L'éventreur de White Plains (French Edition)
Chapitre 20
Dans l’attente du rapport d’Edmonds concernant les autopsies et des analyses pratiquées par Lance et Shannon, les inspecteurs et l’officier détachée du WPPD retournèrent sur la deuxième scène de crime afin d’effectuer une enquête de voisinage, sous un faux prétexte.
Bien entendu, ils n’annonceraient pas aux habitants de Gedney Park qu’ils recherchaient un dangereux tueur en série sévissant la nuit dans leur quartier.
L’objet de leur investigation serait officiellement une série de cambriolages mineurs et les questions posées resteraient vagues. Du style « Avez-vous aperçu quelqu’un de suspect en soirée ? » ou « Avez-vous noté la présence d’une personne étrangère au quartier ces derniers soirs ? » ; accompagnées de phrases rassurantes comme « Merci pour votre collaboration, oui, tout va bien, vous n’avez rien à craindre, madame. » ou « Fermez bien votre porte à clé et tout ira bien, monsieur. ».
Comme il fallait s’y attendre, rien d’anormal n’était à signaler ; ni la veille, ni les jours précédents. Pas d’hommes louches, pas d’ombres inquiétantes, et encore moins de signalement indispensable à la réalisation d’un portrait-robot. Les habitants du quartier ne connaissaient que trop bien les fléaux qui gangrenaient leurs rues la nuit – prostitution et drogue – et fermaient les yeux par habitude pour assurer leur tranquillité et celle de leurs familles.
Face à cet échec, Lincoln Westwood proposa à ses coéquipiers de se rendre au siège du service de ramassage des ordures pour s’entretenir avec les deux hommes qui avaient découvert les corps des victimes tôt le matin.
Barry et son collègue n’étaient pas encore revenus au dépôt, ce qui arrangea les policiers. Ils pourraient parler avec eux dès leur descente du camion, avant que les deux travailleurs n’ébruitent les faits auprès des autres employés du site.
Le camion de collecte, précédé par un bruit de moteur assourdissant, arriva au dépôt juste avant midi et les deux hommes avaient presque rattrapé le retard sur leur tournée, provoqué par la découverte des dépouilles du travesti et de son client trompé sur la marchandise.
Ils n’avaient rien de plus à déclarer que ce qu’ils avaient expliqué au téléphone en appelant la police. Ils faisaient leur travail, répétaient le ramassage des poubelles comme chaque lundi – Barry au volant, son collègue à l’arrière du camion, et Barry descendant l’aider pour les bennes à déplacer – et n’avaient touché à rien quand ils avaient trouvé les deux cadavres.
Dino Costa les informa qu’ils ne faisaient pas partie de la liste des suspects – une liste vide, mais ça, il ne l’avoua pas – et leur demanda de garder le silence sur ce qu’ils avaient vu. Pas un mot à leurs collègues, à leurs femmes ou à leurs amis jusqu’à nouvel ordre. Les deux hommes acceptèrent sans poser de questions.
Eux aussi tenaient à leur tranquillité.
— Chou blanc, une fois de plus ! râla l’inspecteur Costa en retournant vers la Ford, vingt minutes plus tard. On fait quoi maintenant ? On va manger quelque chose ?
Westwood allait ouvrir la bouche quand sa radio émit un bip, suivi d’un crachotement caractéristique. Il saisit l’appareil accroché à sa ceinture et appuya sur un bouton latéral.
— Westwood, unité deux, j’écoute.
— Sergent Collins, QG. Inspecteur, je vous appelle de la part du capitaine Abraham. Vous êtes attendus à l’institut médico-légal. Le légiste a fini les autopsies.
— Déjà ?
— Apparemment, oui. C’est ce que m’a dit votre capitaine.
— Reçu, sergent. On y va tout de suite. Vous pouvez confirmer à Abraham.
L’enquêteur raccrocha la radio sous sa veste.
— Bon, je suppose que c’est foutu pour aller grignoter un truc, se résigna Costa. Dommage, il y avait un bon resto italien près d’ici.
— On peut toujours s’arrêter en route et prendre des sandwiches dans un deli, suggéra Westwood.
— Ça marche. Pastrami pour moi alors.
— Les gars, les interpella Ashley en s’installant à l’arrière du véhicule. Comment faites-vous pour garder l’appétit en de pareilles circonstances ?
— C’est l’habitude ! répondirent en chœur les deux détectives à l’avant de la Ford. Il faut bien reprendre des forces, non ?
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