Le temple des muses

John Maddox Roberts · Chapitre 9 sur 13

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Le temple des muses

Chapitre VIII

 

Une des obligations à laquelle sont soumis les Romains qui veulent faire carrière dans la politique est un service militaire onéreux mais nécessaire. Personne n’aime cela mais ça nous enseigne au moins comment un État fonctionne. C’est ce qui explique pourquoi les rois gouvernent si mal. Ils ne connaissent les affaires publiques que depuis le sommet. Ils aiment les aspects réjouissants : combattre leurs ennemis, les massacrer, régner sur leurs sujets, être au-dessus des lois. Mais le reste les ennuie, et ils le laissent à des hommes ou des eunuques qui ont parfois des ambitions personnelles. Comme les rois ignorent tout du fonctionnement de l’État, ils ignorent aussi que leurs laquais sont incompétents, sans parler de ceux qui les volent ou tentent de les renverser.

Après avoir lavé la boue et la suie dont j’étais recouvert, et m’être habillé correctement, je me présentai au bureau des affaires foncières, un bâtiment de bonne taille près du palais. Je savais que j’y trouverais les frontières exactes et les noms des propriétaires de chaque pied carré d’Égypte. Les Égyptiens ont inventé l’art des relevés topographiques car leurs terres sont inondées tous les ans et les bornes souvent balayées par les crues. Comme la plupart des conquérants, les Ptolémées ont adopté les coutumes les plus bénéfiques du peuple conquis, et ce bureau était presque entièrement composé d’Égyptiens. Alors que j’entrais dans la première salle, un esclave public s’empressa de me saluer.

— En quoi puis-je t’aider, sénateur ?

— Où trouver les cartes et les documents concernant les terres des environs d’Alexandrie ?

— Suis-moi, me proposa l’esclave.

Nous traversâmes plusieurs salles où des scribes étaient assis en tailleur à la mode égyptienne, des papyrus étalés sur leur courte jupe, un pinceau à la main, un encrier par terre à côté d’eux. D’autres étaient penchés au-dessus de cartes déroulées sur de longues tables.

— Voici le bureau du nome royal, sénateur, et je te présente Sethotep, responsable des relevés topographiques septentrionaux.

L’homme se leva de son bureau et s’avança. C’était un Égyptien qui portait une tenue banale, mais j’avais appris à juger leur statut par la qualité de leur perruque et du tissu de leur jupe. Sethotep était un haut fonctionnaire, à peu près l’équivalent d’un eques* romain. Nous échangeâmes les politesses d’usage et je récitai l’histoire que j’avais préparée.

— J’écris un ouvrage de géographie sur l’Égypte. Il n’y en a pas eu en latin depuis plus de cinquante ans, et ceux qui existent ont été traduits du grec et sont par conséquent truffés d’erreurs. Il est temps d’y remédier, à mon avis.

— Voilà un projet admirable, approuva Sethotep.

— J’ai déjà entamé la partie qui concerne Alexandrie et j’aimerais m’occuper des terres avoisinantes. J’ai l’intention de commencer par le lac Maréotis et les terres qui l’entourent. Avez-vous des cartes du lac ? Je préférerais des cartes militaires répertoriant les terrains et leurs propriétaires.

— Mais, certainement, sénateur.

Sethotep alla à un casier semblable à ceux de la Bibliothèque et prit un grand rouleau.

— Bien sûr, toutes les terres d’Égypte appartiennent à Sa Majesté le roi Ptolémée, mais, selon les anciennes coutumes, le roi octroie la concession de vastes domaines aux nobles les plus fidèles de sa cour.

C’était exactement ce que j’avais espéré entendre.

Il sortit la carte de son tube en cuir, ramassa les morceaux de papyrus qui encombraient la table, les jeta dans un grand coffre déjà à moitié plein. La bureaucratie égyptienne engendrait dix fois plus de chutes de papyrus que celle de Rome. C’était un matériau bon marché en Égypte et on n’essayait même pas de le réutiliser.

— Où vont les chutes de papyrus ? demandai-je pour entretenir l’échange.

— Tous les mois, les fabricants de cercueils viennent les récupérer.

— Les fabricants de cercueils ? Tu plaisantes ?

Encore une des bizarreries de l’Égypte.

— Absolument pas. Le bois est précieux. Seuls les riches peuvent s’offrir des cercueils en bois. Les fabricants mélangent le papyrus avec de la colle et façonnent des bières pour les pauvres. Du moment que le cercueil est scellé, il dure autant que le bois ; c’est du moins ce qu’ils prétendent. Pour ma part, je préfère faire confiance au bois. Ma propre tombe est presque terminée, et j’ai acquis des cercueils en cèdre du Liban pour ma femme et moi-même.

Les Romains aiment les préparatifs mortuaires, mais pour les Égyptiens, qui croient à une vie après la mort, c’est une véritable manie. Abordez le sujet et ils en discuteront pendant des journées entières.

— Voilà le lac, indiqua Sethotep, après avoir étalé la carte sur la table et lesté les coins avec des poids.

Comme la plupart des lacs, celui-ci était de forme irrégulière. Des lignes délimitaient les propriétés qui le bordaient, mais les textes étaient rédigés dans l’écriture cursive qu’Hérodote appelait démotique, une forme simplifiée des hiéroglyphes qui reprenait phonétiquement les sons du langage parlé, comme les alphabets grec et romain, mais que seuls les Égyptiens pouvaient comprendre. Ils avaient ainsi assuré leur place au service des Ptolémées.

— Sont-ce les noms des propriétaires ? demandai-je. Je dois aller au lac, et il se peut que je leur rende visite.

— Laisse-moi voir. En partant de l’ouest du canal…

— Je comptais commencer par l’est, coupai-je. Qui est le propriétaire de cette terre, par exemple ? m’enquis-je en posant mon doigt sur l’endroit où je me trouvais le malin même.

Sethotep examina l’inscription.

— Cette propriété appartient au seigneur Cassandre. C’est l’héritage d’un ancêtre qui était un compagnon de Ptolémée Sôter, fondateur de la dynastie des Lagides.

C’était décevant. Je n’avais jamais entendu parler de ce Cassandre.

— C’est donc auprès de ce seigneur que je dois me présenter si je veux visiter son domaine ?

— Cela fait plusieurs années que le seigneur Cassandre vit retiré dans sa propriété du nome Arsinoïte sur les bords du Fayoum.

— Il possède donc plus d’une propriété ?

— Comme de nombreux rois, les Ptolémées ont pour politique de distribuer à leurs plus grands seigneurs des terres éparpillées dans le royaume plutôt qu’un vaste domaine. Cela réduit les jalousies et permet à chaque seigneur d’avoir un mélange de bonnes terres, de sols moins bons et de terres arides.

Cela les oblige aussi à voyager d’une propriété à l’attire et les empêche d’avoir une base de pouvoir importante.

— C’est très sage, notai-je. Mais à qui devrai-je m’adresser ?

Sethotep ajusta sa perruque qui avait glissé.

— Cette propriété est peut-être tenue par un régisseur ou par un des fils du seigneur Cassandre. Le seigneur Philippe est l’aîné, mais il gère les carrières royales et passe le plus clair de son temps près de la première cataracte. Le benjamin, le général Achille, est souvent à Alexandrie. Tu peux te présenter à la caserne macédonienne ou à la demeure du seigneur Achille, mais je suis sûr que Sa Majesté sera heureuse d’envoyer un messager de la part. Notre désir le plus ardent a toujours été de plaire à Rome.

Je l’aurais volontiers embrassé.

— Je suivrai tes conseils, cher Sethotep. Mais maintenant je dois partir.

Cela n’eut pas l’air de lui plaire. Je compatissais. Un bureaucrate trouve rarement quelqu’un à qui parler, hormis les fonctionnaires de son propre bureau. Je n’étais pas venu pour rien, j’avais enfin du grain à moudre.

Créticus leva la tête de son bureau et me dévisagea d’un air maussade. J’avais apparemment loupé une soirée bien arrosée.

— La chasse n’a pas duré longtemps, remarqua-t-il. Tu as pris quelque chose ?

— Non, mais j’ai repéré des proies prometteuses. As-tu un peu de temps devant toi et peut-on parler d’affaires discrètes ici ?

— Ah, tu as trouvé un complot à ton goût ? Bon, viens faire un tour dans le jardin. Je soupçonne les esclaves de l’ambassade de ne pas ignorer le latin comme ils le prétendent.

Dans l’oliveraie, je lui fis part de mes découvertes et de mes soupçons. Il paraissait m’écouter attentivement, mais c’était un talent que tout homme politique romain de qualité cultivait. Il aurait aussi bien pu calculer la cote des auriges de la prochaine course.

— Ça semble en effet inquiétant, admit-il lorsque j’eus fini. Mais pourquoi es-tu si content d’avoir découvert que c’était la propriété d’Achille, à part le fait que tu as assommé son lieutenant, un exploit dont toute la cour se réjouit ?

— Mais parce que ça signifie que Ptolémée n’est pas compromis !

— Et pourquoi en tires-tu un tel soulagement ?

— D’abord, ça veut dire que Ptolémée peut soumettre ses nobles mécontents sans que Rome n’ait à intervenir, ce qui ménage ainsi l’amour-propre des Égyptiens. Et ensuite… euh, j’aime bien ce bouffon. Il est inoffensif, et d’agréable compagnie quand il n’est pas ivre ; en outre, je ne crois pas qu’il soit hostile à Rome.

— Décius, dit Créticus en hochant la tête, affligé, tu as du flair pour les sournoiseries, mais les évidences t’échappent.

— Que veux-tu dire ?

— Plusieurs cargaisons de bois, disais-tu ?

— Au moins.

— Et cette gigantesque tour est entièrement recouverte de plaques de fer ?

— Tu crois que j’exagère ? Elle en est… ah, je vois.

— Précisément. Crois-tu qu’Achille soit très riche ? Il n’y a pas en Égypte de noble aussi riche que Crassus, et de telles cargaisons de fer ruineraient un petit royaume.

J’aurais dû y penser. Lorsque Sethotep m’avait dit qu’Achille était le benjamin, j’aurais dû comprendre qu’il n’avait pour seule fortune que ses muscles et son arrogance. Or il y avait une énorme richesse derrière les engins militaires.

— Ptolémée est un mendiant ! protestai-je.

— Ça pousse à se demander où va tout l’argent qu’on lui donne, tu ne crois pas ?

Je me mis à réfléchir dans toutes les directions. Même sans tenir compte de ma regrettable affection pour l’ivrogne, je n’arrivais pas à croire que Ptolémée était le cerveau de cette absurde quête de pouvoir par le recours à une supériorité militaire. Une pensée me vint à l’esprit.

— Achille sert peut-être de façade à la bande de satrapes et de nomarques mécontents dont nous avons entendu parler ? hasardai-je.

— C’est déjà plus plausible. Mais je ne les vois pas mettre leur fortune en commun tout en gardant le secret. Soutenir en paroles, certainement, promesses d’aide et d’alliances une fois la guerre gagnée, je peux le comprendre. Mais partager les frais ? Ces seigneurs macédoniens et égyptiens sont bien trop jaloux pour se faire confiance. Chacun penserait qu’il donne plus que son voisin, et qu’il se fait escroquer. En outre, Décius, tu dois apprendre une chose sur les conspirations contre Rome. Écoute-moi bien parce que tu en rencontreras souvent dans ta carrière, si tu vis assez vieux.

Comme c’était la transmission du savoir de l’ancienne génération des Metelli à la plus jeune, je l’écoutai avec respect, d’autant qu’il s’agissait nécessairement d’un excellent conseil car les anciens de ma famille connaissaient les secrets de la politique intérieure et extérieure mieux que quiconque.

— Si de nombreux chefs de pouvoir modeste s’associent pour comploter contre nous, il y en a toujours quelques-uns pour savoir que leur avenir repose sur la trahison de leurs amis conjurés. De nombreux chefaillons sont devenus rois par ce moyen.

Je devais me souvenir de ce conseil quelques années plus tard lorsque je rencontrai Antipatros et Hérode, son fils aussi cruel que doué.

— Personne n’est venu nous parler de cette conspiration ni nous exprimer son désir de remplacer Ptolémée sur le trône d’Égypte.

— Alors, qu’est-ce que cela peut être ? demandai-je. Quelqu’un a bien décidé de défier Rome avec ces machines ridicules et a dépensé des sommes colossales pour parvenir à ses fins.

— C’est le genre de chose que tu es censé flairer avant tout le monde. Alors, vas-y !

Sur ce, il me laissa méditer dans l’oliveraie, où Julia me rejoignit.

— D’où le vient cette mine sérieuse inhabituelle ? s’exclama-t-elle.

— C’est la mine que j’ai lorsque je suis tiraillé entre la joie et la détresse.

Je lui relatai mes découvertes de la veille et de la matinée.

— Pourquoi ne m’as-tu pas emmenée ?

C’était Julia tout craché.

— D’abord parce que tu as une expérience limitée des affrontements par coups de main.

— Tu voulais pouvoir fouiner tout seul, oui !

— Il y avait peut-être du danger. Je ne veux pas que tu sois blessée, les Césars ne me le pardonneraient jamais.

— Comme si tu te souciais d’eux !

Ayant eu le dernier mot, elle poursuivit :

— Tu as vu les rues, ce matin ?

— Oui, il y a foule. Célèbre-t-on une sorte de fête religieuse ?

— Les gens affluent de la campagne. Il semblerait qu’Ataxas ait eu une autre vision. Baal Ahriman doit parler très bientôt et inaugurera un nouvel âge pour l’Égypte et pour le monde. Les Égyptiens abandonnent tout, ils tiennent à être présents afin d’assister au miracle.

— S’il y a foule près du palais, qu’est-ce que ça doit être à Rhacôtis ?

— J’ai bien l’intention de le découvrir. Bérénice et sa cour se rendront au temple cet après-midi. Elle m’a invitée ainsi que Fausta. Veux-tu venir avec nous ?

— Je ne manquerais ça pour rien au monde, assurai-je.

— Je parie que selon toi ces prêtresses vont encore se flageller, dit-elle en plissant les yeux.

— Non, loin de là. Les pauvres chéries ne se sont pas encore remises. Il y a autre chose.

Julia plissa davantage les yeux.

— Quoi ?

— J’ai encore besoin d’y réfléchir.

— Y a-t-il une muse des enquêteurs ? demanda Julia.

— Ah, bonne question. La plus proche, c’est Clio, la muse de l’histoire, or j’essaie de dévoiler la vérité qui se cache sous des mensonges historiques. Mais il y a peut-être une autre muse, une muse sans nom pour les hommes comme moi.

— Ton génie tutélaire est étrange. Mon oncle Caius me l’a souvent dit.

Toujours son oncle Caius !

Je rassemblai Rufus et les membres de l’ambassade doués du plus d’entrain et leur parlai de l’événement. On amena une énorme litière officielle que nous chargeâmes de suffisamment de victuailles et de vin pour un banquet. Nous nous retrouvâmes à six, chacun avec un esclave pour le servir, et nous attendîmes le groupe de Bérénice à la porte du palais.

— Si les rues sont encombrées, remarqua Rufus, ces trirèmes terrestres mettront un temps fou pour arriver à Rhacôtis.

Il aurait dû savoir que tout avait été prévu.

Lorsque la litière de Bérénice arriva, elle était précédée par cent soldats macédoniens dont le rôle était de lui frayer un passage dans la foule. Les soldats portaient des armures en bronze étincelantes et des casques au plumet écarlate. La litière royale était occupée par ses favoris, parmi lesquels Julia, Fausta, une horde d’esclaves, de nains et de danseurs, ainsi que des léopards furieux et des babouins espiègles.

— Je suis ravie que vous ayez décidé de vous joindre à nous ! lança Bérénice par-dessus le vacarme. Restez derrière nous, les autres vous feront une place.

Nous nous exécutâmes et les porteurs des deux autres litières parurent mécontents d’être ainsi séparés de leur déesse. Achille, qui était dans la deuxième litière, me décocha un coup d’œil particulièrement venimeux. Je n’étais pas surpris de le voir là. Puis nous avançâmes au son des flûtes, des tambours, des harpes et des sistres.

Même avec des soldats pour nous ouvrir la route, nos litières avaient du mal à avancer tant la foule était dense. Du palais, nous prîmes la rue d’Argeus, au sud de la voie Canopique, puis nous virâmes vers l’ouest à la manière des navires de guerre entrant dans le port par une mer calme. La foule nous acclamait et chantait des louanges à Bérénice tandis que les soldats dégageaient la voie à coups de lance. On nous arrosait de fleurs car tout le monde semblait porter des guirlandes. De nombreux Alexandrins caressaient en outre des serpents dans leurs bras. Fort heureusement, ils ne nous les jetèrent pas à la figure.

— Ça s’annonce bien, remarqua Rufus, la tête surmontée d’une couronne de fleurs.

— Ça doit être bigrement animé près du temple, dis-je en tendant ma coupe à Hermès pour qu’il me la remplisse.

— À ce train-là, on va rater le message de la statue, s’inquiéta un membre de l’ambassade.

— Ne crains rien, répondis-je. Le dieu ne parlera pas avant l’arrivée de la princesse et des dignitaires.

— Si ce dieu tient la royauté en si haute estime, dit Rufus, pourquoi se fait-il représenter par un prophète sirupeux comme Ataxas ?

— Les dieux étrangers sont bizarres, dis-je. Les nôtres font connaître leur volonté à travers les présages qu’ils envoient aux augures* : un système méthodique et efficace. Les divinités orientales, en revanche, sont aussi irrationnelles qu’émotives. Elles dépendent de l’enthousiasme, des déclarations ambiguës et des coïncidences. Même si ces coïncidences sont parfois bien pratiques pour certains.

— Quoi ? fit Rufus. Encore des inepties, Décius ?

— Je te fais un pari, dis-je. Cinq cents deniers que le dieu va prédire un changement soudain dans les relations entre l’Égypte et Rome.

— Tu sais quelque chose, Décius. Tu ne m’auras pas. Tu paries sur les chars et les gladiateurs parce que tu te vantes d’être un connaisseur en la matière. Tu ne parierais pas si tu n’avais des tuyaux en or. Qu’est-ce que c’est ? Tu es allé voir une de ces prêtresses pour des séances particulières de flagellation ?

— Pas du tout, assurai-je offensé. Je suis parvenu à cette conclusion par simple déduction.

Mon affirmation déclencha des rires moqueurs.

— Tu fréquentes trop les philosophes, Métellus, me dit un autre membre de l’ambassade. Tu commences à te prendre pour l’un d’eux. Déduction, tu parles !

— Et je veux que vous certifiiez à Créticus que je l’avais prédit. Sinon, il croira que je l’ai prévu après coup.

— Tu devrais arrêter de boire, Décius, me conseilla Rufus.

On l’applaudit chaudement et on me bombarda avec les roses qui jonchaient maintenant notre litière.

— Vous êtes donc tous d’accord pour miser cinq cents deniers ? dis-je, furibond, entre mes dents.

Ça les fit taire, mais Rufus releva le pari et les autres, ne voulant pas passer pour des lâches, acceptèrent tous un à un. Hermès me remplit de nouveau ma coupe.

— Où comptes-tu trouver deux mille cinq cents deniers ? me souffla-t-il à l’oreille.

— Ne t’inquiète pas. Commence à réfléchir à la façon dont tu vas me les voler.

Comme nous passions devant le Sérapéum, nous vîmes les Alexandrins entassés sur les marches, repoussés par une foule de plus en plus compacte. Ce n’était pas, me dis-je, le fruit d’une simple rumeur. Davantage celui d’un plan longuement préparé. Tous les habitants cosmopolites d’Alexandrie étaient là, mais les Égyptiens formaient la grande majorité, et ils ne venaient pas seulement de Rhacôtis. La plupart ressemblaient à des paysans, mais on comptait aussi parmi eux des citadins, des marchands, des artisans et des scribes. Les seuls qui semblaient absents étaient les prêtres, même si certains étaient sans doute venus déguisés, ce qui, pour un Égyptien, consistait à se débarrasser de sa peau de léopard et à coiffer une perruque.

À notre arrivée, les servants et les prêtresses sortirent du temple de Baal Ahriman dégager la voie pour la princesse et son escorte. Puis ils se prosternèrent et comblèrent la princesse et la famille royale d’éloges retentissants. Lorsque nous descendîmes de notre litière en vacillant, ils nous abreuvèrent à notre tour d’éloges, mais d’un ton moins enflammé. Le trottoir devant le temple et l’escalier était tellement inondé de pétales de fleurs qu’ils nous arrivaient à la cheville.

Sur une plate-forme en pierre, des musiciens jouaient sans discontinuer et les danseurs virevoltaient en faisant tournoyer leurs courts vêtements blancs. La musique déchirait les tympans, mais les danseurs étaient reposants à voir. Nous nous rassemblâmes en haut des marches et nous attendîmes Ataxas. Avisant Achille, je me dirigeai vers lui.

— Tu abandonnes ton devoir militaire pour le bien de ton âme, général ? demandai-je.

— Lorsqu’on sert le roi, on doit se plier aux caprices des princesses.

— C’est la seule raison de ta présence ici ? Sais-tu ce que ce brave Baal Ahriman va dire ?

— Comment le saurais-je ? fit-il, d’un air préoccupé.

— Sais-tu, dis-je en imitant ma plus belle voix pâteuse d’ivrogne, qu’un homme répondant à ta description a été vu dans les appartements d’Iphicrate juste avant son assassinat ?

— Serais-tu en train de m’accuser ?

Son harnachement en cuir crissa tant il était tendu.

— Non, je te confie seulement les fruits de mon enquête.

— Romains ! dit-il en s’approchant, la voix sifflante de mépris. Nombreux sont ceux qui en ont assez de votre arrogance et de vos ingérences. L’Égypte se porterait bien mieux sans vous. Votre absence serait vite comblée.

— Oh, général Achille, on soupçonnerait presque ton dévouement pour la politique proromaine du roi Ptolémée.

— Prends garde, sénateur. Tu auras besoin de plus d’un ceste et d’un coup fourré pour te débarrasser de moi.

Je n’osai pousser plus loin mon harcèlement.

— Regarde ! m’écriai-je, en montrant Ataxas qui venait d’arriver. Le spectacle commence !

C’était pour lui plus important que notre querelle.

Ataxas sortit du temple tel un somnambule. Les bras croisés sur la poitrine, sa longue barbe à frisettes tremblotant comme s’il était en extase devant une visitation, les yeux révulsés, ne laissant que le blanc, ce qui expliquait sa démarche incertaine. Il s’arrêta devant nous et le silence se fit.

— Le grand Baal Ahriman va parler ! cria-t-il. Venez tous, vous les élus !

Il fit demi-tour et rentra dans le temple de sa même démarche de somnambule. Les servants et les prêtresses trièrent élus et indésirables. La princesse et sa cour entrèrent, naturellement, ce qui comprenait les léopards et nous, les Romains. Une foule nous suivit, et le temple grouilla bientôt de fidèles.

L’intérieur sentait un peu moins mauvais que lors de ma précédente visite. Heureusement, le dieu ne portait plus sa cape en testicules de taureau, et le sol avait été nettoyé de son sang. Les cassolettes où brûlait de l’encens enfumaient le temple. Un mince rai de lumière filtrait par une étroite lucarne et venait frapper le sol devant l’idole. Les seules autres lumières provenaient des cierges et des encensoirs.

Ataxas se dressa devant la statue et entonna un chant plaintif dans une langue étrangère. Du moins présumai-je qu’il s’agissait d’une langue. Cela aurait aussi bien pu être une suite de syllabes inintelligibles choisies pour leur sinistre sonorité. Des roulements de tambour assourdis et le cliquetis des sistres résonnèrent, et les servants entamèrent un chant presque susurré tout aussi incompréhensible.

— Je vais regarder si ses lèvres remuent quand il parle, glissai-je à mes compagnons.

— Comment le sauras-tu ? interrogea Rufus. On dirait que ses lèvres sont mangées par la lèpre.

— Chut ! crièrent une centaine de fidèles.

Nous autres, personnages de haut rang, nous tenions en cercle devant l’idole. Un brasero où brûlaient des charbons ardents, juste en face de la statue, dégageait une fine volute de fumée. Un servant, tête baissée, donna un petit bol en argent à Ataxas, puis se retira. Ataxas leva le bol au-dessus de sa tête et entonna, en grec cette fois :

— Grand Baal Ahriman ! Écoute la supplique de tes fidèles ! Adresse-toi à eux comme tu l’as promis ! Accorde-leur la faveur de tes paroles divines, guide-les sur la voie que tu as choisie. Puissant Baal Ahriman, parle-nous !

Là-dessus, il vida le contenu du bol sur le charbon, libérant une forte odeur d’encens. Puis il tomba à genoux et s’inclina, serrant le bol contre son ventre. Le rai de lumière de la lucarne semblait tomber directement sur lui.

Il y eut un profond silence. Je crois même que personne n’osait respirer. La tension était si forte qu’on s’attendait à ce qu’elle rompe à tout moment comme la corde d’une lyre trop tendue. Vint le moment où un simple rire aurait détruit le fragile édifice de la mise en scène, mais avec un à-propos parfaitement calculé, le dieu parla :

— AEGYPTOI !

En grec, bien sûr, et j’ai rendu le premier mot dans cette langue pour renforcer l’impression. Le mot parut résonner aux quatre coins du temple, proféré par une voix profonde, aussi tonitruante qu’une cascade. Le public hoqueta et plusieurs personnes s’évanouirent. Nous autres Romains, d’un bois plus résistant, nous avalâmes une rapide goulée de vin, puis nous tendîmes l’oreille.

— ÉGYPTIENS ! MOI, BAAL AHRIMAN, JE SUIS LA VOIX NOUVELLE DES DIEUX D ’ÉGYPTE ! JE VOUS PARLE PAR LA VOIX DES ANCIENS DIEUX AMON, HORUS, ISIS ET OSIRIS, APIS ET SEKHMET, THOT, SOBEK, ANUBIS, NOUT ET SETH ! JE PARLE PAR LA VOIX D ’HAPI DU NIL SUPÉRIEUR ET D’HAPI DU NIL INFÉRIEUR, JE PARLE COMME LE PILIER DJED ET LA PLUME DE MAÂT ! JE PARLE PAR LA VOIX DES DIEUX DE LA GRÈCE : ZEUS, APOLLON, ARÈS, DIONYSOS, HERMÈS, HADÈS, APHRODITE, HÉRA, ATHÉNA, HÉPHAÏSTOS, PAN. JE PARLE, POUR TOUS LES PHARAONS D’ÉGYPTE, POUR LES DIEUX D’ALEXANDRIE, SÉRAPIS ET LE DIVIN ALEXANDRE !

Or, pendant tout ce discours, les lèvres de l’idole semblaient effectivement remuer ! Les mâchoires ne bougeaient pas sur des charnières. Un artifice aussi grossier aurait été détecté aussitôt. Non, la bouche remuait d’une manière subtile qui paraissait coïncider avec les mots. En outre, de minuscules éclairs de lumière pâle en jaillissaient, comme si les paroles du dieu pouvaient être vues aussi bien qu’entendues. Je savais qu’il y avait un truquage, mais je n’en étais pas moins impressionné. Je jetai un coup d’œil vers mes compagnons et me demandai si j’avais l’air aussi ahuri qu’eux, bouche bée, les yeux écarquillés.

De nombreux fidèles se prosternèrent, Bérénice se jeta à plat ventre, le visage tout contre le marbre. À côté d’elle, Julia et Fausta avaient l’air aussi gêné qu’inquiet. Achille arborait un sourire suffisant.

— REGARDEZ ! s’écria le dieu hideux. REGARDEZ ! JE PROCLAME UNE NOUVELLE ÈRE POUR LA TERRE ROUGE ET LA TERRE NOIRE ! HORUS LE SOLEIL SE LÈVE POUR L’ÉGYPTE ! LA NUIT TOMBE POUR LES BARBARES !

— Les Barbares ! pesta Rufus, vexé. C’est eux les Barbares !

— L’ÉGYPTE EST LA PREMIÈRE NATION DU MONDE. L’ÉGYPTE EST LE PAYS LE PLUS ANCIEN . PENDANT TROIS MILLE ANS, L’ÉGYPTE FUT LE SEUL PAYS CIVILISÉ. L’ÉGYPTE RENAÎTRA ! MOI, BAAL AHRIMAN, LE NOUVEAU ET SUPRÊME DIEU DE L ’ÉGYPTE, JE LE PROCLAME ! JE PARLERAI DE NOUVEAU À MON PEUPLE ! IL DOIT ÊTRE PRÊT À M ’ENTENDRE !

Le dieu se tut, ses lèvres cessèrent de remuer, si tant est qu’elles avaient bougé pour de bon.

Les fidèles se relevèrent en tremblant. Certains restaient prostrés, secouaient la tête en gémissant. D’autres se précipitèrent dehors, sans doute pour répandre la bonne nouvelle. Les Égyptiens chuchotaient entre eux, et plus d’un nous jeta un regard noir.

— Ça serait une bonne idée de retourner à l’ambassade, dit Rufus.

Il avait l’air, comme les autres Romains, secoué, presque terrorisé. C’était l’inquiétant sous-entendu du message qui les dérangeait. Cependant, je n’étais pas encore disposé à partir. Tandis que la foule évacuait le temple, je rejoignis Achille.

— Crois-tu que ce cher Baal Ahriman comprenait les Macédoniens parmi les Barbares sur qui la nuit va tomber ? lui demandai-je.

Il sourit, dévoilant de longues dents pointues.

— Les Macédoniens gouvernent l’Égypte depuis Alexandre. Nous sommes pratiquement égyptiens maintenant. Non, je crois que le dieu veut chasser les outrecuidants Romains. Toutefois, je ne suis qu’un humble serviteur du roi. Je laisserai l’interprétation de la prophétie divine aux prêtres.

Il pointa le menton vers Ataxas.

Ce dernier, étendu sur le dos, était agité de contractions nerveuses et l’écume jaillissait de ses lèvres. Le bol en argent était toujours à côté de lui, le rai de lumière de la lucarne faisait briller le métal.

— Maintenant, sénateur, dit Achille, il vaut mieux que vous quittiez cet endroit. Les Alexandrins sont très émotifs lorsqu’ils s’enthousiasment. Qu’ils décident d’interpréter cette visitation comme un appel à l’expulsion des Romains et je ne réponds pas de votre sécurité.

— Tu as cent soldats. Qu’est-ce qu’une émeute en face d’une telle troupe ?

Achille haussa les épaules, faisant encore crisser son harnachement.

— Notre devoir est de protéger la princesse, pas une bande de visiteurs romains qui se sont aventurés jusqu’ici par pur amusement.

— Il y a deux patriciennes dans ton groupe, dis-je. Assurément, elles sont sous la protection de la princesse.

Julia et Fausta aidaient Bérénice à se relever. La princesse ne semblait pas aller beaucoup mieux qu’Ataxas. Ses cheveux et ses habits étaient dans un désordre incroyable, malgré le peu de temps où elle était restée prostrée, et elle était tellement couverte de poussière qu’on pouvait se demander si les servants avaient bien fait le ménage.

— Naturellement, je m’efforcerai de protéger au mieux les honorées invitées de la princesse, assura Achille. Bon retour, sénateur !

Je lui tournai le dos et m’approchai de Julia.

— Ça risque de barder, dis-je d’une voix calme. C’est un complot pour dresser les Égyptiens contre nous. Reste tout près de la princesse. Achille prétend qu’il veillera sur vous, mais nous, les hommes, nous devrons rentrer en courant.

— Pourtant, dit-elle d’un air soucieux, le dieu n’a rien dit sur Rome.

— Oui, belle hypocrisie. Veux-tu parier que les rumeurs prétendront autre chose ? Allez, on se revoit au palais !

Je partis en courant, assez confiant quant à leur sécurité. Leurs tenues ressemblaient à celles des Grecques. Tant qu’elles ne criaient pas quelque chose en latin, personne ne saurait qu’elles étaient romaines. Pour les hommes, il en allait différemment. Nos toges, nos cheveux courts et nos visages rasés nous trahissaient.

Dehors, ceux de mon groupe me faisaient des gestes impatients pour que je les rejoigne sur la litière. Des mouvements divers agitaient la foule, personne ne sachant exactement ce qui s’était passé. Pour l’instant, il n’y avait pas d’actions concertées.

— Monte, Décius ! hurla Rufus.

J’escaladai la litière et m’installai. Les porteurs hissèrent le lourd fardeau sur leurs épaules et commencèrent à se frayer un chemin parmi la foule.

— Qu’est-ce que ça signifie ? demanda quelqu’un. Tu as compris quelque chose, Décius ?

— Ça signifie, répondis-je en me versant un rafraîchissement, que vous me devez chacun cinq cents deniers.

— Je proteste ! s’offusqua le même. Ce maudit dieu n’a rien dit sur Rome.

— Si vous vous en souvenez, j’avais prédit qu’il proclamerait un brusque changement dans les relations entre Rome et l’Égypte. Or le dieu a dit que l’Égypte était la première nation du monde. Si ce n’est pas un changement dans les relations entre nos deux pays, qu’est-ce que c’est ?

Alors qu’à l’aller on nous avait bombardés de fleurs, on commença à nous canarder avec des pelures de fruits.

— C’était bref, déclara Rufus en se baissant pour éviter une poignée de crottes de chameau. Je m’attendais à un discours plus long.

— Il faut faire court quand on utilise des tours de magie, expliquai-je. Quelques instants de plus et j’aurais compris le truquage.

— Comment parlait-il ? interrogea un secrétaire de l’ambassade. C’était drôlement impressionnant.

— J’ai bien l’intention de le découvrir, assurai-je.

Sur la place, on nous montrait du doigt. Nous n’avions pas encore atteint la rue.

— Je n’ai pas entendu de quolibets contre Rome, dit le secrétaire.

Il était habitué à en entendre de toutes sortes dans ses différents postes à travers l’Empire.

— C’est parce que tu ne parles pas l’égyptien, rétorquai-je. Les servants font courir une version plus colorée de la prophétie de Baal Ahriman.

— Tu as l’air des mieux renseignés, Décius, rouspéta Rufus.

— Il suffit de savoir recueillir les informations, lui dis-je. Je suis très fort à ce jeu-là. Les porteurs ne peuvent donc pas aller plus vite ?

— Attends un peu, tu vas voir.

Il fouilla parmi les coussins.

— Il devrait y avoir un fouet quelque part. Ah, le voilà !

Il empoigna une longue lanière tressée en peau de rhinocéros, se pencha par-dessus la balustrade et fit claquer son fouet.

— Accélérez, bande d’incapables !

N’étant pas d’une habileté convaincante, il réussit à se fouetter le dos, depuis l’épaule jusqu’aux fesses. Il retomba sur son siège en hurlant, ce qui déclencha une cascade de rires.

— C’est tout un art, nota le secrétaire. Mais regardez, la foule se rapproche.

Cette fois, nous étions arrivés dans la rue et nous avions presque dépassé le Sérapéum. Les gens que nous croisions n’avaient pas encore entendu les paroles divines, mais ils nous bouchaient quand même la route.

— Il est temps de lâcher du lest, du quelqu’un. Esclaves, descendez !

— Jamais de la vie ! aboya Hermès. Ces types sont prêts à dévorer tout ce qui porte une coupe de cheveux romaine.

— Quel insolent ! dit le même. Il a besoin d’être dressé, Décius.

— Et toi de dessaouler, fis-je.

Je ramassai le fouet, grimpai sur la balustrade et descendis quelques marches jusqu’à ce que je sois au-dessus des perches. Je lis claquer le fouet en l’air. J’avais pris des leçons avec un aurige de la faction rouge dans ma jeunesse.

— On va déjà aussi vite qu’on peut, maître ! protesta l’esclave qui réglait l’allure.

— Préparez-vous à courir, dis-je.

Je fis claquer le fouet au-dessus de la foule.

— Place ! hurlai-je. Place à la majesté de Rome, bande d’imbéciles !

Je maniai le fouet tel un dément et la foule s’écarta comme par magie. Les Égyptiens détalèrent et disparurent. Je n’avais aucune idée de l’endroit où ils avaient fui, probablement derrière les portes et les fenêtres. Quand leur sang ne bouillonne pas, les Alexandrins ont l’art de se plier à l’autorité comme personne.

Les porteurs se mirent au trot, puis au galop à mesure que mon fouet sifflait et claquait dans l’air. Dans la litière, les Romains m’acclamaient et m’encourageaient. J’aurais aimé qu’une autre litière se trouvât là afin de la défier à la course, car je crois bien que nous avons regagné le palais en un temps record. Après le premier quart de mille, la voie était dégagée parce que tout le monde était allé à Rhacôtis, mais je m’amusais si bien que je ne voyais pas l’intérêt de ralentir.

Quand nous arrivâmes sains et saufs dans l’enceinte du palais, la litière faillit basculer car tous les porteurs de droite s’effondrèrent en même temps, toussant et vomissant. Cependant, aucun désastre n’eut lieu et nous descendîmes de notre perchoir.

— J’ignorais que tu étais si habile au fouet, me dit Hermès, mal à l’aise.

— Eh bien, tâche de t’en souvenir, lui conseillai-je. Les Romains de notre litière me congratulèrent avec chaleur à coups de claques dans le dos.

— N’oubliez pas les cinq cents deniers, leur rappelai-je.

Je me mis ensuite à la recherche de Créticus.

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