Sensual Bodyguard (French Edition)

Wendy Roy · Chapitre 19 sur 44

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Sensual Bodyguard (French Edition)

Chapitre 17

 

Néréa

 

Une à deux fois par semaine, je passe une partie de la journée à m’occuper de personnes âgées dans une maison de retraite. Par conséquent, une à deux fois par semaine, Newton est un véritable prince, gâté par des flatteries, des caresses et des friandises à n’en plus finir. Entretenir huit kilos de rondeurs félines n’est pas à la portée de tout le monde… 

Cette activité au sein de cette structure était, au début, un simple complément. Un moyen efficace d’être certaine d’avoir un maigre revenu minimum si jamais plus personne n’avait besoin de mes services à domicile pendant un temps. Et puis… Je me suis attachée à ces personnes. Elles portent une richesse intérieure qu’il est rare de trouver ailleurs. 

Quand j’ai commencé à emmener Newton avec moi, je ne m’attendais pas non plus à ce que mon compagnon poilu soit un aussi bon assistant. Pourtant, il s’est trouvé être un véritable petit infirmier. S’il entend le « bip » caractéristique de la prise de tension, Newton court sur les genoux du patient en question pour le détendre avec son ronronnement. Il sait également toujours quand l’un d’entre eux a besoin d’affection. Et il a accompagné Jeanne et Henry, tour à tour, quand leurs yeux se sont fermés à jamais, s’allongeant à leurs côtés comme pour veiller sur leur voyage. Le voir si attentif et si doux a renforcé mon amour pour cette boule de poils. J’en viens souvent à penser que le terme « humanité » pour désigner la compassion et la bienveillance chez une personne est mal choisi. Je retrouve souvent bien plus de ces sentiments chez nos compagnons à quatre pattes que chez l’être humain. 

— Toi, tu as la tête d’une femme qui n’a pas beaucoup dormi…

Je lance une œillade à Alice, quatre-vingt-cinq ans, qui me scrute d’un air malicieux pendant que je vérifie son pouls. Newton a pris position sur ses genoux et ouvre lui aussi un œil pour me jauger. 

— Je n’ai pas fait de folies de mon corps, je le jure, rétorqué-je avec une main levée pour prêter serment.

— Bah ! C’est bien dommage ! Une belle jeune femme comme toi ! Il faut savoir profiter de la vie, ma petite. 

 Je glousse, Newton miaule – vexé que l’attention se reporte sur moi –, et Alice continue en reprenant ses gratouilles : 

— Je parierais quand même qu’il s’agit d’un homme… 

— M’auriez-vous caché un don de voyance, Alice ? 

— Ah, ma douce, c’est l’expérience d’une vieille dame qui parle ! 

— Il me fait tourner en bourrique, lui confié-je d’un air complice. 

— Tous les hommes qui valent le coup le font…

— On n’est pas… Enfin… 

Je me mords la lèvre inférieure, cherchant à reformuler mes propos pour ne pas la choquer, quand elle me surprend :

— C’est un plan cul ? 

J’ouvre des grands yeux surpris, le rouge aux joues, pendant qu’elle se marre avec bonne humeur et ajoute :

— Ah ! Ma petite, je ne suis pas née de la dernière pluie, tu sais ! Et, à mon époque aussi, on batifolait dans la paille. 

Je pouffe de la comparaison et Newton pousse un soupir avant de descendre des genoux d’Alice à la recherche d’un autre humain prêt à le vénérer comme il se doit. 

— On n'a pas encore… batifolé, dis-je en secouant la tête avec amusement. 

Cette fois, Alice hausse ses sourcils si haut que le reste de son front n’est plus qu’un amas de plis fripés.

— Vous n’avez pas encore fait la bête à deux dos, mais il te rend déjà chèvre ? Tu es sûre qu’il ne s’agit que d’un homme de passage, ma petite ? 

— Oui ! C’est juste plus compliqué parce que… c’est mon patient. 

Alice reste songeuse quelques secondes, puis me prend la main. La sienne est fraîche et tremble dans la mienne. Je la serre avec douceur alors qu’elle me rétorque :

— Quand on passe du temps avec un homme avant de lui offrir son corps, cela s’appelle une relation, ma chère…

— Non, vraiment, ça n’a rien à voir.

Elle me sourit avec indulgence, l’œil brillant d’une étincelle perspicace :

— Alors, il faudra me dire de quoi il s’agit, ma douce, parce que faire zig-zig n’a jamais requis la moindre parole.

J’essaye d’enregistrer cette nouvelle expression sacrément désuète pendant qu’elle me tapote la main en soupirant. Son regard se voile un instant, puis elle poursuit :

— Mon Harvey aussi, je ne pensais pas qu’il resterait. Il était si beau et il était dans l’armée. Il avait une ribambelle de filles en pâmoison devant lui. J’avais accepté d’être une fille de passage et mon Harvey a refusé que je quitte son lit. Il m’y a tenue jusqu’au bout… 

Ses grands yeux pâles et humides glissent sur moi et elle ajoute : 

— La vie nous surprend souvent. Elle a des projets pour nous que l’on ne saisit pas tout à fait jusqu’à ce que l’on se retrouve les deux pieds dedans. Tu peux lui faire confiance : je suis sûre qu’elle en a de bien grands pour toi. Et alors, ça sera comme si la lumière venait tout juste de s’allumer. Rien n’aura jamais été aussi clair. Il suffit de se laisser guider… Enfin, essaye de ne pas trop tarder à comprendre ce que cet homme et toi vous êtes, ma douce. Je ne suis plus toute jeune et Harvey m’attend. 

Elle me laisse sur ces mots, d’une démarche lente et mal assurée. Je m’active pour ne pas penser à ce qu’elle vient de me dire. Je passe voir les autres résidents, prends le déjeuner avec eux dans la grande salle commune avant de récupérer Newton et de filer jusqu’à la maison de Deon, toujours aussi revêche. Je change son pansement en essayant de glaner des informations sur ce qu’il aime, mais l’adolescent reste résolument fermé à ma subtile investigation. 

Ce n’est finalement qu’en fin d’après-midi, sur le trajet me menant à Suraksha, que je repense aux paroles d’Alice. Qu’est-ce que nous sommes, Cadmal et moi ? Pouvons-nous être quelque chose alors que nous ne nous connaissons depuis si peu de temps ? Il y a cette attraction entre nous. Elle est intense. Vibrante. Bouillante. Je n’ai jamais ressenti un tel désir pour un homme. En même temps, je n’ai jamais rencontré un homme comme lui. Puissant et élégant. Viril et sensuel. Dangereux et si… sexuel. Tout en lui est un appel à la luxure. Tout en lui m’appelle et m’attire avec une force effrayante.

 Alice a raison, d’un certain côté. Si j’avais couché avec Cadmal dès le début, il n’aurait été qu’un plan cul. Mais, j’ai refusé. Il est mon patient. Je prends soin de lui. Nous nous côtoyons tous les jours et même plusieurs fois par jour. Nous nous sommes un peu ouverts l’un à l’autre. Dans le jeu. Le rire. La colère. La déraison. Dans nos passés et nos failles respectives. Nous nous sommes donné des aperçus de ce que nous sommes. Tous ces petits bouts rassemblés commencent à dessiner un ensemble plus grand. À tisser un lien plus solide que l’on aurait avec un étranger, un patient ou un plan cul. 

Nous ne sommes pas amis. Ni amants. Pas non plus un mélange des deux. Et pourtant, nous sommes en train de devenir quelque chose. Quoi ? Je n’ai pas la réponse. 

Pas encore. 

 

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