Les Soleils des indépendances

Ahmadou Kourouma · Chapitre 1 sur 11

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Les Soleils des indépendances

Première partie

 

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1. Le molosse et sa déhontée

 

façon de s’asseoir

 

Il y avait une semaine qu’avait fini dans la capitale Koné Ibrahima, de

race malinké, ou disons-le en malinké : il n’avait pas soutenu un petit

rhume…

Comme tout Malinké, quand la vie s’échappa de ses restes, son ombre se

releva, graillonna, s’habilla et partit par le long chemin pour le lointain pays

malinké natal pour y faire éclater la funeste nouvelle des obsèques. Sur des

pistes perdues au plein de la brousse inhabitée, deux colporteurs malinké

ont rencontré l’ombre et l’ont reconnue. L’ombre marchait vite et n’a pas

salué. Les colporteurs ne s’étaient pas mépris : « Ibrahima a fini »,

s’étaient-ils dit. Au village natal l’ombre a déplacé et arrangé ses biens. De

derrière la case on a entendu les cantines du défunt claquer, ses calebasses

se frotter ; même ses bêtes s’agitaient et bêlaient bizarrement. Personne ne

s’était mépris. « Ibrahima Koné a fini, c’est son ombre », s’était-on dit.

L’ombre était retournée dans la capitale près des restes pour suivre les

obsèques : aller et retour, plus de deux mille kilomètres. Dans le temps de

ciller l’œil !

Vous paraissez sceptique ! Eh bien, moi, je vous le jure, et j’ajoute : si le

défunt était de caste forgeron, si l’on n’était pas dans l’ère des

Indépendances (les soleils des Indépendances, disent les Malinkés), je vous

le jure, on n’aurait jamais osé l’inhumer dans une terre lointaine et

étrangère. Un ancien de la caste forgeron serait descendu du pays avec une

petite canne, il aurait tapé le corps avec la canne, l’ombre aurait réintégré

les restes, le défunt se serait levé. On aurait remis la canne au défunt qui aurait emboîté le pas à l’ancien, et ensemble ils auraient marché des jours et

des nuits. Mais attention ! sans que le défunt revive ! La vie est au pouvoir

d’Allah seul ! Et sans manger, ni boire, ni parler, ni même dormir, le défunt

aurait suivi, aurait marché jusqu’au village où le vieux forgeron aurait repris

la canne et aurait tapé une deuxième fois. Restes et ombre se seraient à

nouveau séparés et c’eût été au village natal même qu’auraient été

entreprises les multiples obsèques trop compliquées d’un Malinké de caste

forgeron.

Donc c’est possible, d’ailleurs sûr, que l’ombre a bien marché jusqu’au

village natal ; elle est revenue aussi vite dans la capitale pour conduire les

obsèques et un sorcier du cortège funèbre l’a vue, mélancolique, assise sur

le cercueil. Des jours suivirent le jour des obsèques jusqu’au septième jour

et les funérailles du septième jour se déroulèrent devant l’ombre, puis se

succédèrent des semaines et arriva le quarantième jour, et les funérailles du

quarantième jour ont été fêtées au pied de l’ombre accroupie, toujours

invisible pour le Malinké commun. Puis l’ombre est repartie définitivement.

Elle a marché jusqu’au terroir malinké où elle ferait le bonheur d’une mère

en se réincarnant dans un bébé malinké.

Parce que l’ombre veillait, comptait, remerciait, l’enterrement a été

conduit pieusement, les funérailles sanctifiées avec prodigalité. Les amis,

les parents et même de simples passants déposèrent des offrandes et

sacrifices qui furent repartagés et attribués aux venus et aux grandes

familles malinké de la capitale

Comme toute cérémonie funéraire rapporte, on comprend que les griots

malinké, les vieux Malinkés, ceux qui ne vendent plus parce que ruinés par

les Indépendances (et Allah seul peut compter le nombre de vieux

marchands ruinés par les Indépendances dans la capitale !) « travaillent »

tous dans les obsèques et les funérailles. De véritables professionnels !

Matins et soirs ils marchent de quartier en quartier pour assister à toutes les

cérémonies. On les dénomme entre Malinkés, et très méchamment, « les

vautours » ou « bande d’hyènes ».

Fama Doumbouya ! Vrai Doumbouya, père Doumbouya, mère

Doumbouya, dernier et légitime descendant des princes Doumbouya du

Horodougou, totem panthère, était un « vautour ». Un prince Doumbouya !

Totem panthère faisait bande avec les hyènes. Ah ! les soleils des

Indépendances !

Aux funérailles du septième jour de feu Koné Ibrahima, Fama allait en

retard. Il se dépêchait encore, marchait au pas redoublé d’un diarrhéique. Il

était à l’autre bout du pont reliant la ville blanche au quartier nègre à

l’heure de la deuxième prière ; la cérémonie avait débuté.

Fama se récriait : « Bâtard de bâtardise ! Gnamokodé ! » Et tout

manigançait à l’exaspérer. Le soleil ! le soleil ! le soleil des Indépendances

maléfiques remplissait tout un côté du ciel, grillait, assoiffait l’univers pour

justifier les malsains orages des fins d’après-midi. Et puis les badauds ! les

bâtards de badauds plantés en plein trottoir comme dans la case de leur

papa. Il fallait bousculer, menacer, injurier pour marcher. Tout cela dans un

vacarme à arracher les oreilles : klaxons, pétarades des moteurs, battements

des pneus, cris et appels des passants et des conducteurs. Des garde-fous

gauches du pont, la lagune aveuglait de multiples miroirs qui se cassaient et

s’assemblaient jusqu’à la berge lointaine où des îlots et lisières de forêts

s’encastraient dans l’horizon cendré. L’aire du pont était encombrée de

véhicules multicolores montant et descendant ; et après les garde-fous

droits, la lagune toujours miroitante en quelques points, latérite en d’autres ;

le port chargé de bateaux et d’entrepôts, et plus loin encore la lagune

maintenant latérite, la lisière de la forêt et enfin un petit bleu : la mer

commençant le bleu de l’horizon. Heureusement ! qu’Allah en soit loué !

Fama n’avait plus long à marcher, l’on apercevait la fin du port, là-bas, où

la route se perdait dans une descente, dans un trou où s’accumulaient les

toits de tôles miroitants ou gris d’autres entrepôts, les palmiers, les touffes

de feuillages et d’où émergeaient deux ou trois maisons à étages avec des

fenêtres persiennes. C’étaient les immenses déchéance et honte, aussi

grosses que la vieille panthère surprise disputant des charognes aux hyènes,

que de connaître Fama courir ainsi pour des funérailles.

Lui, Fama, né dans l’or, le manger, l’honneur et les femmes ! Éduqué

pour préférer l’or à l’or, pour choisir le manger parmi d’autres, et coucher

sa favorite parmi cent épouses ! Qu’était-il devenu ? Un charognard…

C’était une hyène qui se pressait. Le ciel demeurait haut et lointain sauf

du côté de la mer, où de solitaires et impertinents nuages commençaient à

s’agiter et à se rechercher pour former l’orage. Bâtardes ! déroutantes,

dégoûtantes, les entre-saisons de ce pays mélangeant soleils et pluies.

Il tourna après un parterre, monta l’allée centrale du quartier des

fonctionnaires. Allah en soit loué ! C’était bien là. Fama arrivait quand

même tard. C’était fâcheux, car il allait en résulter pour lui de recevoir en plein visage et très publiquement les affronts et colères qui jettent le serpent

dans le bouffant du pantalon. impossibilité de s’asseoir, de tenir, de

marcher, de se coucher.

Donc il arriva. Les dioulas couvraient une partie du dessous de

l’immeuble à pilotis ; les boubous blancs, bleus, verts, jaunes, disons de

toutes les couleurs, moutonnaient, les bras s’agitaient et le palabre battait.

Du monde pour le septième jour de cet enterré Ibrahima ! Un regard rapide.

On comptait et reconnaissait nez et oreilles de tous les quartiers, de toutes

les professions. Fama salua, et avec quels larges sourires ! planta sa grande

taille parmi les pilotis, assembla son boubou et ensuite se cassa et s’assit sur

un bout de natte. Le griot, un très vieux et malingre, qui criait et

commentait, répondit :

— Le prince du Horodougou, le dernier légitime Doumbouya, s’ajoute à

nous… quelque peu tard.

Yeux et sourires narquois se levèrent. Que voulez-vous ; un prince

presque mendiant, c’est grotesque sous tous les soleils. Mais Fama n’usa

pas sa colère à injurier tous ces moqueurs de bâtards de fils de chiens. Le

griot continua à dire, et du autrement désagréable :

— Un retard sans inconvénient ; les coutumes et les droits des grandes

familles avaient été respectés ; les Doumbouya n’avaient pas été oubliés.

Les princes du Horodougou avaient été associés avec les Keita.

Fama demanda au griot de se répéter. Celui-ci hésita. Qui n’est pas

Malinké peut l’ignorer : en la circonstance c’était un affront, un affront à

faire éclater les pupilles. Qui donc avait associé Doumbouya et Keita ?

Ceux-ci sont rois du Ouassoulou et ont pour totem l’hippopotame et non la

panthère.

D’un ton ferme, coléreux et indigné, Fama redemanda au griot de se

répéter. Celui-ci se lança dans d’interminables justifications : symbolique,

tout était symbolique dans les cérémonies, et l’on devait s’en contenter ;

une faute, une très grande faute pour les coutumes et la religion, le fait que

quelques vieux de cette ville ne vivaient que de ce qui se distribuait pendant

les rites… Enfin, un tas de maudites fadaises qu’on ne lui avait pas

demandées. Bâtard de griot ! Plus de vrai griot ; les réels sont morts avec

les grands maîtres de guerre d’avant la conquête des Toubabs. Fama devait

prouver sur place qu’il existait encore des hommes qui ne tolèrent pas la

bâtardise. À renifler avec discrétion le pet de l’effronté, il vous juge sans

nez.

Fama se leva et tonna à faire vibrer l’immeuble. Le malingre griot,

décontenancé, ne savait plus par quel vent se laisser balancer, il demandait

aux assis d’écouter, d’ouvrir les oreilles pour entendre le fils des

Doumbouya offensé et honni, totem panthère, panthère lui-même et qui ne

sait pas dissimuler furie et colère. À Fama il criait :

— Vrai sang de maître de guerre ! dis vrai et solide ! dis ce qui t’a

égratigné ! explique ta honte ! crache et étale tes reproches !

Enhardi par le trouble du griot, Fama se crut sans limites ; il avait le

palabre, le droit et un parterre d’auditeurs. Dites-moi, en bon Malinké que

pouvait-il chercher encore ? Il dégagea sa gorge par un hurlement de

panthère, se déplaça, ajusta le bonnet, descendit les manches du boubou, se

pavana de sorte que partout on le vit, et se lança dans le palabre. Le griot

répétait. Fama hurlait et allait hurler plus fort encore, mais… Maudit griot !

maudite toux ! Une méchante et violente toux embarrassa la gorge du griot

et l’obligea à se courber et cracher les poumons, et arrêta Fama dans son

élan. Le dernier Doumbouya, sans la moindre commisération pour le griot,

ne se découragea pas ; bien au contraire, il baissa la tête pour penser et

renouveler les proverbes et dans cette attitude négligea de regarder autour.

Pourtant, pouvait-il l’ignorer ? Les gens étaient fatigués, ils avaient les nez

pleins de toutes les exhibitions, tous les palabres ni noirs ni blancs de Fama

à l’occasion de toutes les réunions. Et dans l’assemblée boubous et nattes

bruissaient, on fronçait les visages et on se parlait avec de grands gestes.

Toujours Fama, toujours des parts insuffisantes, toujours quelque chose !

Les gens en étaient rassasiés. Qu’on le fasse asseoir !

Le griot réussit à se débarrasser de la toux, mais un peu tard. Partout

tournait l’énervement. Fama ne voyait et n’entendait rien et il parla, parla

avec force et abondance en agitant des bras de branches de fromager, en

happant et écrasant les proverbes, en tordant les lèvres. Emporté, enivré, il

ne pouvait pas voir les auditeurs bouillonnant d’impatience comme mordus

par une bande de fourmis magna ; les jambes se pliaient et se repliaient, les

mains allant des hanches aux barbes, des barbes aux poches ; il ne pouvait

pas remarquer la colère contrefaire et pervertir les visages, remarquer que

des paroles comme : « Ah ! le jour tombe, pas de bâtardise ! » s’échappaient

des lèvres. Il tenait le palabre.

C’est à cet instant que fusa de l’assemblée l’injonction :

— Assois tes fesses et ferme la bouche ! Nos oreilles sont fatiguées

d’entendre tes paroles !

C’était un court et rond comme une souche, cou, bras, poings et épaules

de lutteur, visage dur de pierre, qui avait crié, s’excitait comme un grillon

affolé et se hissait sur la pointe des pieds pour égaler Fama en hauteur.

— Tu ne connais pas la honte et la honte est avant tout, ajouta-t-il en

reniflant.

Remue-ménage général ! brouhaha de l’arrivée d’un troupeau de buffles

dans la forêt. Le malingre griot se démenait pour contenir le vent soufflé par

Fama, en vain.

— Bamba ! (ainsi se nommait celui qui défiait) Bamba ! s’égosillait-il ;

refroidissez le cœur !

Accroché au sol, actionnant des mâchoires de fauve, menaçant des

coudes, des épaules et de la tête, comment Bamba pouvait-il entendre les

cris d’avocette du griot ? Fama non plus ! Celui-ci s’excitait, trépignait,

maudissait : le fils de chien de Bamba montrait trop de virilité ! Il fallait le

honnir, l’empoigner, le mordre. Et Fama avança sur l’insulteur. À peine

deux pas ! Fama n’a pas fait deux pas. Déjà le petit râblé de Bamba avait

bondi comme un danseur et atterri à ses pieds comme un fauve. Ils

s’empoignèrent par les pans des boubous. Le griot s’éclipsa, le brouhaha

s’intensifia ; partout on se leva, s’accrocha, tira ; des pans de boubous

craquèrent et se démêlèrent. Fama retroussa son boubou et s’assit sur la

natte un peu trop rapidement. Deux gaillards, il fallut deux solides gaillards

pour tirer Bamba, l’arracher pas à pas au sol jusqu’à sa place. Quand les

deux antagonistes furent assis, chacun descendit sur sa natte.

Fama s’excusa. Le plus ancien de la cérémonie excusa tous les

musulmans pour Fama. C’était Fama qui avait raison, trancha-t-il. La vérité

il faut la dire, aussi dure qu’elle soit, car elle rougit les pupilles mais ne les

casse pas. En conclusion l’ancien dédommagea Fama : quelques billets et

colas en plus. Évidemment celui-ci les rejeta : c’était uniquement pour

l’honneur qu’il avait lutté. On ne le crut pas… L’ancien insista. Fama

empocha et resta quelque temps soucieux de l’abâtardissement des

Malinkés et de la dépravation des coutumes. L’ombre du décédé allait

transmettre aux mânes que sous les soleils des Indépendances les Malinkés

honnissaient et même giflaient leur prince. Mânes des aïeux ! Mânes de

Moriba, fondateur de la dynastie ! il était temps, vraiment temps de

s’apitoyer sur le sort du dernier et légitime Doumbouya !

La cérémonie continuait. Les uns offraient, les autres recevaient ; tout le

monde faisait répéter les éloges de l’enterré : humanisme, foi, hospitalité, et même, un voisin rappela qu’une nuit l’enterré lui avait apporté un caleçon

et un pagne : ceux de sa femme (l’épouse du voisin, précisons-le) ; le vent

les avait poussés et entraînés sous le lit de l’enterré. L’effet fut immédiat :

les visages se détendirent, les rires fusèrent du palabre. Fama seul n’en rit

pas. Même avec les billets de banque en poche et dans le cœur l’honneur de

posséder la raison, il n’avait pas décoléré et se rongeait.

Bâtard de bâtardise ! lui ! lui Fama, descendant des Doumbouya !

bafoué, provoqué, injurié par qui ? Un fils d’esclave. Il tourna la tête.

Bamba tordait et pinçait les lèvres, roulait de gros yeux, et battaient ses

naseaux de cheval qui vient de galoper. Il était ramassé, membré de pilons

rondement coudés, et Fama se demandait s’il n’était pas trop âgé pour le

défier en lutte.

Mais lui Fama, avait conservé les bonnes habitudes : un mâle ne se

sépare pas de son arme. Il tâta sa poche ; le couteau s’y trouvait assez long

pour répandre les entrailles du fils de chien. Alors, que maintenant Bamba

revienne, recommence, il saura que l’hyène a beau être édentée, sa bouche

ne sera jamais un chemin de passage pour le cabrin.

Éclats de rire. Fama tendit les oreilles. Il avait eu raison de ne point

décolérer, de ne point pardonner, le fils d’âne de griot mêlait aux éloges de

l’enterré des allusions venimeuses : quel rapport l’enterré avait-il avec les

descendants de grandes familles guerrières qui se prostituaient dans la

mendicité, la querelle et le déshonneur ? Fils de chien plutôt que de caste !

Les vrais griots, les derniers griots de caste ont été enterrés avec les grands

capitaines de Samory. Le ci-devant caquetant ne savait ni chanter ni parler

ni écouter. Et le griot continuait, et même il se déplaça et s’immobilisa

derrière un pilot. Pour un éhonté de son espèce un pilot sépare autant qu’un

fleuve, qu’une montagne. Et là, il se dévergonda et arriva au-delà de toute

limite : des descendants de grands guerriers (c’était Fama !) vivaient de

mensonges et de mendicité (c’était encore Fama), d’authentiques

descendants de grands chefs (toujours Fama) avaient troqué la dignité

contre les plumes du vautour et cherchaient le fumet d’un événement :

naissance, mariage, décès, pour sauter de cérémonie en cérémonie. Fama

assembla son boubou pour répliquer, mais hésita. Le manque de réflexe fut

une invite pour le damné de griot et celui-ci se lança dans les vilaineries les

plus grossières avec le contentement du Bambara qui se jette dans le cercle

de tam-tams.

Non, quand même ! Fama se leva, interrompit :

— Musulmans ! pardon, musulmans ! Écoutez !…

Impossible d’ajouter un mot. Une meute de chiens en rut : tous ces assis

de damnés de Malinkés se disant musulmans hurlèrent, se hérissèrent de

crocs et d’injures. La limite était franchie.

Diminué par la honte et le déshonneur, comment pouvait-il rester ?

D’ailleurs c’était sans regret ; la cérémonie avait dégénéré en jeu de

cynocéphales. Alors laissons les singes se mordiller et se tirer les queues. Il

se précipita par une sortie. Deux hommes coururent pour le retenir. Il se

débattit, les traita tous les deux de bâtards de fils de chien et s’éloigna.

Des rires amusés, des ouf ! de soulagement, ce fut tout ce que produisit

une sortie aussi bruyante et définitive. Fama allait se trouver aux prochaines

comme à toutes les cérémonies malinké de la capitale ; on le savait ; car où

a-t-on vu l’hyène déserter les environs des cimetières et le vautour l’arrière

des cases ? On savait aussi que Fama allait méfaire et encore scandaliser.

Car dans quelle réunion le molosse s’est-il séparé de sa déhontée façon de

s’asseoir ?…

 

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