L'Infinie comédie

David Foster Wallace · Chapitre 4 sur 70

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L'Infinie comédie

9 Mai – Année des Sous-Vêtements pour Adultes Incontinents Depend

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9 MAI – ANNÉE

 

DES SOUS-VÊTEMENTS

 

POUR ADULTES

 

INCONTINENTS DEPEND

 

Une autre manière dont les pères influent sur leurs fils s’observe quand

les fils, dont la voix a commencé à muer, répondent au téléphone en

employant invariablement les mêmes locutions et intonations que leurs

pères. Ça reste vrai même si les pères ne sont plus en vie.

Parce qu’il quittait sa chambre de dortoir avant 06 h 00 pour les

entraînements à l’aube et ne rentrait souvent qu’après le dîner, préparer son

sac à livres, son sac à dos et son sac de sport pour toute la journée, et choisir

ses meilleures raquettes… tout cela demandait un certain temps à Hal. En

outre il ramassait, emballait et triait dans le noir, et en catimini, parce que

son frère Mario dormait encore dans l’autre lit, généralement. Mario ne

s’entraînait pas et ne savait pas jouer, et il avait besoin de tout le sommeil

possible.

Hal tenait son sac de sport sponsorisé et approchait différents pantalons

de survêtement de son visage pour déterminer à l’odeur lequel était le plus propre, quand la console téléphonique sonna. Mario sursauta et s’assit dans

son lit, petite forme voûtée à grosse tête découpée dans la lumière grise de

la fenêtre. Hal arriva devant la console à la deuxième sonnerie et sortit

l’antenne transparente à la troisième.

Sa façon de répondre ressemblait à un « mmmoalleu ».

« Je tiens à te dire… commença la voix dans le téléphone. Ma tête est

pleine de choses à dire. »

Hal serrait trois pantalons E.T.A. dans la main qui ne tenait pas le

téléphone. Il vit son frère aîné succomber à la pesanteur et retomber

mollement en arrière sur les oreillers. Souvent Mario s’asseyait et

retombait, toujours endormi.

« Ça me va, dit doucement Hal, j’ai tout le temps I.

– C’est ce que tu crois », fit la voix.

La communication fut coupée. C’était Orin.

« Eh, Hal ? »

La lumière dans la chambre était d’un gris morne, une espèce de non-

lumière. Hal entendit Brandt rire d’une blague de Kenkle, au loin dans le

couloir, et leurs seaux de ménage heurter le sol. La personne au téléphone

avait été O.

« Eh, Hal ? » Mario était réveillé. Il fallait quatre oreillers pour soutenir

le crâne hypertrophié de Mario. Sa voix provenait des draps entortillés. « Il

fait encore nuit ou c’est moi ?

– Rendors-toi. Il est même pas six heures. »

Hal mit la bonne jambe en premier dans le pantalon de survêtement.

« Qui c’était ? »

Fourra trois grands tamis Dunlop sans étui dans le sac de sport et ne

referma que partiellement la fermeture de façon à laisser les manches

dépasser. Porta les trois sacs jusqu’à la console pour désactiver la sonnerie

du téléphone. Il dit : « Personne que tu connaisses, je crois pas. »

I. Cette réplique et la précédente sont extraites d’une chanson des Beatles, I Want to Tell You.

 

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