LES Ruffians DE Paris - Tome II - LA Revanche DE Caillebotte
Ivles Travaux D’hercule.
IV
LES TRAVAUX D’HERCULE.
Le marquis de La Roche-Jugon avait fort bien compris, le jour où il avait entrepris Urbain Ribeyrolles au retour de son entrevue avec Bitard, que le jeune homme n’était pas assez sot, assez naïf non plus, pour livrer les secrets de sa maîtresse. Mais comme le passage régulier de Bitard par l’hôtel des Invalides lui fournissait un point de repère et la tête de ligne de la piste à sui-vre, il résolut de résoudre tout seul ce problème, sans même en prévenir Coppola.
Il voulait mener la chose à bien sans le secours de ses com-plices habituels.
Jusqu’ici toutes les tentatives faites pour le rapprocher d’Émilienne avaient échoué par la faute, il le croyait du moins, d’indiscrétions qui l’avaient mise en garde.
Ce serait bien étrange que, cette fois, ne livrant à qui que ce fût sa pensée et son but, il ne parvint pas à surprendre la belle au gîte.
Et il se mit à faire le siège de l’hôtel des Invalides, ou du moins du personnel supérieur.
Le général commandant était vieux, cloué au lit par la goutte, peu sociable ; il n’aurait pu s’en faire écouter. D’ailleurs, il laissait tous les soucis administratifs à ses subordonnés et ne se mêlait de rien.
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Seulement, il avait une jeune femme fort jolie, fort mon-daine, qu’il ne voulait pas priver des plaisirs qu’il ne pouvait partager, et il chargeait avec une confiance toute philosophique son aide de camp, un charmant capitaine d’état-major, qui n’était rien moins qu’invalide, de servir de cavalier à Mme la gé-nérale, toutes les fois qu’elle allait au bal, au concert ou au spec-tacle.
Et quand le général disait au jeune homme : « J’en suis bien fâché, capitaine, mais vous êtes de corvée ce soir, » l’aide de camp ne pouvait s’empêcher de sourire, en répondant : « Madame sait bien qu’elle peut disposer entièrement de moi. »
Le marquis connut bien vite tous ces détails et se hâta d’en profiter. Pendant huit jours, il se rencontra chaque soir avec la générale, et se mit à lui faire une cour assidue, au grand émoi du sigisbée.
La générale s’amusait fort de ce jeu, et semblait assez flat-tée pour ne pas faire une très vive défense.
Mais le marquis ne voulait que des arrhes pour preuves de sa puissance.
Et un beau jour, quand il le vit mûr pour ses projets, il en-treprit le capitaine.
Il lui confia qu’il était dévoré par une grande passion.
Le capitaine rougit, croyant deviner.
Il ajouta qu’il avait compté sur lui pour triompher des obs-tacles qui le séparaient de l’objet de sa flamme.
Le capitaine pâlit et eut peine à ne pas faire explosion.
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Mais le marquis continuait, sans avoir l’air de soupçonner l’émotion de jeune homme, et peu à peu il en vint à des détails qui donnèrent à réfléchir à son interlocuteur.
Il se demanda bientôt s’il n’avait pas pris la mouche trop tôt.
De nouveaux détails s’ajoutant aux premiers, il comprit son erreur.
Et il respira longuement, délivré de toute oppression, et se baignant délicieusement dans ces flots de preuves qui lui dé-montraient que le marquis n’était nullement son rival.
Si bien que, par reconnaissance de la fausse peur qu’il lui avait faite, il lui fut tout acquis.
Et qu’il s’engagea à percer lui-même le mystère dont s’enveloppait Bitard.
Dans sa petite enquête, la force de la discipline lui vint en aide.
Les camarades avaient volontiers gardé le secret de Bitard tant que les supérieurs ne s’en étaient pas préoccupés.
Mais du jour où le gouverneur de l’hôtel, le général com-mandant, représenté par son aide de camp, demandait à savoir la vérité, le respect de la discipline fut le plus fort et les décida à parler.
Et ils s’y résignèrent d’autant plus facilement, que Bitard ne leur avait pas fait ses confidences complètes, et qu’ils n’avaient vu dans son procédé pour entrer et sortir de l’hôtel, que la fantaisie inoffensive d’un esprit légèrement toqué.
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De proche en proche, le jeune capitaine arriva donc à faire comparaître devant lui le magasinier de la fruiterie des cuisines.
Et celui-ci, non sans quelques hésitations honorables, avoua que Bitard était d’intelligence avec un maraîcher de Van-ves, fournisseur de l’hôtel, qui venait deux fois par semaine ap-porter sa provision de légumes et de fruits, et que, lorsque l’ancien planton du général Beauchêne voulait entrer à Paris incognito, il pénétrait à l’hôtel dans la charrette du maraîcher, blotti dans un sac à pommes de terre disposé pour le recevoir.
Et il s’en retournait de même, dissimulé par les sacs vides.
De sorte que personne ne le voyait jamais entrer à l’hôtel des Invalides, et que personne ne savait comment il en sortait.
– Et une fois hors Paris, où va-t-il ?
– Oh ! pour cela nous n’en savons rien.
Le capitaine n’insista pas.
Seulement il ordonna formellement au magasinier de ne rien dire à Bitard de la découverte de son procédé, et lui enjoi-gnit de monter aussitôt à son bureau le prévenir dès que l’invalide se présenterait à l’hôtel.
– Ce jour-là, se dit-il, j’avertirai M. de La Roche-Jugon, et il fera suivre notre homme de façon à savoir où il se sépare du maraîcher et quelle direction il prend. Et quand ce terrible mar-quis aura la piste qu’il cherche, je ne le rencontrerai plus sur notre chemin, et je serai débarrassé de lui…
C’était bien, d’ailleurs, tout ce que demandait et cherchait le marquis.
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Dès que Bitard se présenta et que l’avis du capitaine lui parvint, le marquis résolut de poursuivre seul la campagne et, déguisé, conduisant lui-même un tilbury de campagne, qu’il choisit aussi simple que possible, il se posta, le soir, aux envi-rons de la porte par où devait sortir le maraîcher.
De Paris à Vanves, où le marquis put voir Bitard sortir de ses sacs accumulés, de Vanves à Ouest-Ceinture, où il dut aban-donner cheval et tilbury au café de la gare pour prendre le train à la suite de l’invalide, et de là au Perray, il lui fut facile de le suivre sans être vu. Mais quand Bitard s’engagea à travers bois pour regagner la Closerie des Acacias, la tâche devint plus déli-cate. Il ne fallait pas, d’une part, éveiller ses soupçons, et, d’autre part, il importait de ne pas le perdre de vue. Et ce diable de Bitard, avec son pas gymnastique, en eût facilement distancé de plus agiles que le marquis Hercule.
Mais la chance sembla se prononcer en faveur du marquis.
Bitard rencontra à la sortie de la gare un jardinier de Sen-lisse qui venait de temps à autre soigner les parterres de Mme Saint-Ange.
Et ils firent route ensemble.
De sorte que, tout absorbés dans leur conversation, ils ne s’aperçurent pas qu’ils étaient suivis, et le marquis put les serrer de près sans qu’ils y prissent garde.
Ils se séparèrent au chemin creux, où Bitard, sous les yeux du marquis, pénétra à la Closerie par la porte verte.
Le crépuscule tombait, mais le ciel était lumineux et favo-rable aux observations.
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Et en contournant le parc, M. de La Roche-Jugon décou-vrit, à côté d’un kiosque rustique dominant un petit taillis, une éclaircie d’où il pourrait voir ce qui se passait à l’intérieur sans être vu.
Il se trouva que ce soir-là, – qui était justement le soir où Urbain manœuvrait si bien pour quitter nuitamment l’hôtel de la rue du Cirque sans être vu, – Mme Saint-Ange et Émilienne, accompagnées de Jacques et de Corréard, vinrent se promener du côté du kiosque et s’y reposèrent même en causant un petit quart d’heure.
De son taillis, le marquis était trop loin pour saisir autre chose que des paroles confuses, mais il percevait nettement la silhouette d’Émilienne se dessinant à la lumière grandissante de la lune.
Et il y eut en lui comme un bondissement de fauve, qu’il eut peine à contenir.
Cette rage amoureuse était l’œuvre de Mme de Frégose.
Le jour où elle commença à comprendre que le marquis, ce blasé de toutes jouissances faciles, se lassait de ses bontés et n’attachait plus grand prix à ses complaisances, elle le destina à servir sa haine.
Elle s’arrangea pour lui faire entrevoir Émilienne. Elle le rendit d’abord curieux de la jeune fille. Et bientôt, surexcitant ses appétits brutaux de corrupteur, elle lui mit en tête que ce serait un beau triomphe pour lui de souiller cette innocence, d’asservir cette vertu superbe.
Et depuis deux ans, par tous les moyens possibles, il pour-suivait la possession d’Émilienne. Repoussé dans ses premières tentatives de séduction, consigné à la porte de Mme Beauchêne,
– 95 – chez laquelle il avait espéré se faire admettre sous un nom sup-posé, il s’était dit que le rapt était encore le procédé le plus commode et le plus expéditif.
Deux fois déjà Émilienne lui avait échappé, grâce à son sang-froid et à son énergie.
Lui, il accusait de ses échecs successifs la maladresse de ses agents.
Aussi se disait-il que, cette fois, il conduirait tout lui-même.
Et quand il eut bien reconnu la situation et les abords de la Closerie des Acacias, il revint à Paris, résolu à tout combiner pour faire le coup le surlendemain.
Seulement, malgré ses hésitations, son désir d’agir seul il lui fallut bien mettre Coppola au courant de ses projets.
Car, seul, Coppola pouvait lui trouver les complices néces-saires.
C’est ainsi que John avait dû se trouver avec Clochepied au cabaret de Lescombat et que, par le gars du cabaretier, il put faire parvenir à Bruno le mot d’ordre du baron.
Matagrin était prévenu ; la missive destinée à son frère ne le surprit pas, et, en la lui transmettant, il fit part à Bruno des volontés de Jacques.
– Soit, dit Bruno, j’obéirai…
– Et tu le peux d’autant mieux que le marquis trouvera vi-sage de bois.
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– Bon !… il ne sera convaincu qu’après avoir pénétré par effraction et escalade.
– C’est vrai pourtant…
– Mais je trouverai un prétexte pour rester spectateur.
– C’est cela.
– À dix heures, à la gare de Sceaux, dis-tu ?
– Oui.
– Une heure et demie pour gagner Saint-Rémy, une heure un quart à travers bois,… nous ne serons sur place qu’à une heure du matin… Et puisque M. Jacques a pris ses précautions, tout ira bien, il aura le temps de démarrer.
– Largement.
– Je vais donc le voir, ce marquis…
Bruno passa la main sur son front.
– Oh ! cet homme,… c’est pour lui, pour satisfaire sa cupi-dité…
Il s’arrêta.
– Ne pensons plus à cela.
Et se tournant vers son frère :
– Je vais faire un somme jusqu’à huit heures. Puis je man-gerai un morceau avant de partir pour la gare de Sceaux…
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– Bien…
– Tu dis que demain tu auras un mot de Mme Mouton ?
– C’est promis, tu peux y compter.
– Alors, je rentrerai avant le jour.
Matagrin se préparait à descendre.
– Frère, dit Bruno, comme s’il voulait parler et qu’il hésitât.
– Que veux-tu ?
– Te demander pardon…
– À moi ?…
– Oui, je fais tache dans ta vie… Sans moi, tu pourrais être complètement heureux…
– Est-ce que je me plains ?…
– Non ; mais moi, je me juge… et j’ai besoin que tu saches bien, Matagrin, que je sens le prix de ton dévouement…
– Bon ! bon ! n’es-tu pas mon frère ? De qui diable pren-drais-je les intérêts ? Et puis, tu vaux mieux que tu ne veux le laisser croire… Ah ! mon pauvre Bruno, si ta cervelle ne trottait pas si vite ; mais voilà, elle court de suite à l’extrême et met les choses au pis… Va, laisse faire M. Jacques, et quand il aura dé-brouillé toutes tes aventures, j’ai l’idée qu’il aura bientôt fait de te blanchir, même à tes propres yeux… Je t’ai toujours connu ainsi exalté ; étant enfant, pour une pomme gaulée par-dessus une haie, tu te cachais huit jours dans une cave, te figurant que tu avais mérité les galères… quand cela valait tout juste une ta-
– 98 – loche… Bon ! on a pu te faire tremper dans d’assez vilaines be-sognes, parce que tu n’as pas de défense… Mais de vrais crimes délibérément commis, tu es fait pour cela comme moi pour étrangler des enfants…
Et Matagrin descendit sans en vouloir entendre davantage.
– Hélas ! murmura Bruno… L’incendie, les cris des mou-rants, les chairs qui grésillent… On ne rêve pas cela.
Le soir, à dix heures, Bruno fut rallié sur la place Denfert par Coppola.
– À la bonne heure ! dit celui-là, tu te décides.
– Oui, répondit Bruno avec un sourire bizarre. On s’ennuie dans l’inaction.
– Eh bien ! nous te donnerons de quoi te distraire…
– Et cela me mènera ?…
– Mon Dieu ! à conquérir une honnête aisance et ta liberté pour aller vivre tranquille où bon te semblera.
– Ah ! ce n’est donc pas encore aujourd’hui que tu vas me rendre…
– Mais aujourd’hui nous ne faisons rien qui mérite un grand effort et un tel salaire,… non, une simple promenade, à travers champs, au clair de la lune.
– En vérité, pas autre chose ?…
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– Tu le verras bien… Tiens, voilà ton billet… Saint-Rémy-lez-Chevreuse,… au sortir de la gare, sur la place de l’Église, moi et mon compère…
– Ton compère ?
– Oui… Ne comprends-tu pas de qui je veux parler ainsi ?… Donc, mon compère et moi nous allumons visiblement nos ciga-res et nous ouvrons la marche… Une fois au bois… on vous en dira plus long.
Bruno ne discuta pas. Mais le marquis serait là, il l’apprenait et voulait le voir, le connaître, car bien que les La Roche-Jugon eussent eu une action considérable sur sa vie, il ne les avait jamais approchés…
Et maintenant surtout, il tenait à dévisager le marquis.
Car il pressentait que Jacques ne visait pas Coppola tout seul, mais aussi ses patrons… Et, dès lors qu’on lui demandait de se ranger du côté des honnêtes gens, il jugeait utile de connaître ses adversaires.
Une fois en route pour la Closerie, dans leur marche silen-cieuse à travers bois, il lui fut difficile de distinguer les traits de celui qui tenait avec Coppola la tête de l’expédition, d’autant que lui et ses compagnons devaient marcher à une certaine distance, espacés les uns des autres.
Mais, au seuil de la petite vallée, on se concentra dans un carrefour et Coppola indiqua à chacun ce qu’il avait à faire.
Bruno se trouvait à deux pas du marquis, qui s’inquiétait peu de se laisser voir à ses complices, à ses agents, et il put gra-ver ses traits dans sa mémoire.
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– Un chat-tigre, pensa-t-il. Une tête qui ne s’oublie pas.
Ils purent, chacun de son côté, se glisser autour de la Clo-serie. Pas un chien ne donna l’éveil : Et ils se portèrent à toutes les issues, selon la consigne, attendant pour agir un signal convenu.
Bruno, avec John, avait gagné, sur l’indication de Coppola, le fossé au delà duquel se trouvait le kiosque.
Par là l’escalade paraissait plus facile.
C’était John qui devait pénétrer ainsi dans le parc, s’assurer si tout dormait, et préparer les voies aux autres.
Bruno était tranquille sur l’issue de l’expédition. Matagrin lui avait dit que les précautions de Jacques étaient prises et qu’on ne trouverait personne…
Aussi lorsqu’il eut vu le groom se glisser à travers les broussailles d’une haie morte et disparaître derrière le kiosque, s’assit-il sur une souche, sous bois, bien décidé à ne plus se mê-ler de rien, quitte à trouver ensuite un prétexte bon ou mauvais pour justifier son inaction.
Il n’était pas d’ailleurs embarrassé pour si peu.
Mais à peine était-il assis qu’il entendit, à quelques pas derrière lui, prononcer son nom comme un appel.
– Bruno ?
La voix était basse, contenue, mais distincte.
Il tressaillit malgré lui, et crut d’abord à quelque hallucina-tion de sa conscience.
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Mais la voix se rapprochait prenant du corps, et répéta :
– Bruno ?
C’était bien à lui qu’on en voulait.
Il retint sa respiration et attendit.
– Après tout, se dit-il, c’est peut-être Coppola qui me cher-che pour me donner quelque nouvelle consigne.
Mais la voix s’accentuant sans qu’il eût saisi aucun bruit de pas, il en reconnut subitement le timbre.
– Ne bouge pas, c’est moi, Jacques. Je suis resté ici pour toi… Car tu ne dois pas être mêlé à la surprise que j’ai ménagée à tes patrons.
– Hein !
– Tu verras cela tout à l’heure… Mais il faut d’abord quitter ce poste où le Pacot t’a laissé, et me suivre sans bruit.
– Bien volontiers, mais comment ?
– Tends ta main droite.
– La voilà…
– Je te guide, te voici sur une pente douce… Laisse-toi aller sans crainte, je te soutiens.
Les genoux pliés, Bruno se laissa glisser sur un sol tapissé d’aiguilles de pins et se trouva bientôt debout sur un lit de sable.
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– C’est le lit d’un ancien torrent débordé… En le suivant, nous allons sortir d’ici sans bruit, ainsi que j’y suis venu, te sur-veillant sans être entendu de toi.
– C’est vrai.
– Et nous allons tourner la situation.
Les arbres s’écartaient, laissant filtrer quelques rayons de lune tamisés par le feuillage.
Jacques lui avait lâché la main.
Il put voir sa silhouette se dessiner devant lui, dans la zone de clarté qui emplissait le chemin.
Et il marcha sur ses pas.
Au bout de quelques minutes, ils débouchaient près de la tour, gagnaient le petit escalier dont Jacques avait la clef, et pé-nétraient dans la salle du second étage, d’où l’on dominait toute l’habitation.
Corréard les y attendait.
– D’ici, dit Jacques à Bruno, nous pourrons, sans être in-quiétés, voir ce qui va se passer.
– Mais quoi donc ?
– Ah ! l’occasion était bien favorable pour susciter une mauvaise affaire au marquis et à son Coppola, et si je n’avais pas besoin d’apprendre encore bien des choses pour n’agir qu’à coup sûr, j’en aurais certes profité. Mais il bat son plein en ce moment, sa puissance n’est pas entamée, il nous glisse des mains. J’ai voulu seulement lui infliger une petite leçon.
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Et tout en parlant, il avait emmené Bruno près d’une grande baie qui s’ouvrait au-dessus de la Closerie des Acacias.
– Ces gens-là sont d’une audace, continua-t-il, qui dépasse toute croyance.
– Oui, dit Corréard, ils se croient tout permis.
– Et ils n’agiraient pas plus librement sur une terre franche d’Amérique… Vous savez, Bruno, ou vous avez deviné ce qu’ils sont venus faire ici ?
– Oh ! je n’ai demandé nulle explication. Il s’agit, je crois, d’un enlèvement.
– Oui ; seulement le projet m’étant connu, j’ai d’abord mis en sûreté la personne menacée. Mais n’aurions-nous pas pu at-tendre dans la maison même et nous préparer à recevoir à coups de fusil, comme des voleurs, la bande qu’ils comman-dent ? C’eût été de bonne guerre et nous avions droit de tuer sans hésitation les escaladeurs.
– Assurément.
– Il ne s’est même pas informé, ce marquis, s’il trouverait ici qui lui répondît. Il veut cette jeune fille, il la cherche, il la trouve, il la lui faut, coûte que coûte. Il risquera allégrement la vie de ses agents, il bravera le scandale et même la loi, qu’importe ? Avec son orgueil, il se croit si fort ; grâce à son in-fluence, il se croit placé dans une sphère inattaquable. S’il y a tapage, meurtre et massacre, ses amis, ses créatures étoufferont l’affaire, et l’argent fermera les bouches prêtes à témoigner contre lui.
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– Regardez, dit soudain Corréard, qui n’avait pas quitté son poste d’observation, voilà le signal.
Bruno s’avança dans la direction que Corréard indiquait du doigt, et vit à mi-côte, à deux cents mètres de l’habitation, un vive lueur illuminant en rouge une partie de la vallée.
Cela ressemblait à un feu de Bengale de grande intensité et devait être vu de fort loin.
– C’est Bitard, dit simplement Jacques.
– Et la réponse ne se fait pas attendre, ajouta Corréard.
En effet, à ce signal, qui, sans doute, était attendu, la vallée, tout à l’heure silencieuse et muette, sembla s’animer tout à coup.
Sur les hauteurs, on vit d’abord paraître de toutes parts des points lumineux.
Des lanternes et des torches…
Les lanternes, suspendues au bout d’un bâton, se balan-çaient.
Les torches, secouées par des gens qui couraient dans la di-rection de la Closerie, flamboyaient à travers les arbres.
Une sourde rumeur arrivait aux oreilles de Bruno.
Évidemment tout le pays était sur pied, malgré l’heure avancée de la nuit.
Et tout à coup, de trois côtés différents, des cloches se mi-rent à tinter, sonnant une sorte de tocsin.
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Le bruit grandissait.
Les voix devenaient distinctes.
On pouvait suivre la marche circulaire de tous ceux qui ar-rivaient.
Évidemment c’était une battue organisée, dont la Closerie des Acacias était le centre.
Déjà Bruno avait pu distinguer sur certains points, à la lueur des torches, des groupes de paysans armés de faux, de fléaux, de fusils même.
Et il les voyait se rapprocher, enlaçant l’habitation dans un cercle de rabatteurs dont il ne serait pas facile au marquis, à Coppola et à leurs agents d’éviter le contact.
– Voilà ma surprise, dit Jacques, et j’espère que le marquis Hercule se souviendra de cette nuit.
– Mais ils vont tous être pris comme les renards qui ne sa-vent plus où se terrer.
– Peut-être… Coppola a bien des tours dans son sac… En tout cas, ils subiront une furieuse chasse et leurs agents paie-ront les frais de la campagne.
– Mais comment a-t-on pu ameuter ainsi tout le pays ?
– Très simplement. Vous savez que Limours a été long-temps la proie d’une bande de scélérats qui dévastaient, pil-laient et brûlaient, sans qu’on ait pu mettre pendant des mois un terme à leurs déprédations. Depuis ce temps, les petites communes de l’arrondissement sont toujours sur le qui-vive, et
– 106 – un certain nombre de maires ont embrigadé les hommes valides de leur paroisse, dans une sorte de garde nationale rurale qui doit se lever au premier signe et marcher de jour et de nuit aux points menacés.
Bitard, sur mon ordre, a donc prévenu, de la part de Mme Saint-Ange, quelques-uns de ces braves maires et leurs ad-joints qu’elle était avisée d’un danger pour la nuit présente ;… qu’une bande de malfaiteurs avait résolu de profiter de l’isolement de son habitation pour venir la voler et l’assassiner ; elle annonçait en même temps qu’elle allait se mettre à l’abri, mais qu’elle leur confiait son bien, sa maison, ses meubles, ses tableaux.
– Je comprends.
– Il a été convenu alors que Bitard ferait le guet sur un cer-tain point de la colline et qu’à l’approche des bandits, sitôt qu’ils auraient mis le pied dans le parc et consommé leur escalade et leur effraction, il en préviendrait les gens des hameaux environ-nants en allumant un feu prolongé assez vif pour se distinguer à deux lieues à la ronde… C’est ce qu’il a fait et vous en pouvez voir le résultat.
Les rumeurs augmentaient d’intensité.
Le cercle, bien marqué par les lanternes et les torches, se resserrait autour de la Closerie.
Et des aboiements prolongés se faisaient entendre sur toute la ligne.
Les paysans avaient amené leurs chiens de chasse et les ex-citaient à fouiller le bois.
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Pour le marquis et ses affidés, la situation devenait criti-que.
Ils ne s’en étaient pas rendu compte tout d’abord.
Quand Bitard avait donné son signal, ils avaient déjà tous pénétré dans le parc par différents points, et, réunis sous la charmille voisine de l’atelier de Mme Saint-Ange, ils attendaient le retour de John, qui avait dû pénétrer dans la maison pour préparer les voies.
La charmille était épaisse.
À dix pas, un épais rideau de pins sylvestres leur cachait le point d’observation où se trouvait Bitard.
Ce fut John qui leur donna l’éveil.
Après avoir pénétré dans la maison par une porte de cui-sine, qu’il avait trouvée simplement fermée au loquet, il avait, avec d’infinies précautions, visité les couloirs du premier étage, pour chercher l’appartement d’Émilienne, et il avait été bientôt stupéfait de trouver toutes les portes ouvertes.
Grâce aux clartés de la lune, il avait pu s’assurer que la première chambre à coucher était vide,… la seconde, de même. Tout l’étage était abandonné.
Évidemment l’oiseau avait déniché.
Mais comment avait-on pu être prévenu ?
Il ne se doutait guère que l’indiscrétion venait de lui et que c’était son entrevue avec Clochepied au cabaret de Lescombat qui avait permis d’éventer l’expédition.
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Pour son édification, bien qu’il fût désormais convaincu que l’affaire était manquée, il grimpa à l’étage supérieur.
Il y put circuler librement et sans se gêner. Tout était dé-sert et silencieux.
Mais tout à coup, à la lueur blanche des rayons de la lune, succéda une réverbération ardente qui lui fit dresser la tête et courir à la fenêtre.
– Oh ! oh ! voilà qui est nouveau, se dit-il à l’aspect du feu de Bengale de Bitard.
Du côté de Dampierre, toute la côte semblait embrasée.
– Mais on dirait que c’est en notre honneur, vraiment, que l’on a allumé cette belle pièce d’artifice.
Il se pencha hors de la fenêtre, et alors il aperçut scintillant sur la hauteur, les premières lanternes.
Il prêta l’oreille.
Les cloches se mettaient en branle.
– Voilà qui ne sent pas bon pour nous.
En deux temps, il eut dégringolé l’escalier, et sortit sans se gêner par la porte du vestibule.
À cette absence de précautions, Coppola comprit qu’il se passait quelque chose de grave et accourut.
– Eh bien ?
– Maison vide…
– 109 –
– Hein ?
– On a été prévenu.
– Quelque maladresse du marquis…
– Et dans un quart d’heure il fera mauvais ici.
– Comment ?…
– Tout simplement parce que nous sommes traqués.
– Qui te fait croire… ?
– Avez-vous jamais vu chasser le loup ?
– Quel rapport ?
John regrimpa les marches du vestibule, et, lui faisant si-gne de l’y joindre :
– Regardez, par cette échappée, ce qui se passe sur les hau-teurs.
– Oui, un fourmillement de lumières…
– Et si nous pouvions voir derrière nous et sur les côtés, j’ai idée que nous en apercevrions autant.
– D’où tu conclus ?…
– Que nous sommes les loups, que voici venir les rabat-teurs, que nous voilà pris de nuit après escalade, au milieu d’un pays que nous connaissons mal, et qu’il n’est que temps de déta-ler chacun de son côté en gagnant les bois, et en nous terrant
– 110 – dans des trous, en grimpant sur des arbres, de façon à esquiver la battue et à gagner au large, quand elle sera passée…
– Diable !…
John prêtait l’oreille.
– Écoutez,… ils ont des chiens…
– Comme dans la Savane… On nous prend pour des nègres marrons…
– Des chiens,… c’est plus grave.
Coppola secoua la tête et courut au marquis.
Celui-là rongeait son frein de tant de délai. Sa passion était exaspérée.
– Bon ! tu feras bien de te calmer, la belle est loin sans doute et l’on nous chasse au chien courant.
Le marquis se refusait à le croire.
Mais déjà tous avaient fait retraite, instruits par John, et il restait seul avec Coppola.
– Veux-tu qu’on nous prenne sottement dans une souri-cière ?
– Et qui oserait ?
– Bon ! crois-tu que ces bons paysans ameutés te donne-ront le temps d’énumérer tes quartiers de noblesse ? D’ailleurs l’affaire est manquée, l’obstination n’est plus de mise.
– 111 –
– D’accord ; mais comment leur échapper ?
Coppola était embarrassé.
– Si je connaissais ce diable de pays,… mais c’est la pre-mière fois que j’y mets les pieds.
– Dans la maison, puisqu’elle est vide, on pourrait s’y can-tonner.
– Bon ! ils la visiteront, s’ils ont appris la tentative que nous voulions faire…
Tout à coup il avisa, se détachant sur le ciel clair, la tour et les ruines.
– Là peut-être… on pourrait trouver une cachette jusqu’au jour.
C’est du milieu du boulingrin que Coppola avait découvert les restes du vieux château, et il les montrait, le bras tendu, au marquis, sans se douter que de la baie sombre qui s’ouvrait au premier étage de la tour, des témoins invisibles, mais non indif-férents, suivaient des yeux tous leurs mouvements, devinant presque leurs paroles et leurs projets à leur pantomime.
– Mais pour arriver à cette tour de ruines, dit le marquis, nous allons peut-être risquer de tomber dans quelque fondrière.
– C’est ce que nous allons savoir, répondit Coppola ; ce pe-tit sentier qui monte là à travers les acacias semble y conduire.
Et ils s’y engagèrent.
Jacques les vit disparaître sous le couvert.
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Il savait qu’en quelques minutes le sentier les amènerait au terre-plein.
– Ils viennent à nous,… qu’en faut-il faire ? se demanda-t-il.
Corréard avait eu sans doute la même pensée, car il répon-dit tout haut :
– Si j’en avais le moyen, je les coffrerais pour vingt-quatre heures… Ils s’expliqueraient ensuite avec le maire de Senlisse et le brigadier de gendarmerie. Ce serait malheureux que ces bra-ves gens eussent renoncé pour rien à leur bon sommeil…
– Oui, nous leur devons bien cela pour leur empressement généreux… Ne les laissons pas rentrer bredouille… Mais pour coffrer mes grands coquins, il me faudrait Bitard.
– Présent, dit l’invalide. J’ai rallié l’état-major.
– Alors, dit Jacques, tout va bien.
Et, s’approchant de l’invalide, il lui donna ses instructions à voix basse.
– Compris, mon commandant, dit Bitard d’un ton de satis-faction.
Et il ajouta en disparaissant dans l’ombre :
– Elle est bien bonne.
La battue devenait bruyante.
Elle n’était plus qu’à cent mètres de l’habitation quand le marquis et Coppola, après avoir fait sauter la serrure d’une pe-
– 113 – tite porte de bois qui fermait le sentier qu’ils venaient de suivre, débouchèrent sur le terre-plein en face de la tour.
Un instant, ils hésitèrent à s’avancer.
La lune était au plus haut de sa courbe ; cet ancien préau qui les séparait des ruines se trouvait éclairé d’une lumière in-tense.
Mais à ce moment les aboiements des chiens éclatèrent fu-rieux, et le brouhaha des rabatteurs leur parut si proche qu’ils se crurent presque chassés à vue.
En face d’eux, au bas de la tour, une petite porte, sorte de poterne béante, semblait leur offrir une retraite favorable.
– Essayons toujours de cette cache, dit Coppola.
En quatre enjambées, franchissant la zone de lumière, ils y furent.
Mais alors il se passa une chose étrange.
Une porte qu’ils avaient fort bien vue tout embarrassée de lianes et en apparence scellée à la muraille par le temps et la rouille, tourna sur elle-même avec la rapidité et le bruit du ton-nerre, se referma sur eux, et le bruit de ferraille d’un double tour de clé leur prouva qu’ils n’étaient pas victime d’un hasard.
– Caramba ! nous sommes pris, hurla Coppola.
Le marquis était saisi et ne soufflait mot ;… pourtant, il ne perdait pas espoir, et, tirant de sa poche un briquet portatif, il alluma une petite bougie.
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Mais le coup d’œil circulaire qu’il put jeter sur le lieu où ils se trouvaient fut loin de le rassurer.
Pas la moindre issue.
Ils étaient enfermés dans une sorte d’impasse de six pieds carrés, dont on ne pouvait sortir que par la porte de fer qui ve-nait de retomber si prestement sur eux.
– Voilà ce que c’est, grommela Coppola furieux, que de courir toujours après des cotillons.
Et, s’asseyant sur une pierre, il alluma un cigare.
Au dehors, le bruit grandissait. Les chiens hurlaient, les paysans criaient. Quelques coups de fusil partirent.
– Écoute, dit le marquis, la foule envahit le préau… On nous sait ici, sans doute.
– Oui, dans la souricière.
– Bah ! il doit y avoir eu méprise, et quand on nous connaî-tra…
– Méprise, je ne crois pas, dit Coppola ; c’est nous qui nous sommes laissé prendre à notre propre piège, et par quelqu’un évidemment qui nous suit de près. Tout cela, vois-tu, n’est pas la combinaison d’un maire de village.
– On parle au dehors.
C’était Bitard.
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Sur l’avis de Jacques, il avait expédié le Dératé aux autori-tés qui présidaient à la battue, en les invitant à le rejoindre au préau, où il avait fait bonne capture.
Et le maire de Senlisse et son adjoint, accompagnés du bri-gadier de gendarmerie, avec ses hommes, et d’une cinquantaine de paysans armés de faux, de fléaux et de fusils, étaient accou-rus à l’appel de Bitard.
– Nous en tenons un, cria le maire, je l’ai expédié à Dam-pierre sous bonne escorte.
– Et moi, dit Bitard, j’ai mis sous clef les chefs de la bande.
– Où cela ?
– Ici, dans le Trou-Caillou, dit-il, en désignant la porte de fer.
– Bon !… nous allons les réunir aux autres…
– Prenez garde !… ils sont armés assurément,… et vous fe-rez bien de ne les extraire de là qu’au jour ;… quand les gen-darmes seront en force… Ils sont au frais, laissons-les-y… Il n’y a qu’à mettre quelques hommes de planton à la porte…
– Oui, vous avez raison… La capture est importante ;… il ne faut pas risquer qu’ils nous échappent la nuit à travers bois… Nous aviserons le parquet de Rambouillet, qui les fera extraire du Trou-Caillou demain, dans l’après-midi.
En haut, Jacques, Corréard et Bruno, cachés dans l’ombre de la baie, assistaient à toute la scène.
Jacques eut un ricanement de satisfaction.
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– Très bien, dit-il ; on les enverra demain à Rambouillet ; ils ne verront le juge d’instruction que le jour suivant. C’est soixante-douze heures de clou pour le très haut marquis de La Roche-Jugon, un premier avertissement.
– Je vous remets les clefs, disait Bitard en bas.
– Je les emporte pour les déposer moi-même aux mains du procureur de la République, répondait le maire.
On avait posté deux gendarmes au pied de la tour, assistés d’un groupe de paysans bien armés.
– Nous n’avons plus rien à faire ici, dit Caillebotte. L’affaire suivra son cours sans nous. Corréard, guidez Bruno dans l’escalier ; je vous rejoins au chemin creux ; nous irons avertir Mme Saint-Ange et Mlle Émilienne qu’elles peuvent maintenant reprendre, sans crainte aucune, possession de leurs apparte-ments de la Closerie des Acacias, jusqu’à l’heure de notre départ pour Paris.
Corréard descendit avec Bruno.
Jacques les suivit lentement et s’arrêta un instant au pre-mier étage.
La salle où il entra était justement placée au-dessus du ré-duit qui servait pour l’heure de prison au marquis Hercule et à Coppola, et qu’on appelait par tradition le Trou-Caillou.
Caillebotte s’agenouilla dans un angle de la salle et souleva une dalle qui cachait une fissure de la voûte.
Cette fente formait une sorte de porte-voix naturel. Jacques se pencha et d’une voix nette et vibrante :
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– Mathéo Barrabino, cria-t-il, c’est la seconde manche !
– Tonnerre ! hurla Coppola en lançant son cigare à terre… qui donc a prononcé ce nom-là ?
Et il recula jusqu’au mur comme une hyène menacée.
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