Le pronostiqueur
Chapitre VI
Sylvain Lerail avait terminé sa belle carrière de fouineur professionnel. Peut-être aurait-il pu la terminer ailleurs que sur le tapis de Luc Gérin, mais sans doute n’avait-il pas eu vraiment le choix…
L’assassin avait eu la délicatesse d’ajouter une splendide rosette autour du cou de Lerail. Il n’avait trouvé pour faire ce nœud que le câble de la télé, mais l’intention y était. Le résultat également. Sylvain Lerail était déjà particulièrement laid de son vivant, mais mort, il battait des records. Son visage gonflé et bleui le faisait ressembler encore davantage à un rat haineux ; sa langue noire pendait le long de sa joue.
Luc Gérin se servit une rasade adulte de bourbon. Il l’avala d’un trait et se resservit son grand frère.
— Lerail, mon vieux, murmura-t-il. C’est pas très sympa de venir crever dans mon salon.
Bien des gens ne souhaitaient pas une longue vie à leur ennemi, mais ils préféraient tout de même les savoir centenaires que les voir déjanter dans leur plumard. C’que ça pouvait faire négligé, un macchabée dans un deux pièces-cuisine.
La sonnerie de la porte d’entrée fit bondir Gérin. Il eut l’impression de recevoir une décharge électrique dans tout le corps. Seigneur ! Qui pouvait bien se ramener à cette heure ? Christian Martel…
— Ouvrez, police ! gueula une voix derrière la lourde.
C’était pas Martel. Ou alors il avait drôlement cambuté ces dernières heures…
L’inspecteur qui se tenait sur son paillasson n’aurait pas pu passer sous un panier de basket sans se faire péter les arcades. Le mammouth blond poussa fermement Gérin et pénétra dans l’appartement, suivi de deux flics à peine moins grands que leur chef. Le premier pouvait se gratter les genoux sans se baisser et le second pouvait abriter deux ou trois générations de caniches dans ses narines. Avait pas besoin de sac pour transporter ses boules de pétanque, cézigue pâte. Les trois poulets avaient un point commun : ils avaient l’air d’avoir été réveillés par un plaisantin qui leur aurait versé des tonneaux de fiente sur la tronche. Le géant jeta un regard circulaire sur la pièce dévastée.
— Qui êtes-vous ? marmonna-t-il en regardant le cadavre de Sylvain Lerail.
— Moi ? demanda Gérin, hébété.
— C’est toujours pas à lui que j’vais demander ça.
— Luc Gérin, le locataire de l’appartement.
— C’est vous qui avez téléphoné ?
— Moi ?
— Pourquoi demandez-vous toujours si c’est à vous que je parle ? Il y a quelqu’un d’autre ici ?
Luc se racla la gorge.
— Non, je ne vous ai pas téléphoné. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi je l’aurais fait.
— C’est une décoration ? demanda-t-il en désignant le mort sur le tapis.
— Non, je veux dire, je viens de rentrer. J’pouvais pas deviner qu’un ouragan serait passé chez moi en laissant ce colis-surprise.
Le géant hocha la tête.
— Pourquoi l’avez-vous descendu ? dit-il au bout d’un moment.
— Moi ?
— C’est une manie…
— Mais j’n’ai descendu personne ! protesta Gérin.
— Évidemment. Vous le connaissez ?
— C’est Sylvain Lerail. Un de mes collègues.
— Vous faites quoi comme boulot ?
— Journaliste.
Le flic simiesque fit une grimace.
— Dites, reprit Gérin, vous ne croyez tout de même pas que j’aurais défoncé tous mes meubles et étranglé ce type au beau milieu de mon appartement ?
L’inspecteur haussa les épaules.
— On nous a prévenus qu’il y avait une bagarre à cette adresse, déclara-t-il. Vous vous attendiez peut-être pas à nous voir arriver si vite…
— C’est d’la folie ! s’écria Luc.
— Attention à c’que vous dites ! prévint le flic au tarin façon cabat.
— Vous l’avez surpris en train de vous cambrioler ? continua l’inspecteur.
— J’vous ai dit que c’était un collègue !
— On vous a rien volé ?
— Si, une lettre.
Le géant hocha de nouveau la tête. Ce geste avait quelque chose d’agaçant pour Luc, un peu comme si ses propres paroles étaient constamment interprétées de façon erronée par l’inspecteur. Les flics semblaient déjà savoir à quoi s’en tenir.
— Une lettre ?
— Oui, une lettre. On m’a peut-être dérobé autre chose, mais je n’ai pas eu le temps de faire l’inventaire.
— Quel genre de lettre ?
Luc haussa les épaules.
— Une lettre anonyme… Je travaille pour un journal spécialisé dans les courses et je…
— Il vous faisait chanter, n’est-ce pas ?
— Pardon ?
— Ça fait un moment qu’on essaye de le coincer, ce Lerail. Fallait qu’ça se termine comme ça.
Luc en resta comme deux ronds de flan.
— Attendez une seconde ! Je n’ai rien à voir avec cette histoire. Lerail ne m’a jamais fait chanter et je ne l’ai pas tué. Vous entendez ça ? Je ne l’ai pas tué ! Ça vous en bouche un coin, pas vrai ?
— Prenez quelques affaires avec vous, monsieur Gérin, conclut le géant en vérifiant l’état de ses ongles.
D’un coup, la vérité lui saute aux yeux. Le journaliste secoua la tête. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Ces flics étaient arrivés dès qu’il était rentré. C’était trop énorme pour être vrai…
Le type aux bras de gorille s’approcha de lui.
*
Christian Martel ouvrit un œil. Bon sang, quelle correction ! Il avait la tête comme une usine de roulements à billes.
Il se dressa sur un coude. C’était bien la peine d’avoir changé de liquette. Il avait l’air d’un type qui vient de limer dans un massif de ronces. Déchiqueté de partout, la gueule en feu et le chou qui se demande s’il va pas se tirer en prér’traite. Charmante soirée. Il eut le réflexe de regarder sa montre, histoire de savoir combien de temps il était resté dans le coltar. Plus de tocante. Pas davantage de papiers. Battu et dévalisé.
Fumier de Santos ! Il avait une drôle de façon de traiter les rôdeurs. Martel regrettait de n’avoir pas pris sa carte de journaliste. L’entraîneur aurait sans doute agi avec davantage de précautions. Au lieu de ça, il l’avait rossé comme s’il avait surpris un chiftir qui s’était fait une planque dans le box de son cheval. Cette manière de faire déplut profondément à Martel. Surtout pour les fringues et l’indélicatesse du portefeuille.
Il renifla. Ça refoulait sévère dans le coin. Santos avait fignolé les choses et l’avait roulé dans le purin avant de l’abandonner. Martel pigea enfin les intentions de l’entraîneur…
L’avantage de sa position, c’était qu’il n’avait pas besoin d’aller bien loin pour porter plainte, vu qu’il se trouvait dans la cage d’un commissariat. Une demi-douzaine de flics se sifflaient des Kronenbourg de l’autre côté des grilles.
— Ça y est, mon pote, t’émerges ? grinça une voix sur sa droite.
Son voisin de panier avait un âge indéfinissable et la gueule d’un type qui a passé son enfance dans les écoulements d’une vespasienne. Un clodo comme tant d’autres qui s’était fait ramasser après avoir tenté de passer la nuit dans le métro après les heures de fermeture. Il attendait le car qui allait l’emmener à Nanterre, pour lui faire subir le supplice de la douche insecticide. Et l’épave prenait Martel pour un collègue… Bien joué, Santos !
— T’en tenais, une biture ! rigola le chiftir. Et pourtant j’m’y connais.
— Je n’ai pas bu…
— Moi non plus. Pas une goutte depuis une heure, depuis que ces empaffés m’ont enchristé. Dis, j’t’ai encore jamais vu à Nanterre. C’est la première fois que tu vas aller là-bas ?
Martel, peu au fait des habitudes de la corporation, fronça les sourcils.
— À Nanterre ? répéta-t-il.
— Ben ouais, mon pote. Le car va passer nous prendre.
— Et qu’est-ce que j’irais y foutre à Nanterre ?
— Tu t’es pas reniflé, parole ! Ah ça, on peut pas dire que tu embaumes le dernier d’chez Paco Rabanne !
Il hocha la tête.
— J’en ai déjà senti des malpropres, dormi avec des sagouins qui se parfumaient à la crasse, qui s’habillaient même plus tellement ils étaient couverts de champignons, mais toi tu pulvérises les records !
Tu peux te faire inscrire chez l’élite des puants. T’as couché dans une fosse septique, ou quoi ?
— J’me suis fait bastonner et on m’a volé mes papiers.
— Ceux qui ont fait ça avaient le cœur bien accroché. Rien que pour t’approcher sans aller au refile…
— Non, ils m’ont couvert de merde après m’avoir volé, j’suppose.
Le clochard le regarda un instant en suçant une dent creuse.
— Ouais… Tu peux toujours essayer de leur raconter ça. Mais si tu veux mon avis, tu schlingues tellement qu’t’as aucune chance. Plus on pue et moins ils écoutent. C’est marrant, ça.
— Il faudra bien, fit Martel en se levant.
Son corps meurtri par les coups lui arracha une grimace.
— Une douche n’a jamais tué personne, conclut le clodo en s’allongeant. Remarque, si, j’ai connu une frangine qu’avait plus touché une savonnette depuis dix piges au moins. Ah, l’infâme, tu lui voyais plus la couleur de la peau. Quand ils l’ont choppée, ils se sont empressé de la décaper et elle en est crevée, la garce. Asphyxiée par un apport trop violent d’oxygène, qu’ils ont dit.
Martel n’écoutait plus son voisin. Il commença à secouer la grille.
Yannick Le Dy, le frère cadet du directeur de l’hebdomadaire Galop d’Or, était inspecteur principal à la Brigade des Jeux. Bien que tout dans leur travail les séparait, il bossait malgré tout sur le même support. Yannick et Wenceslas s’ignoraient superbement, chacun considérant que l’autre était un raté de première bourre. Wenceslas voyait en son cadet un fonctionnaire sans ambition, cantonné dans le contrôle des casinos et divers cercles de la région parisienne. Yannick méprisait son aîné pour son côté financier sans scrupules et sa profession de vendeur d’illusions.
Pour la première fois depuis de longues années, l’enlèvement de Carole Le Dy allait être l’élément déterminant de leur rapprochement.
Yannick dormait déjà depuis plusieurs heures quand son frère frappa à sa porte. La jeune femme du policier, enceinte de sept mois, poussa un grognement et fila un coup de coude dans le ventre de son époux.
— On sonne, va voir ! fit la charmante.
Yannick, les yeux bouffis de sommeil, grommela un juron où il était vaguement question de coups de pompe dans le vase qui se perdaient et dégringola du lit. Il tituba jusqu’à la porte.
Wenceslas l’écarta et entra directement dans l’appartement.
— C’est toi ? bafouilla Yannick en se frottant les chasses.
— J’ai à t’causer, fit Wenceslas en entraînant son frère dans le salon.
— À cette heure ? s’étonna Yannick qui émergeait péniblement.
— Ça urge. Va fermer la porte de ta chambre. Ta femme n’a pas besoin d’entendre ce que je vais te dire.
Le policier se dirigea vers sa chambre, exécutant les ordres de son aîné sans bien comprendre ce qui se passait.
— Oui c’est ? grinça sa femme.
— Mon frère. C’est rien, dors.
— Vous allez faire un meeting ? À trois heures du matin ?
— Dis, s’impatienta Yannick, t’as fini d’me les briser ? J’peux encore te filer une beigne, tu sais !
— Tu parles si j’le sais ! éructa l’épouse. C’est tout c’que t’es capable de faire.
Yannick ferma sèchement la porte et revint vers son frère.
— C’est toujours comme ça, entre vous ? demanda Wenceslas, un sourire au coin des lèvres.
— T’es conseiller conjugal ? grogna Yannick en s’installant dans un fauteuil. À part nous les pomper, t’es v’nu pour quoi ?
Wenceslas se rembrunit.
— Carole a été enlevée, lâcha-t-il.
Yannick resta la bouche ouverte. S’attendait pas vraiment à un truc de ce genre. Il aimait bien Carole, sa nièce, et leur entente à la limite de la complicité n’avait jamais été assombrie par la brouille qui régnait entre les adultes. À l’insu de son père, elle voyait assez fréquemment son oncle et ils déjeunaient ensemble tous les premiers jeudis du mois.
— Carole…
— Son ravisseur m’a contacté tout à l’heure.
— Je vois. Et il réclame combien ?
Wenceslas secoua la tête.
— Rien. Ou plutôt, c’est lui qui va me donner de l’argent. À titre de dédommagement…
Yannick gonfla les joues.
— Tu déconnes ?
— Laisse-moi te donner quelques détails. Tu jugeras après.
Yannick se laissa aller contre le dossier du fauteuil et s’apprêta à écouter le récit de son aîné. Il était tout à fait réveillé à présent et se sentait assez fier à l’idée que son frère puisse avoir besoin de son aide, même s’il voyait mal ce qu’il pouvait faire dans une affaire d’enlèvement. Wenceslas marquerait moins de suffisance à l’égard des fonctionnaires en uniforme si Yannick retrouvait Carole. Et cette perspective était si réjouissante pour le policier qu’il se sentait la volonté de soulever des montagnes…
*
L’odeur que répandait Christian Martel indisposait visiblement le flic qui se tenait en face de lui. Il grimaça et se frotta rapidement les ailes du nez.
— Nom ?
— Martel Christian, né le 5 avril 1955 à Nancy. Domicilié au 22, rue des Martyrs, à Paris. Journaliste.
— Une seule chose à la fois s’il vous plaît. Nom ?
— Martel, soupira Martel.
— Prénom… Qu’est-ce que vous avez dit ?
— Comment ça, c’que j’ai dit ?
— Là, à l’instant, qu’est-ce que vous avez dit que vous faisiez comme boulot ?
— Journaliste.
— Vous manquez pas d’air !
Ce qui était une façon de parler au sujet d’un homme dont même les grosses mouches bleues n’osaient pas s’approcher à moins de trois mètres.
— C’est pourtant vrai. Je suis journaliste. Free-lance depuis la mort du quotidien Libération. Chômeur si vous préférez.
— Vous pouvez le prouver ?
— Puisque je vous explique qu’on m’a dérobé mes papiers ! Mais j’ai ma carte de presse chez moi, avec ma carte de sécurité sociale et ma carte de membre de la Boule de Boulogne. Tout ça et d’autres menus détails qui vous prouveront que vous faites erreur sur la personne, que j’existe bel et bien, que j’ai un domicile et des feuilles de maladie remboursables à soixante-dix pour cent.
— Vous êtes inconnu au fichier des clochards. Y a longtemps que vous traînez dans cet état-là ?
— Attendez une seconde ! Vous n’avez pas l’air de bien comprendre. Je ne suis pas un clochard ! gueula-t-il en martelant chaque syllabe. Je travaille, comme vous !
— Vous voulez dire que je pue ?
— J’ai dit quelque chose de ce genre ?
— Vous venez de prétendre que j’étais comme vous. Faites gaffe à vos insinuations, mon vieux. On est à la coule avec les chiftirs, mais faudrait pas abuser.
— Ça vous ennuierait de vérifier mon identité ? soupira Martel qui commençait à se sentir gagné par le découragement.
— Vous n’avez pas de papiers.
— On me les a volés.
— Oui ça ?
Christian Martel hésita. Il avait eu tout d’abord l’intention de porter plainte contre Jean-Claude Santos, mais, premièrement, il se trouvait à moitié dans son tort en ayant été surpris dans l’établissement de l’entraîneur en pleine nuit, et, ensuite, il ne tenait plus à révéler à Santos le véritable motif de sa visite. L’entraîneur aurait la partie trop belle pour le démolir de nouveau. Tout juste si les flics lui adresseraient une molle réprimande pour s’être fait justice lui-même…
— Je ne sais pas, se décida-t-il. On m’a attaqué par-derrière. Ils étaient plusieurs. Vous pouvez regarder. J’ai des marques de coups sur tout le corps.
— Et une vilaine blessure au visage, reconnut le policier. Mais la plupart des clochards se font tabasser par des inconnus, ça ne prouve rien.
— Téléphonez à n’importe lequel de mes amis, il vous dira que je n’ai rien d’un clochard.
Le flic fixa un instant le journaliste, haussa les épaules et décrocha le téléphone.
— Ah ! on peut dire que vous avez le don de compliquer les choses, vous autres les chiftirs, déclara-t-il. Tout ça pour pas prendre une malheureuse douche à Nanterre ! Bon, quel ami et quel numéro ?
Martel fila aussitôt le nom et le numéro de Luc Gérin. Le flic plissa le front.
— Gérin, Gérin…, murmura-t-il. Y a pas un Gérin qui travaille à Galop d’Or ?
— Vous y êtes !
— J’achète ce canard tous les samedis. Et vous êtes pote avec ce type ?
— On est comme les deux doigts de la main.
— Voyons ça. Il va probablement pas apprécier d’être réveillé au milieu de la nuit. J’vous promets un sacré quart d’heure si vous m’avez mené en bateau.
— Ne craignez rien. Luc viendra même me chercher.
Le flic eut une moue dubitative et hocha doucement la tête. Il composa le numéro et attendit la sonnerie.
— Allô, monsieur Gérin ?… Ah ? Ici l’inspecteur Bodeau du commissariat principal de Chantilly… Comment ?… Oui, évidemment… J’ai un type ici qui prétend être l’ami de M. Gérin. On l’a trouvé inanimé sur le trottoir, sans papier et sale comme c’est pas permis… Oui, entendu, monsieur le commissaire… Je vous remercie.
Le flic reposa l’appareil. Martel en restait comme deux ronds de flan. Qu’est-ce que ça signifiait tout ce micmac ? Et qu’est-ce qu’un commissaire pouvait bien branler chez Luc ?
Le flic se tourna vers lui.
— Vous savez que vous commencez à devenir passionnant, vous, dans votre genre ? dit-il doucement.
— Si vous m’expliquiez…
— On vient de trouver un type assassiné chez votre ami.
— Luc, assassiné ?
— Non, je n’ai pas dit ça. Simplement, un type s’est fait étrangler chez votre pote. Et votre pote, justement, ben, il est pas là. C’est emmerdant, hein ?
— Plutôt. Et c’est qui…
— Le commissaire va venir vous expliquer tout ça, coupa le flic. Mais, à mon avis, c’est lui qui va vous poser des questions. En attendant, je suis obligé de vous remettre dans la cage.
— Dans la cage ? Mais…
— Écoutez, vieux, vous êtes suspect. Vous ne sentez pas bon et vous êtes suspect. Ça fait deux motifs pour vous matraquer si vous bougez seulement une oreille. Alors, retournez sagement dans la cage.
— Et j’suis suspecté de quoi, bon Dieu ?
— De meurtre, pardi.
Martel courba le dos. La porte grillagée se referma derrière lui.
— Alors, ça a gazé ton baratin ? l’accueillit le clochard en bâillant.
— Pas vraiment, non. J’suis suspecté de meurtre.
— J’t’avais prévenu. T’aurais mieux fait d’aller prendre la douche à Nanterre. Faut les comprendre, aussi. Quand on pue comme ça, on n’a pas le droit d’être innocent. Une pollution pareille, merde, si ça vous mène pas tout droit à la bascule à Charlot, c’est à vous dégoûter de tout.