L'éventreur de White Plains (French Edition)
Chapitre 4
Sitôt la porte de son bureau fermée, le capitaine Elias Abraham abaissa totalement les stores et désigna un siège en skaï à Ashley, face à son bureau. La pièce était peu spacieuse, à la limite d’être étouffante. Le capitaine devait certainement user de cet espace confiné – fortement parfumé à l’odeur du tabac – pour mettre ses interlocuteurs mal à l’aise. C’était, en ce moment précis, le cas de la jeune femme.
Hormis quelques dossiers en métal superposés derrière le chef de la brigade, et une photo de famille posée sur son bureau, le seul autre élément notable du repère d’Elias Abraham était une reproduction d’un tableau d’Edward Hopper accrochée au mur gauche. Nighthawks, dont Ashley avait pu voir l’original quelques années plus tôt lors d’une visite à l’Art Institute de Chicago.
Avant même de s’asseoir sur le siège proposé, Ashley tenta de plaider pour sa défense.
— Écoutez, capitaine. Avec tout le respect que je vous dois, et même si je suis vraiment désolée, c’est cet inspecteur qui a commencé en…
— Plus un mot. Stop. Je ne veux rien savoir. Si Costa a fait le con, ou le porc, je m’occuperai de son compte plus tard. Mais pour l’instant, c’est à vous que je dois parler, Wolfe.
— Oui, capitaine.
— C’est bon, officier, vous n’êtes pas non plus obligée de ponctuer toutes vos phrases par « Oui, capitaine ». Uniquement quand c’est nécessaire.
Ashley acquiesça.
— Une autre chose encore. Ne débutez pas vos phrases par « Avec tout le respect que je vous dois » quand vous m’adressez la parole, officier. Bien souvent, c’est justement dans ce cas qu’un manque de respect va suivre.
Ashley hocha la tête en se réprimant de répondre « Oui, capitaine ».
— Asseyez-vous, Wolfe.
Ashley obtempéra tandis qu’Abraham contournait son bureau, presque invisible sous une tonne de paperasse et de dossiers divers, pour venir se caler dans son fauteuil.
Il alluma une cigarette et en tandis une à Ashley.
— Je ne fume pas, capitaine.
— D’accord. Vous avez raison, c’est mauvais pour la santé. J’essaie d’arrêter, mais c’est impossible ici : tout le monde fume.
— C’est ce qu’il m’a semblé.
— Wolfe, je ne veux plus voir ce qui vient de se passer avec Costa. Il a peut-être merdé, mais vous avez giflé un de mes hommes. Ce comportement est inacceptable. Si vous aviez un joker en tant que bleue, vous venez de le griller. Est-ce que je me fais bien comprendre ?
— Oui… capitaine.
— Bien. Le sujet est clos. Maintenant, à mon tour de vous présenter des excuses. J’étais assez occupé avec des affaires en cours, et avec des arrestations de mecs bourrés hier en marge du 4 juillet. J’ai complètement oublié votre arrivée aujourd’hui.
— Ce n’est pas grave, capitaine.
— Vous vous appelez donc Ashley Wolfe. Un lien avec le capitaine Victor Wolfe au QG de la police de New York ?
— Oui, c’est mon père.
— D’accord. Raison de plus pour vous montrer exemplaire ici. Je connais le capitaine Wolfe de réputation, mais je ne l’ai jamais rencontré. Sachez que votre nom de famille ne vous accordera aucun passe-droit ni le moindre avantage ici, officier.
— Je ne comptais pas en bénéficier, capitaine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai demandé à être affectée dans votre brigade, à White Plains, et nom dans un poste de police à New York. Je ne veux pas de favoritisme en raison du statut de mon père ou de mon nom.
— Bien, très bien même. Ce point est donc réglé.
Elias Abraham décrocha son téléphone et appela le standard. Il demanda qu’on lui apporte immédiatement un « kit de bleu ». Quelques bouffées de cigarette plus tard, un officier en uniforme frappa à la porte vitrée et le capitaine se leva pour récupérer le matériel.
— Voici votre plaque provisoire, Wolfe. Comme vous pouvez le voir, ce n’est pas une plaque d’inspecteur. Celle-ci est argentée, et non dorée, et elle précise votre statut d’officier détaché. N’oubliez pas qu’elle ne vous donne pas tous les droits. Ici, on n’est pas dans le Bronx ou à Harlem.
Ashley opina du chef.
— Et voici votre radio. Gardez-la toujours sur vous dès que vous quittez la brigade. Elle vous permettra de communiquer avec les autres inspecteurs sur le terrain mais aussi avec les sergents chargés de la coordination des patrouilles. Si vous la cassez, vous la remboursez. C’est bien clair ?
— Oui, c’est bien clair, capitaine.
Abraham tendit les deux précieux objets à Ashley et ouvrit un tiroir de son bureau.
— J’oubliais. Prenez aussi ceci. C’est un plan de la ville. Normalement, c’est pour les touristes, mais ça fera l’affaire. Mémorisez le nom des rues au plus vite, et apprenez à vous repérer. C’est primordial et ça peut même être vital.
— D’accord.
— Bien. Je pense que nous avons tout vu, ou presque. Vous allez travailler avec Westwood et Costa. Vous devrez vous y faire. Un bureau est libre à côté des leurs, vous vous y installerez après être allée chercher une arme de service à l’armurerie, en bas. Les clés des véhicules réservés aux inspecteurs se trouvent à l’accueil du garage, à l’arrière du bâtiment. Vous signerez le registre à chaque fois, sauf si vous partez sur une intervention urgente. Dans ce cas, ça attendra votre retour. Des questions, Wolfe ?
— Non, capitaine.
— Bien. Si vous vous intégrez chez nous, il y aura une place d’inspecteur à prendre quand Westwood partira à la retraite. Il lui reste quatre ans de service. Si vous vous faites remarquer, ou si vous instaurez le chaos dans la brigade, vous pourrez aller faire la circulation à New York. En attendant, soyez la bienvenue à la brigade criminelle de White Plains.
Déterminée, Ashley serra vigoureusement la main tendue par son capitaine.
— Vous pouvez disposer, officier. Ah oui, dernière chose, ajouta Abraham tandis qu’Ashley se levait et posait la main sur la poignée de porte. Vos cheveux. Même si vous n’êtes pas en uniforme, vous les coupez ou vous les attachez selon la coiffure réglementaire.
— D’accord, capitaine. J’y veillerai.
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