Marie ou L’esclavage aux États-Unis

Gustave de Beaumont · Chapitre 20 sur 52

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Marie ou L’esclavage aux États-Unis

Chapitre XVI

« Le peuple américain semble avoir été condamné, dès sa naissance, à manquer de poésie… Il y a, dans l’ombre attachée au berceau des nations, quelque chose de fabuleux qui encourage les hardiesses de l’imagination. Ces temps d’obscurité sont toujours les temps héroïques : dans l’antiquité, c’est la guerre de Troie ; au Moyen-Âge, les croisades. Dès que les peuples s’éclairent, il n’y a plus de demi-dieux… Les Américains des États-Unis sont peut-être la seule de toutes les nations qui n’a point eu d’enfance mystérieuse. Environnés, en naissant, des lumières de l’âge mûr, ils ont écrit eux-mêmes l’histoire de leurs premiers jours : et l’imprimerie, qui les avait précédés, s’est chargée d’enregistrer les moindres cris de l’enfant au maillot.

 

XVI

 

« La poésie commença en France par les chants des trouvères et les amours des chevaliers… Telle ne saurait être son origine aux États-Unis. Les hommes de ce pays, dont le respect pour les femmes est profond, méprisent les formes extérieures de la galanterie. Une femme seule au milieu de plusieurs hommes, égarée dans sa route ou abandonnée sur un vaisseau, n’a point d’insulte à redouter ; mais elle ne sera l’objet d’aucun hommage. On sait en Amérique le mérite des femmes ; on ne le chante point.

 

XVII

 

« À peine le peuple américain était-il né, que la vie publique et industrielle s’est emparée de toute son énergie morale. Ses institutions, fécondes en libertés, reconnaissent des

 

– 180 – droits à tous. Les Américains ont trop d’intérêts politiques pour se préoccuper d’intérêts littéraires. Lorsque, vers la fin du siècle dernier, vingt-cinq millions de Français étaient gouvernés selon le bon plaisir d’une femme galante, ils pouvaient, tranquilles sur les affaires du pays, s’amuser de choses frivoles et se dévouer