Sensual Bodyguard (French Edition)
Chapitre 16
Cadmal
Après le départ de Néréa, je me dirige rapidement vers la salle de réunion pour une nouvelle mise au point avec l’équipe. J’arrive assez tôt pour espérer ne pas me faire chambrer puisque je suis le premier à m’installer. Je m’assois dans un fauteuil, l’esprit encore préoccupé par la jolie infirmière et notre conversation… particulière. Je lui ai parlé de Kali. D’accord, je suis loin de lui avoir livré toute l’histoire, mais… bon sang ! Je n’aurais jamais cru évoquer ma défunte fiancée un jour à une femme que je veux dans mon lit. Pourtant, cela m’a paru logique de livrer un peu de mon passé à Néréa. Et cette entorse, cette exception qu’elle s’est créée ne me perturbe pas autant qu’elle ne le devrait.
Une chaise se tire en face de moi :
— À quoi rêve le grand maître du tantrisme ? me balance le rouquin avec un sourire impénitent.
Je sens mes lèvres frémir à cette nouvelle appellation, faisant clairement référence à mes origines. Je secoue la tête, amusé, et rétorque du tac au tac :
— Sûrement pas à la même chose que toi, Leprechaun.
Irving glousse, puis revient à la charge en jouant des sourcils, d’un air taquin :
— Ne serait-ce pas encore une fois Néréa qui te plonge dans une transe intense ?
Je roule des yeux et m’apprête à lui dire de la fermer quand Dirk débarque à son tour :
— Il paraît qu’elle a ramené son chat aujourd’hui, lance-t-il.
— Son chat ou sa chatte ? s’esclaffe Gall qui le suit de près.
Gina, juste derrière lui, lui assène une tape derrière le crâne :
— Arrête d’être aussi lourd, lui intime-t-elle.
— Arrête d’être aussi chieuse, lui réplique-t-il.
Pendant qu’ils s’installent en se chamaillant, Finn et Eneko rentrent à leur tour, l’un au pas de charge, l’autre aussi souple et silencieux qu’une fichue panthère. C’est dingue de voir à quel point deux êtres bousillés par la vie peuvent se comporter de manière totalement opposée. Ils survivent tous les deux : le blond à l’allure de punk grâce à une rage constante, le bad boy brun grâce à une solide cage émotionnelle – du moins tant qu’il fait jour. Irving profite de la distraction pour m’envoyer une boulette de papier comme un gamin, et je tourne lentement mon visage vers lui :
— Je vais finir par te botter le cul, l’Irlandais.
— Faudrait déjà que tu arrives à monter sur un ring pour ça, se moque-t-il.
— Il n’a pas tort, intervient calmement Eneko à ma gauche. Il te faut combien de temps pour te remettre d’une écorchure ?
— Va te faire foutre, yaar, dis-je avec un sourire.
Je le vois hausser un sourcil par-dessus ses lunettes de soleil noires, provocant :
— Ce n’est pas ce que tu es censé faire avec l’infirmière ? Je te trouve un peu lent.
— Il faut croire que Néréa n’est pas si sensible à ses charmes, se marre Irving.
J’ignore le malicieux pour me concentrer sur le prédateur. Il faut être stratégique, parfois, et éliminer les emmerdeurs un par un :
— Tu veux que l’on parle de Kessy ? Pour un mec qui ne la supporte pas, je te trouve bien inefficace à l’éviter.
Je le sens se tendre imperceptiblement. Je ne le remarque uniquement parce que je le connais bien, comme je détecte sa profonde inspiration pour se calmer. Par contre, je ne risque pas de louper son doigt d’honneur !
Erell non plus ne le rate pas. Notre reine des Enfers aux cheveux de feu vient d’entrer en compagnie d’Alvar et lance pour Eneko :
— Je préfère te prévenir que je l’ai invitée à passer les fêtes avec nous.
Il grogne et passe une main tatouée dans ses cheveux, les tirant en arrière. J’en profite pour pointer sans remords du pouce Erell et Alvar à l’attention d’Irving :
— Et eux ? Tu ne les charries pas parce qu’ils arrivent en dernier ?
Le plus jeune de la bande fait la moue avant de secouer la tête :
— Non, ils étaient bien plus marrants quand ils jouaient aux acteurs pornos pendant l’entraînement ! Maintenant qu’ils sont mariés…
Il hausse les épaules, l’air de dire à quel point ils sont devenus inintéressants, et Alvar sourit en coin en s’asseyant :
— Je retiens ton coup de traître, Cad. Je te botterai le cul dès que j’en aurai l’occasion.
— Prends un ticket, répliqué-je, j’ai déjà promis à Irving de le foutre au tapis.
— C’est dingue le nombre de personnes qui veulent te mettre sur la gueule, grogne Finn.
— C’est inquiétant, ajoute Dirk en souriant. Et j’en connais une qui ne sera pas ravie de te savoir amoché à peine remis sur pied !
— Néréa, acquiescent Gina et Gall de concert.
— Elle ne traînera plus dans l’entreprise à ce moment-là, contré-je.
— Alors, ça, rien n’est moins sûr ! objecte Irving avec un grand sourire de gamin.
Je reprends un air très professionnel, bien décidé à ne pas me laisser entraîner là-dedans :
— Bon, on commence ?
— Ouais, on va pas rester là à papoter comme des gonzesses, acquiesce Gall.
Je vois parfaitement le coup d’œil qu’il jette à Gina et je suis certain qu’il se montre aussi sexiste uniquement pour l’emmerder. Ce qui ne loupe pas. Gina lui sourit d’un air mielleux ce qui, chez elle, est signe de menace imminente :
— Après avoir perdu une jambe, tu es sûr de vouloir perdre ta langue ? minaude-t-elle à son attention.
— Même avec une jambe en moins, Gin, je peux toujours te mettre un coup de pied au cul.
Je retiens un sourire à la mention de ce surnom que Gall est le seul à lui donner – les autres tiennent à leurs couilles. Un petit nom qui ramène Gina sur le même plan que le gin, un alcool que l’on aime quand il est dilué, mais plus rarement lorsqu’il est pur.
Elle bat des cils et se penche vers lui, faisant crisser sa veste en cuir, avant de lui souffler :
— Essaye pour voir…
On suit tous leurs échanges avec intérêt quand Alvar se racle la gorge, bien moins curieux des répliques de son emmerdeuse de petite sœur.
— Erell a du nouveau sur l’identité de notre attaquant.
— Mon ancien collègue, Demasio, m’a rappelée, acquiesce-t-elle. Notre excité du couteau s’appelle Kevin Carser, vingt-sept ans et… habite au Québec.
— Il est bien loin de chez lui, relevé-je en fronçant les sourcils.
— Tout juste, reprend-elle. Demasio a pu retrouver la trace de billets d’avion achetés en ligne la semaine dernière. Il a demandé à un petit génie de l’informatique de retrouver une trace vidéo de son embarquement.
— Pourquoi ? demande Gina. On sait déjà qu’il embarque bien puisqu’il est actuellement à l’hôpital avec le nez pété…
— Pour voir s’il était en compagnie d’autres personnes, explique Alvar. Auquel cas, ils peuvent nous poser problème.
Eneko appuie ses bras tatoués sur la table et se penche pour que tout le monde puisse le voir :
— Ça soulève une autre question : son arme.
— Il n’a pas pu embarquer avec, acquiesce Irving.
— Donc : où est-ce qu’il se l’est fournie ? explicite Gall à voix haute.
— On sait tous qui est le plus gros fournisseur d’armes de la ville, reprend Eneko d’une voix glaciale.
— Les Reaper’s Rider, confirme Dirk. Mais ça pourrait être un autre groupe plus petit. Après tout, rentrer en contact avec le plus gros gang de Milwaukee… Ce n’est pas à la portée du premier venu.
— Non, c’est forcément eux, reprend Erell d’une voix tendue. J’allais y venir : les flics ont fait une descente dans la chambre d’hôtel que Kevin Carser a prise. C’était facile puisque cet imbécile avait les clés dans ses poches. Demasio m’a dit qu’ils avaient trouvé une sacrée artillerie là-bas. Quelques armes blanches et pas mal de puissance de feu. Je ne sais pas ce que ce malade comptait faire après, mais ça n’aurait pas été joli…
— Ce qui signifie que ce n’est pas un simple détraqué, commente Gall. Eneko avait raison, il y a eu une planification. Il a fallu une prise de contact avec les Reaper’s Rider, passer la commande, effectuer le deal et ensuite seulement l’attaque…
— Il n’y a pas que sur ce point qu’Eneko a vu juste, intervient Finn d’un ton bourru. J’ai remonté les images de vidéo surveillance, ce type est rentré l’avant-veille au soir ! Un peu avant la fermeture du bâtiment avec un sac à dos, dans lequel il y avait sûrement des rations et son arme.
Je me tourne vers notre spécialiste en stratégie et lui demande, sincèrement abasourdi :
— Comment on a pu le louper ? On a fait un balayage des locaux, comme d’habitude !
— Tu te souviens de ce que tu as dit ? me répond Eneko. Tu l’as vu au dernier moment, déjà devant le premier rang sur le point de monter sur la scène, comme s’il était sorti de nulle part…
J’acquiesce, essayant de faire marcher mon esprit logique et de trouver la faille sans y parvenir. Eneko a beau être déglingué par la vie, de corps et de cœur, il reste pourtant le plus malin d’entre nous. Il possède une intelligence acérée, et c’est probablement cela qui fait de lui un homme d’une extrême dangerosité. Il ne possède pas seulement des capacités physiques remarquables : c’est aussi un cérébral. Ce qui fait de lui un combattant redoutable qui, au sein de notre boîte, reste inégalé.
— C’est ce qui m’a mis la puce à l’oreille, reprend-il, personne ne l’a vu avant qu’il ne surgisse. Ce qui veut dire qu’il était planqué dans la salle…
Il attrape la télécommande posée au milieu de la table et allume l’écran derrière Alvar avant d’y afficher plusieurs photographies tirées d’un fichier et de les commenter :
— J’ai fait plusieurs recherches, et j’ai relevé que certaines scènes avaient des caches sous elles. Elles servent souvent à stocker le matériel d’alimentation, les gros câbles et les conneries dans ce genre. Bien sûr, aucun intérêt de mettre ses rangements sur les plans, ajoute-t-il avec sarcasme, puisque le but est qu’ils soient invisibles. Je suis allé vérifier sur place. Cette scène a bien un vide sous elle avec une trappe d’accès que l’on ne peut pas voir du premier coup d’œil. Par contre, je n’ai pas trouvé de sac à dos…
On reste tous silencieux une minute, digérant les informations et réfléchissant.
— Les flics n’ont pas embarqué de sac en le coffrant, dit lentement Erell. Une équipe a aussi fouillé le bâtiment sans rien relever…
— Ce qui veut dire que le sac était toujours dans la cache sous la scène, conclut Alvar, et qu’une personne a pu le récupérer entre le moment où la police a terminé sur place et où Eneko a été revoir les lieux.
— C’est une fenêtre sacrément courte, ajoute Irving.
— Si les Reaper’s Rider sont dans le coup, ils devaient avoir un gars pour surveiller le bâtiment, ce n’était pas sorcier pour eux de récupérer le sac au bon moment, argue Dirk.
— Sans compter les ripoux qu’ils ont à leur botte parmi mes anciens collègues, grogne Erell avec une grimace. L’un d’eux a pu faire le boulot sur place.
— Et ça expliquerait aussi pourquoi ce Kevin avait connaissance de l’emplacement sous la scène alors qu’il n’existe pas sur le plan, intervient Eneko. Ils sont les seuls à connaître absolument tous les recoins de cette putain de ville ! Ils connaissent aussi nos méthodes et peuvent avoir rencardé ce type sur le bon moment pour entrer se planquer.
Je frotte ma barbe de trois jours d’une main, le cerveau en feu, avant de prendre la parole :
— Aderliesten était peut-être la cible de Kevin Carser, mais si les Reaper’s Rider s’impliquent autant, ça veut dire qu’une seule chose : ils cherchent à nous atteindre. Toucher une femme politique en plus n’est qu’un bonus pour eux.
— Et si notre assaillant n’est pas venu seul, les autres pourront toujours compter sur le soutien du gang, enchaîne Alvar.
— Peut-être même de manière plus frontale qu’une aide matérielle et stratégique, dit Gall en massant distraitement sa cuisse. Ils pourraient envoyer des hommes…
Erell baisse son visage vers la table et attrape ses cheveux de feu avec rage :
— Merde ! C’est de ma faute, les gars ! Je suis désolée.
Alvar fond sur sa femme et se penche au-dessus d’elle, lui attrapant le menton pour lui redresser la tête et plonger dans ses yeux :
— Ne dis pas ça, gronde-t-il. Tu n’y es pour rien ! Tu m’entends ? Pour rien !
— C’est à cause de moi qu’ils vous en veulent ! Vous n’auriez descendu personne sans moi…
Eneko pousse un rire sans joie :
— Oh, non, crois-moi, même sans toi je me ferais une joie de les buter. N’oublie pas que tu n’es pas la seule à avoir un problème avec eux. Et j’étais ici avant toi…
Alvar relâche doucement sa femme, mais prend sa main dans la sienne avant de reprendre :
— La question maintenant est de savoir si Kevin Carser est un homme isolé ou non. Et si l'on doit se préparer à une nouvelle attaque…
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