Reine d'un jour
Des gens
Adele Roberts – infirmière
Danny Mansfield – tour manager, mari
Donald Bain – parrain (officieux)
Eileen Johnstone – mère
Hamza Hassan – petit ami
Ida Edwards – femme dans le train
Jess Blake – camarade
Malcolm Campbell – père
Neil Munro – journaliste
Ruth Jones – amie
Sammi Smith – fille qui vit dans un squat
Shiv West – chanteuse pop
Simon Carruthers – homme à un mariage
Xanthe Christos – ancienne camarade
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Q Magazine, juin 1990
Poil de carotte
Pete Moss croise le fer avec la nouvelle pop-star dans le vent
La séance télé du soir ne sera plus jamais la même, depuis un certain jeudi de mars dernier. Dans tout le pays, des pères sont tombés en arrêt, leur fourchette d’egg & chips stoppée en plein vol. Des mères ont détourné la tête avec un murmure désapprobateur, en raclant rageusement les assiettes. Et les gosses, collés à l’écran ? C’est bien simple : ils n’avaient jamais rien vu de tel : une jeune femme qui déboutonnait son gilet pour dévoiler un tee-shirt moulant à slogan anti-poll tax, au mépris de toutes les règles de bienséance de Top of the Pops.
Clio Campbell fait un certain… effet aux gens.
Ils s’arrêtent tous pour la regarder quand elle pénètre dans ce bistrot londonien des plus ordinaires à l’heure du déjeuner, avec son rouge à lèvres, sa mini-jupe et toute la désinvolture de ses Doc Martens éraflées. Les yeux sont attirés par cette crinière rousse, captivés par la beauté farouche et pénétrante de son regard. On sait qui elle est. On la reconnaît. On la montre du doigt. Et elle sourit aux gens, avec douceur, accueillant cette notoriété toute neuve. Nos yeux se croisent et elle m’interroge du regard. C’est vous ? Je hoche la tête : c’est moi. Elle replie délicatement ses jambes dans le fauteuil en face du mien, et m’adresse un grand sourire provocant. “Une pinte ?” demande-t-elle.
Clio Campbell est écossaise, et ça se voit. Avec ses boucles flamboyantes, son teint laiteux et son accent suave, chantant, on dirait qu’elle débarque tout juste du tournage de Highlander. Elle aime maintenir le mystère sur ses origines (“Och, j’ai grandi dans un bled minuscule. Ça ne vous dirait rien du tout”, répond-elle quand j’insiste), mais elle admet avoir fait son apprentissage musical sur la scène folk et dans les dancings des Highlands.
Quand elle a fait son entrée au panthéon de la pop en début d’année, avec “Rise up”, son hymne follement accrocheur qui invitait tout le monde à se mettre “debout” contre la poll tax, certains doutaient qu’une jeune fille de 23 ans soit capable d’écrire toute seule une chanson aussi complexe, musicalement parlant (réponse : elle en est capable, et elle l’a fait). Son père, me raconte-t-elle, est un chanteur bien connu de la scène folk, et il lui a manifestement légué ce charisme bravache et quasi magnétique. Son parrain est le musicien Donald Bain, petite main des studios qui fait toujours des merveilles sur un album, et à qui elle doit, dit-elle, son éducation musicale. Mais Clio Campbell est bien plus à sa place ici et maintenant que terrée au milieu des barbes et des pulls en laine au fond d’un vieux club de folk poussiéreux. “Rise up” a su capter l’état d’esprit de toute une nation, se hissant jusqu’à la deuxième place du top 40, où il ne cesse depuis de faire des embardées, mais l’ascension de Clio Campbell n’a rien d’un parcours conventionnel. Elle a conçu cette chanson pour être chantée par la foule lors des rassemblements anti-poll tax, à Glasgow ; elle a commencé à la jouer sur scène lors des meetings, et à mesure que son public grandissait, elle s’est fait repérer et embarquer direction la capitale.
“C’est comme si j’avais été aspirée dans un vaisseau extraterrestre. Un peu comme une astronaute – je suis tellement loin de mon milieu d’origine que je ne sais pas si je serai toujours la même à mon retour. Qui sait, peut-être que je vais juste rester là à flotter éternellement dans l’espace, hein ?”
Elle semble bien partie pour durer, en tout cas. EMI l’a signée pour trois albums, et depuis Rise Up elle a consacré plusieurs mois à travailler sur de nouveaux morceaux. Son prochain single, “Can’t, Won’t”, est un nouveau clin d’œil au débat politique toujours brûlant qui lui a permis de se faire un nom, mais les paroles sont plus sages. Si je peux me permettre, ça manque tout de même du mordant de “Rise up”, non ?
“Aye, la maison de disques m’a demandé de mettre un peu la pédale douce ! C’est pas mon choix, c’est sûr. Ils ont dit qu’ils voulaient que je me concentre sur la musique, cette fois. De toute façon, si je continue à faire des chansons, j’aurai d’autres occasions de faire parler des sujets qui comptent pour moi.”
Elle pose sa pinte de snakebite, le verre cerné de traces de rouge à lèvres, et plonge ces yeux incroyables dans les miens. Et puis, de cette voix à la fois chantante et puissante, elle dresse la liste de tout ce qui la préoccupe dans la gestion du pays – à commencer par la Dame de Fer – avec la passion profondément sincère que seule une femme jeune et belle peut se permettre. Je pourrais l’écouter toute la journée. On dirait bien que Clio Campbell est prête à en découdre.
“Can’t, Won’t” de Clio Campbell, sortie prévue le 1er juin.
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