Louis et la jeune fille

Cécile Ladjali · Chapitre 62 sur 71

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Louis et la jeune fille

Lettre 59

59

 

Nice, le 1 er juin 1951

Jack,

On s’est aimés. Je t’ai quitté. J’ai préféré te mettre à distance, car j’ai toujours eu la certitude que tu détenais une part de mon destin. Cela me faisait peur. Et je t’écris dans le but de t’avouer cette folie. Car c’en est une, tu en conviendras. Cependant, j’accorde beaucoup d’importance à la mémoire déjantée des choses. Aux grands sourires d’un monde fou, baigné de rayons solaires, qui décident d’incendier dès 6 h 30 en été la griotte de mes tartines.

Le monde se lève, le thé fume déjà clair. La mer en bas. Le cimetière de Nice en haut. Et la lettre qu’il faut t’écrire dans la torture du milieu. Tout t’avouer.

Et puis je compte sur toi, mon Jack, pour ne pas m’oublier. Débrouille-toi, quand je serai morte, mais il ne faut pas que je sois seule ! (Oh ! ne jamais être dans les marges.) Etre seule quand on est morte doit être atroce. Qui me tiendra chaud quand je dormirai sous la terre ?

Confiteor : toi, tu es bien vivant et ma missive doit te mettre mal à l’aise. Alors de quoi te parler ? De tes études d’histoire à Cambridge ? De ta passion pour les vieux grimoires ? Quand je pense que tu as oublié le jazz, la danse et la petite folle que j’étais à Saint-Germain-des-Prés ! Tu es trop sérieux, Jacquot. Nos destins pourfendus se cousent très loin l’un de l’autre. Ça me rend triste. Mais c’est ma faute.

Un baiser. Deux, peut-être ?

Lorette.

P.-S. As-tu une nouvelle fiancée ?

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