Sensual Bodyguard (French Edition)

Wendy Roy · Chapitre 10 sur 44

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Sensual Bodyguard (French Edition)

Chapitre 8

 

Cadmal

 

Chacune des personnes ayant des parts dans la société est déjà installée à la grande table de réunion. Autrement dit chaque membre de notre équipe. Le groupe que nous formons, réuni dans cette salle, est plus qu’une simple bande de collègues, c’est une véritable famille. Et, parce que les liens qui nous relient sont faits d’une loyauté fraternelle indescriptible, nous avons tous une part dans les actifs et dans les décisions de l’entreprise. Alvar, en tant que leader, a la plus grosse part du gâteau. Étant le second d’Alvar, je détiens vingt pour cent de la boîte. Eneko, Finn, Gall, Irving et Dirk ont, quant à eux, six pour cent. De quoi installer, aux yeux de tous, l’importance de chacun de nous. De notre côté, en plus de nous paraître juste, c’est un moyen de garder notre cohésion et notre efficacité. Nous nous complétons et nous réfléchissons ensemble sur tous les sujets sensibles. À sept cerveaux, à sept tempéraments aussi forts que différents, nous sommes indestructibles. C’est du moins l’image que nous aimons penser. 

En plus de nous, il s’ajoute à ces réunions Gina et Erell. Toutes les deux font partie de l’équipe de terrain que nous formons et de notre famille. Gina, l’emmerdeuse professionnelle, est la petite sœur d’Alvar et, par conséquent, petite sœur de chacun de nous ici. Elle est un incroyable atout sur le terrain, autant pour les exfiltrations que les combats au corps à corps. Erell, quant à elle, est un nouveau membre. En temps normal, elle n’aurait probablement jamais mis les pieds ici. Même en ayant notre confiance, en étant intégrée sur le terrain avec nous, elle n’aurait jamais dû participer à une réunion comme celle-ci, au même titre que Troy, Andreas, ou tout autre employé qui forment les autres équipes. Cependant, Erell n’est pas comme les autres. Elle a prouvé sa valeur et sa loyauté, s’est intégrée à chacun de nous malgré elle et malgré nous, avant de se marier à Alvar, deux semaines plus tôt. Elle a toute sa place ici. Zahra, la femme de Dirk, aurait également tous les droits de participer à ce genre de « conseil », si elle le désirait. Mais, douce et généreuse, elle n’est pas femme à vouloir connaître les détails de la violence qui règne dans notre métier.

Ils lèvent tous la tête à mon arrivée, coupant court à leur joyeux brouhaha. Rien à voir avec le fait que ma venue leur impose un silence solennel. Non. Plutôt parce que je suis le dernier arrivé et que cela n’est jamais le cas. La faute à Néréa et à l’érection douloureuse qu’elle a provoquée dans mon boxer. J’ai dû prendre quelques minutes pour moi après la sortie de la jolie infirmière afin de redescendre en tension. Bien sûr, autour de la table, aucun d’eux ne peut laisser couler mon retard. Que serait une famille sans des membres fouineurs et insupportables ?

— Cadmal nous fait l’honneur de sa présence ! tonne Gina, sarcastique. 

— Lâche-le, Gin, ça demande du temps de s’occuper correctement d’une femme, réplique Gall, goguenard. 

— Non, l’infirmière est partie depuis dix bonnes minutes, grogne Finn. 

Eneko penche la tête sur le côté, seul signe perceptible de sa curiosité : 

— Intéressant.

— Il n’y a rien d’intéressant, contré-je.

— Tu veux rire ? lance joyeusement Irving. Cadmal, l’intouchable, bourreau du travail, enfermé avec une infirmière sexy dans son bureau…

— Pour mes soins, le coupé-je en m’asseyant calmement. 

— Qui, continue-t-il en ignorant mon intervention, en plus d’être canon, est douée d’intelligence, contrairement à la plupart des maîtresses que tu prends quelques heures au cœur de la nuit.

— Au cœur de la nuit ? Tu verses dans la poésie maintenant, l’Irlandais ?

Il se balance sur sa chaise, venant à me faire espérer qu’il s’étale sur le sol, et me sert un sourire aussi euphorique qu’un gamin de six ans. Irving est la moitié du temps d’une jeunesse joyeuse et exaspérante, comme si, malgré ses vingt-et-un ans, il n’avait plus grandi depuis une quinzaine d’années. Seulement, parce qu’il est des nôtres, nous savons tous que cette facette espiègle peut s’effacer en moins d’une seconde, laissant place à un homme encore plus mature, sérieux et mortel que la plupart des gens après une vie entière. Le rouquin ne s’est pas forgé une place ici par hasard, les ombres dansent en lui comme en chacun de nous. 

— Parole, parole, parole, chantonne-t-il, incorrigible. Toujours est-il qu’elle a dû avoir un sacré effet sur toi pour que tu aies mis autant de temps à nous rejoindre ! 

Alvar croise les bras sur son torse, les lèvres étirées en un sourire en coin, et plaisante à son tour :

 — Comprends-nous, on ne t’a jamais vu chasser en plein jour. 

Je connais ce mec depuis mes neuf ans, soit depuis vingt ans. On pourrait croire qu’il m’apporterait un peu de soutien dans ce fichu complot, non ? Avant que j’aie le temps de le lui faire remarquer, Erell lui donne un coup de poing dans l’épaule :

— Chasser ? Vraiment ? 

— Quel gland ! confirme Gina, son ton aussi mielleux que meurtrier. Il a la chance d’avoir une sœur et une femme, mais il parle toujours des nanas comme du gibier…

Impénitent, il pousse un petit rire et passe un bras autour des épaules d’Erell :

— Comme l’a souligné Irving, Cadmal côtoie les femmes seulement la nuit, comme un vampire. Quant à Néréa, elle a l’air aussi douce qu’une biche. L’analogie me semblait plutôt appropriée !

J’esquisse un sourire, comme pour retenir l’obsédant chuchotement de mes sens, la douceur de Néréa cache sa nature sauvage. Suis-je le seul à avoir entraperçu ses griffes de tigresse ? Bizarrement, cette idée me plaît, comme un secret que je serais en train de découvrir. Un effeuillement lent et excitant. 

— Et tu vas me dire que tu m’as chassée, moi aussi ? rétorque sa femme.

— Tu n’es pas une proie, tout-feu-tout-flamme, on ne peut pas te prendre en chasse. Je t’ai amadouée. 

Elle secoue la tête d’un air blasé, mais je peux voir ses lèvres frémir d’amusement. Quand toutes les têtes se tournent de nouveau vers moi, je comprends que la parenthèse est refermée et que je n’ai pas été oubliés de la conversation. Je lève les yeux au ciel et secoue la tête en râlant : 

— Vous êtes une bande de vieilles commères ! Primo, je suis concentré sur mon travail la journée et non sur mon érection, je ne cours donc pas les bars à la recherche d’une nana en plein jour… Deuxio, je ne suis pas celui ayant embauché Néréa. Nous aurions très bien pu ne jamais nous revoir après qu’elle m’a eu soigné la première fois et vous m’auriez alors fichu la paix ! Tertio, on m’a enlevé la moitié de mon travail, j’ai du temps à tuer et je ne suis pas aveugle. Néréa est un divertissement agréable. 

Il y a un brouhaha d’enfer, supplanté par le poing ferme de Gina qui s’abat sur la table. Elle tire une moue féroce, cette absolue féministe jusqu’au bout des ongles : 

— Un divertissement ? Non, mais tu t’entends ?

— Ça va, Gin, attaque Gall. Ne fais pas ton hypocrite ! On sait tous ici que tu n’es pas non plus une vierge effarouchée contre les coups d’un soir ! 

Je n’entends le marmonnement d’Alvar seulement parce que je me tiens à sa gauche :

— Pour ma part, je préfère croire qu’elle est vierge…

Le gloussement de sa femme, à sa droite, lui répond alors que la diatribe entre Gina et Gall se poursuit. Ces deux-là sont fourrés ensemble la moitié du temps et en passe les trois quarts à s’écharper gentiment. Je mets fin à l’affrontement en faisant claquer ma voix par-dessus leurs joutes verbales : 

— Stop ! Il n’y a rien à débattre dans mes propos ! Je donne ce que je suis capable d’offrir à une femme : du plaisir. Et je n’encourage pas les cœurs brisés, au contraire, je préfère que l’on me considère aussi comme un passe-temps plaisant. Est-ce que l’on peut revenir à la réunion, maintenant ? 

Des grognements d’assentiment qui me soulagent au plus haut point. Je n’ai pas envie de m’étendre sur le sujet. Si Alvar connaît les détails de mon passé, des sentiments violents qui m’ont animé, les autres savent seulement que j’ai perdu celle qui m’était destinée. Chacun d’entre eux sait que j’étais promis à une femme et à quel point ma fiancée était fragile. Tous, excepté Alvar, pensent que c’est cette fragilité qui l’a emportée. Je n’ai jamais eu le courage de leur dire l’affreuse vérité. Que la vie me l’ait enlevée brutalement est déjà bien suffisant pour comprendre mon cœur arraché. Impossible à retrouver. 

— Finn, est-ce que tu as regardé de nouveau les bandes ? demande Alvar. 

— Ouais. J’ai visionné celles qui encadrent le bâtiment jusqu'à m’exploser les yeux. Il n’y a pas eu d’entrée suspecte hier, rien…

— Est-ce qu’il y a de possibles angles morts qui expliqueraient que l’on ne voie pas l’agresseur entrer ? 

— La couverture est très bonne, après rien n’est parfait, grogne Finn. Mais, à part en déployant des moyens colossaux, je ne vois pas comment j’aurais pu les louper. 

Eneko se penche en avant, ses avant-bras tatoués posés sur la table :

— Et en remontant aux jours précédents ?

— Tu penses qu’il aurait pu se planquer à l’intérieur les jours d’avant ? interviens-je, à moitié incrédule. 

— Ça serait dingue, abonde Gall, tout ça pour saigner une bonne femme… 

— Pas si fou que cela, marmonne Gina, rien qu’en 2017 il y a eu 87 000 femmes tuées de manière intentionnelle. 

— On a inspecté les lieux avant que le public ne s’installe, je ne vois pas comment il aurait pu nous échapper, contre Irving, l’air préoccupé. 

— J’ai une théorie, reprend Eneko avec flegme. J’irai la vérifier tout à l’heure.

Alvar pince les lèvres, mais hoche la tête. On sait tous qu’Eneko n’en dira pas plus. Il n’est pas le genre d’homme à s’avancer sans preuve sur de tels sujets. Question travail, Eneko assure toujours ses pas. Il n’est pas notre spécialiste en stratégie défensive pour rien ! 

— D’accord, soupire Alvar. On reparlera de son entrée dans le bâtiment une fois qu’Eneko pourra nous en dire plus. Concernant l’agresseur et le mobile, des pistes ? 

Tout le monde se regarde pendant quelques minutes, en silence, l’air de demander à son voisin s’il sait quelque chose. On pourrait croire que cela ne fait pas partie de notre job de connaître l’identité de l’agresseur et son motif dans cette agression, mais, sans cela, comment protéger Alderliesten au mieux lors de nos prochaines missions ? Les pièces manquantes entraînent des failles. 

Gina finit par hausser les épaules :

— C’est une femme et, en plus, c’est une femme politique désormais. Ce sont malheureusement deux motifs suffisants dans notre société. 

— Il ne faut pas oublier qu’elle a parcouru le monde également, ajoute Irving. C’est compliqué de monter un dossier parfait sur une personne dans ces cas-là. Peut-être a-t-elle eu un pépin dans l’un d’entre eux qui remonte à la surface maintenant. 

— Et si ce n’est rien de tout ça, grogne Finn, les déséquilibrés n’ont pas besoin de mobile. 

— C’est vrai, opine Eneko, mais dans ce cas précis je ne pense pas que ce soit un déséquilibré. S’il est entré les jours d’avant, comme je le pense, cela demande la planification d’une personne qui a toute sa tête. 

— J’ai contacté Demasio, annonce Erell, il va se rencarder pour nous. Il m’appelle dès qu’il a du nouveau. Ça va peut-être prendre un peu de temps, on nage toujours en eaux troubles dans les services. 

— Si Aderliesten maintient ses dates, conclut Alvar, on a deux jours pour en apprendre un maximum avant sa prochaine conférence. Eneko, vérifie ta théorie et vite. Finn suit son intuition et remonte le film des jours précédents. Irving et Dirk, je vous laisse chercher si elle a pu connaître d’autres soucis lors de ses voyages qu’elle aurait oublié de nous rapporter. Gina et Gall, cherchez du côté de ses ex, c’est peut-être le ricochet d’une histoire d’amour tordue. Erell va rester en contact avec la police pour nous. Cad… tu te reposes. 

— Arrête de te foutre de ma gueule, yaar, grondé-je.

Il esquisse un petit sourire taquin qui me surprend légèrement. Alvar a toujours été un homme impitoyable, protecteur et dangereux, mais aussi un homme fidèle et loyal envers nous tous. S’il est un frère pour nous, il avait – avant de rencontrer Erell – un côté chef de famille qui, associé à son rôle de patron, ne lui permettait pas de rire en réunion et dans certaines autres situations. S’il reste toujours un homme redoutable, Alvar me semble aujourd’hui plus détendu. Comme si avoir trouvé sa femme l’avait apaisé, en quelque sorte. Oh, il n’en reste pas moins dangereux et n’hésiterait pas à tacher son âme pour protéger Erell envers et contre tous… Mais, son cœur, lui, semble plus serein, le rire ayant remplacé l’angoisse. 

— Tu t’occupes d’Alderliesten ? Vois si tu peux obtenir quelque chose d’elle, un truc qu’elle aurait omis de nous dire. 

Je hoche la tête et on se lève pour partir chacun à nos tâches. Je m’apprête à sortir de la salle quand une main brusque s’accroche à mon bras pour m’arrêter. Je me tourne vers Finn, étonné, tandis qu’il attend en silence que les autres sortent. Je le dévisage en patientant, note ses sourcils froncés et sa moue grognonne. Avec n’importe qui d’autre, cela m’alerterait. Cependant, il s’agit de Finn et cette expression est celle qui arbore toujours avec plus ou moins d’intensité. Si je me fie au bleu furieux de ses yeux, il a l’air très agité. Je ne parviens pas à déterminer s’il s’agit d’angoisse, de colère, de malaise ou d’autre chose. 

— La conversation de tout à l’heure, à propos de la doc et toi… 

Je hausse les sourcils, perplexe qu’il revienne dessus, mais garde le silence alors qu’il marque un temps d’hésitation, comme s’il cherchait la bonne tournure de phrase. Cela aussi me surprend, Finn est brut de décoffrage, il ne cherche jamais à enrober ses mots. 

— Je sais que tu ne mens pas aux femmes, mais… fais juste attention avec la doc. Elle ne mérite pas d’être blessée. 

— Tu ne la connais pas, relevé-je, curieux. 

— J’ai connu des nanas comme elle, contre-t-il en secouant la tête. Elles ont un point en commun : elles possèdent un cœur bien trop bon pour notre monde. Un cœur que l’on peut détruire sans que personne ne s’en aperçoive. Même pas elles…

 

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