Moi pis Novarina
Tais-toi ou je t'embrasse
Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi, ça a toujours été la même affaire : les gens que j’aime et qui sont encore dans ma vie, amoureux ou ami.e.s, je les ai reconnus tout de suite ! La première fois que j’ai vu Caro, Karine 1, Karine 2, Mivil, ou David, c’était comme si je les connaissais depuis toujours, comme si on avait grandi ensemble, puis qu’on se retrouvait après s’être perdus de vue un certain temps.
Quand j’ai vu Francis – petit nouveau de l’école en secondaire quatre – entrer dans ma classe de physique, je l’ai tout aussi « reconnu ». Avec ses cheveux gonflés bizarres, ses bas blancs dans d’immenses souliers atroces, ses joues très trop roses, son regard vif et intelligent, il avançait dans la rangée d’un air distant, style « tassez-vous gang de mous », et il est allé rejoindre un gars assis tout seul, juste derrière moi. Je me suis retournée rapidement pour regarder encore une fois furtivement son visage. Drôle d’impression de revivre un rêve.
On a pas tardé à découvrir que Francis était un geek brillantissime et qu’il avait une grande, grande gueule. Il adorait les débats intellectuels et les prises de bec, avec les élèves comme avec les professeurs. Personne ne sortait jamais complètement vivant d’une joute verbale avec lui. Francis n’a pas tardé non plus à découvrir que j’étais une adversaire royale et qu’il allait pas l’avoir facile avec moi dans ses cours de physique, français, maths, anglais et morale. (Karma d’horaire scolaire !)
My god que cette année-là, et la suivante, on a pu se pogner ! On s’est obstinés sur tous les sujets, politique, art, histoire, psychologie, ornithologie, menu du jour à la cafétéria ; on s’est obstinés partout : dans les cours, bien sûr, mais aussi dans l’agora, dans les corridors, au gym, dans le local environnement, à la radio étudiante, et même une fois, jusqu’à très tard à la dernière journée de notre secondaire cinq, sur la butte en face de l’école. Cette fois-là, Francis a compris qu’il ne gagnerait jamais la partie et que la seule façon de me faire taire était de m’embrasser. Et depuis ce jour, tous les jours, on s’embrasse autant qu’on argumente, avec mucho de passion.
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