait changé cet état de fait. Le temps, et les guerres qui s’en étaient suivis.
Les couloirs n’étaient pas éclairés, mais pas par manque d’énergie. Des ténèbres intentionnelles s’étendaient dans tout le croiseur, une noirceur si profonde qu’elle semblait provenir du squelette d’acier du vaisseau. Cet environnement était totalement naturel pour les Night Lords, tous nés sur le même monde sans soleil. Pour les rares membres d’équipage qui rôdaient encore dans les entrailles du Covenant, les ténèbres étaient – au début – comme une présence inconfortable. La plupart s’acclimataient. Ils continuaient évidemment à porter leurs torches et leurs appareillages de vision nocturne, car ils étaient humains et, contrairement à leurs maîtres, incapables de percer la nuit artificielle. Mais, petit à petit, ils parvenaient à se sentir à l’aise dans le noir.
Au fil du temps, l’acclimatation devenait familiarité. Ceux dont les esprits ne parvenaient jamais à s’accommoder des ténèbres se perdaient dans les affres de la folie, et l’on s’en débarrassait après les avoir tués en châtiment de cet échec. Les autres s’adaptaient et apprenaient à connaître leur environnement invisible.
Contrairement à la plupart de ses camarades, Septimus voyait au-delà des apparences. Toutes les machines avaient une âme. Cela au moins il le savait, déjà du temps où sa loyauté allait au Trône d’Or. Il lui arrivait de parler dans le vide quelquefois, persuadé que les ténèbres étaient une entité à part entière, une expression de la conscience du vaisseau. Marcher au milieu de la noirceur de poix qui imprégnait le navire revenait à se déplacer dans son âme, à respirer l’aura palpable de malveillance traîtresse du Covenant.
Bien sûr, les ténèbres ne lui répondaient jamais, mais il était rassuré de sentir la présence du vaisseau autour de lui. Lorsqu’il était enfant, il avait toujours eu peur du noir. Cette peur ne l’avait jamais réellement quitté, et savoir que les couloirs sombres et silencieux ne lui étaient pas hostiles était la seule chose qui lui permettait de ne pas devenir fou dans la nuit sans fin de son existence.
De plus, il était solitaire. C’était là une vérité difficile à admettre, même pour lui. Il était tellement plus facile de rester assis dans le noir à parler au vaisseau, même en sachant très bien qu’il ne répondrait jamais. Il se sentait assez souvent distant vis-à-vis des autres esclaves et acolytes présents à bord. La plupart étaient au service des Night Lords depuis bien plus longtemps que lui. Ils le troublaient. Nombreux étaient ceux qui se déplaçaient les yeux fermés, naviguant de mémoire dans les couloirs glacés du vaisseau, ou grâce à d’autres sens que Septimus n’avait aucune intention de découvrir.
Une fois, lors d’une de ces semaines silencieuses qui précédaient une autre bataille, sur un autre monde, Septimus avait demandé ce qu’il était advenu des six esclaves qui l’avaient précédé. Le maître était en réclusion, loin de ses frères, occupé à prier les esprits de ses armes et de son armure. Il avait alors regardé Septimus avec des yeux aussi noirs que l’espace intersidéral.
Et il avait souri. Le maître souriait rarement. Les veines bleues visibles sous ses joues diaphanes s’étaient plissées, comme de minuscules fissures dans le marbre le plus blanc.
— Primus, avait-il dit d’une voix douce – comme toujours lorsqu’il ne portait pas son heaume de bataille –, mais profonde, a été tué il y a très, très longtemps. Au combat.
— Avez-vous essayé de le sauver, monseigneur ?
— Non, je n’ai pas eu connaissance de sa mort. Je n’étais pas à bord du Covenant lorsque c’est arrivé.
L’esclave aurait voulu demander si le maître se serait donné la peine de tenter de sauver son prédécesseur s’il en avait eu l’occasion, mais à la vérité, il craignait de connaître déjà la réponse.
— Je vois, avait-il dit en passant la langue sur ses lèvres sèches. Et les autres ?
— Tertius… a changé. Le Warp l’a changé. Je l’ai tué lorsqu’il n’a plus été lui-même.
Cela avait surpris Septimus. Le maître lui avait déjà parlé de l’importance d’avoir des esclaves capables de résister à la folie du Warp, de ne pas céder aux influences corruptrices des pouvoirs de la ruine.
— Il est mort de votre main ? avait demandé Septimus.
— En effet. Ce fut un acte de miséricorde.
— Je vois. Et les autres ?
— Ils ont vieilli. Ils sont morts. Tous, sauf Secundus et Quintus.
— Et que leur est-il arrivé ?
— Quintus fut tué par l’Exalté.
Le sang de Septimus s’était glacé à ces mots. L’Exalté ne lui inspirait que répugnance.
— Pourquoi ? De quoi était-il donc coupable ?
— Il n’avait enfreint aucune règle. L’Exalté l’a tué dans un moment de rage. Il a passé sa colère sur l’être vivant le plus proche. Malheureusement pour Quintus, c’était lui.
— Et… qu’est-il arrivé à Secundus ?
— Je te parlerai du second une autre fois. Pourquoi poses-tu ces questions sur mes précédents serviteurs ?
Septimus avait pris une profonde inspiration, prêt à dire la vérité, à confesser ses peurs, à admettre qu’il parlait aux ténèbres du vaisseau pour meubler sa solitude. Mais le sort de Tertius ne quittait pas ses pensées. La mort pour cause de folie. La mort pour cause de corruption.
— Par curiosité, avait répondu l’esclave à son maître, et ce mensonge avait été le premier, et le seul, qu’il ait jamais proféré à son service.
Le bruit de pieds bottés ramena brutalement Septimus au présent. Il s’éloigna de la porte de son maître et, le souffle court, lança un regard aveugle vers le corridor, dans la direction des pas qui s’approchaient.
Il savait qui venait. Ils allaient le voir. Ils le verraient même s’il restait caché dans un coin, aussi n’y avait-il aucune raison de s’enfuir. Ils sentiraient son odeur et détecteraient l’aura thermique de son corps. Alors, il resta là, tout en souhaitant pouvoir faire ralentir le rythme effréné des battements de son cœur. Cela aussi, ils allaient l’entendre. Et sa peur les ferait sourire.
Septimus appuya sur le bouton de désactivation de sa lanterne sourde. La faible lueur jaunâtre disparut et le couloir se retrouva plongé une fois de plus dans le noir le plus complet. Il avait fait ça par respect pour les space marines qui approchaient, et aussi parce qu’il ne souhaitait nullement apercevoir leurs visages. Quelquefois, les ténèbres rendaient les relations avec les demi-dieux bien plus faciles.
Ferme et droit, Septimus ferma ses yeux désormais inutiles et modifia sa perception pour se concentrer sur son audition et son odorat. Les pas étaient trop espacés pour être ceux d’un humain, lourds, mais pas assez pour une armure. Le froissement d’une tunique ou d’une robe. Et par-dessus tout, l’odeur du sang : piquante, forte, métallique, assez puissante pour agacer la langue. C’était l’odeur du vaisseau lui-même, mais distillée, purifiée, magnifiée.
Un autre demi-dieu.
L’un des frères du maître venait le voir.
— Septimus, dit la voix depuis les ténèbres.
L’esclave avala péniblement sa salive, inquiet du ton qu’allait avoir sa voix, mais conscient qu’il lui fallait répondre.
— Oui, monseigneur, c’est moi.
Un bruissement d’étoffe, le bruit de quelque chose de mou sur du métal. Le demi-dieu frappait-il à la porte de son maître ?
— Septimus, répéta l’autre demi-dieu. Sa voix était inhumainement grave, un roulement sourd de syllabes. Comment se porte mon frère ?
— Il ne s’est pas encore réveillé, seigneur.
— Je sais. Je l’entends respirer. Il est plus calme qu’il ne l’était.
Le demi-dieu semblait contemplatif.
— Je ne t’ai pas demandé s’il s’était réveillé. Je t’ai demandé comment il se portait.
— Son affliction a duré plus longtemps que d’habitude, seigneur, mais mon maître est silencieux depuis bientôt une heure. J’ai compté les minutes. Jamais, depuis que son affliction s’est emparée de lui, il n’est resté calme aussi longtemps.
Le demi-dieu s’esclaffa. Le son ressemblait à une collision d’éclairs. Septimus ressentit une vague momentanée de nostalgie : il n’avait pas vu une tempête – pas plus qu’il ne s’était tenu sous un ciel réel – depuis des années.
— Fais attention à ce que tu dis, vassal, dit le demi-dieu. Parler d’affliction implique l’idée de malédiction. Mon frère, ton maître, est béni. Il voit les choses comme un dieu.
— Pardonnez-moi, ô seigneur. Septimus était déjà à genoux, tête baissée, sachant très bien que le demi-dieu verrait parfaitement sa supplique malgré le noir total. Je n’utilise ces mots que parce que mon maître le fait.
Il y eut une longue pause.
— Septimus. Lève-toi. Tu as peur et cela affecte ton jugement. Je ne te ferai pas de mal. Ne sais-tu pas qui je suis ?
— Non, grand seigneur. C’était la stricte vérité. L’esclave ne faisait pas la différence entre les voix des demi-dieux. Chacun d’eux s’exprimait avec les feulements rauques d’une panthère. Seul son maître avait un ton différent, une once de douceur arrondissant les grondements dignes d’un lion. Il savait qu’il ne reconnaissait sa voix que parce qu’elle lui était familière, et non grâce à une réelle différence de tonalité, mais cela ne l’aidait pas à différencier les autres.
— Mais je peux essayer de deviner, si vous m’en donnez l’ordre.
Il entendit le bruit du demi-dieu qui changeait de position et le murmure de ses vêtements.
— Fais donc.
— Je crois que vous êtes le seigneur Cyrion.
Une autre pause.
— Comment as-tu deviné, vassal ?
— Parce que vous avez ri, seigneur.
Dans le silence qui suivit cette déclaration, malgré les ténèbres, Septimus fut certain que le demi-dieu souriait.
— Dis-moi, ajouta enfin le space marine, les autres sont-ils venus aujourd’hui ?
L’esclave avala sa salive.
— Le seigneur Uzas est venu il y a trois heures.
— J’imagine que ce fut plutôt déplaisant.
— Oui, monseigneur.
— Et qu’a donc fait mon bien-aimé frère Uzas lorsqu’il est venu ? La pointe de sarcasme dans le ton de Cyrion était évidente.
— Il a écouté les paroles du maître, mais n’a rien dit de son côté.
Septimus se remémora l’atmosphère glacée qui s’était installée dans le noir tandis qu’il se tenait dans le couloir avec Uzas, le silence seulement rompu par sa respiration rauque et le vrombissement de son armure de bataille.
— Il portait son harnois de guerre, seigneur. Mais je ne sais pas pourquoi.
— Ce n’est pas un mystère, répliqua Cyrion. Ton maître porte encore sa propre armure. Sa dernière « affliction » l’a saisi alors que nous étions au combat, et lui retirer son harnois risquait de l’éveiller de sa vision.
— Je ne comprends pas, seigneur.
— Vraiment ? Réfléchis, Septimus. Tu peux entendre les cris de mon frère maintenant, mais ils sont étouffés, filtrés par les haut-parleurs de son casque et atténués en plus par les murs de sa cellule. Mais si quelqu’un voulait l’entendre clairement… Il hurle ses prophéties sur le réseau-vox. Toute personne portant une armure peut l’entendre hurler sur le canal de communication.
Cette pensée glaça le sang de Septimus. L’équipage du vaisseau du demi-dieu écoutant son maître hurler à l’agonie pendant des heures. Sa peau se hérissa comme s’il avait été effleuré par les ténèbres. Ce sentiment d’inconfort : était-ce de la jalousie ? De l’impuissance ? Septimus n’en était pas certain.
— Que disait-il, seigneur ? À quoi mon maître rêve-t-il ?
Cyrion posa à nouveau la paume de sa main contre la porte, et sa voix était dénuée de la pointe d’humour qu’elle avait contenue auparavant lorsqu’il répondit.
— Il rêve comme notre primarque rêvait, dit le space marine à voix basse. De sacrifice et de bataille. D’une guerre sans fin.
Cyrion n’avait pas entièrement raison.
Il parlait avec l’assurance de celui qui sait, car il n’avait que trop l’expérience des visions de son frère. Mais, cette fois-ci, une nouvelle facette s’était immiscée dans les prophéties du guerrier accablé, révélée quelque neuf heures plus tard, lorsque la porte s’ouvrit enfin.
Le demi-dieu tituba dans le couloir, en armure complète, et s’appuya contre le mur opposé. Ses muscles étaient comme des câbles enflammés enroulés autour d’os fondus, mais la douleur n’était pas le pire. Il pouvait gérer ses souffrances et l’avait fait en d’innombrables occasions. Mais la faiblesse. La vulnérabilité. Elles le déstabilisaient. Ses lèvres se retroussèrent sur ses dents en un féroce rictus comme il était assailli par l’étrangeté de ces sensations inhabituelles
Un mouvement. Le fils du dieu avait senti un mouvement sur sa gauche. Toujours aveuglé par la douleur intense du mal de tête provoqué par sa crise, il tourna la tête vers son origine. Sa capacité à sentir une proie, aussi bien développée que tous ses autres sens, enregistra une odeur familière : la touche écœurante de la fumée d’encens, une pointe musquée de sueur et la puanteur métallique d’une arme dissimulée.
— Septimus, dit le fils du dieu. Le son même de sa voix lui était étranger : un murmure éraillé, malgré les haut-parleurs du casque.
— Je suis là, maître. Le soulagement de l’esclave vola en éclat lorsqu’il réalisa à quel point son seigneur était faible. C’était une nouveauté pour lui aussi.
— Vous êtes resté perdu loin de nous pendant exactement quatre-vingt-onze heures et dix-sept minutes, dit l’esclave, informant son maître comme il le faisait toujours après chacune de ses crises.
— Cela a duré longtemps, dit le demi-dieu en se redressant de toute sa hauteur. Septimus regarda son maître s’étirer. Il prit bien garde à baisser le faisceau de sa lanterne sourde afin que sa faible illumination n’éclaire que le sol, mais qu’elle lui procure malgré tout suffisamment de lumière pour y voir un peu et dissiper de manière rassurante la pénombre du couloir.
— Oui, seigneur. Un long moment. Les crises durent de plus en plus longtemps.
— En effet. Qui a été le dernier à venir me visiter ?
— Le seigneur Cyrion, il y a sept heures. Je craignais que vous ne fussiez en train de mourir.
— Pendant un moment, je l’ai cru aussi. Il y eut un sifflement d’air sous pression lorsque le demi-dieu retira son heaume. Dans la maigre lumière, Septimus parvenait à peine à distinguer les traits élégants de son maître et ses yeux noirs comme des flaques de poix.
— De quoi avez-vous rêvé ? demanda l’esclave.
— De sombres présages et d’un monde mort. Rends-toi jusqu’à ma salle d’armes et prépare tout. Je dois parler avec l’Exalté.
— Tout préparer ? Septimus hésita. Une autre guerre ?
— Il y a toujours une autre guerre. Mais tout d’abord, nous devons rencontrer quelqu’un. Quelqu’un qui jouera un rôle vital dans notre survie. Nous avons un voyage à faire.
— Et où irons-nous, seigneur ?
Le demi-dieu lui adressa un de ses rares sourires.
— Chez nous.
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