L'éventreur de White Plains (French Edition)

Ludovic Marin · Chapitre 2 sur 65

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L'éventreur de White Plains (French Edition)

Chapitre 1

 

Le calendrier accroché près de la fenêtre affichait « Jeudi 5 juillet 1973 », lendemain de la Fête Nationale.

Pour la jeune femme, les souvenirs de l’obtention de son diplôme d’officier n’étaient déjà plus que ça : des souvenirs.

La prestigieuse cérémonie de remise des diplômes organisée à la fin du mois d’avril – symbolisant la fin de son parcours à l’école de police de New York – paraissait déjà bien loin aux yeux d’Ashley Wolfe.

Tout comme les souvenirs d’une autre cérémonie à laquelle elle avait assisté en famille, avec son père et sa mère, au début du même mois, le 4 avril, à Manhattan. Celle de l’inauguration des deux magnifiques et immenses tours jumelles du World Trade Center, conçues pour être indestructibles et pour symboliser la toute puissance américaine envers le reste du monde.

Ashley n’avait pas à rougir de son parcours à l’école de police – mieux, elle pouvait en être fière – car elle avait terminé l’année quatrième de sa promotion.

Certes aux pieds du podium ; mais un excellent résultat tout de même, d’autant plus qu’elle était la première femme du classement. Elles n’étaient que quatre Eve, face à cent-douze Adam, au sein de la promotion 1973.

Puis la liesse partagée avec ses proches avait laissé place au stress du grand saut vers l’inconnu accompagnant la première affectation de tout nouvel officier.

Mais auparavant, Ashley avait mis à profit cette attente – l’affectation ne serait pas effective avant le début du mois de juillet – pour suivre un cursus complémentaire et intensif en mai et en juin à Quantico, en Virginie, au siège du FBI.

Là, elle avait assisté à plusieurs cours et conférences traitant d’une discipline policière inédite : les sciences du comportement. Notions de profilage et de criminologie, importance de l’aspect psychologique…

Autant de nouveaux concepts qui avaient passionné Ashley, qui avaient ouvert ses horizons et auxquels elle comptait se référer dans l’exercice de son futur métier.

Logée sur place à l’Académie du FBI sur le campus de Quantico, elle avait même eu l’occasion de suivre le dimanche 24 juin, en compagnie d’autres stagiaires, la retransmission télévisée du discours du leader soviétique Leonid Brejnev, alors en visite diplomatique aux États-Unis.

Un temps fort de ce que les observateurs politiques appelaient « la Détente » depuis la résolution de la crise des missiles de Cuba une dizaine d’années plus tôt.

Ce stage avait tellement enchanté la jeune femme qu’elle avait d’ailleurs été à deux doigts de décliner son affectation dans la police, de postuler au FBI et de rejoindre les rangs des enquêteurs fédéraux. Mais elle avait la police dans le sang, au propre comme au figuré.

Ashley aurait très bien pu accepter un poste dans un commissariat de New York, sa ville natale. Mais à la place, elle avait opté pour une affectation à White Plains, au sein du WPPD, le White Plains Police Department.

La raison de ce choix ? Son père.

 

Victor Wolfe était un haut gradé de la police de New York travaillant au quartier général du NYPD et Ashley ne souhaitait surtout pas être taxée de favoritisme ou de complaisance tout au long de sa carrière. Et tout particulièrement concernant sa première affectation. S’installer à White Plains lui permettrait de mettre de la distance entre elle et l’encombrante aura de son père, sans toutefois s’éloigner trop de sa famille.

De plus, White Plains, située à la périphérie nord de New York – une heure de route quand il n’y avait pas de ralentissements ou d’embouteillages – offrirait un dépaysement léger mais bienvenu à Ashley ; elle qui n’avait essentiellement connu, de toute sa vie, que la vie dans la Grosse Pomme.

Siège de comté de Westchester, la ville en essor depuis le début des années soixante avait vu la construction de voies rapides, de centres commerciaux, de sièges de sociétés. Sa population s’était enrichie au cours de la même période de nombreux new-yorkais qui, comme Ashley, souhaitaient s’épanouir dans une ville moins étouffante.

L’emménagement de la toute nouvelle officier de police à White Plains s’était déroulé au cours du dernier week-end de juin, sitôt son retour de Quantico. En épluchant minutieusement les petites annonces dans la presse locale, Ashley avait réussi à dégoter un studio idéalement situé, à l’angle de Mamaroneck Avenue et d’Ethelridge Road, juste au-dessus d’un commerce alimentaire.

Un quartier mixte – ni populaire, ni huppé, doté de quelques commerces dont un indispensable disquaire – d’où elle pourrait aller travailler en prenant le bus.

Ashley s’apprêtait à faire ses premiers pas dans les forces de l’ordre et à réaliser son rêve. Celui de marcher sur les traces de son père, tout en se faisant son propre nom.

Pour cela, Ashley avait intégré un programme de promotion accélérée des jeunes recrues du WPPD. Elle ne débuterait pas sa carrière en tant que simple officier commise à la circulation, ou préposée aux délits mineurs, mais serait détachée dès ses premiers jours au siège de la police au sein de la brigade criminelle, en tant que renfort auprès des inspecteurs.

L’objectif était de former rapidement les futurs inspecteurs en prévision d’une vague générationnelle de départs en retraite.

Sa quatrième place acquise à sa sortie de l’école de police de New York, son stage à Quantico, son dossier parfait, ses compétences diverses – Ashley parlait anglais, allemand, français et possédait quelques notions d’italien – avaient favorisé son intégration à ce dispositif. Tout comme son nom de famille, même si elle se refusait à le croire.

 

En tant qu’officier détachée, Ashley n’avait pas obligation de porter son uniforme de patrouille au quotidien. C’est pourquoi, au petit matin de ce 5 juillet 1973, son premier jour à la brigade criminelle de White Plains, la jeune femme tout juste âgée de vingt-deux ans se hâtait en s’habillant d'une tenue civile. Elle ne voulait surtout pas se présenter en retard pour cette première journée.

Ashley Wolfe opterait d’ailleurs pour un taxi, en ce premier jour, plutôt que pour le bus afin de se rendre au siège de la police.

 

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