Le pronostiqueur
Chapitre IV
Wenceslas Le Dy était tout congestionné. Il avait planté son mégot de cigare au milieu du gros cendrier de verre et fixait Luc Gérin avec des yeux hagards.
— Qu’est-ce que c’est que ce tissu de conneries ? parvint-il enfin à articuler.
— C’est mon article sur la course de dimanche.
Le Dy gonfla les joues, ce qui le fit ressembler à s’y méprendre à un de ces poissons d’eau profonde qui impressionnent leurs adversaires en doublant de volume.
— Je le vois bien que c’est votre article ! tonna-t-il. Et je vois bien aussi que vous affirmez que la course est truquée !
— Je regrette. Je n’ai rien écrit de tel. Je demande simplement si une course n’est pas faussée à partir du moment où le public ignore que certains chevaux subissent une préparation spéciale en vue de cette compétition…
— Quelle préparation spéciale ? éructa le directeur de l’hebdomadaire.
— Je l’ignore encore. Ces chevaux sont au secret. Ils ne sont plus dans leurs boxes respectifs.
Le Dy observa un long moment de silence. Il ne cessait pas de regarder son rédacteur.
— Vous vous rendez compte, Gérin, que cet article est de la dynamite ? Tous les professionnels vont nous tomber sur le dos si je publie votre truc. Remarquez, ça, j’m’en tape, mais le canard ne résistera pas à une série de procès…
— S’il doit y avoir procès, le Galop d’Or ne sera pas dans le box des accusés.
— Vous désignez nommément les entraîneurs de Le Persan et de Fadalla ! Si ce que vous avancez est faux, ils nous attaqueront en diffamation.
— Je ne vois pas comment, réfuta Gérin. J’ai simplement écrit que ces deux chevaux avaient été éloignés de leurs écuries respectives et qu’on avait modifié leur mode de préparation. Santos s’est opposé violemment à fournir des renseignements sur Le Persan. Quant à Fadalla, un de ses lads m’a affirmé que la jument avait été emmenée à la campagne dans l’espoir que ça lui donnerait un peu plus de mordant pour dimanche. Pas un journaliste n’a seulement aperçu un de ces deux chevaux depuis plusieurs semaines ! Vous pouvez vérifier. J’écris que, dans ce cas, il y a tromperie sur la marchandise, que la course est faussée parce que personne ne peut juger de l’état de préparation de certains participants.
— C’est bien beau tout ça, mais même un abruti pourrait lire entre vos lignes. Vous laissez clairement supposer qu’il pourrait y avoir combine.
— Vous vouliez un article digne de ce nom ?
— D’accord, Gérin, se décida finalement Le Dy. D’accord, je publie ce pétard. J’en prend le risque. Mais vous savez ce qui vous attend si Le Persan ou Fadalla se traînent dans les choux dimanche ?
Luc haussa les épaules.
— De toute façon, le Galop d’Or va faire un beau chiffre cette semaine. Vous allez faire la première page là-dessus, n’est-ce pas ?
— Dites, il vous reste une paire d’heures avant que je ne fasse tourner les rotatives, vous pourriez peut-être m’apporter quelques compléments d’information au lieu de vous mêler de la première page ? Téléphonez-moi ici avant minuit si vous avez du nouveau.
*
Santos se redressa, blême.
— Je ne comprends pas.
— Mais si, railla le journaliste, vous comprenez fort bien. Ça fait bientôt trente piges que je traîne mes lattes dans ce milieu tordu et je sens l’arnaque à mille bornes.
— Quelle arnaque ? bafouilla l’entraîneur.
— Où il est votre canasson, d’abord ? Personne ne l’a vu sur les pistes.
— Je… je l’ai envoyé à la campagne.
— Où ça ?
— Au bord de la mer, pour lui fortifier les tendons.
— À la campagne ou au bord de la mer ?
— À la mer.
— À quel endroit ?
— En Bretagne.
Lerail soupira.
— Écoutez, Santos, mes amis n’apprécient pas beaucoup qu’on les tienne à l’écart des coups foireux. Si vous préparez quelque chose avec Le Persan, dites-le-moi tout de suite.
— Je vous ai téléphoné que mon cheval allait disputer l’arrivée, que j’étais quasiment certain de terminer dans les trois premiers !
— J’ai entendu ça. Mais ce que je veux savoir, c’est ce qui se cache derrière cette certitude !
*
Christian Martel contourna la masse sombre des écuries et s’enfila dans une allée bordée de boxes. Les panneaux supérieurs des portes étaient fermés mais il entendait les piaffements curieux des pur-sang qui avaient senti sa présence.
Une pancarte rudimentaire indiquait l’emplacement de Sweet Mary. Son box était vide.
Tiens donc ! songea l’ancien journaliste. Encore un participant à la course de dimanche envolé dans la nature.
Il entra dans le box et regarda la litière. La paille était sèche et souillée par endroits. Il n’y avait pas eu de nettoyage depuis le départ de la jument et ça ne datait pas d’hier. Tout était fait comme si Sweet Mary était partie depuis au moins deux semaines et comme si son retour n’était pas prévu pour dimanche soir.
Martel ressortit du box. Apparemment, Sweet Mary était la seule manquante de l’écurie.
Il décida de prévenir Luc avant de poursuivre ses investigations. Dans son esprit, il n’y avait plus aucun doute : la course était truquée. Les trois chevaux indiqués par la lettre anonyme avaient disparu. Ça puait l’embrouille à pleins naseaux.
*
Ils avaient commencé le repas au champagne. Carole trouvait ça fantastique. Le patron de l’établissement, qui semblait fort bien connaître Romain, était aux œufs avec le couple. Carole s’émerveillait de tout. Il lui semblait que l’orchestre tzigane qui violonnait sur la scène ne jouait que pour elle.
— Vous savez, Carole, si nous voulons aller danser ensuite, je devrais prévenir votre père de cet enlèvement.
Elle secoua sa chevelure en riant.
— Ce n’est pas la peine…
— J’y tiens tout particulièrement. Il vous a confiée à moi pour le déjeuner. Il serait assez incorrect de vous ramener au petit matin sans le prévenir.
— Je suis majeure, vous savez !
— Laissez-moi ce petit caprice, Carole.
Elle soupira.
— De toute façon, papa ne sera pas à la maison ce soir. Il boucle son journal et ne sera pas de retour avant deux ou trois heures du matin.
— Eh bien ! qu’à cela ne tienne ! s’exclama Romain. Les locaux du Galop d’Or sont sur le chemin du Privilège. Nous le préviendrons directement. Il n’aura pas l’impression que nous lui forçons la main.
— Si vous y tenez…, bouda Carole en haussant légèrement les épaules.
— Vous semblez contrariée…
— Le journal ne me rappelle pas de très bons souvenirs, murmura-t-elle en songeant à Luc Gérin.
— Vous avez raison, fit Romain en hochant la tête. Je suis un butor. Je téléphonerai, simplement.
Elle sourit de nouveau.
— Non. Nous irons rendre visite à papa. Ça lui fera plaisir.
Carole pensa aussitôt à autre chose. Elle venait de décider que rien ne viendrait gâcher sa soirée. L’orchestre venait d’attaquer un morceau célèbre du folklore tzigane.
Respirer l’atmosphère… Il en avait de bonnes, Martel ! La plupart des lads étaient au plumard, exténués après une journée de balayage et d’étrillage. Luc Gérin pénétra dans un bar de la périphérie où les jockeys en mal de monte venaient taper le carton.
Le taulier, un ancien jockey d’obstacles lui-même, mis prématurément à la retraite après une vilaine fracture de la colonne vertébrale, regarda entrer Luc avec l’air d’un type qui trouve une limace dans ses pompes en croco.
— Tiens, v’là Gérin ! s’écria-t-il avec sa voix de papier de verre. Y en a qui s’imaginent que les chevaux s’entraînent la nuit !
Il y eut quelques gloussements dans la salle.
— Alors, continua le taulier en s’accoudant sur sa caisse, pour une fois qu’on se lève avant midi, y paraît qu’on met les pieds dans le plat ?
Sacré Le Dy ! Il n’avait pas pu tenir sa langue.
— Je ne vois pas ce que vous voulez dire.
— On raconte que vous avez soulevé un lièvre dans la grande course de dimanche.
Du fond de la salle s’éleva une voix avec un fort accent parisien.
— Quand on est pas foutu de trouver un gagnant en six mois, faut bien trouver quelque chose pour se faire remarquer !
— On crache dans la soupe…, termina l’ancien jockey.
Luc Gérin hocha la tête.
— Je vois que l’ambiance est à la plaisanterie. Puisqu’on est en plein dans le sujet, quelqu’un ici pourrait peut-être me dire s’il a vu Le Persan sur les pistes ces derniers jours ?
— C’est votre boulot, ça.
— Justement. Mon boulot, j’peux pas le faire correctement si des entraîneurs s’amusent à planquer leurs chevaux.
Il y eut une série de toussotements. Les consommateurs replongèrent dans leur jeu de cartes. Luc Gérin fronça les sourcils. Il s’approcha d’une table et posa la main sur l’épaule d’un des joueurs.
— Dis, Rival, tu montes, toi, dans la course dimanche ?
Serge Rival, jeune apprenti qui ne connaissait pas une grande réussite et n’était employé régulièrement qu’à cause de son poids très léger, leva la tête et jeta un regard furieux sur le journaliste.
— Vous voyez pas que j’suis occupé ?
Drôle comme tous les types qui avaient quelque chose à voir avec la course de dimanche étaient tous occupés et se dérobaient devant les questions de Luc.
— Comment va ta jument Sweet Mary ? insista Luc.
— J’aimerais bien pouvoir me détendre tranquillement le soir, grogna l’apprenti. Et discuter avec mes amis sans être emmerdé par un con de journaliste !
— Je suis poli avec vous, Rival.
— Le p’tit a raison, fit le taulier. Laissez-le tranquille.
Luc se détourna.
— Je peux lui demander des nouvelles du cheval qu’il va monter dans la grande course, non ?
— Vous êtes chez moi, ici, et je ne vous laisserai pas ennuyer mes clients.
La menace était claire.
— Charmant ! grogna le journaliste. Rival, êtes-vous disposé, oui ou non, à m’accorder une interview ?
— Allez vous faire voir !
— Je noterais cette réflexion dans mon article. Les lecteurs apprécieront. Ça va arranger votre cote de popularité.
En fait, respirer l’atmosphère s’avérait moins difficile qu’il ne l’avait cru tout d’abord. Dans le bar, l’atmosphère était nettement à la castagne imminente, au lynchage express, à l’autodafé général.
— Vous feriez mieux de vous tirer, Gérin, avertit le taulier.
Luc y pensait, justement. Sage solution avant que la troupe de nabots hargneux ne décide de le castrer et de lui faire bouffer les restes. Ils étaient capables de tout, ces horreurs, quand on osait éclabousser leur turbin.
Luc grommela un vague bonsoir et quitta l’établissement, furieux. Il repéra une cabine téléphonique au coin du boulevard et décida de dire à Le Dy ce qu’il pensait de ses initiatives foireuses.
Wenceslas Le Dy vérifiait la première mise en pages de son journal quand le téléphone se mit à sonner. Il posa son cigare et décrocha l’appareil.
— Ici Gérin, s’annonça Gérin.
— Alors ? Du nouveau ?
— Ouais, du nouveau comme vous dites. Vous avez commencé à crier sur les toits que j’annonçais un scandale pour la course de dimanche. Du coup, tout le monde hippique s’est refermé comme une huître. Bravo ! Joli coup ! Je suis pestiféré à leurs yeux. J’viens déjà d’échapper à une punition, et j’imagine que ce n’est que le début…
Le Dy éclata de rire.
— C’est vous qui l’avez écrit cet article, ou non ?
— Mais…
— Qu’est-ce que vous aviez imaginé, Gérin ? Que les gens que vous soupçonnez d’avoir monté une combine allaient vous inviter à prendre le thé ? Qu’ils allaient vous acclamer, vous féliciter en vous demandant comment vous avez fait pour deviner si rapidement ?
— J’suis mis en quarantaine ! protesta Gérin.
— Et alors ? Ça prouve tout simplement que vous avez posé le doigt sur une charogne. Et ce que vous me dites indique que ça commence à puer drôlement.
— Je suis en train de me demander si ce n’est pas moi qui pue en ce moment.
— Vous vous dégonflez ? demanda Le Dy, menaçant.
— Jamais de la vie ! protesta Gérin. J’ai commencé cette affaire, je vais la terminer. Seulement, je continue à penser qu’il y avait une manière plus efficace de mener les choses. Avertir le gibier qu’on est sur sa trace ne facilite pas vraiment sa capture.
— Vous vous gourez. Croyez-moi, je connais le genre de la maison. Rien de tel que la panique pour percer leurs défenses. S’il y a réellement une embrouille qui se prépare, vous allez les voir remuer, les uns pour vous cracher dessus, les autres pour venir pleurer dans votre gilet. Au fait, j’y pense, un type a laissé un message pour vous à la rédaction.
— Ah ?
— Un certain Christian Martel. Le message dit que la jument placée en tête de la lettre est introuvable. Il dit aussi qu’il se rend chez Santos.
Luc plissa le front. Il se passa un index sur les lèvres. Un ange hennissant traversa le ciel sans étoiles.
— Qu’est-ce que ça veut dire cette énigme ? demanda Le Dy.
— Je veux modifier mon pronostic, décida brusquement Luc Gérin.
— Quoi ?
— Mettez Sweet Mary en tête et décalez tous les autres chevaux d’un rang.
— Vous êtes dingue !
— Je suis sûr maintenant qu’il se prépare un sale truc. Faites ce que je vous demande.
— Enfin, Gérin… Sweet Mary, ce saucisson, c’est vraiment la dernière à pouvoir figurer dans un pronostic sérieux ! C’est un âne, cette jument. Et en plus elle est montée par Rival, cet incapable qui ferait bien mieux d’aller sodomiser les brebis avec sa cravache. Non, je m’y refuse. On va être la risée de la presse spécialisée.
— Sweet Mary va gagner la course, déclara posément Luc.
— Et dimanche, il pleuvra d’la merde !
— Alors, n’oubliez pas votre parapluie, conclut le pronostiqueur en raccrochant.
Il poussa la porte vitrée de la cabine. Serge Rival l’attendait sur le trottoir.
Wenceslas Le Dy reposa le combiné, songeur. Il commençait sérieusement à se demander s’il n’avait pas définitivement misé sur le mauvais cheval et si son rédacteur n’entrait pas dans les premières étapes du delirium. Peut-être que tout ça ne trouvait ses bases que dans le délire alcoolique d’un journaliste minable en mal de copie ? Sweet Mary ! Quelle trouvaille ! On pouvait difficilement faire pire.
Sa fille, Carole, fit son entrée dans le bureau accompagnée de Romain, ce propriétaire terrien qu’il avait rencontré au cours des ventes de Newmarket.
— Oh, papa ! s’exclama Carole avec un large sourire. J’ai passé une journée merveilleuse.
Le Dy s’épongea le front avec un mouchoir qu’il replaça dans sa pochette.
— Tant mieux, approuva-t-il.
— Romain m’invite au Privilège, continua-t-elle. Il a tenu à te prévenir.
Le Dy regarda sa fille, puis l’homme qui l’accompagnait. Il avait une trentaine d’années de plus qu’elle et elle l’appelait déjà par son prénom. Il réprima une grimace. Ce Romain, il ne savait pas grand-chose de lui, sinon qu’il disposait d’une masse d’argent apparemment inépuisable, qu’il achetait parfois des pur-sang en prétendant agir pour le compte d’une association, qu’il était reçu dans la haute société comme un personnage de la plus haute importance mais que le Who’s Who n’avait pas connaissance de son existence. Il apparaissait et disparaissait, gardant sur sa vie et sur ses activités un parfait mystère. Caprice de milliardaire avait conclu Le Dy. À présent qu’il lisait dans les yeux de sa fille cette admiration extasiée, il commençait à se poser davantage de questions.
— C’est très aimable de sa part, dit-il sans trop s’avancer.
— Soyez sans inquiétude, Vincent (il était le seul à se permettre ainsi à franciser son prénom), je vous ramènerai Carole avant…
Il prit un temps, soigneusement étudié.
— Avant trois ou quatre jours.
Carole éclata de rire. Le Dy daigna sourire.
— Ma fille a vingt-quatre ans, dit-il en reprenant son cigare. Elle n’a plus besoin de ma permission pour découcher. Elle ne l’a d’ailleurs jamais demandé. À vingt-deux ans, elle était déjà à la colle avec un incapable de journaliste, grand buveur de bourbon, que j’ai dû embaucher dans mon journal pour qu’il puisse nourrir ma propre fille. Un vrai mélo américain.
— Papa…
— Quoi papa ? Je dis la vérité à ce monsieur qui a la charité de me débarrasser de toi pour quelques heures.
Carole voulut changer de sujet, mais Romain la devança.
— Vous voulez parler de Luc Gérin, je suppose. J’ai cru comprendre qu’il traversait une période de méforme…
— De méforme ? C’est rien de le dire ! C’est plus d’la méforme, c’est de l’incompétence poussée jusqu’au vice ! Enfin, il vient de m’apporter un papier qui va faire du bruit, j’vous dis que ça ! Le premier truc intéressant qu’il écrit depuis qu’il travaille au Galop d’Or.
— Ah ? fit Romain en soulevant un sourcil.
Le Dy se pencha par-dessus son bureau, comme s’il voulait donner encore plus d’importance à ses révélations et souligner leur aspect mystérieux.
— Y a un bigntz dans la course de dimanche, souffla-t-il.
— Un bigntz ?
— Oui, enfin, Gérin pense que la course est faussée.
Romain hocha la tête.
— Je vois.
— Vous voulez connaître son pronostic ? En première exclusivité ?
— Vous savez, je ne joue jamais…
— Mais vous connaissez les chevaux mieux que personne. Si, si, ne protestez pas, tout le monde s’accorde à vous reconnaître cette qualité. Le Persan et Fadalla, ça vous dit quelque chose ?
— Ils sont inscrits dans la grande course, je crois.
— Exactement. Et Gérin pense que leur entourage prépare une combine. Il a placé ces deux chevaux dans son pronostic. C’est gonflé, non ?
— Original, en effet. Le Persan me paraît très sévèrement traité par le handicapeur et Fadalla court sur des œufs en ce moment. Un miracle est toujours possible.
Romain semblait montrer un prodigieux désintérêt pour la question.
— Et vous ne savez pas le plus beau ! s’écria Le Dy. Gérin vient de m’appeler pour me dire qu’il voulait mettre Sweet Mary en tête de sa liste. Il prétend qu’elle va gagner la course !
— Tiens donc…
Le Dy recula son fauteuil.
— Ça ne vous passionne pas beaucoup, hein ?
— Je dois reconnaître que je préfère l’animal lui-même plutôt que les bordereaux de jeu.
Le Dy haussa les épaules.
— Après tout, c’est chacun son goût…
Romain prit Carole par le bras.
— Nous y allons, Carole ?
— Au fait, Romain ! reprit Le Dy. Vous qui connaissez bien le monde des propriétaires de pur-sang, cette écurie du Soleil qui possède Fadalla, elle recouvre qui exactement ?
— Je l’ignore.
— Mais ! Vous… s’écria Carole.
— Il ne faudrait pas que nous arrivions trop tard au Privilège, Carole, l’interrompit Romain. Je crois qu’un spectacle international est prévu pour ce soir et, si nous tardons davantage, les meilleures tables seront occupées.
— Bonne soirée ! souhaita Le Dy en regardant l’homme à la chevelure argentée entraîner sa fille vers la sortie.