Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia
Le Chiffre Secret
On voit que Constantin avait bien «travaillé» et qu’il n’a pas volé les douze balles qui lui ont réglé son compte.
A propos de compte, Mlle Docktor, contrairement à son habitude, rémunérait son espion assez largement. Les envois variaient de trois à six mille francs par quinzaine, qu’elle envoyait en même temps que le chiffre secret de la correspondance, car ce chiffre variait tous les quinze jours.
La clef était indiquée au citron, sur du papier d’emballage enveloppant un colis quelconque. On retrouva un morceau de ce papier dans un tiroir de la chambre du boulevard Haussmann.
Quant à l’envoi du courrier, il se faisait par Genève.
Devant le 3ᵉ Conseil de guerre, Constantin raconta ces détails en se donnant des airs de victime. Il avait été subjugué par la grande espionne d’Anvers: «Elle m’avait bien dit que Paris est une ville dangereuse, pleine de tentations; si je l’avais écoutée, je n’aurais pas été arrêté… Malgré tout, je suis un ami de la France. Dans mes écrits, j’ai toujours témoigné mon admiration pour la France…», etc.
Constantin fut condamné à mort à l’unanimité, malgré la plaidoirie de Mᵉ Viteau. Mais il ne croyait pas à l’exécution de la sentence. Longtemps, il espéra dans la clémence du chef de l’Etat. Dans les derniers jours, cependant, il était devenu nerveux et inquiet.
Le 26 mai 1916, à l’aube, les magistrats militaires vinrent le réveiller.
—Ce n’est pas possible! fit-il. Moi, un ami de la France! (_sic_).
Le capitaine Bouchardon lui demanda s’il avait des révélations à faire.
—Mais certainement! fit-il. J’ai beaucoup de choses à dire.