Les Soleils des indépendances

Ahmadou Kourouma · Chapitre 5 sur 11

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Les Soleils des indépendances

Deuxième partie

 

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1. Mis à l’attache par le sexe,

 

la mort s’approchait et gagnait ;

 

heureusement la lune perça et le sauva

 

La suprême injure qui ne se presse pas, ne se lasse pas, n’oublie pas,

s’appelle la mort. Elle avait emporté le cousin Lacina du village. Oui, le

cousin ; et bien que celui-ci fût l’homme qui par ses intrigues,

maraboutages, sacrifices avait évincé Fama de la chefferie du Horodougou,

ce décès était un malheur. Les récriminations devaient être tues. Le défunt

appartient au seul jugement d’Allah et ce qui appartient aux parents

survivants est d’organiser de dignes obsèques. Fama décida d’aller au

village pour les funérailles ; il parcourut toutes les concessions malinké de

la capitale pour faire éclater la nouvelle du décès du cousin et annoncer son

voyage. Qu’Allah continue de bénir et de renforcer la communauté malinké

de la capitale ! Chaque Malinké se surpassa en générosité. L’argent fut sorti

et offert par tous. Les moyens pour voyager et organiser de grandes

funérailles, et même plus, furent rassemblés. Fama pouvait partir.

De bon matin il se présenta à l’autogare accompagné de Salimata et de

beaucoup d’autres Malinkés. Les camions en partance pour le Nord

s’alignaient dans la clameur. Fama embarqua dans le camion du chauffeur

Ouedrago. « Non ! Non ! lui cria-t-on. Descends, vieux ! Monte dans le

camion de tête de file ! » Celui qui interpellait se présenta : « Délégué du

syndicat national des transporteurs. » Donc Fama devait descendre sans

discuter. « C’était comme ça. » Syndicat des transporteurs ou syndicat des

bâtards, Fama s’en moquait. Il se dressa, dégaina son couteau et malgré les

cris de Salimata, menaça le délégué et injuria tout le monde, le délégué et le syndicat de tous les bâtards, leur père et la mère des Indépendances. Le

délégué recula et laissa la paix à « ce fou de Malinké ».

Ils partirent, et dès la sortie de la capitale Fama se félicita d’avoir à

l’autogare découvert toutes ses canines de panthère de vrai Doumbouya. Il a

eu raison, vingt fois raison d’avoir embarqué par les injures et les menaces

dans le camion de Ouedrago. Il fallait voir les autres croiser ou dépasser, il

fallait voir les chauffeurs, un bras et la tête hors de la cabine, criant : « S’en

f… la mort ! » et dans un vacarme de klaxons et de ferraille, l’auto croisait.

Une autre camionnette organisait un concert de klaxons derrière, puis

arrivait à votre hauteur, balançait dans le fossé, vannait les passagers assis

pêle-mêle sur leurs bagages, vous dépassait, faisait aussitôt une queue de

poisson, attaquait la côte et disparaissait dans la descente. Les abords de la

route n’en finissaient pas d’être hérissés de carcasses squelettiques de

camions comme vidées par des charognards. Alors que Ouedrago

conduisait avec une prudence de caméléon, pour éviter une crevasse, pour

aborder un tournant, il murmurait mille incantations où se mêlaient les

noms d’Allah et des mânes. Fama aussi priait pour que tout le voyage se

passât favorablement.

Ils traversaient les savanes des lagunes. Des arbrisseaux étaient

accrochés aux monts qui roulaient jusqu’à l’infini. C’était le matin. Le

soleil venait de pointer et s’empressait de fondre et balayer les nuages avant

de monter plus haut et faire régner un vrai jour d’harmattan. Fama, lui, était

préoccupé et mélancolique. Il quittait Salimata, la capitale, tous les amis,

toutes les cérémonies, les palabres et il ignorait quand il pourrait revenir. Le

patriarcat de la tribu lui incombait après le décès de son cousin. Devait-il

l’assurer et demeurer au village ou y renoncer et retourner à la capitale ?

Fama n’avait pas encore décidé. Évidemment il allait consulter le devin,

tuer des sacrifices et suivre le meilleur sort. Quel qu’ait pu être le choix,

Fama devait se préparer à beaucoup de soucis ; il voulait penser pour être

prêt à les démêler quand ils devaient survenir. Mais malheureusement il

n’était pas seul. Dans le camion de Ouedrago, il y avait beaucoup d’autres

voyageurs et les trois voisins de Fama étaient trop volubiles.

Fama dut leur indiquer le but de son voyage. Le voisin cria sa surprise. Il

s’appelait Diakité, était originaire du Horodougou ; évidemment il

connaissait le village de Fama, la famille Doumbouya, avait connu le

cousin, avait entendu parler de Fama. « Que la paix soit avec toi, Fama ! »

dit-il avant de poursuivre. Depuis combien de saisons Fama n’était-il pas parti au pays ? Des années ? depuis des années ? Dans ce cas de

nombreuses et désagréables surprises l’attendaient là-bas. Lui, Diakité,

avait fui son village, car son village était de la zone du Horodougou se

trouvant en République populaire de Nikinai et le Nikinai c’était le

socialisme. Fama savait-il comment lui, Diakité, avait échappé ? Non ? Ce

fut grâce à la lune ! oui, la lune qui marche dans le ciel.

Son père était un riche notable (soixante bœufs, trois camions, dix

femmes et un seul fils, lui, Diakité) quand arrivèrent l’indépendance, le

socialisme, et le parti unique. Le père de Diakité, qui était de l’opposition,

fut convoqué, on lui signifia que son parti était mort, qu’il avait à adhérer

au parti unique L.D.N. Il adhéra, paya les cotisations pour lui, sa famille,

ses bœufs et ses trois camions. Le lendemain on le manda encore ; il devait

payer les cotisations du parti des années courues depuis la création de la

L.D.N. : dix années de cotisations pour lui, son fils, ses dix femmes, ses

soixante bœufs et ses trois camions. Il s’en acquitta.

Quelques mois après, comme était venu le parti unique arriva

l’investissement humain. Le père de Diakité devait donner ses camions pour

construire le pont du village. Il mit les camions à la disposition du parti,

mais comme il n’y avait pas d’essence, la jeunesse L.D.N. les incendia. Le

vieux très indigné se résigna et même mima un sourire narquois (de toute

façon depuis l’indépendance il n’y avait plus ni routes ni essence).

Un autre jour les responsables se présentèrent : le pont se construisait par

l’investissement humain et ni Diakité, ni son père ne participait. Le vieux

leur rappela que battait la moisson, que son fils ne pouvait quitter ni les

bœufs ni le lougan. Ils repartirent, mais quand le soir Diakité en rentrant les

bœufs passa sur le pont, la jeunesse L.D.N. qui guettait sortit, l’assaillit, le

ligota, le déculotta, noua son sexe par une corde et comme un chien le mit à

l’attache à un pieu du pont. Le père de Diakité courut supplier le secrétaire

général du parti qui répondit que le socialisme étant la fin de l’exploitation

de l’homme par l’homme, l’on ne devait plus marcher sur un pont à la

construction duquel on n’avait pas participé. Le vieux l’adjura, il demeurait

inébranlable ; le socialisme était le socialisme !

Le père de Diakité rentra chez lui, revint et le somma d’aller détacher le

supplicié ; le secrétaire général éclata de rire. Alors le vieux se déchaîna,

épaula son fusil et le déchargea en pleine poitrine ; le secrétaire général

s’effondra. D’autres villageois accoururent, le père de Diakité tira, la

panique gagna le village. C’était la nuit. Le notable forcené se promena de concession en concession et l’un après l’autre abattit le secrétaire général

adjoint, le trésorier et deux autres membres du parti. Tout le village se

réfugia dans la brousse. Il vint au marigot, délia son fils, dénoua son sexe et

le délivra. Et heureusement cette nuit-là la lune perça. Pendant trois nuits de

lune, Diakité put se diriger dans la brousse, éviter les serpents et les fauves,

et rejoindre les frontières. Son papa fut jugé et fusillé.

Il y eut un silence. La savane des lagunes était passée, maintenant ils

traversaient la forêt compacte. Les virages succédaient aux virages, de sorte

que les voyageurs étaient vannés, tangués et Fama fut pris de vertige et de

nausées. Il souffla, cracha une salive gluante de la fadeur de la sève de

baobab, et se redressa.

Le voisin de gauche prit le palabre. Lui aussi était un échappé du

socialisme ; il s’appelait Konaté, était de race bambara. Pourtant tous ses

traits étaient ceux d’un Peul : les tatouages tribaux, le maintien sec d’un

arbrisseau d’harmattan et les oreilles d’un oryctérope. Il se répétait

constamment. Il avait fui à temps, juste à temps, puisque trois jours après

lui, on procéda à l’échange des billets et tous les commerçants furent

irrémédiablement ruinés. Konaté avait la nostalgie de son pays, il l’aimait,

savait aussi que le socialisme après sera une bonne chose ; mais comme

pour tous les gros bébés, la naissance et les premiers pas étaient difficiles,

trop durs : la famine, la pénurie, les travaux forcés, la prison… C’était pour

atténuer les rigueurs du socialisme qu’il hantait les frontières, trafiquait les

devises et contrebandait les marchandises. C’était vraiment pour Allah,

l’humanisme, le patriotisme, qu’il voyageait et cela en dépit de tous les

risques qui guettent aux portes du socialisme.

Sery, le vis-à-vis de Fama, répondit. Lui, Sery, connaissait le secret du

bonheur et de la paix en Afrique. Sery était l’apprenti chauffeur de

Ouedrago et à califourchon sur le bord de la carrosserie depuis le départ il

n’avait cessé de s’agiter, de chanter et de protester. Son patron conduisait

trop prudemment, plus qu’un caméléon. Lui au volant, le camion aurait déjà

laissé des kilomètres et des kilomètres. Il était tout luisant de jeunesse et de

santé. Il avait des hanches et des bras rondelets et un cou de taurillon qui

débouchaient et débordaient d’une culotte et d’une chemise déchirées et

épaisses de gras, le visage fascinant d’un jeune fauve, les gros yeux et les

dents blanches d’un chiot. « Connaissez-vous les causes des malheurs et des

guerres en Afrique ? Non ! Eh bien ! c’est très simple, c’est parce que les

Africains ne restaient pas chez eux », expliqua Sery. Lui, il n’avait jamais quitté la Côte des Ebènes pour aller s’installer dans un autre pays et prendre

le travail des originaires, alors que les autres venaient chez lui. Avec les

colonisateurs français, avaient débarqué des Dahoméens et les Sénégalais

qui savaient lire et écrire et étaient des citoyens français ou des catholiques ;

des nègres plus malins, plus civilisés, plus travailleurs que les originaires du

pays, les membres de la tribu de Sery. « Les colonisateurs toubabs leur

confièrent tous les postes, leur attribuèrent tout l’argent, et avec cet argent

les Dahoméens couchèrent nos filles, marièrent les plus belles,

s’approprièrent nos meilleures terres, habitèrent les plus hautes maisons ; ils

égorgèrent nos enfants en offrande à leurs fétiches, sans que la justice

française intervienne, parce qu’ils étaient les juges et les avocats. Quand il y

avait un nouvel emploi on faisait venir un Dahoméen de son pays et quand

il y avait un licencié, un chômeur, c’était toujours un originaire du pays.

C’était comme ça : les Toubabs en haut, après les Dahoméens et les

Sénégalais, et nous autres, au-dessous des pieds, des riens », démontra Sery

en superposant les mains. Aussi dès que sonna l’indépendance les Sery se

levèrent, assaillirent et pourchassèrent les Dahoméens. « Nous leur

arrachâmes d’abord nos femmes, assommâmes leurs enfants, violâmes leurs

sœurs devant eux, avant de piller leurs biens, d’incendier leurs maisons.

Puis nous les pourchassâmes jusqu’à la mer. Nous voulions les noyer afin

de les revoir après rejetés par les vagues, les ventres ballonnés et

méconnaissables comme des poissons dynamités. Par chance pour eux les

troupes françaises s’interposèrent, les parquèrent dans le port et en

interdirent l’entrée par des chars. Et les Dahoméens embarquèrent. Après

les Dahoméens et avec l’indépendance, le pays était vraiment bien, il y

avait du travail et des maisons pour tous. Alors nos étudiants et intellectuels

nous ont dit de chasser les Français ; ça aurait apporté beaucoup plus de

maisons, d’argent et de marchandises. Mais c’était difficile, il y avait les

troupes françaises, et puis ce n’était pas bien, parce que sans les Français il

n’y a pas de travail et nous ne voulions plus chômer. » C’était les raisons

pour lesquelles les Sery avaient refusé. Mais maintenant les choses

commençaient à se gâter encore. Parce que d’autres Africains n’étaient pas

restés chez eux, parce que venaient toujours en Côte des Ébènes les Nagos

du Sud, les Bambaras et Malinkés échappés du socialisme, les Mossis du

Nord, les Haoussas de l’Est.

Les Mossis et les Haoussas, ça passait encore, ils venaient travailler et

prenaient les emplois que les originaires n’aimaient pas, le travail pénible et dangereux. Mais les autres, et surtout les Nagos, arrivaient aussi dénudés,

pauvres et secs que le caleçon d’un orphelin, et beaucoup plus sales encore.

Et ils ne débarquaient pas seuls, mais accompagnés de leurs femmes pleines

comme des margouillats et leurs marmailles plus nombreuses que deux

portées de souris, accompagnés aussi de leurs mendiants, de leurs aveugles,

de leurs culs-de-jatte, de leurs déments, de leurs voleurs, de leurs menteurs

qui ont envahi nos places, assiégé nos mosquées, nos églises, nos marchés.

Et puis, valides ou invalides, les Nagos ne travaillaient pas, mais rôdaient

autour des usines, des ateliers et des magasins en tendant les mains. « Par

charité nous leur avons offert l’aumône ; comme ils étaient secs comme des

serpents morts et n’avaient pas besoin de nourriture, ils ont accumulé nos

dons pour acheter des cigarettes et sont revenus nous revendre ces

marchandises à crédit ; puis ce fut du riz, des chemises, des chaussures à

crédit et en définitive ils réussirent à nous avancer la moitié de notre salaire

à des taux d’usuriers. Ils étaient riches ; et ils ont occupé une partie de nos

maisons et en moins d’une semaine, nos concessions étaient devenues aussi

répugnantes que les yeux et les nez de leurs marmailles qu’ils ne mouchent

jamais, aussi puantes que les fesses de leurs rejetons qu’ils ne torchent

jamais. Alors nous leur avons abandonné la concession. Ils l’ont achetée, ils

l’ont restaurée, l’ont quittée et l’ont louée et se sont réattaqués à d’autres

concessions. C’est ainsi qu’ils ont réussi à s’approprier toute la ville. Nos

dirigeants ont commencé à les utiliser comme prête-noms pour acheter,

vendre, prêter. C’est aux Nagos que les Français et les Syriens accordent les

crédits ; et en définitive nous travaillons et ce sont les étrangers qui gagnent

l’argent. Nous sommes très mécontents de tout cela. Faut-il tuer encore,

jeter encore à la mer ? Cela n’est pas bien », conclut Sery. Et c’est pourquoi

il disait que l’Afrique connaîtrait la paix quand chaque nègre resterait chez

lui.

Il y eut un silence parmi les passagers. La camionnette se relançait vers

un parcours plus droit, chaud et aveuglant de soleil ; le fleuve Boudomo

avait été passé, les arbres se rapetissaient. « Mes dires ont donc sonné le

silence comme le pet de la vieille grand-mère dans le cercle des petits-

enfants respectueux », s’étonna Sery en prolongeant la phrase par un éclat

de rire qui n’eut pas d’écho. Il leva les yeux et tressaillit en s’apercevant

que de tous côtés des regards de stupéfaction étaient fixés sur lui. Toutes les

lèvres étaient tirées et tassées, les oreilles n’écoutaient que les soufflements

du moteur.

Et Fama entreprit de penser. Quand il présenta à Sali-mata la lettre

annonçant le décès, elle s’écria :

— Allah, aie pitié du décédé ! Accorde-lui un meilleur repos !

Puis elle se leva de son tabouret, fit sonner les ustensiles comme… Que

cherchait-elle au juste ? Elle revint les mains vides, les yeux larmoyants :

— Oui ! alors que comptes-tu faire, Fama ?

— Rien, aller assister aux funérailles et revenir.

— En vérité, tu penses revenir dans la capitale ? Recommencer cette

vie ? Fama, dis vrai, supplia-t-elle.

La vérité, Fama ne la savait pas. Il lui incombait de diriger la tribu des

Doumbouya. Être le chef de la tribu, avant la conquête des Toubabs, quel

grand honneur, quelle grande puissance cela représentait ! Toutes les

mamans Doumbouya versaient des libations, tuaient des sacrifices pour que

de leur giron descendît l’enfant qui serait le chef de la dynastie Dans ce

monde renversé, cet honneur sans moyen, serpent sans tête, revenait à

Fama. La puissance d’un chef de tribu d’affamés n’est autre chose que la

famine et une gourde de soucis. Fama, tu devrais te préparer à refuser, à leur

répondre non.

La camionnette soufflait et grimpait une côte. S’éloignait un tournant

tout à fait semblable comme deux traces du même fauve à celui qui

s’approchait tout scintillant de mirages. Un mont boisé perçait des nuages

cendrés vagabondant dans un firmament rapetissé. Désorienté, on se

cherchait dans les paysages qui ne se démêlaient pas. Et puis, assis sur des

bancs durs comme des silex, les fesses se meurtrissaient et les mollets et les

jambes s’alourdissaient comme lestés par des mortiers et des

fourmillements grimpaient jusque dans les genoux.

 

Tu ne leur échapperas pas ! tu ne pourrais pas refuser l’héritage. Au

village les langues sont vraiment accrocheuses, mielleuses. Que faire alors ?

devrait-il renoncer au voyage ? retourner dans la capitale ? Non, ce n’est

pas possible. Personne n’y songerait. C’est impossible ! Dans ce cas

prépare-toi donc à hériter. C’est comme la main : deux choses seulement :

la paume ou le dessus. Tu renonces au voyage ou tu pars pour hériter,

hériter tout, même les femmes.

Les femmes aussi ! L’enterré laissait quatre veuves, les quatre plus

sérieuses pièces de la succession, dont deux vieilles que le défunt avait acquises par legs. Ces dernières sûrement ne se coupleront plus. Quand on a

enterré deux maris, on doit se dire que les hommes n’ont plus aucun jus,

aucun piment qui vous soit étranger. Mais les deux autres ! Surtout Mariam,

Mariam jeune fille, avait été promise à Fama, parce que partout on

protestait de le voir se consumer dans une stérilité aride avec Salimata. Cela

ne se réalisa pas. D’abord à cause des sarcasmes de Salimata. « Fama,

Fama, disait-elle, réfléchis, regarde-toi. Te sens-tu capable d’en chevaucher

deux ? Avec moi, c’est aussi difficile que tirer l’eau d’une montagne. Et

après chaque nuit les douleurs qui circulent dans les reins et les côtes… »

Ensuite parce que c’était à l’époque où les affaires périclitaient, où la

politique l’accaparait. Bref, Fama avait refusé Mariam parce qu’il n’avait ni

les reins ni l’argent. Au village, on avait juré, protesté, médit de Fama : un

légitime, un fils de chef qui courbait la tête sous les ailes d’une femme

stérile, un dévoyé ! Et on avait apporté Mariam en mariage au cousin

Lacina. Ils avaient eu un ou deux enfants.

 

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