Poèmes de Walt Whitman

Walt Whitman · Chapitre 9 sur 63

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Poèmes de Walt Whitman

Combien de Temps Fumes-Nous Trompés Nous Deux

COMBIEN DE TEMPS FUMES-NOUS TROMPÉS

NOUS DEUX

 

Combien de temps fûmes-nous trompés, nous deux! Aujourd’hui métamorphosés, nous nous évadons promptement comme la

Nature s’évade,

Nous sommes la Nature, longtemps nous avons été absents, mais à présent

nous revenons,

Nous devenons plantes, troncs, feuillages, racines, écorce, Nous sommes encastrés dans le sol, nous sommes rochers, Nous sommes chênes, nous poussons côte à côte dans les clairières, Nous broutons, nous sommes deux bêtes sauvages, mêlées aux troupeaux,

primesautières à l’égal des autres,

Nous sommes deux poissons nageant de conserve dans la mer, Nous sommes ce que sont les fleurs de l’acacia, nous laissons tomber des

senteurs par les chemins, de l’aube au crépuscule, Nous sommes également l’ordure grossière des bêtes, des plantes, des

minéraux,

Nous sommes deux éperviers adonnés aux rapines, nous planons dans l’air

et regardons en bas,

Nous sommes deux soleils resplendissants, c’est nous qui nous balançons

arrondis et stellaires, nous sommes tels que deux comètes, Nous rôdons dans les bois, quadrupèdes armés de griffes, nous bondissons

sur notre proie,

Nous sommes deux nuages voyageant là-haut, les matins et les soirs, Nous sommes des mers qui se mêlent, nous sommes deux de ces vagues

joyeuses qui roulent l’une sur l’autre et s’entr’inondent, Nous sommes neige, pluie, froid, ténèbres, nous sommes chaque produit et

chaque influence du globe,

Nous avons fait des tours et des tours, tous les deux, avant de nous retrouver

de nouveau chez nous,

Nous avons épuisé tout hormis la liberté, tout hormis notre propre joie.