Le culte du moi 1: Sous l'oeil des barbares

Maurice Barrès · Chapitre 5 sur 18

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Le culte du moi 1: Sous l'oeil des barbares

Livre I

AVEC SES LIVRES

A Stanislas de Guaita.

 

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CHAPITRE PREMIER

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CONCORDANCE

Il naquit dans l’Est de la France et dans un milieu ou, il n’y avait rien de meridional. Quand il eut dix ans, on le mit au college ou, dans une grande misere physique (sommeils ecourtes, froids et humidite des recreations, nourriture grossiere), il dut vivre parmi les enfants de son age, facheux milieu, car a dix ans ce sont precisement les futurs goujats qui dominent par leur hablerie et leur vigueur, mais celui qui sera plus tard un galant homme ou un esprit fin, a dix ans est encore dans les brouillards.

Il fut initie au rudiment par M.F., le professeur le plus fort qu’on put voir; d’une seule main ce pedagogue arrachait l’oreille d’un eleve qui de plus en devenait ridicule.

Comme son tour d’esprit portait notre sujet a generaliser, il commenca des lors a ne penser des hommes rien de bon.

Etant mal nourri, par manque de globules sanguins il devint timide, et son agitation faite d’orgueil et de malaise deplut.

Bientot, pour relever ses humiliations quotidiennes, il eut des lectures qui lui donnerent sur les choses des certitudes hatives et pleines d’acrete.

Le roi Rhamses II est blame par les conservateurs du Louvre, ayant usurpe un sphinx sur ses predecesseurs. Le jeune homme de qui je parle inscrivit de meme son nom sur des troupes de sphinx qui legitimement appartenaient a des litterateurs francais. Il s’enorgueillit d’etranges douleurs qu’il n’avait pas inventees.

On serait tente de croire qu’il se donna, comme tous les jeunes esprits curieux, aux poesies de Heine, au Thomas Graindorge de Taine, a la Tentation de saint Antoine, aux Fleurs du Mal; il lut cela en effet et bien d’autres litteratures, des pires et des meilleures, mais surtout dans “les bibliotheques de quartier” du lycee, il se passionnait pour les doctrines audacieuses qui sont mieux exposees que refutees par la lignee classique qui va du charmant Jouffroy a M. Caro. La est le grand secret de l’education d’un jeune homme; il s’attache aux auteurs qu’on pretendait ne lui faire connaitre que pour les accabler a ses yeux. A dix-huit ans, il etait gorge des plus audacieux paradoxes de la pensee humaine; il en eut mal developpe l’armature, c’est possible, mais il s’en faisait de la substance sentimentale. Et le tout aboutit aux visions suivantes auxquelles on a garde leur dessin de songe augmente peut-etre par le recul.

 

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