Sensual Bodyguard (French Edition)

Wendy Roy · Chapitre 17 sur 44

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Sensual Bodyguard (French Edition)

Chapitre 15

 

Néréa

 

Nuit mouvementée, réveil rude. 

Je grogne et me force à me lever alors que mes yeux refusent encore de s’ouvrir, ce qui me conduit inévitablement à me prendre le pied du lit dans le petit orteil. Douleur absolue. Je pousse des jurons en sautillant, puis me traîne jusqu’à la cuisine pour un café et des cookies au chocolat blanc, mon moment de douceur dans ce monde de brutes. 

La voix de Nick m’a poursuivie jusque dans les tréfonds de mon sommeil, m’exhortant à m’envoyer en l’air, tandis que l’image onirique – mais pas moins sensuelle ! – de Cadmal était au bord de l’extase avec une autre que moi. Tout ça pendant que Newton avait élu mon ventre meilleur matelas du monde, m’empêchant de respirer correctement. Fichus mâles !

Je m’empresse de prendre une douche et de m’habiller avant d’attraper Newton pour le mettre dans sa cage. Je file avec lui dans l’escalier, soulagée qu’il soit trop tôt pour le trafic illégal, et monte dans ma voiture en entourant consciencieusement la cage de Newton de la ceinture de sécurité du siège passager. Sur le trajet en direction de St Francis, où les locaux de l’entreprise Suraksha se trouvent, j’essaye de me préparer mentalement à ma rencontre avec Cadmal. Est-ce seulement possible avec un homme comme lui ? 

C’est facile : tu rentres, tu fais ce que tu as à faire et tu sors ! 

Je ricane comme une vieille folle en pensant que les hommes doivent se dire la même chose au lit avec une fille. 

Je me gare devant l’immeuble, attrape Newton et prends une minute pour observer la bâtisse et calmer mon cœur. C’est une structure en verre avec un toit de verdure, parfaitement écologique, et une vue sur le lac Michigan. L’image qu’elle renvoie correspond bien au groupe : elle est à la fois impressionnante et engagée, belle et d’une force tranquille, exactement comme l’équipe dirigeante de Suraksha.

N’ayant plus aucune excuse pour rester à poireauter devant le bâtiment, j’entre en prenant une grande inspiration. Zahra est déjà derrière son comptoir et je la soupçonne de s’être levée plus tôt pour pouvoir m’accueillir à nouveau. Cette femme est une perle ! Elle me sourit et sa beauté me frappe à nouveau. Je la vois parfaitement à sa place comme modèle photographique au milieu des glaciers islandais. 

— Oh, roucoule-t-elle en se penchant vers la cage de Newton, tu as emmené un sacré renfort aujourd’hui ! 

— C’est un moyen de défense, rigolé-je, si Cadmal m’agace, je libère Newton ! Huit kilos et des griffes acérées comme des serres d’aigles devraient être un élément dissuasif pour n’importe quel homme sensé.

— La question est de savoir s’il y a une infime part de raison chez l’individu de sexe masculin ! 

— Je crois que les recherches sont encore en cours à ce sujet…

On glousse comme deux complices et je suis toujours étonnée de la facilité avec laquelle Zahra arrive à créer des liens. Pas seulement elle, d’ailleurs ! Gina, Gall et Irving possèdent également cette habilité avec un naturel brut pour les deux premiers et une légèreté joyeuse pour le rouquin. Ils ont une façon de vous mettre tellement à l’aise que vous avez l’impression de les connaître depuis toujours. 

— Newton est la mascotte de la maison de retraite dans laquelle je travaille aujourd’hui, expliqué-je finalement. Je ne voulais pas le laisser dans la voiture pendant que je m’occupe de Cadmal, ça ne dérange pas, j’espère… 

— Pas du tout ! Tu gagnes même sûrement des points auprès du boss, plaisante-t-elle. Alvar a une passion secrète pour les félins, il en a un énorme chez lui ! Mais ne va pas lui dire que je t’ai confié ça ! 

— Promis, répliqué-je en souriant. On se revoit ce soir ? Je passerai vérifier si tout le monde va bien et jeter un nouveau coup d’œil à Cadmal. Enfin, à sa plaie. 

Zahra éclate de rire, rejetant ses cheveux blanc argenté en arrière alors que ses yeux bleus de glace se mettent à pétiller :

— Tu peux jeter un coup d’œil à n’importe quelle partie du corps de Cadmal, je ne te jugerai pas !

Je roule des yeux et pousse un grognement qui la fait de nouveau rire avant de me diriger vers les ascenseurs qui conduisent aux bureaux. J’ai le bras engourdi à force de porter la cage et l’énorme boule de poils qui y siège comme un roi, mais je ralentis tout de même le pas en arrivant dans le couloir me menant à l’homme insupportablement sensuel dont je dois m’occuper.

Après une grande inspiration, je frappe à sa porte et suis presque étonnée de la rapidité avec laquelle le battant bascule vers l’intérieur. Mes yeux tombent dans ceux acajou de Cadmal et je reste plantée sur le seuil de la porte, le cœur battant bien trop vite. 

— Néréa, dit-il. Entre, je t’en prie. 

Je ne prononce pas un mot, ne le salue pas, et me contente d’avancer dans son bureau. Cadmal a pris une intonation douce et enjôleuse qui, combinée à son timbre sucré, ferait des ravages dans n’importe quelle culotte féminine. Je serre les dents et pose Newton sur l’un des fauteuils pendant qu’il referme la porte derrière nous. Je le sens s’approcher, mon corps s’électrisant à mesure que son énergie magnétique pénètre ma bulle personnelle. Cependant, je me contente d’observer son bureau avec acharnement. Comme la veille, un plateau est disposé avec le matériel dont j’ai besoin. Tout est méticuleusement rangé et aligné. D’ailleurs, toute la pièce est ainsi : propre et soignée. Rien ne dépasse, tout est épuré et il n’y a pas un brin de poussière. Je me demande s’il a une femme de ménage ou s’il est à la limite d’un toc maniaque. N’importe quoi pour oublier qu’il est à présent dans mon dos et que ma respiration se fait plus laborieuse. 

 — Néréa ? 

Je sens son souffle sur mes cheveux et je peux presque goûter sa voix envoûtante qui glisse sur mes sens. Je me mords l’intérieur des joues alors qu’il continue :

— Retourne-toi, s’il te plaît. J’ai besoin de voir tes yeux, sheranee. 

Encore ce mot, cette appellation que je ne comprends pas, mais qui sonne de manière si… intime. Des frissons me parcourent, comme si ma peau comprenait le sens de ses paroles, tandis que je me refuse une nouvelle fois à lui demander ce que cela signifie. Je ne veux pas y accorder d’attention. Cela reviendrait à donner de l’importance à ce petit mot et me conduirait sur une pente dangereuse. 

Une main légère dans ma chevelure me grise un peu plus. Des picotements me parcourent, un nuage d’électricité statique m’entoure. Il repousse doucement mes cheveux, dégageant le côté gauche de mon visage avec un soin infini, et je finis par céder, perturbée par cet homme. Je cherche d’abord une réponse sur son beau visage, détaillant sa peau lisse et parfaite, sa barbe légère et ses lèvres pleines qui me sourient avec une sensualité innée. Une invitation au péché. 

— Je n’ai pas l’habitude de m’excuser, me dit-il en captant mon regard, mais je t’en dois. Je suis désolé, Néréa. Je n’avais pas le droit de me comporter de cette façon avec toi. 

J’ai l’impression que l’atmosphère forme soudainement un cocon autour de nous. Ses yeux acajou ne lâchent pas les miens une seule seconde. Cadmal me montre à quel point il est sincère et désolé. Il me laisse un aperçu brut de son âme qui me coupe le souffle. Honnête, déchiré, attristé. C’est un fragment tellement personnel, tellement touchant, que je baisse mes propres boucliers sous une vague de compréhension et de compassion. La connexion qui se forme entre lui et moi est tangible et réelle. Inexplicable aussi. Belle, surtout. Alors, je la laisse continuer à se tisser sans essayer de la saisir. 

— Je te promets que je ne te parlerai plus jamais de cette façon. 

Il a une expression solennelle et une intonation grave, loin de la sombre sensualité qu’il dégage habituellement. C’est encore une autre partie de lui que je découvre, même si je suis déjà certaine que Cadmal n’est pas un homme à manquer à sa parole. L’honneur et l’engagement sont deux qualités essentielles à son métier. 

Je déglutis, la gorge sèche, avant d’oser demander dans un souffle :

— Pourquoi l’as-tu fait ?

J’ai peur de briser ce moment dans lequel je me sens si apaisée. Je suis complètement immergée dans notre échange, dans ce qui se passe silencieusement entre son corps et le mien. Il fronce les sourcils, semblant chercher ses mots, et je réalise qu’il ne doit pas avoir l’habitude de s’exposer ainsi. Pourtant, il le fait. Pour moi. Et cela me donne l’impression de vaciller sur une corde mince. 

— J’ai un passé douloureux, sheranee, finit-il enfin par répondre. 

Il se recule, rompant cette alchimie particulière entre nous, et j’essaye d’en retenir quelques filaments en laissant filer les mots :

— Je peux le comprendre. J’ai aussi perdu un être cher. 

Je l’ai même vu mourir sous mes yeux.

Il ne fait pas mine de ne pas comprendre de quoi je parle. Il sait que j’ai aperçu la photographie de cette femme dans le cadre qu’il tenait avant qu’il n’explose contre moi. À la place, il demande en passant derrière son bureau :

— Qui ? 

Je me crispe tout entière quand son image me heurte violemment. Chaque fois que son visage s’imprime dans mon esprit, j’ai l’impression de revivre le choc frontal de la collision. J’essaye de passer outre la douleur et chuchote :

— Mon père.

Il me jauge quelques secondes, silencieux et attentif, puis ouvre un tiroir pour ressortir le cadre qu’il me tend. Je note l’absence du verre protecteur sur la photographie, mais ne dit rien pendant qu’il reprend la parole :

— Ma fiancée, Kali.

Mon cœur se suspend un instant, sous le choc. Fiancée ? Je contemple le cliché plus attentivement. Elle a l’air si jeune. Et aussi… délicate. Elle a un semblant de sourire sur les lèvres qui ne monte pas jusqu’à ses yeux. Des cheveux et des yeux marron, des lèvres fines, une peau au hâle doré, mais sans cette chaleur caractéristique, comme si elle ne prenait pas assez le soleil pour le type de carnation de sa peau. 

— Elle a l’air… jeune, dis-je à voix haute. 

Je lève mon autre main pour toucher l’arrière-plan de la photographie. Ce blanc familier qui m’interpelle et me chuchote à l’oreille. Il me donne l’impression d’être sur le point de saisir un nouveau morceau du puzzle complexe que représente Cadmal. 

— Cette photographie a été prise pour son dix-neuvième anniversaire. C’est la dernière que j’ai prise d’elle. 

Je sens l’émotion dans sa voix. Son ton écorché. Ce n’est pas simplement de la tristesse. Il y a un poids plus lourd encore que le chagrin. Et puis, j’ai le déclic :

— C’est une chambre d’hôpital, murmuré-je. 

Je ne sais pas si je me parle à moi-même ou à voix basse pour ne pas le heurter un peu plus. Ce que je sais, en revanche, c’est que le refus de Cadmal d’aller dans un hôpital doit être lié à cette jeune femme. Est-ce une rancœur ? Une peur ? Un traumatisme ? Je tiens entre mes mains le cliché d’une femme dans un hôpital le jour de son anniversaire. Je ressens dans toutes les fibres de mon être le serment de sauver des vies qui résonnent entre ses murs blancs. J’ai compris que Kali n’est plus et je sais que Cadmal ne veut pas mettre les pieds aux urgences. Qu’est-ce qu’il me manque ? Qu’a-t-il pu se passer ? Qu’est-ce que je loupe encore ? C’est tellement frustrant de ne pas comprendre. D’être sur le point de saisir sans jamais véritablement mettre le doigt dessus. Ce n’est qu’une partie de cet homme dangereux, sensuel et fier, mais je suis certaine que c’est un élément important du mécanisme qui le compose. 

Il tend la main et je lui rends le cadre avec précaution. Je l’observe faire courir ses yeux sur la photographie et me dire :

— Kali avait une maladie génétique. 

Coup de poignard dans mon cœur. Je courbe les épaules pour atténuer l’éclair de douleur et serre les dents pour encaisser sans un son. Cadmal n’a pas besoin de ma peine. De mon fardeau. De ma culpabilité. Il n’a pas besoin de savoir à quel point cela résonne en moi. Kali, mon père. Moi. Tout se croise. S’emmêle. 

Kali avait une maladie génétique. 

Quarante pour cent des facteurs sont normaux chez vous, votre père n’en avait que cinq pour cent… 

Pourquoi, Maman ? Pourquoi je ne suis pas morte avec lui ? Pourquoi ! Je suis porteuse moi aussi ! J’ai ses gênes ! 

Mon cœur tambourine sourdement et je lutte pour ne rien laisser paraître. Cette femme est morte. Mon père est mort. Je suis en vie. Il y a une erreur dans l’équation, non ? Ma tête me tourne et je replie mes doigts au creux de ma paume pour y enfoncer mes ongles. Debout. Il faut que je reste debout. 

— C’est sa maladie qui l’a emportée ?

Je m’entends le questionner d’une voix lointaine. Je le vois ranger le cadre dans son tiroir, lentement, et pincer ses lèvres pleines avant que sa voix ne tombe comme un couperet :

— Non. 

Lui non plus. 

 

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