Louis et la jeune fille

Cécile Ladjali · Chapitre 9 sur 71

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Louis et la jeune fille

Lettre 6

6

 

Paris, le 13 décembre 1950

Jane,

Je suis allée au Louvre pour la première fois vendredi dernier. Je me suis perdue dans le dédale des antiquités gréco-romaines, puis celtes. J’ai aimé les fibules, les colliers, les bagues, les diadèmes de cuivre dont on habillait les morts. Princes, prêtres, grands personnages. Brillants et funèbres à la fois. Ils marchaient dans la mort. Parés. Ils n’avaient plus peur. Ils n’avaient plus froid. Nos yeux de petites Parisiennes modernes les habillaient. Les enviaient presque. Je me tenais derrière la vitrine, contemplant les cadeaux qu’on avait faits aux défunts. Les bijoux brillaient encore. Au-delà des ossements. Très loin du souvenir des larmes et de la poussière.

C’est effrayant, les bijoux de la Mort. Elle rigole, édentée, la Grande Macabre ! Elle aime les jeunes filles amoureuses et la musique. Elle peut être belle aussi à ses heures. Méfions-nous, Jane, et allons danser !

Lorette.

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