Les espionnes à Paris la vérité sur Mata-Hari, Marguerite Francillard, la femme du cimetière, les marraines, une grande vedette parisienne, la mort de Marussia
Dames Photographes
Le contre-espionnage s’est beaucoup servi des femmes, mais pas toujours avec succès, témoin cette petite actrice qui s’était dévouée pour aller amuser les officiers allemands en Belgique, et qui s’amusa tellement… qu’elle préféra ne pas revenir.
On employa aussi de timides jeunes filles à faire de l’inoffensive photographie devant des maisons, plus ou moins protégées par l’immunité diplomatique, et dans lesquelles la police ne pouvait entrer…
Ce système a été utilisé surtout chez les neutres. Boris Nadel, un agent émérite, raconte que, à Saint-Sébastien, il avait posté une jeune femme dans une maison sise juste en face de l’appartement d’un espion nommé Gruder. A l’aide d’un appareil habilement dissimulé, on prenait la photographie de tous ceux qui sortaient de ce nid d’espions. Et quand les gens suspects, arrêtés dans le Midi, protestaient de leur amour pour la France, avant de les croire, on regardait dans les fiches photographiques de Saint-Sébastien—ou de Barcelone.
POUR TROMPER L’ENNEMI
Enfin la femme est indiscrète. Ce défaut peut être utilisé pour répandre des nouvelles que l’on a intérêt à propager chez l’ennemi. A certains moments, on a usé largement de ce stratagème.
Les Anglais étaient experts dans cet art du mensonge utile.
On se rappelle le bruit qui courait à Paris au début de la guerre: plusieurs corps d’armées russes allaient venir donner la main aux armées françaises; ils étaient en route vers les côtes d’Angleterre. A Paris on a cru pendant deux mois à l’arrivée des Cosaques «en avalanche»! Les gens affirmaient les avoir vus au Havre!… On les attendit longtemps.
La rumeur avait été lancée par l’Amirauté qui voulait ainsi attirer la flotte allemande dans la mer du Nord, où elle refusait résolument de s’engager. Et de fait, de nombreux bâtiments boches vinrent voir ce qu’il en était: ils furent aussitôt torpillés.
Chez nos voisins le service secret de l’Amirauté et celui du War-Office (la guerre) ne se communiquaient pas toujours leurs projets. Un jour l’Amirauté fit répandre le bruit, absolument faux bien entendu, que la flotte anglaise songeait à fondre sur la côte allemande et à y débarquer deux divisions. Les Allemands se mirent aussitôt à concentrer des troupes sur les points vulnérables: c’était ce que voulait l’Amirauté: dérouter les Allemands. Mais le War Office n’était pas prévenu et, apprenant que les Allemands se concentraient sur les côtes, donna l’alarme et rassembla en toute hâte les troupes anglaises sur les côtes situées en face, de façon à prévenir une invasion!…
La mise en circulation systématique de fausses rumeurs dans l’espoir qu’elles arriveraient aux oreilles de l’ennemi fut un moyen souvent employé pendant la grande guerre.
RÉCAPITULATION
Avec Mata-Hari, la Francillard, la Tichelly et la femme Aubert (Loffroy), on compte quatre espionnes fusillées dans le camp retranché.
En province, il n’y eut, à notre connaissance, que deux exécutions de femmes: Margarete Schmidt, originaire de Thiaucourt, passée par les armées à Nancy, en mars 1915, et Ottilie Moss, exécutée à Bourges en mai de la même année.
Il y eut bien aussi Catherine Wheber, l’espionne de Gizaucourt, condamnée à mort par le conseil de guerre de Châlons, mais sa peine fut commuée en 20 ans de travaux forcés.
Les Allemands, eux, ont fusillé des centaines de femmes françaises et belges et une trentaine d’Anglaises.
TABLE DES MATIÈRES
Pages
I.—Mata-Hari avant la guerre 12
II.—Mata-Hari devant le Conseil de guerre 31
III.—Mata-Hari au poteau 65
IV.—La Légende de Mata-Hari 85
V.—Marguerite Francillard 105
VI.—La Tichelly et Mᵐᵉ Ducimetière 113
VII.—Mademoiselle Docktor 129
VIII.—La Moisson d’un Espion 139
IX.—Un Repaire de bandits 149
X.—Deux Dangereuses Espionnes 165
XI.—Les Aventures d’une Grande Vedette parisienne 179
XII.—La Mort étrange de Marussia 189
XIII.—La Princesse Wiszniewska 197
XIV.—Les Petites Femmes 215