L'éventreur de White Plains (French Edition)
Chapitre 26
Westwood prit la parole en premier.
— Luis Delgado. Vous me confirmez bien être Luis Delgado, âgé de quarante-neuf ans et domicilié au 27, Overlook Road ?
— Oui, c’est bien ça.
— Je vous le demande une nouvelle fois, pour le dossier. Souhaitez-vous la présence d’un avocat, monsieur Delgado ?
— Non, je n’ai pas besoin d’un avocat. Je n’ai rien fait, je suis innocent. Je voudrais savoir ce qu’on me reproche.
L’homme n’avait pas la moindre trace d’accent mexicain ou portoricain. Logique s’il avait passé toute sa vie aux États-Unis.
Costa entra en scène, dans son rôle de méchant flic.
— Tu te fous de nous, Delgado ? Tu sais très bien pourquoi on t’a arrêté.
— Non, inspecteur, je n’en sais rien.
— Et les meurtres dans le quartier de Gedney Park, tu n’y es pour rien peut-être ? On a un témoin, quelqu’un t’a vu rôder dans le secteur les deux nuits !
— Je ne sais pas de quoi vous parlez, inspecteur. Je suis innocent !
— Te fous pas de ma gueule ! hurla Costa en s’approchant à quelques centimètres du visage de Luis Delgado.
— Du calme, inspecteur Costa, pondéra Westwood dans son numéro de gentil flic. Monsieur Delgado a peut-être besoin qu’on l’aide, qu’on lui rafraîchisse la mémoire.
Appliquant le script à la lettre, Costa se renfrogna et marmonna dans sa moustache en se tournant vers la glace sans tain. Il en profita pour adresser un clin d’œil malicieux à Ashley à travers la vitre.
— Luis, reprit Westwood, dites-moi : êtes-vous sorti de chez vous au cours des nuits du 11 au 12 juillet et du 15 au 16 juillet ?
— Oui, avoua l’homme mais, étrangement, sans y mettre de mauvaise volonté.
— Portiez-vous une casquette ?
— Oui.
— Bien. Et aviez-vous une raison particulière de circuler dans les rues de Gedney Park pendant ces deux nuits ?
— Oui, comme chaque soir de la semaine, inspecteur.
Costa se retourna et échangea un regard perplexe avec Westwood.
— Pouvez-vous préciser, Luis ?
— Je travaille la nuit.
— C’est-à-dire ?
— Je suis veilleur de nuit, dans un complexe de stockage de marchandises alimentaires.
Westwood blêmit.
— Où ça ?
— Pas très loin de chez moi, inspecteur. Les hangars situés sur Bryant Avenue. Je m’y rends à pied chaque soir aux alentours de 21h30. Je prends mon poste à 22h00 et je le termine à 6h00. Je rentre chez moi à 6h30.
Les épaules des deux inspecteurs s’affaissèrent l’espace d’un instant. Pas assez pour que Luis Delgado l’aperçoive ; mais Ashley, témoin privilégié de la discussion, le constata immédiatement.
Et comme eux, elle comprit : Luis Delgado n’était peut-être pas leur homme.
Costa et Westwood échangèrent un nouveau regard, puis quittèrent la salle d’interrogatoire.
— Nous revenons tout de suite, monsieur Delgado.
Ashley délaissa son poste d’observation et rejoignit ses coéquipiers dans le couloir. Ils fulminaient.
— C’est quoi ce bordel ! ragea l’ex-méchant flic, redevenu lui-même. Putain, j’espère que c’est une blague !
Westwood se tamponna le front, pas loin de présenter le même niveau de colère que son collègue.
— Son voisin croyait peut-être bien faire, glissa avec précaution Ashley, dans une tentative veine de calmer les deux inspecteurs expérimentés et pourtant rodés aux retournements de situation.
Costa se tourna vers la jeune femme.
— Wolfe, trouve-moi ce foutu entrepôt, rends-toi sur place ou appelle. Peu importe. Mais je veux savoir si ce type avait un alibi pour les nuits des meurtres.
Ashley s’exécuta. Elle trouva les coordonnées exactes de l’employeur de Luis Delgado et alla lui rendre visite, heureuse de quitter les locaux de la brigade et cette tension palpable pour un temps.
Delgado avait dit vrai, son voisin avait fait erreur malgré sa bonne volonté. L’ancien auteur de faits de petite délinquance avait, depuis, un comportement exemplaire et n’avait absolument rien à se reprocher dans l’affaire en cours.
Le deuxième veilleur de nuit et la pointeuse de l’entreprise en témoignaient.
Ashley n’était pas surprise. Elle savait que, culturellement et statistiquement, la majorité des tueurs en série étaient des Blancs. Peu d’entre eux étaient des Noirs ou des Hispaniques.
Luis Delgado fut relâché un peu plus tard, en fin d’après-midi, avec les plus plates excuses du WPPD et la confirmation de son innocence.
Il n’était pas le dangereux tueur en série sévissant dans les rues de White Plains.
Puis les enquêteurs passèrent la soirée chez Walt à ruminer leur échec, tout en buvant des bières. Ou, pour ce qui concernait Ashley, à se changer les idées en évitant de trop penser à la terrible menace planant toujours au-dessus des prostituées de Gedney Park.
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