Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia
A Saint-Lazare
Nous voici à Saint-Lazare.
La condamnée est installée dans la cellule 12, celle où ont été enfermées Mme Steinheil, Mme Caillaux, etc. C’est une pièce assez vaste, à deux fenêtres et à trois lits—deux de ceux-ci servent aux «moutonnes» ou aux auxiliaires chargées d’observer la condamnée.
La surveillance officielle est exercée par des sœurs. Malgré toutes les tentatives de laïcisation, on n’a jamais pu remplacer les sœurs à Saint-Lazare. Elles seules ont de l’autorité sur les filles plus ou moins soumises—plutôt moins—qui peuplent cet établissement. Les détenues sont généralement d’un caractère peu commode et d’une mentalité effroyable: elles n’écoutent ni Dieu ni diable, mais elles écoutent les sœurs, qui leur imposent un profond respect et qui obtiennent d’elles une obéissance absolue. Les plus féroces laïcisateurs ont été obligés de les garder.
Mata-Hari était d’origine juive; elle s’était convertie au protestantisme. Aussi avait-elle, dans les premiers temps, refusé de recevoir les sœurs, et, quand celles-ci pénétraient dans sa cellule, les accueillait-elle avec une véritable hostilité.
La sœur Marie,—une mignonne petite sœur, énergique, curieuse, parlant argot à ses détenues quand il le fallait,—la petite sœur Marie était très contrariée de l’attitude de Mata qui avait refusé toutes ses douceurs, et qui parfois se montrait impertinente.
Aussi, un jour que je venais prendre des nouvelles de Mata-Hari, la sœur m’avait dit:
—Mon commandant, la Mata-Hari est foncièrement méchante. Quand vous viendrez la chercher pour la conduire à Vincennes réservez-moi une place dans votre voiture. Elle ne veut pas me voir. Je voudrais savoir comment elle se tiendra devant nos soldats.
Mais quelques jours avant l’exécution, la condamnée s’était repentie de sa brutalité et s’était excusée auprès de la sœur de charité, qui, aussitôt, lui avait apporté ses consolations—et qui les lui apporta jusqu’au poteau.