Moi pis Novarina
Lausanne et ses dentelles
Lausanne, je t’aime.
Et quel été formidable on a passé ensemble ! Te souviens-tu un peu de moi ? La Québécoise dodue et très dans la lune, avec un toutou chien qui sort du sac à dos ? T’es si belle, ma Lausanne, sous les rayons de soleil, moi je ne t’oublierai jamais. T’es toute en courbes et en pentes, pleine de recoins secrets, avec de merveilleuses rues pavées, des marchés extérieurs, des terrasses, des ponts romantiques, des logements couleur pastel avec des persiennes et des géraniums accrochés partout aux fenêtres. Dans ton cœur il y a une étonnante horloge dorée qui s’ouvre chaque heure pour faire défiler un spectacle de petits pantins-personnages mécaniques. Même ton cinéma pornographique est mignon de l’extérieur avec ses murs roses et ses fleurs en bordure, faut le faire pareil !
Faut dire que t’es coquine, ma Lausanne ! Partout, tu laisses traîner tes dentelles vertes : buissons de buis à l’odeur mémorable, figuiers gorgés de fruits, vignes et lierre grimpant partout, arbres bizarroïdes, gigantesques conifères aux cocottes grosses comme des poings. Se prosterne aussi à tes pieds le majestueux lac Léman, où est posé le tout aussi majestueux théâtre de Vidy. C’est là que j’ai passé neuf incroyables semaines de travail avec une troupe d’acteurs, actrices, concepteurs, conceptrices, et metteur en scène, tous fabuleux !
On répétait en moyenne dix heures par jour, six jours semaine. Le samedi c’était congé. (Ouf !) Je faisais d’abord du lavage à la buanderie collective, au sous-sol de mon mini appartement, puis je rejoignais ensuite quelques membres de notre troupe pour un traditionnel barbecue sur la plage du lac.
(Attention, les cygnes qui squattent les berges peuvent être très violents. Ces espèces d’immenses dindes blanches à l’air angélique sont en fait des vraies brutes sanguinaires qui peuvent te casser un bras d’un coup de bec. Ne les regardez pas dans les yeux.)
Après un pique-nique qui s’étire en bonne compagnie, j’allais me recueillir une heure ou deux à la Collection de l’art brut de Lausanne, le plus beau musée au monde ! On y expose l’art de gens psychiatrisés ou hors norme. J’ai vu des affaires que tu ne trouveras jamais ailleurs : des poupées suspendues super morbides, faites de tissus mottonnés et de terre, un bateau hallucinant sculpté dans des os de bœuf, d’incroyables natures mortes 3D toutes faites de coquillages peints avec du vernis à ongles et du brillant !
Ensuite, pour rentrer chez moi, je faisais un détour dans un kiosque à fromage place de la Riponne, où je perdais toute contenance (et toute dignité) à la vue des bries coulants aux champignons et des nombreux fromages d’alpage. Juste à côté de la fromagerie, il y avait une minuscule brocante digne de Harry Potter qui vendait autant des lustres de cristal éblouissants que des rustiques cloches à vache toutes patinées par l’usure du temps. Pour les pauvres comme moi, le brocanteur avait gentiment posé au sol devant sa boutique des boîtes débordantes de petits trésors à moins de 15 francs suisses (environ 15 $ canadiens). J’y ai fait quelques trouvailles dont je suis assez fière merci :
Un ancien cadre, très joli, avec une peinture qui représente un mazot. (Ça, c’est une petite maison montagnarde suisse très typique.) Je l’ai accroché au-dessus de mon ordi. C’est comme une fenêtre magique, pour retourner en Suisse, chaque fois que je m’en ennuie.
Une cuillère à crème en bois, avec le manche en forme d’espèce de cerf. Le brocanteur m’a raconté que le temps était long en montagne pour les bergers, ils devaient rester plusieurs jours en alpage pour faire brouter les vaches. Alors ils sculptaient ce genre de bidule pour servir la crème, mais aussi pour se désennuyer. (Courage, bergers du passé, le téléphone intelligent arrive dans quelques années !)
Un vieux bibelot d’éléphant de cirque avec la trompe en l’air, pour la chance ! (Bon, la trompe est un peu fêlée, mais hé, je l’ai eu pour
cinq francs !)
Un livre en décomposition avancée, pas très intéressant sur le plan littéraire, mais avec un VRAI papillon séché dedans ! (Héhé, tu l’avais pas vu, han, monsieur le brocanteur ? Gnaha, il est à moi, maintenant !) Je l’ai délicatement attrapé avec des pinces, pour ne pas abîmer ses minuscules ailes translucides, et je l’ai placé dans un petit étui de plastique rigide. Un genre de porte-clés. J’ai décidé que c’était mon porte-bonheur ! Il s’appelle Butter Fly et il me suit partout.
Bon, je sais, tout ça fait très « carte postale », mais si je prends le temps de décrire ma Lausanne chérie eh bien, c’est qu’il y a une raison, non ? Et la raison est que c’est exactement dans cette ville-là que j’ai rencontré, EN PERSONNE, monsieur Valère Novarina ! Tatam !
Bon, allez, on y va. Attache ta tuque avec du vacherin fondu.
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