L'habit ne fait pas le moineau (French Edition)

Maxine regardait ou plutôt inspectait l'intérieur de la voiture. Depuis

4.

 

Maxine regardait ou plutôt inspectait l'intérieur de la voiture. Depuis

qu'elle était montée, aucun des deux n'avait dit un mot. Peut-être valait-il mieux. Le jeune drogué pourrait se montrer agressif. Pourtant, quelque chose en lui inspirait une certaine douceur à Maxine comme s'il était un petit oisillon tombé du nid après avoir essayé trop tôt de voler. Peut-être qu'il avait rompu avec sa copine ou son copain, on ne sait jamais maintenant. Peut-être que ses parents l'avaient chassé de chez lui. Peut-être qu'il s'était enfui parce qu'il avait voulu doubler son dealer et que maintenant il avait un contrat sur le dos. Peut-être que la Police le recherchait. Peut-être que c'était un espion qui avait démasqué une taupe au sein de son équipe et qui était maintenant en danger de mort… Que c'était excitant ! Ou alors c'était juste un gamin qui allait à Bruxelles.

Personne ne parlait et pourtant chacun savait que la route serait

longue. Maxine reprit son inspection de la voiture. Propre, mais négligée. Exactement comme son propriétaire. On sentait une sorte de laisser-aller général. Un manque d'envie. Une lassitude.

Elle espérait quand même qu'il était capable de conduire

correctement. Elle jeta un œil discret dans sa direction. Il avait l'air concentré. Pris dans son monde intérieur. Comme s'il ne voyait même pas qu'elle était à côté de lui. Faisait-il semblant ?

Une goutte de sueur commença à dégringoler doucement le long de la

tempe du garçon. Peut-être qu'il était en manque, il lui fallait sa dose, son fix, sa dope, son shoot. Il fallait qu'elle arrête de regarder les émissions de Bernard de la Villardière.

Elle essaya de réchauffer l'atmosphère :

– Vous savez, je n'ai absolument rien contre les drogués. Alex leva un sourcil surpris, mais ne détourna pas le regard de la route. La petite vieille était-elle en train de lui proposer de la drogue ? Il ne lui manquait plus que ça. Une camée senteur naphtaline. Il avait déjà suffisamment de problèmes comme ça sans rajouter le risque de se faire arrêter par la Police. Il décida de ne rien dire, mais ça n'empêcha pas la mémé de continuer :

– Je n'ai jamais été contre un petit joint de temps en temps. Bon, là c'était sûr. La vieille lui proposait bien de la drogue.

– Tant mieux pour vous. Mais moi, je ne mange pas de ce pain-là. Il termina sa phrase avec un petit hochement de tête décidé.

Pour Maxine il était clair qu'elle avait fait une erreur. Ce petit jeune

était dans un état bien plus grave qu'elle n'avait présagé. Il était passé aux drogues dures. Elle fouilla au fond de sa mémoire pour se souvenir des noms des autres drogues, les plus fortes, celles qu'elle avait utilisées à Woodstock. Mais bon, tout ce qui se rapportait à cette période-là de sa vie était bizarrement très brumeux.

Soudain, elle se souvint d'une émission, merci Bernard, sur les bas-fonds de Marseille et sur le trafic de drogue qui y régnait.

– Peut-être préférez-vous la cocaïne ?

Alex détourna un instant les yeux de la route pour se tourner avec un air effaré vers Maxine.

– Certainement pas !

Quel petit snob pour un drogué.

– Quand même pas l'opium. C'est cher et démodé, vous savez.

– Vous vous y connaissez drôlement en matière de drogues à ce que je

vois.

– Oh, pas tant que ça, fit-elle avec un geste modeste de la main. J'essaie

de me tenir au courant c'est tout.

– Pour répondre à votre question, non je ne fume pas d'opium.

– Alors, il ne nous reste plus que l'ecstasy alors ou peut-être

l'oxycodone ?

Alex s'arrêta au feu. Il vit un peu plus loin un policier occupé à

commander un café chez Starbucks. Devait-il lui demander de l'aide pour se débarrasser de cette petite vieille dealeuse ? Et si elle avait une arme planquée son son gilet lavande, un couteau cranté sous sa jupe plissée ? Non, le policier ne le croirait jamais, une trafiquante en collier de perles et déambulateur, un go fast en twingo, il aurait l'air d'un idiot.

– Écoutez Madame...

– Vous pouvez m'appeler Maxine.

– Très bien, écoutez Maxine...

– Et moi, je peux vous appeler Alex ?

– Si vous voulez…

– Et peut-être que je pourrais vous tutoyer, je pourrais être votre sœur.

– Euh…

– Votre mère alors ?

– …

– Bon d'accord, votre grand-mère.

– Euh, comme vous préférez. Mais écoutez-moi bien Maxine, revenons

à l'essentiel et pour clarifier les choses : je ne suis pas un drogué.

Elle le regarda avec affection. Il essayait de se défendre bien sûr.

– Alex, la première des choses est d'admettre qu'on a un problème.

– Oh pour ça j'en ai plein des problèmes.

– C'est bien, il faut en parler. Appeler à l'aide demande beaucoup de

courage.

– Mais c'est ce que j'ai fait.

– C'est très bien et je t'en félicite. Tu vas à Bruxelles pour te faire

soigner ? Il y a de bonnes cliniques de désintoxication là-bas ?

– Mais je ne suis pas un drogué !

Maxine tourna vers Alex un regard réprobateur en pointant un doigt

accusateur sous le nez d'Alex.

– Qu'est-ce qu'on vient de dire jeune homme ? Il ne faut pas nier ses

problèmes. Et puis, tu ne trouves pas que c'est quand même dangereux

de conduire dans ton état ? Mais bon, vous les drogués, ne savez plus

ce que vous faites lorsque vous êtes en manque. Gare-toi sur le côté, je

vais conduire. Ça doit bien faire trente ans que je n'ai pas conduit, mais

ce doit être comme le vélo, ça ne s'oublie pas. On est bien d'accord, la

pédale de frein c'est celle du milieu ?

Elle commença à vouloir agripper le volant.

– Arrêtez tout de suite, vous allez nous faire avoir un accident !

– Conduire sous l'emprise de stupéfiant n'est pas plus sécuritaire, mais

si tu insistes…

Pendant un court instant, le silence prit la suite de cette conversation.

Alex inspira profondément et souffla un grand coup pour se calmer. S'il voulait que la petite mémé arrête de lui casser les pieds avec cette histoire de drogué, il allait falloir qu'il lui dise la vérité.