L'éventreur de White Plains (French Edition)

Ludovic Marin · Chapitre 10 sur 65

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L'éventreur de White Plains (French Edition)

Chapitre 9

 

Westwood observa Ashley. La jeune femme l’implorait du regard. Un regard qui indiquait à son coéquipier qu’elle ne se sentait pas capable de voir un deuxième cadavre aussi rapidement après celui de la prostituée.

— C’est bon, tu peux rester ici, je m’en occupe, lui confia Westwood en ayant deviné ses pensées.

L’inspecteur enfila des gants jetables, récupéra le couteau retrouvé par l’officier en uniforme, le glissa dans un sac plastique sorti comme par magie de sa poche – « d’autres objets à toujours avoir sur moi » pensa Ashley en glissant les mains dans ses poches – et se dirigea vers le fond de l’impasse. L’officier, efficace, était déjà en train de dérouler le ruban jaune autour de la deuxième scène de crime.

Westwood fit le tour du véhicule abandonné, dont la portière était restée ouverte après l’agression du client, compléta les notes dans son carnet – le numéro d’immatriculation de la vieille Buick, le fait que le corps du client, au contraire de celui de la prostituée, n’avait pas été traîné dans la rue pour être mis en évidence, la giclée de sang sur la vitre arrière gauche de la voiture – et se pencha enfin sur le deuxième cadavre.

L’enquêteur chevronné avait vu beaucoup de morts depuis le début de sa carrière mais, il ne s’expliquait pas pourquoi, le cadavre d’un homme le bouleversait toujours moins que celui d’une femme. Et c’était encore le cas aujourd’hui. Il trouvait même un air pathétique à celui-ci.

Après son moment d’extase, son dernier sur cette Terre, le client avait été sorti manu militari de son véhicule, égorgé, puis jeté au sol. Il n’avait eu aucune chance de comprendre ce qui lui arrivait, et encore moins de se défendre.

D’ailleurs, il n’aurait pas pu courir bien loin s’il avait eu l’opportunité de s’enfuir, car son pantalon n’était pas encore entièrement remonté. Il baillait à mi-cuisses, dévoilant un caleçon bleu ciel maculé de sécrétions. Une vision dont Westwood se serait bien passée, et qu’il se félicitait d’avoir épargnée à Wolfe.

La chemise de l’homme, ensanglantée, était ouverte sur son torse ; celui-ci présentant la même incision que celui de la prostituée. Une ouverture débutant au pubis, et s’étendant jusqu’au creux des pectoraux. Comme pour la femme, la plaie était écartée, pour mettre les organes à l’air, mais aucun ne semblait manquer à l’appel.

— Vous pouvez rester ici encore une heure ou deux ? demanda Lincoln à l’officier. Je vais envoyer quelqu’un prendre des photos des deux scènes de crime et de cette impasse.

— Entendu, inspecteur. Je ne bougerai pas d’ici.

— Merci. Et beau travail, officier.

Le jeune officier opina fièrement, laissant Westwood rejoindre Ashley. Celle-ci avait préféré attendre son coéquipier au coin de la rue plutôt que de rejoindre Costa dans la Ford marron.

 

Un silence de mort régna dans la voiture sur le chemin du retour.

Au moins autant en raison de l’altercation entre Costa et l’officier détachée que de la sordidité de la scène de crime qu’ils quittaient. Westwood, au volant, brisa seulement le silence en coupant le moteur dans le garage du WPPD.

— Costa, tu la fermes dès qu’on arrive à la brigade. Pas un mot sur tes exploits. Sinon je te garantis que ça va chauffer pour toi. Tu fais le rapport oral au capitaine, mais sans t’éloigner des faits. Tiens, prends mon carnet, tout est dedans.

L’inspecteur misogyne hocha la tête en grimaçant légèrement mais ne prononça pas le moindre mot, au grand soulagement d’Ashley.

— J’ai besoin d’un café, souffla la jeune femme en arrivant au troisième étage.

— Je t’accompagne.

Tous deux se dirigèrent vers la salle de pause tandis que Costa prenait le chemin du bureau du capitaine pour lui confier les détails du double meurtre.

Le café de la brigade était plutôt insipide mais son odeur et sa chaleur réconfortèrent Ashley.

— Ça va mieux ? demanda Lincoln.

— Oui ça va, merci pour ton soutien.

— Tu as repris des couleurs.

Ashley esquissa un léger sourire, s’assit, puis orienta la conversation sur l’enquête en émettant une première hypothèse.

— Tu penses que ça pourrait être son proxénète ? Une histoire de fric ?

— Non, je ne pense pas. Nos collègues des mœurs ont plus l’habitude que nous avec les prostituées, mais ces filles sont réglo avec leurs macs. Elles savent qu’elles se prendraient une sacrée dérouillée si elles tentaient de les arnaquer sur le pognon qu’elles leur reversent.

Westwood marqua une pause, réfléchit en buvant une gorgée de café, puis continua.

— Les filles ont toujours de la valeur. Sauf quand elles sont mortes. Si elle avait arnaqué son souteneur, il l’aurait tabassée, il l’aurait peut-être amochée un peu histoire que le message passe bien, mais il ne l’aurait pas massacrée comme ça. Et aucune raison de liquider le client, c’est un portefeuille sur pattes.

— Oui, tu as raison, acquiesça Ashley, convaincue par ces arguments.

— Si on n’avait pas retrouvé le corps du client, on aurait aussi pu explorer cette piste : il se la tape, il ne veut pas payer, il l’égorge, volontairement ou dans un moment de panique, puis il fout le camp. Mais ce n’est pas le cas ici. Sinon, nous ne l’aurions pas retrouvé trucidé de la même manière au bout de l’impasse.

— Et elle avait de l’argent dans son sac, qui n’a même pas été volé.

— Exact, Wolfe. Et puis, là, c’est un crime vachement violent. Pour un client, comme pour un mac. Je pense que nous avons plutôt affaire à un cinglé.

— Je dirais même un monstre…

L’inspecteur posa son gobelet vide sur la table et se leva.

— Tu as quelque chose de prévu ce soir, Wolfe ?

— Euh, non. Pourquoi ?

— Ça te dit d’aller interroger la faune locale tous les deux, sans Costa ?

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