Le pronostiqueur

Joel Houssin · Chapitre 10 sur 14

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Le pronostiqueur

Chapitre X

 

 

Christian Martel sirotait son café à petites gorgées. Il écoutait Wenceslas Le Dy qui s’était enfin décidé à parler. Il racontait tout, le directeur de Galop d’Or, en long, en large et en travers. Il termina son récit avec son entrevue avec son frère, Yannick, inspecteur à la brigade des Jeux.

— Ça, c’est p’t’être pas votre meilleure initiative, remarqua Martel en reposant sa tasse.

— J’savais vraiment pas quoi faire, s’excusa Wenceslas comme s’il venait d’être surpris en train de soigner une chaude-lance avec du mercurochrome.

— Et qu’est-ce qu’il a décidé de faire, votre frangin ?

— Chercher qui est exactement ce M. Romain.

Martel hocha la tête.

— Ça me paraît judicieux. Bon, ben, je vais mettre les bouts. J’ai suffisamment abusé de votre patience comme ça. J’vous rendrais votre costard dès que j’aurais eu le temps de passer chez moi.

— Qu’est-ce que vous avez l’intention de faire ?

— Retrouver Luc. Et quelque chose me dit qu’il ne doit pas être loin de votre fille.

— J’entends bien, mais comment allez-vous vous y prendre ?

Martel se leva et se pencha vers Wenceslas.

— Voyons, réfléchissez monsieur Le Dy. Mettons-nous un peu à la place de ce fameux Romain et des entraîneurs impliqués dans cette affaire. Ils doivent être dans leurs petits souliers et commencer à se demander si la flicaille ne va pas les attendre dimanche, à l’arrivée de leurs chevaux. Que feriez-vous à leur place ?

Wenceslas se gratta la nuque.

— Euh… Je réintégrerais les bêtes dans leurs écuries respectives, comme si de rien n’était…

— Bravo ! Et c’est probablement ce qu’ils vont essayer de faire.

— Vous… vous allez retourner chez Santos ?

Martel gloussa.

— Merci bien, je sors d’en prendre. Non, s’il me retrouvait chez lui, il me briserait les os un par un et filerait mes restes à bouffer aux clébards. Je crois que j’aurais les mains plus libres du côté de chez Sweet Mary…

— Je vous accompagne ! décida brusquement Wenceslas.

Martel le doucha d’un geste.

— Pas question ! Occupez-vous de sortir votre canard et ne vous mêlez plus de rien. Vous êtes en point de mire et ils doivent surveiller vos réactions. Moi, je ne suis pas connu. Ils se méfieront moins.

Visiblement, Le Dy restait inquiet. Martel soupira.

— Allez-y, mon vieux, déballez vot’ paquet. On est entre amis, j’porte vos fringues.

L’impression angoissante qui taraudait Wenceslas était qu’il confiait un peu le sort de sa fille à cet inconnu, surgi d’une demi-heure plus tôt déchiqueté de partout et refoulant comme une douzaine de feuillées de garnison. Question prudence, il se posait un peu là, le dirlo ! D’abord un poulet, et maintenant un chiftir insolent comme trois collèges de jeunes filles. Wenceslas Le Dy, d’un coup, il se sentait passablement fatigué. Avait brusquement envie d’aller se coller dans les draps et n’en ressortir qu’au prochain réveillon.

— Monsieur Martel, je vous en conjure, ne faites rien qui puisse nuire à Carole.

— J’ai l’air d’un type qui s’impose ?

— Euh…

— Au fait, vous z’auriez pas un brin de calva dans vot’ fourbi ? Après le café et avant de prendre la route…

Fedalla et Sweet Mary étaient grimpées dans le van sans trop de problèmes. Encore qu’il n’avait pas fallu moins d’une demi-douzaine d’hommes pour les décider à escalader le toboggan de bois. Non pas que les juments renaudent vilain, mais elles semblaient dormir, tout simplement. Totalement indifférentes à ce qui se passait autour d’elles, elles n’avaient pas fait le moindre effort pour prendre leur place dans le véhicule. N’importe quel observateur aurait pu croire ces pauvres bêtes droguées jusqu’à la moelle et sur le point de déjanter au beau milieu de l’écurie. Carole en restait sciée.

— Et vous pensez vraiment qu’elles vont gagner cette course ? murmura-t-elle. Elles sont même pas foutues de mettre une jambe devant l’autre.

Romain se tourna vers elle, l’air impatient.

— Je ne vous ai pas déjà parlé de l’influx nerveux des athlètes ?

— Si, mais…

— Le transport de l’écurie jusqu’aux champs de courses est la pire plaie de ce sport. La plupart des chevaux arrivent sur le lieu de la compétition complètement vidés.

Carole commençait à être sérieusement intriguée par les bonnets dont on affublait systématiquement les chevaux qui sortaient de leurs boxes. Avec Le Persan, le mâle alezan, l’affaire se corsait. L’animal ne bougeait pas d’un pouce. Immobilisé devant la porte ouverte du van, Le Persan ne semblait plus disposé à avancer d’un centimètre. Les hommes s’agitaient autour de lui, donnaient de légers coups de cravache à l’arrière des boulets, l’exhortaient en poussant des cris aigus, tiraient comme des forcenés sur la longe, rien n’y faisait. Le Persan semblait dans un autre monde, au paradis des bourrins p’t’être ? Un homme en tenue blanche se détacha du groupe et s’approcha de Romain.

— On y arrivera pas comme ça, patron. Faut l’débrider…

— Non.

— Juste quelques secondes, insista l’homme. Le temps qu’il grimpe dans le van…

Romain secouait la tête, négativement.

— Trop dangereux. Il pourrait se blesser.

Carole nota que Romain craignait que le cheval ne se blesse mais apparemment pas qu’il n’occise quelques-uns de ces hommes. Grosse consommation de chair humaine dans l’établissement, probable. La vie ne valait guère plus qu’un pet de souris au haras du Soleil.

— Portez-le ! ordonna Romain.

L’employé s’essuya le front d’un revers de manche.

— Mais, patron, vous savez combien ça pèse un animal comme ça ?

Romain fronça les sourcils.

— Et alors ? demanda-t-il sèchement.

L’employé se décomposa. La crainte que Romain inspirait à ses hommes étonna Carole.

— On pourrait le tirer au treuil ? proposa encore l’homme.

— Vous risqueriez de lui abîmer la tête, répondit Romain. J’ai dit, portez-le.

— O.K., patron, souffla l’homme en s’éloignant.

L’opération nécessita un quart d’heure supplémentaire. Finalement, Le Persan daigna pénétrer dans le véhicule. Le chauffeur du van flanqué de deux soleils rutilants vint à la rencontre de Romain.

— Vous avez les adresses ?

L’homme hocha la tête.

— Je dois commencer par quelqu’un ?

— Allez d’abord chez Santos, répondit Romain. Je vais le prévenir que son cheval pose certaines difficultés et qu’il doit prendre des dispositions en conséquences. Burt va vous suivre avec quatre hommes dans la Chevrolet. Déchargez les chevaux et revenez directement ici.

Le chauffeur esquissa un salut et s’éloigna vers le van.

Romain se tourna vers Carole, un sourire pincé sur les lèvres.

— Vous avez des questions à me poser ?

— Comment avez-vous deviné ? plaisanta Carole, qui tentait de détendre un peu l’atmosphère.

— J’imagine que ça vous brûle les lèvres.

— Qu’est-ce que votre employé a voulu dire par « débrider » ?

— Nous allons y venir.

— Ces bonnets sur la tête des chevaux, ça fait aussi partie de vos méthodes ?

— En quelque sorte. Mais vous allez bientôt comprendre. Je vais vous faire les honneurs de la Grande Maison.

Carole frissonna. Elle allait enfin savoir, et elle ne savait pas si elle devait vraiment s’en réjouir.

*

Christian Martel vida d’un trait son verre de calva, s’essuya la bouche avec le dos de la main et se dirigea vers la porte.

— Sur ce, m’sieur Le Dy, j’vous dis à bientôt. Restez dans les bureaux de vot’ journal, je vous contacterai là-bas.

— Tenez-moi au courant dès que vous avez trouvé quelque chose.

— Sans faute ! promit Martel en levant le pouce.

Il ouvrit la porte, s’apprêta à sortir et se ravisa.

— Dites, vous en êtes content de vot’ CX ?

Le Dy plissa le front.

— Pourquoi vous me demandez ça ?

Martel se gratta le menton.

— Ben, j’suis à pinces, et…

Wenceslas soupira.

— Ça va, j’ai compris, dit-il en tendant un trousseau de clefs.

— Vous bilez pas, j’la traiterais comme si c’était la mienne.

Martel claqua la porte.

Wenceslas avait oublié de lui demander comment Christian Martel avait l’habitude de traiter ses propres voitures.

Il s’adossa au mur, pas réellement certain, tout compte fait, d’avoir vécu ces dernières minutes en compagnie d’un type qui lui avait déglingué ses sels de bains, sa mousse en tube, avait rendu chiffon son peignoir en velours, avait bu dans ses tasses, descendu d’un tiers sa bouteille de calva vieux de trente ans, emprunté son meilleur costard et une liquette en soie et s’était finalement décidé à décamper à bord de sa voiture, une CX Prestige à six bâtons sans les options. Chouette de tornade. On gagnait à pas le connaître, Martel.

*

Ça ressemblait à s’y méprendre à un petit hôpital moderne. De longs couloirs carrelés flanqués de chambres numérotées et toujours cette forte odeur médicinale, plus entêtante qu’à l’extérieur. Quelques détails juraient cependant avec l’aspect clinique de l’endroit. Toutes les portes des chambres étaient munies de verrous extérieurs, de judas de prison, et les hommes vêtus de blanc portaient une arme à la hanche. Juste devant eux, une porte à double battant s’ouvrit et laissa passer une civière sur laquelle reposait un corps recouvert d’un drap. Carole et Romain s’effacèrent pour laisser passer ce funeste convoi.

— Nous connaissons des échecs, des incidents, malheureusement…, soupira Romain devant l’inquiétude de Carole.

— Oui est-ce ?

— Notre coureur de 5 000 mètres, répondit Romain. Il n’aura pas été longtemps détenteur de ce record.

Carole secoua sa chevelure.

— Mais qu’est-ce qui s’est passé ?

— Le cœur… Venez, Carole, un de nos chevaux est en cours de préparation dans la salle principale.

Elle lui emboîta le pas.

— Si je comprends bien, reprit-elle, de plus en plus curieuse et angoissée, vous employez vos méthodes indifféremment sur les hommes et sur les chevaux ?

— Evidemment.

Pour Carole, ça n’avait pourtant rien d’évident. Elle décida d’attendre avant de poser d’autres questions.

La salle principale était circulaire, entourée de gradins déserts. Au centre de cette arène arrosée par de violents jets de néons, une dizaine d’hommes s’affairaient autour d’un cheval endormi, solidement maintenu par des lanières de cuir. Carole se pencha, le front plissé. D’où ils se trouvaient, elle ne parvenait pas à distinguer en quoi consistait exactement l’opération. Les hommes étaient groupés autour de la tête de l’animal. Romain posa une main sur son épaule. Elle sursauta.

— Des caméras filment l’opération. Vous verrez mieux sur l’écran de quoi il s’agit.

Il la dirigea vers un moniteur vidéo. Elle fixa l’image, hallucinée, pétrifiée.

— Seigneur ! souffla-t-elle. Mais qu’est-ce qu’ils lui font ?

L’opération se déroulait à crâne ouvert. On distinguait nettement sur l’écran la cervelle de l’animal sur laquelle un homme accrochait de minuscules fils translucides.

Romain toussota.

— Nous posons des électrodes sur le cerveau de ce cheval, à différents endroits responsables de principales fonctions vitales, récita Romain d’une voix neutre. Le tout est relié à un micro-ordinateur dont j’ai assuré moi-même la programmation. Une fois l’opération terminée, le cheval sera réglé comme une horloge, débarrassé de tous les impondérables, de toutes les improvisations qui spolient la vie d’un athlète de haut niveau. Il aura faim à la même heure tous les jours, il se trouvera, comment dirais-je, déconnecté pendant ses périodes de repos et aura son énergie centuplée au moment de l’effort. Nous pouvons stimuler son agressivité ou, au contraire, le rendre aussi indifférent qu’une statue de marbre. Le micro-ordinateur, avec ses multiples terminaisons électriques, se chargera de tout, y compris d’organiser les plus petits des besoins de l’animal afin de lui permettre le meilleur rendement possible.

Carole était anéantie. Elle n’osait pas encore comprendre la monstruosité que Romain était en train de lui expliquer sur le ton d’un professeur d’université.

— Nous nous sommes heurtés, comme vous pouvez l’imaginer, à de multiples difficultés. Il nous a fallu quatre longues années avant de mettre au point un micro-ordinateur capable de prendre presque totalement un être humain en charge sans le faire mourir. Nous y sommes parvenus. À présent, cet objet pas plus gros qu’un ongle de nourrisson est capable de faire face à toutes les éventualités, quelle qu’en soit la teneur. Il a dans ses mémoires la quasi-totalité des situations à laquelle un cheval devra faire face au cours de sa vie.

Romain fit une pause. Il jeta un bref coup d’œil sur le visage décomposé de Carole.

— Il a fallu d’autre part faire face à une certaine part d’improvisation, prendre en compte une possible marge d’erreur de l’ordinateur dans l’interprétation d’une situation donnée. Et, je dois vous le confesser, la vie est ainsi faite que cette marge d’interprétations erronées s’est avérée plus importante que prévu. Notamment en course, où nous avons subi quelques déboires. Un cheval qui doit participer à une épreuve de longue haleine ne peut évidemment pas être stimulé de la même façon qu’un autre qui doit courir un sprint. Devant ce problème, nous nous sommes laissé une possibilité d’intervention extérieure. Maintenant, à ce jour, et exceptés quelques menus détails comme le chargement des animaux auquel vous avez assisté tout à l’heure, nous sommes vraiment au point.

« Nos chevaux gagnent ce que nous voulons, où et quand nous le voulons. Vous comprendrez qu’il ne nous était pas possible de laisser nos champions ridiculiser trop sévèrement leurs adversaires. Ces performances auraient attiré forcément la curiosité. Désormais, quand nos chevaux courent, ils l’emportent à la lutte, comme si les autres concurrents avaient seulement l’ombre d’une chance. Nous sommes arrivés au bout du tunnel, Carole. La part de déchets, inévitable au cours de recherches de cette envergure, est devenue infime, dérisoire en regard des résultats obtenus. Une nouvelle race est née, laissant ses aînés à des années-lumière. »

Il s’arrêta encore. Il montra l’écran du doigt.

— Ce cheval était un très bon élément. Plusieurs fois vainqueur de courses de groupe. Cette année, il gagnera l’Arc de Triomphe, le championnat du monde des galopeurs. Il n’aurait jamais pu sérieusement, avant l’opération, s’aligner au départ d’une épreuve de cette importance. Il la gagnera, et de loin. Un feu d’artifice !

Carole demeura silencieuse. Est-ce que Romain se rendait réellement compte de ce qu’il disait ? Il semblait totalement aveuglé par une invraisemblable volonté de puissance et, bien qu’il se soit bien gardé de tenir le moindre propos mystique sur ses… ses choses, une lueur de démence pure brillait dans son regard. Plus il avançait dans son discours, et plus il faisait des gestes désordonnés, enflammait ses paroles d’une verve qui n’avait plus grand-chose de scientifique. Sainte Vierge ! Ce dingue avait transformé des êtres vivants en robots, en machines juste bonnes à bouffer à une heure, à chier à la suivante, à courir ensuite et à dormir lorsqu’on avait plus besoin d’eux.

— C’est atroce…, souffla-t-elle.

Elle regretta instantanément d’avoir laissé échapper ces paroles. Romain se tourna brusquement vers elle.

— Qu’est-ce que vous dites ?

— Vos chevaux, murmura-t-elle.

— Eh bien quoi, mes chevaux ? s’impatienta Romain.

— Ce ne sont plus des chevaux, laissa-t-elle tomber du bout des lèvres.

Romain se mit à ricaner.

— Tiens donc ! Et qu’est-ce qui vous engage à proférer de pareilles bêtises ?

Carole secoua la tête, désespérée devant le spectacle auquel elle venait d’assister.

— Ils ne vivent plus ! Ce sont des machines ! Ils ne pensent plus, ne rêvent plus, ne font plus rien de ce qu’un cheval fait habituellement. Même les plus retors, les plus carnes, les plus vicieux, les plus capricieux sont plus sympathiques que vos zombies !

— Zombies ?

— C’est comme ça que j’appelle des morts qui marchent !

Romain esquissa un pâle sourire.

— Et que savez-vous donc de ce qu’ils pensent ? demanda-t-il, doucereux.

— Ils ne pensent rien, justement ! s’écria Carole. Rien d’autre en tout cas que ce que votre micro-ordinateur ou vous-même leur commandez de faire.

— Qu’en savez-vous ? répéta Romain.

— Ça me paraît évident ! Vos chevaux n’ont pas davantage de vie qu’un jeu d’échecs électronique. Vous… vous les avez tués !

Romain poussa un soupir.

— Quand je vous disais que l’humanité n’était pas prête à recevoir une découverte de cette importance. Vous en êtes la preuve, Carole, la preuve irréfutable et consternante. Vous êtes aussi bornée devant mes travaux qu’un homme de Neandertal qui se serait trouvé devant une ampoule électrique. C’est cette universelle médiocrité qui empêche l’homme d’avancer. Pour qui me prenez-vous ? Pour un savant illuminé ? Croyez-vous réellement qu’il m’arrive de me prendre pour Dieu et d’avoir la volonté imbécile de créer mes propres sujets ? Peut-être même m’imaginez-vous en fou sanguinaire rêvant de conquérir le monde avec une armée de zombies surpuissants ?

— Et quel intérêt d’obtenir tous ces super-champions électroniques ? se défendit Carole.

— Ces super-champions ? Vous ne vous attachez qu’à l’aspect superficiel et magique des choses ! C’est lamentable.

Il l’empoigna par le bras et l’entraîna hors de la salle.

— Savez-vous que nous parvenons déjà à améliorer la longévité des individus traités ? Que nous pouvons supprimer toute douleur ? Que nous pouvons faire reculer les pires maladies ? Que nous pouvons enfin transformer ce corps qui n’est qu’un sac vieillissant en une mécanique inaltérable ?

— Vous me faites mal ! gémit Carole en tentant de se dégager de la prise de Romain.

— Dans dix jours, dix mois ou dix ans, continuait Romain, notre micro-ordinateur saura parfaitement entretenir son porteur. Il décéléra les anomalies et les corrigera, améliorera sans cesse les capacités, colmatera les failles et nous atteindrons enfin au rêve suprême de l’homme : l’immortalité !

— À quoi bon faire des armoires éternelles ? cracha Carole. Plutôt crever que d’obéir à votre saloperie de machine !

Romain grogna et poussa violemment une porte. Il entraîna sèchement Carole à l’intérieur.

— Demandez-lui, à lui, s’il se sent dans la peau d’une armoire ! Et s’il a envie de crever tout de suite ! Et s’il se croit devenu zombie ! hurla Romain.

Carole faillit s’évanouir. Devant elle, allongé sur un lit métallique, le crâne entouré de bandes protectrices, Luc Gérin souriait.