Sensual Bodyguard (French Edition)

Wendy Roy · Chapitre 12 sur 44

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Sensual Bodyguard (French Edition)

Chapitre 10

 

Cadmal

 

En route pour l’hôtel où loge Alderliesten, mon cerveau ne s’arrête pas. Je repasse encore une fois le fil de la réunion, peut-être pour éviter de penser à ce que Finn m’a dit à la fin de celle-ci. Et en même temps, tout me ramène à elle.

Néréa… Bon sang ! Si Alvar l’a engagée à temps plein, ce n’est pas seulement pour se marrer avec les autres sur le fait de me voir en « chasse ». On a réussi à faire en sorte que rien ne fuite de la salle de conférences au sujet de l’agression. Cela doit rester ainsi au maximum. Moins de personnes seront au courant, mieux tout le monde se portera. Paraître faible, c’est mettre notre cliente en danger. Nous aussi, par la même occasion. Si notre entreprise de protection privée est florissante, elle est sacrément gênante pour d’autres. Les Reaper’s Rider, un gang de motards hors-la-loi, ont vu leur business chuter dans notre quartier ce qui les a mis de mauvais poil. En plus de cela, Eneko leur voue une vendetta personnelle ce qui fait de lui, et de notre groupe, une cible à abattre. Il y a quelques semaines encore, nous étions simplement en guerre froide contre eux. Erell a fait tout basculer. Encore flic à l’époque et déterminée à rendre justice à son collègue mort en service, elle a déniché les vermines responsables de son décès. Ils étaient directement en lien avec le gang de motards. Alvar, Gall et Eneko ont tué l’un de ces hommes pour protéger Erell le jour où elle les a fait sortir du nid. Autant dire que l’on s’attend à un retour de bâton. Œil pour œil, dent pour dent. Les Reaper’s Rider ne connaissent aucune autre manière de faire. La vigilance a donc triplé autour de notre groupe. Que l’on sache que je suis blessé, ou la nature de cette blessure n’est vraiment pas une bonne idée en ce moment. Ce qui me colle la jolie infirmière entre les pattes… Ce n’est pas pour me déplaire, mais le fait que Finn s’en mêle me fout sur les nerfs.

La famille que nous formons passe avant tout, à Suraksha. Nous prenons soin des uns et des autres, nous veillons sur nos démons respectifs et nous faisons bloc face à une vie qui n’a pas toujours été tendre. Finn est un frère. Il n’a jamais rien eu à redire sur ma façon de vivre ma vie, sur mes histoires d’une nuit, sur mon cœur disparu. Le fait qu’il me mette en garde avec Néréa… Bon sang ! Ce n’est pas comme s’il avait une quelconque vue sur elle, je le sais. Finn a besoin d’une nana qui lui fera oublier le sang qu’il a dans les yeux chaque fois qu’il ferme les paupières. Néanmoins, d’une façon étrange, ce que représente Néréa compte pour lui. Ce n’est pas une question d’amitié, pas encore du moins. Pourtant, il y a quelque chose qui fait écho en lui, une résonance de son passé, de femmes qu’il a connues et qu’il veut protéger. Il ne m’a pas dit de refouler mon désir pour elle. Non. Il m’a demandé de faire attention avec elle. Et si c’est une chose que je ne sais plus faire ? Être attentionné… Cela ne me ressemble plus. Mes relations sont simples : une femme me plaît, on couche ensemble. Point. Rien de plus et rien de moins. Il ne devrait pas avoir de prise de tête. Et c’est pourtant exactement ce qu’il se passe en ce moment !

Si je suis incapable de promettre à Finn de faire attention au cœur de Néréa, je me sens autant incapable de renoncer à mon envie d’elle. À ce désir incandescent qui s’est allumé dans mes veines si vite et si brutalement. Je la veux chaude et frémissante de plaisir sous moi. C’est une pulsion si intense que je n’ai pas envie de la combattre. Je n’ai pas envie de lutter contre alors que c’est probablement la meilleure solution si je veux être sûr qu’il n’y aura aucun drame, par égard pour Finn. Cela ne devrait pas m’emmerder à ce point. Et pourtant, ce tiraillement que je ressens… 

Je resserre mes mains sur le volant, essayant tant bien que mal de chasser cette tension grandissante. J’ai besoin d’avoir les idées claires. Me prendre la tête pour une nana ? Bon sang ! Ce n’est pas moi ! Je ne la connaissais pas encore avant-hier ! Qu’est-ce que ça peut faire que je la désire au point d’avoir ma queue prête à se casser en deux ? 

Je me gare sur une place de parking devant l’hôtel, puis monte rapidement sans m’annoncer à l’accueil. Troy et Andreas, recrutés en même temps qu’Erell, sont devant la porte de la chambre d’Alderliesten qu’ils gardent en discutant. Ils s’immobilisent comme un seul homme à mon approche avant de se détendre.

— Comment ça va ? me demande Troy.

Il est aussi brun et trapu qu'Andreas est blond et grand. Je hausse nonchalamment les épaules et ignore mes points qui me tirent :

— Assez en forme pour vous mettre au tapis au prochain entraînement, les nouveaux. 

Andreas grimace et croise les bras, faisant gonfler ses biceps :

— Je ne sais pas, j’ai quand même vingt ans d’art martial derrière moi, me balance-t-il. 

— Exactement : c’est derrière toi, rétorqué-je avec un sourire, devant il ne te reste seulement la raclée que je vais te mettre. 

Je les laisse se marrer une minute, sachant combien ils ont besoin de se détendre après des heures passées à surveiller les lieux. Il n’y a rien de très amusant à rester debout près d’une porte, alerte en permanence au moindre bruit et mouvement. 

— Rien à signaler ? reprends-je.

— Non, soupire Troy. Cette femme n’est pas sortie de sa chambre et on peut l’entendre faire des visioconférences à tout bout de champ. Je crois que c’était la surveillance la plus ennuyante de toute ma vie. 

— Plains-toi à Erell, je crois qu’elle a déjà fait des planques dans une voiture en étant flic avec une bouteille en guise de toilettes.

— Le jour où je me plaindrai à Erell ou Gina, c’est que j’aurai plaqué mes couilles dans de l’acier ! 

Son air pince-sans-rire m’arrache un gloussement alors qu’Andreas acquiesce en ricanant. Je leur enjoins de prendre une pause pendant qu’ils le peuvent, puis frappe à la porte de la chambre d’hôtel.

— Madame Alderliestien ? C’est Cadmal Jaisukh. J’ai besoin de vous parler. 

Le battant bascule vers l’intérieur et la quinquagénaire me jauge avec une mine surprise avant que son regard ne recèle d’une pointe d’intérêt.

— Je ne m’attendais pas à ce que vous soyez déjà remis sur pied. 

— Je suis plus résistant que j’en ai l’air.

— Visiblement, dit-elle en haussant les sourcils. 

Elle s’écarte pour me laisser entrer et je pénètre dans la chambre d’hôtel qui ne manque pas de luxe. Je l’entends refermer derrière moi alors que je survole la pièce du regard, puis elle me rejoint et se sert un verre d’un liquide ambré. Whisky ? Cognac ? Je suis étonné du choix de cet alcool fort, mais ne dis rien et refuse le verre qu’elle me propose. Elle s’installe sur l’un des fauteuils et j’attends qu’elle prenne une gorgée avant d’attaquer :

— J’aimerais vous parler de ce qui s’est produit hier.

— Je me doutais bien, Monsieur Jaisukh, que votre visite était on ne peut plus professionnelle. 

Elle marque une pause en regardant son verre avant de marmonner un « dommage » et d’avaler une nouvelle gorgée. Je la laisse de nouveau boire, conscient que les langues se délient plus facilement sous l’alcool, et m’assois sur le bord du lit afin d’être à sa hauteur pour étudier ses yeux pendant cette conversation. On ne dit pas pour rien qu’ils sont le reflet de l’âme, et un regard peut vous avouer le plus doux des mensonges. 

— Vous comprenez que, si nous voulons vous protéger du mieux possible, nous devons savoir à qui nous avons affaire. 

— Comme je dois connaître le moindre détail de mes adversaires politiques pour remporter la victoire. Oui, je connais le concept, acquiesce-t-elle avec une pointe d’arrogance. 

— Avez-vous pensé à quelqu’un qui aurait pu être à l’origine de cette attaque ? 

— Non.

— Avez-vous eu des… différentes problématiques avec certaines personnes par le passé ? 

— Je crois, Monsieur Jaisukh, que vous avez loupé votre vocation, répond-elle avec sarcasme. Le FBI vous tend les bras.

— Et vous, Madame Alderliesten, répliqué-je avec calme, vous maniez avec brio l’art politicien de ne pas répondre aux questions qui vous dérangent.

Elle passe une main dans son carré bouffant et m’offre un sourire dépourvu d’artifices. Elle semble à la fois sincère et fatiguée, comme si elle laissait tomber le voile de sa force pour révéler à quel point cet incident l’a bousculée.

— Ce n’est pas tant que les interrogations dérangent. Plutôt que nous n’avons ni réponses, ni solutions, ni plans, ni rien du tout pour cacher notre manque d’esprit et notre médiocrité tout à fait dans la moyenne face à certaines situations, reprend-elle. Mais pour répondre à votre question… eh bien… Je suis une femme qui a fait le tour de monde afin de relever ce que l’on faisait de cette fameuse égalité hommes-femmes. Les exemples comme les injustices. Croyez-vous vraiment que l’on m’a reçue partout avec un sourire chaleureux ? Non, bien sûr que non. Ai-je pour autant des ennemis déclarés de manière ostentatoire ? Non plus. Je ne reviendrai pas sur ce que je vous ai dit lorsque j’ai engagé votre entreprise pour me protéger, lors de mon passage dans cette ville : je n’ai pas de noms à mettre sur liste rouge. En tant que femme engagée et femme politique, cependant, je n’ai pas d’amis non plus, Monsieur Jaisukh. Chaque homme et chaque femme sont susceptibles d’être un ennemi invisible. 

— Me le diriez-vous si vous soupçonniez une personne en particulier ? persisté-je.

— D’autres que vous se méfieraient plutôt que je leur livre le nom d’un simple adversaire politique, dit-elle avec un sourire sans joie. 

J’ai l’impression que cette conversation est sincère. Est-elle vraiment choquée par cette attaque au point de laisser tomber tous les subterfuges que peuvent utiliser les hommes et les femmes de pouvoir ou est-elle simplement extrêmement douée pour le mensonge ? Je la jauge un moment en silence, plongé dans ses yeux noisette, et elle soutient mon regard avec une fierté arrogante teintée de lassitude. Je me décide à la croire finalement et hoche la tête avant d’attraper mon portable dans ma poche :

— Je vais faire remonter Troy et Andreas devant votre porte, je vais attendre qu’ils soient de nouveau en poste, puis je vous laisserai tranquille.

Elle m’arrête d’une main sur la mienne, douce et ferme, et je relève les yeux vers elle, surpris. Elle s’est penchée vers moi d’une manière qui n’a rien de professionnel. 

— Vous pouvez peut-être attendre un peu avant de les rappeler ? 

Elle incline la tête sur le côté, son carré bouffant ne bougeant pas d’un iota, et son pouce caressant doucement ma peau. Je hausse les sourcils alors qu’elle continue :

— Je suis une femme qui n’a pas beaucoup de temps pour le plaisir, Monsieur Jaisukh, mais je reste une femme avec un désir et des yeux pour apprécier les belles choses… 

Je retire délicatement sa main, ce qui ne semble pas la refroidir pour autant : 

— Je ne cherche qu’une demi-heure de bon temps dans cette chambre d’hôtel, il n’y aura aucune incidence sur le contrat que j’ai avec votre entreprise ou sur votre vie, reprend-elle. 

Elle me déshabille du regard. Et n’est-ce pas une offre alléchante pour un homme comme moi ? Une partie de jambes en l’air sans attaches avec une femme qui assume son désir, son corps, son plaisir ? Et pourtant, tout ce à quoi je pense, c’est à une chevelure couleur cerise, à des rondeurs généreuses et à un parfum sucré entêtant. Ce sont des yeux de serpent qui me fixent par-delà les prunelles noisette d’Hermantine Alderliesten. Ces yeux-là, en filigrane, sont percutants, bluffants, hypnotisants. Ce sont eux que j’ai envie d’observer pendant qu’ils brilleront de plaisir. Est-ce qu’ils pencheront vers le vert ou le jaune ? Est-ce qu’ils se pareront d’une texture sinueuse ? Resteront-ils sauvages ou deviendront-ils doux ? Ces yeux-là sont à découvrir. Ils sont particuliers, complexes et excitants. Au point que mon désir ne soit concentré que sur eux. Comme une fichue intrigue à résoudre, impossible de passer à une autre paire d’yeux et de jambes avant d’avoir trouvé toutes les réponses avec celles-ci ! Bon sang ! 

Je me lève et la femme devant moi ne semble pas inquiète de ma réaction. Elle continue de se rincer l’œil, jaugeant avec envie ma carrure. Encore une fois, mes pensées volent vers la jolie infirmière. Néréa a beau ne pas être indifférente, elle pense également à moi et à ses fichus points. Autant j’ai envie qu’elle les oublie pour pouvoir enrouler son joli corps autour de moi, autant avec la femme politique cela me crispe. Je me suis pris un coup de couteau en faisant mon boulot, en la protégeant, mais elle ne se soucie pas une seconde de savoir si je peux baiser sans problème. Alderliesten ne pense qu’à elle. Et si mon désir n’était pas déjà aux abonnés absents, son égoïsme finirait par me refroidir. 

— Je suis votre garde du corps, Madame, dis-je avec un petit sourire forcé, pas votre gigolo. 

Je quitte la chambre sans un mot ou un regard de plus et m’appuie sur le mur du couloir, près de la porte, avant d’envoyer un texto à Troy et Andreas en leur sommant de se ramener fissa. Je n’ai pas envie de m’éterniser plus longtemps ici. 

Je n’ai pas envie de rester seul avec mes pensées où une femme aux yeux sauvages y prend toute la place. Une place bien trop grande pour une presque inconnue. Bien trop dense et fouillis pour que je m’y retrouve moi-même. Beaucoup trop intense pour ne pas être une source à problèmes. 

Un putain de danger... 

 

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