Poèmes de Walt Whitman

Walt Whitman · Chapitre 1 sur 63

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Poèmes de Walt Whitman

Note du Traducteur

 

Parmi les papiers laissés par le poète se trouve cette note

de sa main: «Introduire dans quelque poème un passage à

l’effet de dénoncer et de menacer qui que ce soit qui,

traduisant mes poèmes en une autre langue, ne traduira pas

chaque verset et, cela, sans rien ajouter ni retrancher.»

C’est surtout aux faiseurs d’éditions expurgées—

abhorrées par lui—que cette menace s’adressait. Mais

alors même que nous comprendrions l’avis ci-dessus en sa

plus large acception, la publication de morceaux choisis

d’un livre que son auteur nous invite à considérer, non

comme un simple recueil, mais comme un tout vivant dont

l’intégrité lui importait «pour des raisons», semble

néanmoins justifiée par d’autres raisons, sans que celles-ci

soient nécessairement irréductibles à celles-là. La plus

évidente de nos raisons est le désir de donner, sous un

format de poche et à un prix très modique, un aperçu des

Poèmes de Walt Whitman au public nombreux et précieux

pour lequel les sept cents pages compactes de la version

complète des Feuilles d’herbe (toute son œuvre poétique,

c’est-à-dire la matière d’une dizaine de moyens volumes

de vers) constituent un obstacle que ce public n’ose

franchir sans savoir si l’effort en vaut la peine.

Toutefois, si cette publication nous paraît justifiée en

principe, il est certain qu’elle ne le sera pleinement que

dans la mesure où on la tiendra surtout pour une sorte d’introduction à la connaissance du livre entier, qui vaut

bien davantage que n’importe laquelle, ou la somme

même, de ses parties. Celui qui ignore Walt Whitman

trouvera ici assez de substance pour avoir un avant-goût de

sa personnalité et de son art. D’autre part, le lecteur qui ne

trouvera en ce choix rien qui lui parle spécialement ne

trouvera probablement guère davantage dans le livre

complet.

Nous désirons aussi qu’il soit bien entendu que les

«morceaux» qui suivent n’ont pas été «choisis», parce que

supérieurs au reste, à notre avis. Notre sélection a d’abord

été déterminée par des nécessités matérielles: désirant, en

effet, ne donner que des pièces entières, les longs poèmes

se trouvaient à peu près exclus d’un aussi mince volume.

Et, en choisissant parmi les autres, nous avons peut-être

été guidés par une certaine préférence, non pour les plus

beaux, mais pour les moins ardus, ceux qui ne déroutent

pas le lecteur au premier contact et où il a accès de plain-

pied,—comme plus efficacement préparatoires à la

diffusion et à la compréhension d’une œuvre dont nombre

de lecteurs jusqu’ici ont su admirer les proportions, la

nouveauté, l’accent, mais dont trop peu encore ont senti

toute la beauté profonde, l’intensité d’émotion et ce que

nous serions tenté d’appeler la musique intérieure.