Les enchantements de la forêt

André Theuriet · Chapitre 11 sur 21

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Les enchantements de la forêt

Chapitre II

Le cousin Bastien était venu pour huit jours; il se plut si bien chez nous que le carnaval l’y trouva encore. Il ne parlait plus de partir. Au commencement de mars, il prit mes parents en particulier, et, après force façons cérémonieuses, il leur demanda comme une grâce la permission de demeurer avec nous, moyennant le paiement d’une petite pension. Pour lui enlever tout scrupule et le mettre à l’aise, mon père consentit à cet arrangement, et on l’installa au premier étage dans une chambre qui donnait sur le jardin. C’était une pièce très modestement meublée de quelques chaises, d’un lit de noyer, d’un bureau massif en chêne noirci, et tapissée d’un papier bleu commun. D’autres l’auraient trouvée trop nue; elle plaisait précisément au cousin par son extrême simplicité. Même il avait obtenu de ma mère que Scolastique enlevât les rideaux de la croisée.

—J’aime, disait-il, à voir en m’éveillant le ciel à travers les vitres; du reste, il y a là un grand acacia dont les branches frôlent ma fenêtre, et dont le feuillage en été sera un rideau suffisant.

Bien qu’il payât très exactement cette pension mensuelle dont j’ai parlé, il se croyait encore notre obligé, et s’ingéniait à reconnaître notre hospitalité en nous rendant quantité de petits services. Il écussonnait des rosiers, dévidait les écheveaux de ma mère, servait de secrétaire à mon père et me faisait répéter mes leçons. Très timide, d’une discrétion excessive, il marchait comme sur des œufs, écartait les pans de sa redingote lorsqu’il passait près d’un meuble, et ne disait jamais un mot plus haut que l’autre. Ses journées étaient réglées comme par une horloge: dès le matin, après avoir avalé une tasse de lait chaud, il allait entendre la première messe à l’église Saint-Nicolas, et au retour il s’enfermait dans sa chambre jusqu’au repas de midi; après dîner, il fumait lentement une pipe de terre, et pour cela il se cachait comme s’il eût commis un péché.

Cette fumerie de midi était son seul plaisir, et encore nous remarquâmes qu’à partir du mercredi des Cendres jusqu’à Pâques, il se priva de cette innocente volupté par esprit de pénitence.

Nous l’aimions tous, même Scolastique, qui cependant n’avait pas l’engouement facile, et il nous rendait amplement notre affection.

—Je suis si heureux, répétait-il un jour à ma mère, si heureux, d’avoir retrouvé une famille!…

En même temps il passait amicalement sa main sur ma tête.

—Ah! les enfants, soupira-t-il, j’en étais fou autrefois!… je les aime encore, malgré tout…

Puis il s’éloigna brusquement comme pour prévenir une question.

—Le pauvre homme ne se consolera jamais, murmura ma mère, quand la porte se fut refermée sur le cousin. Quel malheur! perdre un fils tout élevé!…

—Oui, reprit mon père, un garçon de dix-sept ans, et le perdre de cette façon!…

De quelle façon le cousin avait-il donc perdu son fils? Je me le demandais souvent en regardant à la dérobée la figure maigre et les yeux rougis de M. Bastien, et j’aurais bien voulu questionner là-dessus mon père et ma mère, mais ils éludaient l’un et l’autre mes questions et se renfermaient dans une mystérieuse réserve. Scolastique elle-même, bien qu’elle eût l’habitude d’écouter aux portes, n’en savait pas plus long que moi. Le cousin du reste n’aimait pas à parler de l’époque de sa vie où cet évènement avait eu lieu. Dès qu’à certains tours de la conversation il pressentait qu’il pourrait être amené à toucher ce sujet pénible, il rompait les chiens et ne soufflait plus mot. Alors, pendant des heures, il restait distrait et taciturne. On avait peine à lui arracher une parole, et ce morne silence causait une impression douloureuse; on devinait que les tristes souvenirs d’autrefois le hantaient comme des fantômes, et que s’il redoutait de les voir évoqués par d’autres, ce n’était point pour y échapper, mais par une sorte de religieux respect, par crainte de les voir profanés dans une conversation banale.

Ce qui me confirmait dans cette opinion, c’est qu’à certains jours de l’année, surtout aux veilles des fêtes, l’humeur de M. Bastien se modifiait visiblement, son caractère si égal d’ordinaire devenait bizarre et irritable. Il demeurait des après-midi entières confiné dans sa chambre, qu’il fermait à double tour. Ces jours-là, quand on passait sur le palier du premier étage, on était tout étonné d’entendre dans la chambre bleue des fragments de conversation et des éclats de voix, comme si M. Bastien se fût entretenu avec quelqu’un; parfois même à ces propos murmurés d’une voix enfantine et caressante succédaient de longs soupirs et des sanglots étouffés.

—Allons, grognait la grosse Scolastique en descendant les marches sur la pointe des pieds, voilà M. Bastien qui est dans ses lunes!… Oh bien! je n’ai pas besoin de me casser la tête pour chercher ce que je lui donnerai ce soir à souper… Dans ces moments-là, on lui servirait des coquecigrues, qu’il ne s’en apercevrait tant seulement pas!

C’était sans doute à ce culte persistant pour l’enfant qu’il avait perdu, que je devais l’affection toute spéciale que me prodiguait le cousin. Mes espiègleries d’écolier curieux et indiscipliné, mes continuelles gambades à travers la maison et le jardin, lui rappelaient évidemment les choses d’autrefois. Ce n’était pas moi qu’il voyait, c’était l’enfant toujours pleuré en secret que mes sauteries, mes jeux, mes bavardages, lui remettaient devant les yeux. Il me savait gré de le ramener, sans m’en douter, aux jours heureux de sa vie, à l’époque lointaine dont il n’aimait pas à parler, et à laquelle il pensait toujours. Il me passait toutes mes fantaisies, et je l’avais insensiblement amené à faire avec moi d’interminables parties de billes, où je trichais d’une façon éhontée, sans qu’il eût l’air de s’en apercevoir.

Quand la belle saison revint, et que les merles recommencèrent à siffler au fond de nos charmilles, le cousin me prit pour compagnon de ses longues promenades dans la campagne. Après midi, aussitôt ma version ou mon thème bâclé, M. Bastien mettait en poche un gros couteau à manche de corne et un solide chanteau de pain de ménage, puis nous partions. Quelles bonnes courses nous faisions alors à travers bois! Notre forêt d’Argonne commence à une demi-lieue de Varennes. Elle est accidentée à souhait et pleine de surprises. Partout des sentiers taillés en escalier dans le roc; des gorges étroites aux talus sablonneux, où croissent des houx et des genêts, et au fond desquelles bourdonnent de rapides ruisseaux, que les pluies d’hiver changent en torrents; puis, sur les hauteurs, parfois les chênes et les charmes plus clairsemés s’écartent pour laisser voir entre leurs massifs une longue perspective de côtes grises, à l’extrémité desquelles le bourg de Montfaucon apparaît, perché à la cime de sa montagne pelée.

Pendant ces tièdes après-midi de printemps, tout semblait se mettre de la partie pour nous faire fête. Les primevères et les anémones sylvies revêtaient d’un tapis blanc et jaune les flancs des ravins; les pommiers sauvages éparpillaient sur nos têtes les fleurons roses de leurs branches épanouies; une balsamique odeur de pins emplissait l’air, et tous les petits oiseaux des grands couverts; mésanges, sitelles et pouliots, nous réjouissaient avec les notes répétées de leur musique ténue et rapide. Bien qu’il marchât le dos voûté et le nez penché vers le sol, le cousin ne perdait rien des détails intimes de la vie forestière, et il me faisait tout remarquer.

—Tiens, me disait-il, regarde cet arbuste tout couvert de grappes couleur de carmin, c’est le daphné garou, une des raretés de la flore de l’Argonne… Et à l’extrémité de cette branche, cette excroissance qui semble faite avec des feuilles de papier gris, c’est un nid de guêpes… Admire comme ces insectes-là travaillent!… Et ce n’est rien encore auprès des grandes fourmilières, comme celle que tu vois là-bas avec son cône formé par des milliers d’aiguilles de pin. Le monde des bois est plein de merveilles, mon camarade!

Parfois nous nous asseyions, jambes pendantes, au-dessus d’un ruisseau. M. Bastien prenait son couteau, taillait une branche de saule, en battait l’écorce juteuse avec précaution pour la faire glisser sur le bois, et fabriquait adroitement une sorte de rustique pipeau, qu’il posait sur ses lèvres. Il en tirait des sons égaux, très doux et mélancoliques; c’était avec un plaisir toujours nouveau que j’écoutais cette plaintive mélodie monter lentement vers les hautes branches de la forêt silencieuse. Je regardais la singulière figure que faisait le cousin, enflant et rentrant alternativement ses joues pâles soigneusement rasées; j’éprouvais une joie tranquille en suivant les modulations peu variées de cette musique primitive.

Une des nombreuses manies de M. Bastien consistait, lorsque nous étions dans un sentier, à le suivre infatigablement «pour voir le bout», disait-il. Cela nous entraînait parfois fort loin.

Un soir de juin, nous étions allés ainsi presque en vue du village de La Chalade, quand, au carrefour de la Grande-Chevauchée, nous aperçûmes, au pied d’un hêtre, deux petits paysans très affairés à regarder nous ne savions quoi. En nous approchant, nous vîmes trois écureuils encore tout jeunets, que l’un des gamins avait été dénicher dans un creux formé à l’une des fourches du hêtre. Ils avaient à peine huit jours; deux étaient complètement roux, le troisième légèrement moucheté de noir.

—Oh! cousin Bastien, m’écriai-je émerveillé, des écureuils, venez voir!

[Illustration: L’ÉCUREUIL.]

Le cousin tressaillit tout d’abord, puis interpellant les deux gamins d’une voix sévère:

—Drôles, dit-il, pourquoi avez-vous déniché ces malheureuses bêtes?

Les enfants, surpris, se bornaient à nous regarder et à se gratter la tête sans répondre.

—Vous serez bien avancés, continua le cousin, quand ils seront morts de faim, car vous ne saurez pas les nourrir.

—_Veulé-v’ les acheti?_ répondit en patois le plus effronté des deux garnements, en clignant de l’œil d’une façon peu respectueuse pour M. Bastien.

Cette proposition m’avait tout allumé. Je tâtai le fond de ma poche, où se trouvaient cinq sous mêlés à mes billes, et tournant vers mon compagnon des yeux pleins de convoitise:

—Oh! cousin, m’écriai-je, achetons-les, je les apprivoiserai. Tenez, j’ai des sous!

Mais M. Bastien hochait la tête en signe de dénégation.

—A quoi bon? murmura-t-il, tu ne pourras non plus les nourrir; ils tettent encore, et, une fois dans ta chambre, ils crèveront de faim et de froid.

—Nenni, j’en aurai grand soin, vous verrez… je leur ferai boire du lait moi-même.

A force d’obstination et de prières, je triomphai de l’opposition du cousin, qui se laissa fléchir. Il songea sans doute qu’entre les mains des deux drôles le sort des écureuils serait encore pire qu’entre les miennes, et ce motif d’humanité l’emporta sur ses répugnances. Le marché fut conclu. M. Bastien donna en rechignant dix sous aux petits paysans, qui s’éloignèrent enchantés.

Je me décoiffai, et je déposai les trois jeunes écureuils au fond de ma casquette, après leur avoir dressé préalablement un douillet lit de mousse.

Nous revînmes à Varennes, M. Bastien cheminant lentement et poussant de bruyants soupirs; moi lui emboîtant le pas et tenant avec force précautions ma casquette dans mes deux mains. Je me sentais si heureux de ma trouvaille, que j’étais presque choqué du mutisme du cousin. Il ne partageait nullement mon enthousiasme; au contraire, il paraissait soucieux, et vingt pas plus loin il s’arrêta indécis, en murmurant:

—J’ai eu tort de te laisser prendre ces bêtes… Si j’étais assez leste pour grimper à l’arbre, j’y retournerais volontiers pour les replacer dans leur trou.

—Oh! cousin! m’exclamai-je, suffoqué et indigné.

—Je n’aime pas qu’on enferme les animaux, sous prétexte de les apprivoiser… Oui, je me repens d’avoir pris ces écureuils, il ne nous en arrivera rien de bon, tu verras… L’écureuil est une bête qui ne porte pas chance aux gens!…

—Pourquoi?

Il ne répondait pas et s’était remis à marcher, les mains sous les basques de sa redingote noisette, le dos voûté, le nez penché vers le sol. Ses mâchoires s’agitaient avec une grimace pareille à celle d’un lapin qui rumine; il poussa un nouveau soupir et marmotta, comme s’il se parlait à lui-même:

—J’ai connu quelqu’un qui a cruellement pâti d’avoir gardé chez lui un écureuil.

Le son de sa voix était devenu plaintif. Je m’étais rapproché, flairant une histoire, et je marchais maintenant de niveau avec lui dans l’étroit sentier bordé de fraisiers sauvages. J’aimais les histoires du cousin Bastien; elles étaient toujours amusantes, il les disait avec un tel accent de bonhomie naïve qu’on sentait bien qu’elles avaient dû arriver, et cela en doublait l’intérêt. Seulement, lorsqu’il était en humeur de conter, il fallait se garder de le presser en lui adressant des questions indiscrètes, car alors il s’arrêtait net et retombait dans son mutisme. On n’avait qu’à demeurer coi et à l’écouter rêver tout haut.

—Oui, poursuivit-il, celui dont je parle avait eu longtemps un écureuil, puis, l’animal étant mort, on l’avait fait empailler, et il ornait une des consoles de la salle à manger. Le maître de la maison avait un fils, un beau garçon de dix-sept ans, remuant et espiègle comme toi, Joseph…

—Comment s’appelait-il, cousin?

—Il s’appelait La Bise… C’était un surnom qu’on lui avait donné à cause de sa pétulance… Aux vacances, lorsqu’il rentrait du collège, la maison devenait joyeuse et très vivante. Les camarades de La Bise venaient le visiter, et on faisait des parties de chasse. Le père accompagnait les jeunes gens et chassait avec eux. La chasse était sa passion, à cet homme, une passion malheureuse, car il était fort mauvais tireur, manquait les plus belles pièces et revenait bredouille, ce qui amusait fort cette jeunesse, toujours disposée à rire des vieux. Un jour qu’on partait pour une chasse au bois, après avoir bien déjeuné, La Bise, en quittant la salle à manger, avisa l’écureuil sur la console. Une idée de gamin lui traversa le cerveau; il détacha de son perchoir l’animal empaillé, le mit dans son carnier, et tandis que les chasseurs avaient le dos tourné, il grimpa jusqu’à l’une des maîtresses branches d’un hêtre qui se dressait à la corne du taillis, et y fixa l’écureuil à l’aide d’un fil de fer… On battit le bois toute l’après-midi, chacun tua son lièvre, sauf le père, qui fit buisson creux, selon son habitude. Ils s’en revenaient tous au logis, le soir, les jeunes gens très joyeux, lui l’oreille basse, quand, à la lisière de la forêt, La Bise tira doucement le pan de la veste du père:

—Papa, dit-il à mi-voix, un écureuil, là, sur ce fayard!

—Oui, je le vois, murmura l’autre, enchanté de pouvoir, avant de rentrer, décharger son fusil sur un gibier quelconque; laissez-moi, mes camarades, je vais lui régler son compte!

En même temps, pendant que les jeunes gens faisaient cercle autour de lui, il épaula, visa lentement et tira ses deux coups sur l’écureuil, qui reçut la volée de plomb et pirouetta.

—Touché! s’écria-t-il triomphant. Quand la fumée fut dissipée, il vit que la bête avait glissé autour de la branche et s’y maintenait pendue la tête en bas.—Ah! tu te raccroches, murmura-t-il, attends, attends!…—Il mit fièvreusement double charge dans les deux canons du fusil, et tira l’un des deux coups, qui fit voler le poil de la bête.—Mais elle ne tombait toujours pas, c’était étrange!—Alors, s’adressant à un gamin qui avait servi de rabatteur, il lui ordonna de monter à l’arbre et de lui rapporter l’écureuil. Celui-ci s’exécuta, il y eut un moment de silence, puis d’en haut l’enfant cria d’une voix goguenarde:

—M’sieu, l’écureuil est attaché!

—Comment, attaché?

—Ma parole, m’sieu, il est empaillé… Tenez, le v’là!

Et la bête tomba aux pieds du père, qui reconnut l’écureuil de la salle à manger.

A ce moment la chose me parut si drôle, que je ne pus retenir un éclat de rire. M. Bastien me lança un regard attristé.

—Tu trouves cela plaisant, n’est-ce pas? reprit-il; les autres aussi riaient, ils se tenaient les côtes… Mais celui qu’on mystifiait ne riait pas, lui. Il avait mauvais caractère et s’emportait facilement. Furieux d’être ainsi joué en public, il fut pris d’un de ses accès de méchante colère, et voyant son fils qui riait plus haut que les autres: Ah! garnement, lui cria-t-il, je t’apprendrai à te moquer de moi!—Ne se possédant plus, il courut vers La Bise, mais celui-ci, plus leste, l’esquivait tout en le narguant de ses mines espiègles, et tournait autour des buissons. L’autre, aveuglé par l’irritation, brandissait nerveusement son fusil, dont l’un des canons était encore chargé. Il se jeta à travers deux cépées de noisetiers pour essayer de joindre le mauvais plaisant, soudainement le fusil s’accrocha, le coup partit, et La Bise poussa un cri déchirant.

—Ah! mon Dieu, m’écriai-je à mon tour, est-ce qu’il était blessé?

—Il avait reçu la charge en plein poumon, et si violemment, qu’il en mourut le lendemain, reprit M. Bastien d’un air sombre.

Il s’était redressé; sa figure avait de nouveau cette expression tragique que j’avais remarquée le soir de son arrivée chez nous. Entre les arbres, le soleil se couchait et, sur le ciel rougi, le maigre profil du bonhomme se découpait nettement. Il leva un moment ses deux longs bras, puis les laissa retomber contre son corps. Le silence était devenu profond. L’attitude navrée du cousin, les couleurs sanglantes du ciel, le funèbre dénouement de cette histoire à la fois terrible et burlesque, tout cela joint à l’impression anxieuse produite sur les enfants par la venue du crépuscule dans les bois, m’avait fait passer un frisson dans le dos. Je serrais avec inquiétude contre ma poitrine la casquette où dormaient les trois jeunes écureuils, et, devinant que M. Bastien était sous le coup de quelque mystérieuse émotion, je n’osais plus articuler une parole.

Et ainsi, à travers la nuit tombante, nous regagnâmes silencieusement la maison.