Moi pis Novarina
Un flamant rose qui pleure dans la neige
Un flamant rose
qui pleure dans la neige
Ma Lausanne chérie, je te quitte. Dans une semaine. Ça me tue. J’aurais sincèrement envie qu’une partie de moi reste ici, et que l’autre rentre à Montréal. Bon, c’est certain que j’ai hâte de revoir mon chum et mon monde, mais ta beauté Lausanne ! Et mes nouveaux amis suisses ! Et le spectacle d’Edward Bond qu’on a monté et que je ne verrai pas, au final ! Et le chocolat et le fromage ! Tout ça ! Comment je vais faire pour partir ? Voyager, c’est trop dangereux. On tombe toujours un peu en amour.
Heureusement, j’ai reçu hier un petit colis de la part de ma Karine 1 qui me va donner le courage qu’il me manquait pour embarquer dans l’avion du retour. J’ai ri-pleuré en lisant la longue lettre que mon amie d’enfance m’a rédigée avec son écriture ballon si unique. Dans la boîte, il y avait aussi des gommes qui goûtent le savon et une « bulle de rêve » : un flamant rose emprisonné dans une boule de verre remplie de liquide. Quand on la secoue, de la neige en plastique revole tout autour. Ma Karine 1 m’écrit :
Toi en Suisse, ça me fait penser à ça. Un flamant rose dans la neige.
Je veux juste dire deux choses :
1. Les avions n’ont PAS de rétroviseurs. C’est confirmé.
2. Y’en a qui s’habituent à percer des montagnes en nuages avec le museau métallique d’une machine volante de trois cents tonnes, mais pas moi.
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Est-ce que vous aviez l’impression que le monde
était absent ? ou que vous-même vous étiez dans quelqu’un qui ne serait
pas ?
Valère Novarina, Vous qui habitez le temps,
Éditions P.O.L., 1989, p. 69
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