Marie ou L’esclavage aux États-Unis

Gustave de Beaumont · Chapitre 25 sur 52

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Marie ou L’esclavage aux États-Unis

Chapitre XXVIII

 

« Il arrive parfois, dans les révolutions politiques, que, la vertu devenant crime et le crime vertu, on voit tour à tour condamnés au dernier supplice les hommes de principes les plus opposés. Est-ce que le bourreau et ses aides s’abstiennent de leur profession parce que les crimes sont douteux ? non sans doute ; ils continuent leur métier. Ainsi font les écrivains ; ils ne travaillent pas sur des corps, mais sur des idées, tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre. Leur demander de se vouer à un système, c’est vouloir qu’ils aient des opinions, des croyances, des convictions exclusives ; c’est restreindre dans de certaines limites leur industrie qui, de sa nature, est sans borne comme la pensée dont elle émane.

 

XXIX

 

« L’industrie des idées étant la dernière de toutes, il s’ensuit que, pour écrire, il faut n’avoir rien de mieux à faire. Quiconque se sent du génie se fait marchand ; les incapacités se réfugient dans le petit métier des lettres. On laisse volontiers aux femmes le soin de faire des vers et des livres, c’est une frivolité qu’on abandonne à leur sexe ; on leur permet de perdre le temps en écrivant.

 

« Vous trouverez dans toutes les villes d’Amérique un assez grand nombre de femmes savantes. Quelques-unes ont acquis

par leurs ouvrages une réputation méritée 47 ; mais la plupart sont froides et pédantes. Rien n’est moins poétique que ces muses d’outre-mer ; ne les cherchez point dans la profondeur

 

47 Note de l'auteur. Quelques-unes ont acquis une réputation méritée.

Entre autres miss Sedgwich, auteur de plusieurs romans fort jolis.

 

– 185 – des sauvages solitudes, parmi les torrents et les cataractes, ou sur le sommet des monts : non, vous les verrez marchant dans la boue des villes, des socques aux pieds et des lunettes au visage.