Le grand Batre
XXXII Les Dieux
XXXII
Les Dieux
Rache et Léo ont fui le grand salon d’où l’on a enlevé les meubles en prévision de la vente aux enchères qui doit avoir lieu cet après-midi.
Ils sont allés s’asseoir dans l’entrée sur les marches de l’escalier.
Là où ils s’asseyaient quand ils étaient petits et qu’ils se poursuivaient en se chamaillant, Guilhem et eux, avec des rires et des cris joyeux.
Ils portent tous deux des vêtements sombres. Des vêtements de cérémonie. De cérémonie funèbre. Ce soir Azérac sera vendu.
Depuis la veille, le silence est tombé sur la maison.
Virgile s’est enfermé dans la Tour des Grands Orages et refuse d’en sortir.
À l’aube, Arnaut, Pierre et Marie sont partis rassembler toutes les bêtes au bord du Rhône, près de la costière.
Pour la dernière fois.
Il fait beau. Il fait chaud. Le ciel est d’un bleu sans images. Une belle journée.
Les gardians sont en route pour Le Vigan avec le char. Tout est loué, il paraît même qu’on va devoir refuser du monde… Où qu’il aille, Berlingot continue à remplir les arènes. C’est une vraie merveille, ce taureau !
Mais, ce soir, la manade elle aussi sera vendue. C’est la dernière fois que le biòu va défendre les couleurs d’Azérac.
Rache a les yeux fixés sur les dalles de pierre, là où Charles a cessé de vivre… où Arnaut est venu au monde une nuit d’épouvante… et il frissonne.
— Ça va, docteur ? demande Léo.
— Et toi, ma belle ?
— Je crois que je ne me rends pas bien compte, avoue-t-elle.
Elle n’a plus un sou… Depuis la mort de Cosette et l’incendie du Mas, Léopoldine a donné tout ce qu’elle avait pour venir au secours de ses neveux. Elle a vidé son compte en banque, emprunté chez le fils Didisheim… Mais ça, elle s’en moque bien ! Ce qu’elle n’accepte pas, c’est que le marteau du commissaire-priseur qui va s’abattre tout à l’heure puisse faire voler en éclats le témoignage apporté par les siens au cours de siècles de courage, de labeur et de foi.
— Hier, j’ai reçu la lettre des tantes d’Arnaut, dit-elle.
Elle sort la lettre de sa poche et lit :
— Au milieu de vos épreuves, n’oubliez jamais que Beau-Désert vous attend, les vieux chevaux s’ennuient de vous, et nous d’Isabé. La maison est grande, venez tous, chère famille…
Elle cesse de lire, étouffée par les larmes.
— Il ne faut pas pleurer, dit Rache. On a eu de la chance, Léo ! Pierre et Arnaut sont vivants !
La nuit du drame, quand Arnaut revint avec les secours, on l’entendit hurler quand il vit les flammes au loin.
C’est lui qui sortit son frère du brasier ; c’est lui qui ramena Cosette, sans savoir qu’il portait dans ses bras un corps sans vie.
Comme il passait le seuil, sa femme dans les bras, une poutre ardente s’était détachée et l’avait frappé au front. Il était tombé sans lâcher Cosette et on l’avait cru mort comme elle.
Pierre avait repris connaissance mais Arnaut était toujours inconscient quand Marie revint d’Espagne. Alerté par Léo, don Miguel avait voulu la prévenir lui-même. Il était allé la rejoindre au milieu des bêtes pour lui annoncer que sa mère était au plus mal, et, tout de suite, elle avait senti qu’il n’osait pas lui dire la vérité. Vérité qu’elle lut le lendemain sur le visage de Rache qui l’attendait en gare de Nîmes.
— Maman est morte ?
Il fit oui de la tête, lui prit le bras car elle chancelait, et ils ne parlèrent plus jusqu’à la voiture.
En roulant, Rache raconta à Marie ce qui s’était passé. Ou plutôt la version qu’il venait de mettre au point avec Pierre. Version que son crédit réussit non seulement à faire accepter, mais encore à faire croire.
Cosette, son mari et son beau-frère étaient allés tous les trois au Mas d’Isaure pour jeter un coup d’œil sur l’état de la maison. En faisant des rangements, Cosette avait trouvé un revolver qui traînait dans un tiroir. Elle l’avait manipulé maladroitement, le coup était parti, blessant Pierre. Un accident. Malheureusement, pendant qu’Amaut allait chercher du secours, Cosette, sous le choc, avait cru que Pierre était mort et, n’ayant pu supporter cette idée, avait mis fin à ses jours. Dans sa chute elle avait fait tomber une des bougies qu’ils avaient allumées pour s’éclairer car l’électricité était coupée… le feu avait pris. Un autre accident.
Pierre n’avait rien caché à Rache de ce qui s’était vraiment passé, mais ils décidèrent d’épargner la jeune fille et de ne pas lui révéler ce qui pouvait ternir l’image de sa mère.
— Surtout, avait dit Pierre, qu’elle ne sache jamais que c’est elle qui a tué les chevaux !
Ils ignoraient que deux gardians avaient vu Cosette prendre le bidon de limacide, la veille du drame, et qu’en apprenant la mort de Belvézet, du Pavoun et de Lentisque, ils avaient tout de suite fait le rapprochement.
Marie pleurait sa mère comme on pleure un enfant qu’on n’a pas su protéger. Elle s’en voulait d’avoir été si heureuse à Azérac sans avoir pu faire partager ce bonheur à Cosette. Elle se sentait coupable…
— Je voudrais voir Maman, dit-elle.
Mais le cercueil était fermé, et elle le regardait avec stupeur, refusant de croire que celle qui l’avait mise au monde était là, immobile à jamais, dans cet étui de bois précieux aux poignées d’argent.
Pierre voulut assister aux obsèques de Cosette. La balle lui avait traversé l’épaule, la blessure était encore douloureuse et Rache, craignant des complications, aurait préféré qu’il garde la chambre. Mais il insista pour accompagner Marie au mausolée, puisque son père était dans l’impossibilité de le faire. Commotionné, souffrant de multiples brûlures, Arnaut ouvrait parfois les yeux. Mais il les refermait aussitôt, comme s’il refusait de voir la réalité.
— Il est sorti du coma, disait Rache. Maintenant il dort. Nous sommes sauvés.
Sauvés ? Marie se le demandait.
Pierre ne pourrait pas monter à cheval avant longtemps. Quant à Arnaut, Dieu seul savait s’il se rétablirait.
Et comment réagirait-il à son réveil, en apprenant que tout ce qu’il possédait dans les banques de l’ancien Émirat était devenu propriété de l’État, et surtout que les dirigeants du nouveau gouvernement refusaient d’honorer les contrats signés avant leur venue au pouvoir ? À la suite de cette décision, la major américaine, avec qui Sélim et Arnaut s’étaient engagés, risquait de se retourner contre la Sélimazérac.
La jeune fille fut sauvée du désespoir par l’urgence. La nécessité d’agir lui commanda de sécher ses larmes. Elle savait que nul en dehors d’elle ne pouvait prendre les rênes d’Azérac.
Elle écrivit à la Marquise pour lui demander pardon d’être partie sans avoir eu le temps de la saluer et, surtout, lui demander pardon de ne pas revenir. Elle n’envisageait pas d’abandonner sa famille au moment où la manade avait besoin d’elle.
— C’est fini les études, dit-elle à Léo et à Rache, en leur montrant la lettre qu’elle allait envoyer. C’est fini ! Je reste.
Guilhem avait dit la même chose après la mort de Romain, en 1916…
— Pourquoi souriez-vous ? demanda Marie en les voyant échanger un regard.
— Parce que tu es bien la petite-fille de ton grand-père, dit Léo en l’embrassant.
Ils n’avaient plus que trois gardians, mais tout le monde venait leur donner la main, et Marie ne se sentit jamais abandonnée.
— Tu vois, petite, lui dit un jour Pagnolet, dans les courses, les arènes, dans les jeux, nous sommes adversaires… pour gagner ! Mais, dans le malheur, nous sommes toujours unis. Tant que tu seras dans la peine et que tes bêtes risqueront de pâtir de l’absence de ton père et de ton oncle, nous serons là ! Ne dis pas merci, Marie, tu nous le te vaudras un jour !
— Il manque trois chevaux, remarque-t-elle, soucieuse. Ils ont dû se sauver du côté des juments. Il faut vite les rattraper ! Oncle Pierre, dès qu’il pourra monter, va vouloir qu’on lui amène son Belvézet !
Quand elle sut qu’ils étaient morts tous les trois, empoisonnés, elle resta silencieuse un long moment.
Elle était devenue très pâle, si pâle que les cavaliers qui l’entouraient eurent peur de la voir tomber de cheval.
— Ça va, Marie ?
— Oui, oui… dit-elle en se mordant les lèvres.
— Tu ne veux pas te reposer à l’ombre ? Boire un peu d’eau ?
— Non, dit-elle. Ça va même très bien, depuis que j’ai fait une prière !
— Une prière ?
— Que celui qui a tué nos chevaux aille brûler en enfer !
Les travaux sur la digue avaient été brusquement interrompus au moment du drame.
Ça faisait mal au cœur de voir les empreintes de pneus des engins, la cabane abandonnée où les ouvriers avaient abrité leurs outils, les traces noires des feux qu’ils avaient allumés quand ils faisaient chauffer leurs gamelles ou griller une lièvre prise au piège.
— Heureusement, le Rhône est calme, et les eaux sont basses. Les bêtes se plaisent là-bas. Elles y sont bien.
Tous les soirs, Marie faisait son rapport à Pierre, assise au chevet d’Arnaut, ne le quittant pas des yeux ; espérant toujours qu’il allait se réveiller, lui sourire, elle parlait à voix basse…
— Je voulais te dire, oncle Pierre, j’ai trois juments qui sont pleines. Quand elles poulineront, au début du printemps, j’aimerais qu’on appelle les petits Lentisque, le Pavoun et Belvézet… si ça ne te fait pas trop de peine !
La voix douce parvenait à Arnaut comme si elle avait traversé l’espace. Et pourtant il sentait que celle qui parlait était tout près de lui.
Lentisque, le Pavoun, Belvézet… oncle Pierre…
Pierre… Elle avait dit Pierre ! Pierre était vivant !
Et la mémoire revint comme une lame de fond, balayant la nuit, réveillant les souvenirs.
Elle est terrible, la mémoire. Aveuglante, implacable, nette.
Mais elle est la vie.
Arnaut ouvre les yeux, voit Marie penchée sur lui, puis voit Pierre… Mais Marie est en deuil, et Arnaut comprend que Cosette est morte.
Au moment où naquirent Lentisque, le Pavoun et Belvézet, les deux frères purent de nouveau monter à cheval. Ce fut pour eux une nouvelle naissance, une résurrection après l’incendie qui avait failli leur coûter la vie.
Pendant tout le temps de leur convalescence, on n’eut pas de nouvelles de la major américaine.
Puis, un jour, arriva une assignation.
La major réclamait dix millions de dollars à titre de dédommagement.
Arnaut se rendit à New York avec ses avocats, et rencontra ceux de la Compagnie. Il espérait arriver à dégager sa responsabilité.
On lui proposa un arrangement.
Il ne devait plus que trois millions de dollars.
Où les prendrait-il ? Il n’avait plus rien.
Dans l’entrée, Léo tressaille.
— Tu as entendu ?
Rache tend l’oreille. Oui… un bruit sourd ébranle le château.
Des coups de marteau…
On cloue l’estrade dans le salon, et ça résonne entre les vieux murs comme si on clouait un échafaud.
On avait dû ouvrir les portes-fenêtres et mettre des chaises sur la terrasse.
Le salon était plein de monde.
Si certains étaient venus à la vente en curieux, bien peu d’entre eux se réjouissaient à l’idée de voir sombrer la famille qui avait mené Grand Batre pendant des générations.
Les Arlésiennes s’étaient coiffées, ce jour-là, pour honorer les cavaliers d’Azérac, elles avaient sorti pour l’occasion leurs plus beaux rubans, leurs dentelles les plus précieuses, fragiles et silencieuses, elles s’étaient groupées dans un coin du salon aux côtés d’une délégation de manadiers. Ils étaient venus en tenue : veste noire, chemise blanche, cravate de Nîmes, et s’étaient assis, le chapeau sur les genoux, l’air grave.
Tous regardaient les chaises vides où allaient s’asseoir les enchérisseurs, et les chaises vides réservées à la famille.
L’issue ne faisait aucun doute.
Si le château, les terres et les bêtes trouvaient un acheteur, l’argent irait dédommager la major américaine.
Si aucun acheteur ne faisait une offre valable, la major deviendrait propriétaire de l’ensemble des biens.
De toute façon, Azérac était perdu.
Quand le moment fut venu, Arnaut rassembla les siens dans l’entrée.
— Quoi qu’il arrive, leur dit-il, on continuera. Tant que les chevaux et les taureaux de Camargue auront besoin des hommes, nous serons là. Nous n’aurons plus de manade, mais nous servirons comme gardians dans celles des autres. Le travail sera fait. Allez ! dit-il, je vous rejoins.
Il voulait rester seul un instant, se concentrer, reprendre des forces pour affronter l’épreuve…
— Salut, Arnaut !
Zanie était devant lui. Resplendissante. Radieuse.
— Tu n’as rien à faire ici ! dit-il. Va-t’en !
Elle se mit à rire.
— M’en aller ? Mais c’est que je ne peux pas ! Voyons…tu ne devines pas ? Non ?… Je viens acheter Azérac. Tu ne le savais pas ? Pauvre Arnaut, dans quelques minutes tu auras tout perdu… mais ça n’a aucune importance puisque, dans quelques minutes, Azérac sera à moi !
Elle alla vers lui, la main tendue, et il recula devant son sourire et son parfum avec une telle expression d’horreur qu’elle en resta interdite.
— Tu n’as pas compris ? Elle n’arrivait pas à maîtriser son émotion : Tu n’as pas compris que je n’achète Azérac que pour te l’offrir ?
Elle ajouta, très doucement :
— Avec moi en prime, bien sûr !
— Jamais ! dit-il avec violence.
— À tout à l’heure, mon amour !
Elle s’était reprise. Elle était sûre d’elle. Prête à triompher.
Arnaut prit une profonde respiration et, à son tour, alla vers le salon.
Le commissaire-priseur s’était installé à la table qu’on avait posée sur l’estrade, face à l’assistance. La salle était maintenant pleine.
Au premier rang, les représentants des Américains avaient pris place à côté de Zanie Bourriech. Il restait deux chaises vides pour des acheteurs éventuels ; un manadier se leva et vint en occuper une.
Le commissaire-priseur s’éclaircit la voix et attaqua :
— Mesdames, messieurs, nous allons procéder à la vente du château, des terres et de la manade, appartenant à monsieur Arnaut Cabreyrolle d’Azérac. Je vais vous lire le détail…
Tous les regards se portèrent sur la famille, immobile, silencieuse.
Virgile avait quitté sa Tour et se tenait très droit, très pâle, la main de Marie dans la sienne. Comme elle, comme les autres, il croyait vivre une de ces hallucinations que donne la drogue, un de ces cauchemars dont la conscience tente vainement de s’évader, dont les efforts de la raison ne peuvent vous délivrer.
La mise à prix commença en douceur.
— Dix millions de francs !
— Under-valued, dit un des Américains à l’oreille de son voisin. I
take 77 !
— Onze millions ! dit le manadier assis au premier rang.
L’enchère de Jacques Bourély surprit la salle. Il était connu pour son honnêteté, pour la bonne tenue de sa manade, mais on savait aussi qu’il n’était pas riche. Il s’expliqua :
— Je représente une association de manadiers, d’éleveurs et de mainteneurs de la race Camargue. Arnaut d’Azérac a construit une digue qui a déjà permis, à plusieurs reprises, de sauver nos bêtes de la noyade. Sa terre a toujours été un exemple pour la Nacioun, et l’Antico Confrérie des Gardians. Nous voulons qu’elle le reste !
— Bravo ! cria une voix, et des applaudissements éclatèrent.
— Onze millions, dit le commissaire-priseur. Une fois… Deux fois…
— Douze millions ! lança la voix joyeuse de Zanie.
Elle regardait Arnaut en souriant, radieuse.
— Douze millions… Une fois…
— Treize millions !
La voix venait de la terrasse. Les têtes se tournèrent vers un gros homme qui traversait la salle sans se presser pour gagner le premier rang.
— D’où il sort, celui-là ?
Zanie avait parlé à haute voix.
— Treize millions, répéta le gros homme en s’asseyant pesamment.
— 78 Who is this guy ? demanda l’Américain en se penchant vers le manadier qui ne put lui répondre.
— 79 À speculator , dit l’autre Américain. Things are getting funny.
— Quatorze millions !
Zanie regardait le gros homme dans les yeux. Il se mit à rire, tranquille.
— Nous disons donc…
— Excusez-moi, monsieur, dit Jacques Bourély en se levant à nouveau.
— N’interrompez pas les enchères ! dit le commissaire-priseur.
— Excusez-moi, reprit le manadier, sa voix tremblant d’émotion, nous ne pouvons pas suivre, bien sûr, mais nous voudrions racheter les bêtes… surtout les chevaux. Pour un cavalier, perdre son compagnon, c’est terrible !…
Le commissaire-priseur s’excusa, désolé. Il ne pouvait vendre Azérac qu’en un seul lot.
La famille restait impassible, muette, tandis que l’assistance grondait, révoltée, sous les yeux étonnés des Américains.
— J’ai dit quatorze millions !
La voix de Zanie dominait le tumulte.
— Je dis quinze ! cria plus fort encore le gros homme.
— Dix-sept millions ! dit une voix avec l’accent de Genève.
Arnaut tressaillit. Il reconnaissait le fondé de pouvoir de la banque qui avait été celle de l’oncle Élie, et ne put s’empêcher de sourire.
Personne ne remarque un homme qui vient déposer un billet plié entre les mains de Marie et se retire discrètement. L’assistance tout entière est hypnotisée par le combat entre Zanie, le gros homme et le banquier.
Marie a déplié le papier, elle a lu… Elle semble frappée de stupeur.
— Dix-sept millions cinq ! a crié Zanie.
Marie se lève.
— Vingt millions ! dit-elle d’une voix défaillante.
C’est la stupéfaction autour de la jeune fille. Zanie éclate de rire. Le gros homme rit encore plus fort.
— Alice in Wonderland ! disent les Américains, hilares.
Pierre et Arnaut échangent un regard désolé.
Le public s’agite. Pauvre petite… la mort de sa mère, les malheurs de la famille… et voilà qu’elle perd la tête…
Le commissaire-priseur se pencha vers elle avec une bienveillance attristée.
— C’est une somme considérable, mademoiselle… Je doute que vous la possédiez ! Et puis vous êtes trop jeune pour pouvoir…
— Je ne parle pas en mon nom, monsieur.
La salle retient son souffle.
Le commissaire-priseur regarde les chèques certifiés qui sont déposés devant lui ; il semble troublé.
— Vous représentez quelqu’un ?
— Oui, monsieur.
— Qui ?
— Moi, dit une voix grave et profonde.
Une voix au léger accent espagnol.
Toutes les têtes se tournent vers une grande femme vêtue de noir, debout sur le seuil, comme une apparition.
— Marquise de Algobanto de la Médina y los Attoyos Castibianco…
Virgile se leva. Il avait vu la cigale, il savait que toutes les fées n’étaient pas mortes avant même d’entendre, de la bouche de la Marquise :
— Je suis Faustine Cabreyrolle d’Azérac.
Elle est face aux siens.
Elle les regarde ces Azérac qu’elle croyait avoir chassés de son cœur, et qu’une petite cavalière a ramenés dans sa vie.
— Que Diu rende la terra als seus fidels amants…
Faustine a prononcé les mots des ancêtres.
Que Dieu rende la terre à ses fidèles amants…
C’est pour ça qu’elle a rompu silence, serment, solitude.
C’est pour ça qu’elle est revenue.
Pour rendre la terre que les Azérac ont failli perdre jadis à cause d’elle et qu’aujourd’hui elle dépose dans leurs mains de paysans.
Eux aussi la regardent.
Ils n’osent pas bouger, de crainte de la voir disparaître cette Faustine, cette Marquise, cette femme qui vient de sauver leur avenir.
Les gens se sont levés, ils ont applaudi, certains ont essuyé une larme, les yeux fixés sur cette famille qui se retrouvait après une séparation de plus d’un demi-siècle… puis ils se sont sentis indiscrets, et se sont retirés sans bruit.
Voyant que les manadiers s’en allaient, Rache est allé les remercier.
— Sian qu’uno pougnado, lui dit un très vieux, appuyé sur le bras de son petit-fils.
— 80 Mai sauven la terra et l’us naciounau ! ajouta Bourély dont la voix tremblait.
Rache leur serra la main à tous, et les raccompagna jusqu’à la porte.
— Émouvant, le dialogue avec les croulants du groupe folklo !
Il se retourna et vit Zanie.
Elle était très pâle, avec des plaques rouges sur son décolleté. Ses yeux brillaient de fièvre.
— Très émouvantes aussi les retrouvailles avec l’effrontée d’avant 14 ! Moral, tout ça ! Édifiant ! J’ai failli pleurer !
— Un jour, la haine vous empoisonnera le sang, Zanie, dit-il doucement.
— Merci, docteur, pour la consultation gratuite ! En échange, je vous fais cadeau d’un avertissement destiné à la famille : la partie n’est pas finie ! J’ai encore des cartes à abattre !
— Voyez surtout un cardiologue, dit-il sans plaisanter.
— Un cardiologue ? Moi ?… Je croyais que je n’avais pas de cœur !
Elle s’en alla en riant.
Quel rire amer…
— Fernand ! viens voir… criait Virgile.
Ils étaient tous penchés sur le billet qu’avait reçu Marie pendant les enchères.
Annonce 20 millions.
Aie confiance !
Faustine.
— Tu n’as pas eu peur ? demandait la Marquise.
— Terriblement ! avouait Marie. Mais, en lisant la signature, j’ai compris ce que j’aurais dû comprendre la première fois que je vous ai vue…
Elle s’arrêta, interdite.
Faustine venait de détacher la cigale de son corsage, et la lui tendait.
— Elle est à toi ! Tu la mérites, petite servante des chevaux ! Ne la refuse pas ! dit-elle en voyant que Marie n’osait pas la prendre. C’est elle qui a décidé de se poser sur toi ! Et ne pleure pas, c’est un jour de bonheur !
— Oui, dit Virgile, mais toi aussi tu pleures, Faustine !
Ils rient maintenant, tous, et elle rit avec eux, délivrée, rendue à elle-même.
Oui, elle veut bien boire un verre de vin d’Alsace, surtout présenté par Annette ! Oui, elle veut bien monter voir son portrait dans la Tour des Grands Orages ! Mais elle veut surtout faire connaissance…
— Je vous rejoindrai là-haut tout à l’heure, dit Marie en l’embrassant. Il faut que j’aille montrer ma cigale !
— À qui ?
— À Capitaine, répond-elle gravement.
C’est encore une enfant.
Sous sa vaillance se cache une petite fille prête à partager ses joies avec toute la Création.
Et surtout avec son cheval.
— On a gagné, Capitaine ! On ne se quittera plus jamais ! Regarde…
Marie tient la cigale d’or au creux de sa main qu’elle ouvre pour que son cheval la voie bien.
— Tu n’imagines pas ce qui s’est passé ! Cette cigale, c’est Frédéric Mistral qui l’a donnée à Faustine, autrefois, et aujourd’hui c’est à moi qu’elle la donne ! Parce que Faustine est revenue ! La Marquise c’était elle ! Et Azérac est sauvé ! C’est un grand jour !
— Un grand jour… Tu as raison ! dit une voix attendrie pendant qu’elle embrasse son cheval.
Zanie l’observe. Souriante. Elle répète : « Un grand jour… », hoche la tête, et poursuit, mélancolique : « Pas pour moi… Mais, tu vois, je suis belle perdante. Aussi je te souhaite beaucoup de bonheur dans cette maison qui n’a jamais voulu être la mienne… et qui t’a élue, toi, Marie d’Azérac ! Superbe promotion pour la fille d’une criminelle !… Remarque, tuer par amour, je pourrais certainement… mais tuer des chevaux, comme ta mère, ça, jamais ! »
Marie se serrait contre Capitaine comme s’il pouvait la protéger.
— Que dites-vous ?… demanda-t-elle d’une voix tremblante.
— Mon Dieu !… Tu ne savais pas ?… On avait oublié de te le dire ? Les trois chevaux empoisonnés, c’est ta mère, chérie… ta maman !
Elle eut un petit rire et désigna Capitaine :
— Je n’aurais peut-être pas dû en parler devant lui… Il va t’en vouloir… oh, je suis désolée !…
— Allez-vous-en !
— Tu ne me crois pas ? Demande !… Demande à n’importe qui… tout le monde le sait !
— Allez-vous-en !
Zanie alla vers la porte de l’écurie, se retourna avant de sortir, et dit gracieusement :
— Embrasse pour moi la Marquise, le baron, et le bâtard d’Azérac… Et veille bien sur vos bêtes, petite, les gens sont si méchants !…
Elle était sortie. Marie était seule.
Elle n’osait plus toucher son cheval et se mit à pleurer.
— Pardon…, dit-elle.
Et ce pardon qu’elle demandait s’adressait aux chevaux que sa mère avait tués, mais s’adressait aussi à Cosette qu’elle avait maudite.
— Maman…
Elle se sentit si misérable qu’elle décida de mourir. Cette décision lui fit du bien et lui rendit des forces. Elle prit sa selle, la posa sur le dos de Capitaine, refit mécaniquement les gestes sus par cœur, le sentit heureux et se remit à pleurer.
Elle aurait voulu lui dire à quel point elle l’aimait, à quel point elle les aimait tous… mais les mots restaient dans sa gorge.
— Maman…
Elle posa sa tête contre la longue tête blanche, sentit sa chaleur…
Il était prêt. Il hennissait de joie.
Il ne savait pas qu’ils allaient partir pour une promenade qui serait la dernière.
Marie savait où elle abandonnerait le cheval. Près des juments qu’il irait courtiser en attendant le retour de sa maîtresse.
Mais sa maîtresse ne reviendrait pas. Elle serait entrée dans le fleuve, elle aurait nagé jusqu’à ce tourbillon qu’évitaient les mariniers, et là les courants mystérieux du Rhône l’entraîneraient vers les fonds glauques avant de la livrer à la mer qui ne la rendrait jamais.
Elle n’aurait pas existé !
Tout serait effacé. Les crimes… la malédiction… les souffrances. Quelle paix !…
Ils étaient sortis de l’écurie. Les sabots sonnèrent sur les pavés de la cour, puis crissèrent sur le gravier avant d’attaquer l’herbe d’un pas de velours.
— Galop ! cria Marie.
Et Capitaine s’élança.
— Alors, vous êtes des jumeaux ?
— Oui !
— Avec une maman chacun ?
— Oui !
— Et la maman de Pierre, c’est Isabé ?
— Oui !
— Et Roland est aussi son fils ?
— Oui !
— Et toi, Léo, tu n’as pas eu d’enfant ?
— Non !
— Et Fernand non plus ?
— Pas eu le temps ! J’ai rêvé de vous toute ma vie, dit-il en lui baisant la main.
— Pour être francs, dit Virgile avec gravité, aucun de nous, ici, n’a eu d’enfant. Mais nous avons tous Marie !
— Ah, Marie ! Quelle merveille ! Mais où est-elle ? demanda la Marquise.
Ils se regardèrent, pas encore inquiets, mais perplexes.
— Il y a près d’une heure qu’elle est allée montrer la cigale à son cheval, dit Léo. Elle devait nous rejoindre ici très vite… C’est étrange qu’elle ne soit pas là…
L’idée de mourir grisait la jeune fille. Quelle belle mort elle allait avoir !
Elle avait seulement oublié l’existence des dieux.
Et leur toute-puissance.
Elle ignorait qu’ils l’avaient choisie, elle, pour être leur messagère. Pour être celle qui dénoue, délivre, et tranche leu liens qui retiennent dans la douleur.
L’Inespérée, avaient-ils soufflé à l’oreille de Virgile. Et Virgile l’avait annoncée. Il avait dit : « La prédestination n’est pas réservée au sang, mais à l’amour. » Il avait dit aussi : « C’est à la terre de décider. »
Et les dieux qui avaient envoyé un beau jeune homme pour séduire Faustine, une guêpe pour que nul ne retienne Guilhem de saccager son amour, les dieux qui avaient sacrifié Charles, Isaure, Cosette, les dieux qui avaient eu la cruauté de priver un père de l’amour de ses deux fils, les dieux décidèrent que le temps de la malédiction devait prendre fin.
Et ils dépêchèrent le Rhône à la rencontre de la jeune fille. Et, pour qu’elle comprenne bien de quel danger était menacée la manade des Cabreyrolle d’Azérac, ils firent retentir le tocsin.
Du fond de sa douleur, elle ne l’entendit pas tout de suite. Mais quand elle perçut la voix saccadée des cloches qui sonnaient l’alarme, elle s’affola pour les biòu qui paissaient depuis le matin en contrebas du fleuve et comprit qu’ils allaient être emportés par les eaux.
La seule façon de les sauver était de monter sur la digue, et de les prendre à revers. S’il n’était pas déjà trop tard !…
— Il faut les ramener tous ! cria-t-elle à son cheval. Va !
Capitaine s’envola au-dessus de creux fangeux, franchit des dunes de sable, bondit au-dessus de troncs abattus, galopa sur des sols éclatés et des marais saumâtres.
C’était la dernière épreuve.
Et elle n’était pas envoyée à Marie pour la confondre. Mais pour la révéler. Et les Saintes Marinières bénissaient cette épreuve depuis leur barque, elles qui savaient que le salut n’est accordé qu’après la traversée de la mer.
— Chivau ! Chivau ! criait Marie.
Elle collait à lui. Ils n’étaient plus qu’un même souffle brûlant, qu’un même cœur prêt à éclater…
Au moment où elle désespérait, elle vit enfin ses biòu ! Ils semblaient terrifiés et ne bougeaient pas, face à la vague qui roulait vers eux en grondant.
Capitaine escalada la digue qui disparaissait sous les flots, l’eau giclait sous ses sabots, le fleuve gagnait du terrain… Il était temps de faire fuir les bêtes…
Marie n’avait pas de trident.
Elle leva ses mains nues vers le ciel, cria de toutes ses forces : « Dau per Diéu ! » et lança son cheval sur la manade.
Arnaut et Pierre avaient quitté la Tour des Grands Orages dès que le tocsin avait retenti.
De la fenêtre, Faustine les vit s’éloigner du château à toute allure. Mais elle se souvenait trop bien d’Azérac pour pouvoir espérer qu’ils arriveraient à temps.
Quand le Rhône venait, il était toujours le plus rapide.
Elle regarda l’immense prairie où elle avait galopé avec José Luis, le jour du Grand Batre.
Ce jour-là, toutes les bêtes avaient été sauvées. Mais, ce jour-là, toute la Camargue était avec eux.
Ils allaient comme le vent, mais ils savaient tous les deux qu’ils arriveraient trop tard.
Jamais le pâturage ne leur avait semblé aussi vaste, aussi désert, aussi hostile. Leurs chevaux, à bout de forces, soufflaient, frémissaient, bronchaient. Mais ils continuaient, les braves compagnons.
Et, brusquement, du sommet d’une montille, Arnaut et Pierre découvrirent la manade qui venait à eux. Ou plutôt, ils la devinèrent. Masse mythologique, armée bramante, qui émergeait peu à peu, noire, cornue, vivante, d’un flamboiement de poussière dorée.
Eblouis, ils retinrent leurs chevaux et s’arrêtèrent.
— Un cavalier les ramène ! Regarde !
Pierre désignait une mince silhouette à cheval.
— Marie ! dit Arnaut.
Le tocsin s’était tu.
Personne ne parlait dans la Tour.
Faustine avait fermé les yeux. Elle se sentait très lasse.
— Ecoutez…, dit Virgile.
Un piétinement immense, un souffle profond, un ébranlement fondamental montaient jusqu’à eux.
Comme si la terre elle-même s’était mise en marche.
Pierre et Arnaut étaient allés rejoindre Marie pour l’aider à contenir les flancs du troupeau et l’empêcher de se disperser.
En arrivant sur la prairie qui menait à Azérac, les bêtes, rassurées, calmées, se mirent à brouter comme si rien n’était arrivé.
— Je crois qu’il n’en manque aucune… dit Marie. Capitaine a bien travaillé !
Elle se pencha sur son cheval et embrassa l’encolure brûlante de sueur et de fièvre.
— Ma fille, dit Arnaut.
Elle le regarda, surprise par le ton de sa voix. Un ton solennel.
— Ma fille, répéta-t-il avec émotion.
Puis il leva son trident, cria : « À toi, Azérac ! » et lui jeta le fer.
Il la regarda l’attraper au vol d’une main ferme, et lui demanda :
— Marie… pourquoi as-tu pleuré ?
Alors elle se souvint qu’elle avait voulu mourir et elle rendit grâce aux Dieux de l’avoir épargnée.
— Pourquoi as-tu pleuré ? répéta Arnaut.
— Je ne sais plus, Papa, dit-elle. La vie est si belle !
Le Rhône a retrouvé son lit.
Il roule vers la mer originelle, majestueux, souverain.
Le soleil a disparu derrière l’horizon…
Alors un cheval sauvage sort du bois de mourvens et s’aventure sur les terres émergées.
Vierge de nom. Nu. Libre.
Naseaux élargis, il hume le vent salé.
Peu à peu les ténèbres l’engloutissent.
On ne distingue plus sa robe blanche.
C’est la nuit.
Mais le cheval attend, tranquille.
Il attend la lumière.
Il sait que demain, une fois de plus, Dieu va créer le monde comme aux commencements des temps.
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Notes
[←1]
Du provençal : brama, mugir.
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[←2]
En Provence, on appelle les taureaux : biòu, brau, tau.
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[←3]
Les taureaux font leur ramadan sur la tombe ou les restes des leurs en bramant désespérément.
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[←4]
Trembleuses : boucles d’oreilles.
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[←5]
C’est sur la Foire de Beaucaire qu’on vendait autrefois ces bagues de verre, dites « bagues d’aïe » car, si on les brisait,
elles blessaient le doigt et faisaient crier les filles. Elles étaient souvent rouges, ornées d’un petit rat.
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[←6]
Ses arrières-petits- enfants, Virgile, Guilhem, Léopoldine
Ses petits- enfants, Romain, Antonin et dono Aline, Faustine
Ses enfants, le baron auguste et dono Thérèse
Son baile, ses gardians, les chevaux et les taureaux
de la manade Cabreyrolle d’Azérac
Vous convient à fêter avec eux les quatre-vingt-dix ans
De leur seigneur, le baron Eugène Cabreyrolle d’Azérac
le 27 août du bel an de Dieu 1913
On dansera
Château d’Azérac, près de Saint - Gilles)
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[←7]
« Se coiffer », en Provence et en Languedoc, cela veut dire « porter le costume arlésien ».
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[←8]
« C’est un garçon manqué ! »
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[←9]
Il s’appelle Cathare. Le vôtre s’appelle L’Éclair… Ce sont de bons chevaux qui nous aiment et nous protègent.
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[←10]
« Mère de Dieu, ayez pitié de moi ! Peu m’importe la mort dans l’arène si je dois vivre
sans la cavalière que vous avez placée sur mon chemin.
« Il faut me la donner, Mère de Dieu ! Sinon pourquoi m’avoir mené à elle ? « Envoyez-moi le duende pour que j’oublie la belle quand je m’unirai à la bête au moment
de l’heure de la vérité. Que l’amour ne fasse pas de tache sur mon honneur… Je veux le lui donner intact ! »
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[←11]
Quartiers de Nîmes.
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[←12]
« Tant de sang ! »
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[←13]
Les plus féroces taureaux de combat d’Espagne.
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[←14]
Toutes les clefs d’une maison sont réunies sur le clavier. La maîtresse, ou la gouvernante, les porte à la ceinture.
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[←15]
- C’est pour les taureaux que tu dois rentrer à ta maison ?
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[←16]
« Ô trop heureux les paysans, s’ils connaissaient leurs biens ! » (Géorgiques, livre second, Virgile.)
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[←17]
Saladelle : fleur des gardians, légère comme un brouillard. Bleu-mauve au moment de sa floraison.
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[←18]
Garder à bâton planté : rester debout au milieu du troupeau, appuyé à un long bâton fiché dans le sol.
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[←19]
Mon royaume pour un cheval !
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[←20]
Les Lices : promenade qui entoure Arles et où ont lieu tous les défilés.
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[←21]
Trasso : saleté.
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[←22]
Quand un manadier doit passer sur le pâturage d’un autre, il laisse son trident sur sa terre.
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[←23]
L’École des Chartes.
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[←24]
« Sous la foudre ils étudient sans peur forêts, nuages et vents. »
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[←25]
« Le monde change » (Le Poème du Rhône, chant CVII, Frédéric Mistral).
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[←26]
« La Russie des Tsars » captiva MM. Bauquier et Boucoiran, ainsi que Linnéus Mingaud et le commandant
Espérandieu, derniers témoins de l’avant-guerre.
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[←27]
On appelle « char » le camion dans lequel on transporte les taureaux.
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[←28]
Fondée en 1840, la Maison Pinus existe toujours et reste fidèle à la tradition du bijou arlésien.
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[←29]
« Aujourd’hui peut souffler la bourrasque du Nord ! » (Les Olivades, 1904, Frédéric Mistral).
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[←30]
John Wesley, 1703-1791, théologien protestant anglais, fondateur du méthodisme.
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[←31]
Simultaneum : Convention accordée à l’Alsace par Louis XIV, en vertu de laquelle les cultes catholique et protestant
pouvaient être célébrés dans un même lieu.
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[←32]
Belle reine de là-haut, bénissez les Provençaux !
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[←33]
Sagnes : roseaux.
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[←34]
Bouti : tissu provençal de soie ou de coton piqué.
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[←35]
- Aragon, je te présente ma femme, sois bien poli avec elle ! Elle n’est pas très vêtue, mais nous avons l’intention de
la garder !
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[←36]
Au chant Ier de Mirèio, Mistral salue « la branche des oiseaux » qui est celle de la poésie.
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[←37]
Marquis Folco de Baroncelli-Javon, 1869-1943. Félibre (Lou Rousari d’Amour, Blad de luno, Baballi, Sous la tiare
d’Avignon). Aussi grand poète que grand manadier, il sauva la race des chevaux camargues. Toute sa vie il s’employa à faire respecter la tradition, le costume arlésien, et la pensée mistralienne. Aimé des gitans, il fut aussi l’ami des Indiens d’Amérique qui le visitèrent au début du siècle, et l’appelèrent Zintkala-Waste, l’Oiseau au Cœur fidèle.
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[←38]
Galantes filles, Amoureux garçons.
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[←39]
Double, double, touille et trouble, Brûle feu, chaudron fais tes bulles.
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[←40]
« Voici l’ombre, cheval, la journée est finie… » (Le Cheval, Joseph d’Arbaud. )
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[←41]
Marie Gabrielle Alix de La Borde-Caumont. Elle chassait le loup à l’épieu et, en 1901, participa, avec son cheval
Fouquet, au sauvetage des passagers du paquebot La Russie, naufragé devant les Saintes-Maries.
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[←42]
Mot gravé par Marie Durand, prisonnière pour la foi, dans la prison de la Tour de Constance où elle fut enfermée
pendant trente-huit ans.
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[←43]
Pendant la guerre des Cévennes, le Maréchal de Villars envoyait ses dragons surprendre les réunions de prière des
protestants.
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[←44]
Rig : ensemble d’une construction de forage qui comprend le derrick, les moteurs, le rotary et, en pleine mer, la
plate-forme d’habitation.
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[←45]
Morgarten, victoire des Suisses sur l’empereur d’Autriche en 1315. Début de l’indépendance.
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[←46]
Antifo : le besoin de courir le monde, de faire le Grand Tour.
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[←47]
« Je suis pauvre et las, et un jour, la main de l’Infernal a saisi mon cheval. » (Marquis de Baroncelli. )
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[←48]
Joseph d’Arbaud. 1874-1950. Félibre (Le Laurier d’Arles, Le Rempart d’Airain, Les Chants palustres, La Bête du
Vaccarès). Un très grand poète à qui l’on doit l’hymne de la Camargue : La Cansoun Gardiano.
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[←49]
Guérir du secret : avoir le secret pour guérir. On dit que c’est le diable qui octroie ce pouvoir, ce qui n’empêche
personne d’y avoir recours.
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[←50]
Il s’agit d’anciens francs.
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[←51]
Il s’agit d’anciens francs.
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[←52]
« Je suis l’arrière-petit-fils de Thérèse Bader. »
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[←53]
- Derrière la montagne il y a aussi des gens.
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[←54]
Les amateurs, en Camargue, sont des gardians volontaires que la bouvine passionne, qui s’attachent à une manade, et
lui donnent tout leur temps libre.
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[←55]
- Un peu, mais guère !
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[←56]
Littéralement, « Nous sommes jolis ! », « Nous sommes propres ! »
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[←57]
« Les jours, les nuits, ni les semaines/ne peuvent mesurer le temps/coulant sans mesures humaines/d’un printemps à
l’autre printemps… »
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[←58]
- C’est miraculeux ! - Nous avons reçu une leçon d’une femme !
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[←59]
- Oui, mais elle est espagnole ! - Pas moi, ma grand-mère !… Moi, je suis française.
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[←60]
Clémence Isaure, dame toulousaine, fondatrice et protectrice de l’Académie des Jeux floraux.
Des personnes malintentionnées prétendent qu’elle n’est qu’une création de l’esprit.
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[←61]
Sestero : repos de la journée.
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[←62]
S’il vous plaît ! Ne parlons plus de moi !
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[←63]
« Il n’est pas au bout mon courage ! / Brille l’étoile aux sept rayons. »
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[←64]
« Brille l’étoile aux sept rayons ! »
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[←65]
Tous les insectes de Camargue.
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[←66]
Châtaignes séchées cuites dans du lait.
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[←67]
Taureaux de quatre ans.
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[←68]
Bon anniversaire, Maman !
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[←69]
- Comment ça va ?
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[←70]
- Je suis bien heureux d’être ici !
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[←71]
- Êtes-vous honnête ? Êtes-vous pure ?
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[←72]
- Que veut dire votre Seigneurie ?
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[←73]
Le trésor du Félibrige, dictionnaire franco-provençal, établi par Frédéric Mistral.
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[←74]
À Madame Clémence Isaure, Frédéric Mistral, 1879.
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[←75]
Pin, herbe fleurie / Nue au ciel d’été, / Ce qui vient de Dieu / Rend forte la vie. / Où sont les clartés /Des jours
solitaires… / Les monts sont les murs/De l’éternité.
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[←76]
J’ai besoin d’être seule…
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[←77]
- Sous-évalué. J’achète !
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[←78]
Qui est ce type ?
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[←79]
Un spéculateur. Ça devient drôle !
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[←80]
- Nous ne sommes qu’une poignée. Mais nous sauvons la terre et la coutume nationale ! (Joseph d’Arbaud, La
Cansoun gardiano. )
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Vous avez terminé Le grand Batre
Frédérique Hébrard