Le pronostiqueur
Chapitre Premier
Il s’était installé dans le bac de sa douche. Assis, la tête entre les genoux, il laissait l’eau brûlante ruisseler sur ses épaules. C’était sa manière matinale de gamberger, de ruminer sur la grisaille de son avenir.
Lorsque la morosité persistait, il poursuivait sa cure de liquide, mais à l’intérieur cette fois, et ce n’était plus de l’eau… Ces derniers temps, il était beurré deux soirs sur trois. Avec d’autant moins de remords qu’il s’était trouvé un compagnon de beuverie, ancien journaliste du quotidien Libération, ancien bâtisseur de barricades, militant gauchisant qui levait son verre en gueulant à tue-tête : « Tous beurrés dès huit heures ! Soutien aux viticulteurs ! »
Même Carole avait fini par se lasser. Elle s’était barrée sans un mot. Y avait pas besoin d’explication. N’importe quelle femme à sa place l’aurait plaqué bien avant.
Luc Gérin leva la tête. Le jet puissant lui cingla le visage. Quelle heure était-il ? Qu’importe… À cette minute, il aurait dû se trouver à Chantilly, au centre d’entraînement. Parmi ses collègues, jumelles vissées au-dessus du pif, supervisant les galops d’essais des participants à la course de dimanche.
Il grimaça et rassembla ses mains derrière sa nuque. Qu’elle aille se faire foutre, Carole ! Avec son gros cul et sa gentillesse pathologique. Son sourire, ses mots tendres, ses regards apitoyés, tout cela était devenu insupportable. Devant les éclats coléreux de Luc, elle s’était transformée en une espèce de mollusque visqueux, souple et malléable au gré des caprices de son amant. Une éponge qui absorbait les aigreurs de Luc, les échecs de Luc, la médiocrité de Luc… Où était-elle à présent ?
Il devait porter sa feuille de pronostics et ses commentaires en fin d’après-midi. L’idée d’affronter Wenceslas Le Dy, le directeur de son journal, lui apparut soudainement terrifiante. Ce gros parvenu ne dissimulait pas son mépris pour Luc et lui avait, à plusieurs reprises, signifié qu’il se passerait désormais de ses services s’il ne fournissait pas d’urgence un pronostic convenable. Les lecteurs renaudaient sévère et le canard battait de l’aile. Par chance, Le Dy tenait sous contrat deux ou trois grands entraîneurs qui lui balançaient de vagues impressions sur les courses et sur les chances de leurs chevaux. Impressions souvent plus que floues dont on pouvait se demander si elles laissaient supposer un manque de confiance, ou tout bonnement une tromperie sur la marchandise.
Evidemment, ce qu’on pardonnait aux entraîneurs dont les pronostics n’étaient pas le métier, on ne le laissait pas passer à Luc Gérin. Le pronostiqueur maison de l’hebdomadaire Galop d’Or s’essuyait une dégoulinante infernale. Bon dernier au classement, il avait réussi la gageure de n’avoir donné que trois tiercés dans le désordre en dix mois. Et trois courses remportées par des favoris qui n’avaient laissé aux parieurs à peine de quoi s’offrir leur tabac pour la semaine. Bilan remarquable. Le Dy pouvait se targuer d’employer le plus mauvais pronostiqueur du territoire. Cette mauvaise farce ne pouvait guère se poursuivre plus longtemps. Le fichier des abonnés s’effilochait au fil des mois et Le Dy commençait sérieusement à se faire du soucis pour son gagne-pain.
Luc Gérin ne se faisait aucune illusion. Le Dy n’avait aucune amitié pour lui et il n’hésiterait pas une seconde à le balancer. S’il ne l’avait pas encore fait, c’était uniquement à cause de Carole. Carole Le Dy, sa fille, qui avait eu la fâcheuse idée de s’amouracher d’un minable.
Qu’ils crèvent, tous les deux, cette méduse qui se donnait des airs de sponsor, et son laideron de fille !
Luc se passa un index entre les doigts de pieds. Lorsque Le Dy l’aurait foutu à la porte, il ne trouverait pas un journal pour l’embaucher. Quel directeur, quel rédacteur en chef accepterait de prendre dans son équipe le plus lamentable des pronostiqueurs ? On ne mettait pas en doute ses connaissances en matière hippique, certes, il avait suffisamment fait preuve dans le passé d’un don certain en la matière, mais on ne croyait plus en lui. Luc Gérin n’avait plus la foi. C’est à peine si on le voyait sur les champs de courses, et, lorsqu’on l’apercevait, au détour d’une tribune, il se traînait une telle gueule de déterré qu’on avait plutôt le réflexe de l’inviter à boire un dernier verre que celui de lui demander un tuyau.
D’abord, il ne jouait plus, Luc Gérin, et ça, c’était encore le plus mauvais signe. Quand un pronostiqueur avait si peu confiance en sa clairvoyance, en son travail, qu’il n’osait plus risquer le moindre sou dessus, c’était le symptôme de la pente fatale, celle qui conduit les jockeys au tourniquet, les journalistes au chômage et les joueurs au ruisseau, celle des perdants incurables. Luc Gérin allait rejoindre le troupeau des épaules affaissées. De temps à autre, il se trouverait quelqu’un pour le désigner du doigt et pour dire : « Regardez, c’est Luc Gérin. Il travaillait pour Galop d’Or dans le temps. Il est tombé bien bas. »
Peut-être même arriverait-il une heure où il n’oserait plus pénétrer dans un hippodrome par peur des railleries, des chuchotements ironiques glissés à l’oreille des propriétaires, une heure où il se mêlerait à la petite troupe des bordurés, des interdits, derrière les grilles.
Il rassembla ses mains et forma une coupe avec ses deux paumes. Il porta l’eau ainsi recueillie à son visage. La course de dimanche était un handicap et il n’avait pas la moindre idée du cheval qui pouvait la remporter. Il n’avait pas de renseignements sur la forme précise des participants et les favoris portaient trop de poids pour empêcher un tocard en état de grâce de leur souffler la victoire. Une course merdique dont le résultat finirait d’enfoncer Gérin. Pas de doute.
La sonnette de la porte d’entrée interrompit ses sombres réflexions. Il poussa un juron et se releva.
Comment les connards s’y prenaient-ils pour arriver toujours au moment de sa douche ? Et quand ce n’était pas une visite importune, c’était le téléphone.
Il empoigna une large serviette de plage, s’en ceignit les reins et se dirigea vers la porte. Il laissa des traces humides à travers tout le salon. Carole, si elle avait été encore là, lui aurait adressé un petit sourire consterné…
— Monsieur Luc Gérin ?
Le facteur était un énorme type du genre sanguin que Luc ne connaissait même pas. Il regarda la lettre recommandée avec curiosité. Il ne se souvenait pourtant pas d’une facture impayée. Carole réglait toujours toutes les notes dès leur réception, avec un empressement maniaque et apeuré.
Luc signa la décharge et referma la porte. Il entendit le facteur grogner et redescendre les escaliers.
L’enveloppe ne portait aucune inscription d’expéditeur et pas davantage de raison sociale tamponnée. C’était un modèle autocollant de forme allongée. Le cachet indiquait qu’elle avait été postée à Meaux. Il ne connaissait personne dans cette ville, ou du moins n’en avait-il pas le souvenir.
Il éclata de rire en prenant connaissance de la missive. Un dingue l’avait sorti de la douche ! Il aurait pu s’en douter…
Cher ami,
Sans doute ces quelques lignes vous seront-elles utiles…
Dimanche, Sweet Mary vaincra
Vétille, Le Persan et Fadalla se disputeront les places
Grey City et Garino compléteront heureusement cette série.
Bien à vous,
Le Pronostiqueur
Luc balança la lettre sur la table. D’ordinaire, ce genre de conneries arrivaient au journal. L’idée que ce barjo connaissait son adresse ne lui plut guère. Ces pronostics d’amateurs n’étaient pas rares, mais ils étaient le plus souvent formulés de façon moins originale. Il s’agissait dans la plupart des cas de joueurs qui pensaient avoir découvert une méthode révolutionnaire pour toucher les gagnants, qui envoyaient leurs pronostics au Galop d’Or, en demandant qu’une rubrique leur soit consacrée dans le journal ou, plus simplement, quelles étaient les filières à suivre pour devenir pronostiqueur professionnel et si Luc Gérin pouvait avoir l’amabilité de les parrainer.
En règle générale, ces aspirants manquaient cruellement d’inspiration, et les plus doués d’entre eux ne dépassaient pas une honnête moyenne. Rien de bien passionnant et Luc avait pris l’habitude de coller ces lettres à la poubelle où elles rejoignaient celles envoyées à Le Dy qui, lui, ne les lisait même pas. Un jour pourtant, le directeur avait brandi une de ces lettres et avait gueulé à Luc : « N’importe lequel de ces branques vaut mieux que vous, Gérin ! Je peux piocher dans le tas, au hasard, et il vous remplacera avantageusement. »
C’était exagéré, mais pas complètement dénué de fondements. Au début de la brouille qui les opposait, Luc s’était défendu en prétendant traverser une mauvaise passe. Que ça ne pouvait pas durer bien longtemps. Qu’il allait bientôt briser son écart. Il n’usait même plus de cet artifice à présent. Le Dy n’était pas dupe. Il savait pertinemment que pas un entraîneur n’avait vu Gérin un matin à l’entraînement durant ces derniers mois. Tout juste s’ils recevaient de temps à autre un appel téléphonique de sa part.
« — Comment faites-vous vos pronostics, Gérin ? Vous faites ça aux fléchettes ? »
« — J’ai toujours été un partisan de l’étude du papier strict, monsieur, avait répondu Luc. Je n’ai pas besoin d’aller demander des renseignements aux entraîneurs pour savoir ce que vaut leur cheval… »
« — Le papier strict ! avait ricané Le Dy. Vous voulez dire que vous inscrivez le nom des chevaux sur des petits bouts de papier, vous fourrez le tout dans un chapeau et vous en tirez six ! J’vous donne deux semaines, Gérin. Deux semaines pour justifier votre salaire. Passé ce délai, si vous ne m’avez pas filé des gagnants, vous irez vendre vos salades ailleurs ! »
Le Dy avait la réputation de tenir ses promesses et il avait tenu ce discours le lundi précédant. Il ne restait donc plus que trois tiercés à Luc pour se réhabiliter. Une misère. En regard de cet ultimatum, au lieu de mettre les bouchées doubles, de camper sur les pistes, d’inviter jockeys et lads, d’asticoter sans répit les entraîneurs, Luc Gérin passait ses matinées sous la douche, à s’écouter pousser, et ses soirées dans un bar quelconque en compagnie d’une bouteille de bourbon et d’un raté de son espèce.
Il n’y avait plus qu’un homme pour le tirer de la mélasse. Et cet homme, c’était un type qu’il n’avait jamais pu blairer et il ne s’était pas particulièrement caché de cette antipathie.
Sylvain Lerail.
Pronostiqueur vedette qui balançait au compte-gouttes ses tuyaux dans un quotidien à grand tirage et qui ramassait des foutus paquets d’oseille en pariant sur des réunions de province. Ce rat fouineur, constamment à l’affût des rumeurs de courtines, le nez collé dans la crotte des cracks pour voir si des fois ils n’auraient pas choppé une vilaine chiasse. Ce bouffon des propriétaires, visqueux comme un politicien, qui s’insinuait partout où l’on parlait chevaux. Ses articles étaient craints par les professionnels. Il pouvait d’un coup de plume balayer une réputation aussi aisément qu’il la bâtissait.
Ce nabot avait ses entrées partout, chez les grossiums du pesage comme chez les ladillons des écuries. Tout le monde le haïssait, mais ils prenaient bien soin de ne pas le lui faire sentir, excepté Luc Gérin qui pensait n’avoir aucun compte à rendre à ce petit arriviste dont la laideur n’avait d’égale que la perfidie. Luc Gérin soupçonnait même Sylvain Lerail d’avoir des liens avec le Milieu français. On lui accordait trop souvent et trop vite tout ce qu’il désirait. À croire que s’il avait réclamé une place aux côtés du Président de la République le jour du Grand Prix, on se serait empressé de le satisfaire.
Lerail nageait dans des eaux troubles et les lecteurs de ses pronostics auraient eu grand-peine à partager son train de vie. Champion de la compromission et de l’hypocrisie, Sylvain Lerail représentait tout ce que Luc détestait le plus au monde. Il fallait le voir, dans la tribune des pros, faire des ronds de jambes pour obtenir, avec sa bouche en cul de poule, des renseignements précis que, de toute façon, personne n’aurait eu le front de lui refuser.
Cet homme-là, ce détestable fouilleur de latrines, était désormais le seul et unique recours de Luc. Lui seul pouvait lui filer un pronostic en béton pour la course de dimanche, et même si Lerail échouait, son pronostic n’aurait pas l’air de sortir d’un chapeau. Bon sang ! Cet appel au secours avait quelque chose de sordide, de boueux…
Luc enfila un jean en velours côtelé et une chemise épaisse à rayures bleues. Il revint dans le salon, se servit un demi-verre de porto et s’installa près du téléphone. À cette heure-ci, Sylvain Lerail tenait ses quartiers dans un bar mondain de Chantilly. Il avala une gorgée d’apéritif et décrocha l’appareil ; il n’avait pas souvenir d’avoir été contraint à un acte aussi humiliant. Il composa le numéro.
— Oui ?
— Passez-moi Lerail, s’il vous plaît.
Il n’allait tout de même pas lui donner du monsieur, à ce fumier.
— De la part de qui ?
Luc esquissa une grimace. Lerail filtrait les appels. C’était bien son genre.
— Luc Gérin.
— Un instant. Je vais voir.
Elle mit un certain temps pour aller voir. Luc connaissait bien ce bar et savait que tous les consommateurs se trouvaient forcément à portée de voix. Lerail ne devait pas considérer son correspondant suffisamment important pour se déranger rapidement.
Luc soupira et griffonna un vague dessin sur la lettre recommandée qu’il venait de recevoir.
Finalement, la voix de Sylvain Lerail grinça dans l’ébonite.
— Luc Gérin ? Quelle surprise ! Nous parlions justement de vous hier soir avec quelques amis…
Luc buvait la coupe jusqu’à la lie. Ses échecs devaient faire des gorges chaudes dans les arrière-salles des bistrots hippiques.
— Comment allez-vous ? bafouilla Luc, lamentable.
Il avait une envie folle de raccrocher, de planter là tout ce bastringue foireux, cette foire d’empoigne malodorante.
— Vous m’appelez pour me demander comment je vais ? fit Lerail avec sa voix de poulie rouillée. Depuis quand ma santé vous intéresse-t-elle ?
Luc se racla la gorge.
— Je vais avoir besoin de vous…
Son ton manquait d’assurance. Les phrases qu’il avait préparées se désagrégeaient les unes après les autres, comme des bulles de savon qui éclataient avant de toucher le sol.
— Le Dy s’est enfin décidé à vous foutre à la porte ?
— Pas encore.
— Mais ça ne saurait tarder ! Et, évidemment, on vient pleurer chez papa Lerail après avoir clamé sur tous les toits qu’on lui pissait à la raie !
— Je vous en prie…
— M’emmerdez pas, Gérin ! Je n’ai pas l’habitude de faire des courbettes devant des types qui m’ont chié dessus pendant des années. Qu’est-ce que vous voulez ?
Luc déglutit.
— La course de dimanche, commença-t-il, qu’est-ce que vous en pensez ?
Il y eut un instant de silence.
— Les chevaux de dimanche s’entraînaient ce matin. Où étiez-vous ? Si vous arriviez seulement à vous coucher à l’heure où je me lève, vous ne seriez probablement pas devenu le pronostiqueur le plus minable de cette planète.
— Ce n’est pas un cours de morale dont j’ai besoin. Le Dy me vire si je ne file pas un pronostic correct pour dimanche.
— Ça me paraît tout à fait raisonnable de sa part. Et si vous ne sautiez pas sa fille, il y a longtemps que vous boufferiez à la soupe populaire.
— Si vous n’êtes pas décidé à me donner un coup de main, dites-le tout de suite, on s’épargnera un moment pénible. Pour vous, comme pour moi.
Lerail se tut de nouveau.
— Pourquoi voulez-vous que je vous donne ces renseignements, Gérin ? reprit-il au bout d’un moment. Qu’est-ce que vous m’apportez en échange ?
— Bon, j’ai compris, soupira Luc. Je pense qu’il est inutile que…
— Une seconde ! Je n’ai pas fini. Vous acceptez de vous mettre en dette avec moi ?
— Pardon ?
— Je vous donne un pronostic pour dimanche. Vous ne serez plus en position de me refuser quoi que ce soit, où et quand je le voudrai.
— Je ne vois pas ce que…
— Ne cherchez pas, Gérin. Je viendrais réclamer mon dû. Demain, dans un mois, dans un an, peut-être jamais.
— Je n’ai pas l’habitude de signer des contrats sans les lire ! s’insurgea Luc qui comprenait mal où Lerail voulait en venir.
— Avez-vous réellement le choix ?
— Je peux trouver seul les gagnants pour dimanche.
Lerail se mit à ricaner.
— Dans ce cas, bonne chance !
— Attendez ! s’écria Luc. J’accepte.
— Bien. Prenez note, Gérin.
Luc rapprocha la lettre recommandée.
— J’écoute.
— Le Persan devrait gagner la course. Il a un peu de poids mais il est extra. Très difficile à battre. Ensuite, vous mettrez Fadalla qui sera également dans le coup. Ce n’est pas la jument de tout le monde, vous remarquerez. Elle sera affichée à une cote intéressante. En troisième position, placez Flashman. Il a été castré il y a six mois et il revient en forme. En principe, il est déclassé mais il peut manquer d’une course. Voilà qui devrait décider Le Dy à vous accorder un nouveau délai.
— Vous m’avez donné trois chevaux ! protesta Luc. Je vous ferai remarquer que j’en inscris six dans Galop d’Or.
— Vous n’êtes pas capable de voir dans la liste des partants trois chevaux qui ont une bonne chance ?
— J’aimerais mieux que vous me précisiez ceux que vous voyez, vous.
— Ceux de toute la presse, évidemment. Garino, Vétille et Grey City. Ce seront les trois favoris.
Luc nota les noms cités par Lerail et remarqua immédiatement que cinq d’entre eux correspondaient à la liste du barjo à la lettre recommandée. La présence de Le Persan et de Fadalla dans les deux listes étaient assez étonnante. Ces chevaux n’étaient pas des évidences et peu de pronostiqueurs prendraient leur chance en considération. Le Persan à cause de son poids prohibitif et Fadalla restaient sur une série de mauvaises performances. Si Lerail les citait, c’est qu’ils avaient été soigneusement préparés en vue de cette épreuve et que leur entourage lui avait fait part de leur confiance.
— Et Sweet Mary ? se hasarda Luc.
— Qu’est-ce qui vous prend, Gérin ? grogna Lerail. Sweet Mary n’est déjà pas une jument de premier ordre, mais, en plus, elle est montée par un apprenti qui ne vaut pas grand-chose, croyez-moi. D’où vous vient cette idée saugrenue ?
Luc toussota. Il regrettait d’avoir cité le nom de cette jument.
— Je ne sais pas. Elle n’est pas très chargée…
— C’te bonne paire ! éclata Lerail. Un tréteau qui n’a pas été foutu de gagner à Fontainebleau ! Vous voudriez qu’elle emporte un tiercé à Longchamp ? Dites, Gérin, vous ne croyez pas qu’il serait temps de vous reconvertir ?