Sensual Bodyguard (French Edition)

Wendy Roy · Chapitre 24 sur 44

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Sensual Bodyguard (French Edition)

Chapitre 22

 

Néréa

 

La foule est encore plus dense que la première fois. On aurait pu penser que l’attaque précédente aurait poussé plus d’un à fuir cette série de conférences, mais ce n’est pas le cas, bien au contraire. Une flopée de femmes ainsi que quelques hommes ont envahi l’espace, le menton haut et le regard fier. Est-ce une façon de revendiquer leur liberté ? Une manière de dire : on ne laissera aucun acte voler la parole ? Ou est-ce simplement l’attraction du danger, l’envie du frisson et de l’adrénaline ? 

Cadmal attrape ma main et une décharge remonte le long de mon bras, jusqu’à mon cœur qui se met à galoper. Il me tire doucement, nous perd dans la foule tout en nous ouvrant un chemin et nous fait asseoir l’un à côté de l’autre. Ce n’est ni la même salle ni le même lieu que la dernière fois. J’ignore si c’est une bonne ou une mauvaise chose pour l’équipe, mais, ce dont je suis sûre, c’est qu’il faudrait être complètement timbré pour s’en prendre une deuxième fois à Aderliesten et, par conséquent, à Alvar et son équipe. Ils sont forts, imposants, le genre à qui l’on n’a pas envie de chercher des noises. Ce que j’ai pu discerner de leur entraînement m’a laissée sur le cul. Leur façon de bouger, rapide, souple et agile. Leur technique de combat, précise, assurée, puissante. Je n’y connais peut-être pas grand-chose, cependant, je suis certaine que ce ne sont pas des amateurs. 

La main de Cadmal se déplace sur ma cuisse et il se penche à mon oreille :

— Tout va bien ? chuchote-t-il.

Sa proximité, son contact et son souffle chaud contre ma peau me font frissonner. Je sens mes tétons se dresser sous mon soutien-gorge alors que le désir se déroule tranquillement dans mon bas-ventre. C’est dingue l’effet qu’il me fait ! Même en public. Même au moment inopportun. Est-ce parce que je n’ai pas encore cédé ? Ou est-ce que ce sera toujours comme ça ? Si intense. Brûlant. Inéluctable. 

— Ça va, répliqué-je avec un petit hochement de tête. 

Je le sens me jauger quelques secondes et mon cœur accélère encore sa course. Sa main quitte ma cuisse et se lève vers mon visage. Elle frôle mon sein au passage et je me tends malgré moi. Ses doigts repoussent mes cheveux et effleurent ma mâchoire au passage, une caresse aussi légère que persistante sur ma peau. Je passe ma langue sur mes lèvres sèches, émoustillée, alors qu’une chaleur humide fleurit entre mes cuisses. 

Je sais qu’il a compris mon trouble et joue avec moi. Nom d’un chien ! Il ne perd rien pour attendre. Cadmal ne laisse pas une occasion de me titiller lui filer entre les doigts. 

— L’adrénaline amplifie l’excitation, sheranee, murmure-t-il contre moi. Tu es sur le qui-vive, les nerfs roulés en boule, à fleur de peau… Toutes tes réactions sont exacerbées et ton corps réclame une délivrance…

Je tourne la tête à demi vers lui, nos bouches à quelques centimètres l’une de l’autre, et réplique sur le même ton :

— C’est pour ça que tu fais ce métier ? Pour la montée d’excitation ? Pour pouvoir prendre ton pied juste après ? 

Ses yeux acajou brillent et me captivent. Il en faudrait tellement peu pour que l’on s’embrasse. Pour que nos lèvres provoquent l’étincelle qui nous embrasera tout entier…

— Non. Mais je suis prêt à changer d’avis pour toi, sheranee, ajoute-t-il d’une voix basse et sensuelle. Mettre mon corps sous tension et venir ensuite exploser en toi… 

L’image de Cadmal, enfoncé en moi jusqu’à la garde, les mains crispées sur mes hanches, me fait serrer fermement les cuisses. Je me détourne, les joues en feu, et le cœur en désordre alors qu’il pousse un petit rire. J’ignore du mieux que possible ce son sexy qui roule sur ma peau et me provoque la chair de poule en me concentrant sur la scène. Quand Hermantine Aderliesten apparaît enfin, ma respiration n’a toujours pas ralenti. 

Les premières minutes de la conférence sont étranges. Tout le monde est en alerte dans la salle, les personnes présentes dans le public regardent à droite et à gauche comme si elles s’attendaient à une nouvelle interruption. Pourtant, rien ne se passe et Aderliesten déroule son exposé sur les femmes et la pauvreté. Je n’arrive pas à me concentrer sur ses paroles et ne retire seulement que quelques bribes ici et là. 

C’est finalement lorsque je commence à me détendre, au milieu de la conférence, que l’agitation se produit. Je vois Dirk poser une main sur son oreillette alors qu’Irving, plus discret, penche la tête sur le côté avant de filer vers Hermantine et de poser une main sur son épaule. Le micro nous renvoie les mots qu’il lui souffle :

— Nous devons y aller, tout de suite. 

Aderliesten essaye de s’excuser vaguement, mais le rouquin la saisit par le bras et la tire en arrière. Au même moment, un bruit sourd retentit à l’extérieur et mon cœur se fige d’effroi dans ma poitrine. Est-ce que c’était un coup de feu ? Est-ce qu’il y a des blessés ? Je suis soudainement incapable de bouger. Mes membres raides m’empêchent de faire le moindre mouvement. Et si l’on avait besoin de moi ? Et si j’abandonnais encore une autre personne ?

Ça va aller, Chérie, ça va aller. Ne pleure pas.

La voix de mon père se mélange au présent alors que Cadmal lance à côté de moi : 

— Ils sont dehors. 

Je l’entends de loin, sa voix étouffée par le bruit effrayé de mon cœur, mais je le sens se lever. J’attrape sa main, comme pour le retenir, terrifiée. Je ne veux pas qu’il s’en mêle. Je ne veux pas qu’il lui arrive quelque chose. Je crois voir Alvar et Erell se précipiter vers la porte. Il passe celle-ci, s’éjecte à l’extérieur alors que sa femme reste en arrière pour en surveiller l’accès, visiblement frustrée. 

— Ils ont besoin de moi, sheranee. Je dois y aller, reste là. 

Mes mots se coincent dans ma gorge tandis qu’il détale à son tour, court droit vers le tumulte. Erell le laisse passer sans broncher, et je me mets à trembler de tout mon corps. Bouge-toi, Néréa ! m’intimé-je. Fais ton job !

Je bloque ma respiration hachée avant de me lever en poussant sur mon siège. La tête me tourne et je m’immobilise pour ne pas tomber. Je peux le faire. Je dois le faire. J’avance vers Erell, un pas après l’autre, rejetant mon besoin de me planquer sous les sièges. Fichu instinct de survie ! Je m’oblige à continuer malgré mon rythme d’escargot, malgré les saccades de mon cœur et de mon esprit. 

Le bruit sourd de la collision. La détonation. Le sang de mon père sur les sièges. Celui de Cadmal sur son pull. Ne pleure pas, Chérie, calme-toi. Je dois y aller, reste là. 

La nausée m’envahit au moment où j’atteins Erell, mais je m’interdis de m’effondrer. Plus tard, je pourrai me rouler en boule. Hors de question que je flanche maintenant ! Je dois savoir si tout le monde va bien. J’ai besoin de savoir que Cadmal va bien. Elle me dévisage une seconde avant de scanner de nouveau la salle avec son air badass. 

— La situation est sous contrôle, me souffle-t-elle.

— Des blessés ?

— Seulement l’un des deux assaillants. 

Le soulagement me claque au visage, j’arrive enfin à prendre une véritable respiration, longue et profonde. Je ferme les yeux pour m’aider à récupérer le contrôle de mon corps au moment où elle ajoute :

— Je suis désolée. On ne pensait pas que ce genre de situation pouvait te toucher à ce point. On ne t’aurait jamais demandé de venir si on avait su…

Je secoue la tête et soulève les paupières pour rencontrer son regard d’obsidienne avant de l’interrompre : 

— Non, je voulais être là. C’est important. 

Elle me jauge attentivement et je me demande si elle arrive à percevoir les échos de mes souvenirs qui se mêlent à l’instant présent. Cette peur ancrée depuis dix ans de ne pas être assez forte, assez douée, assez courageuse pour ne pas perdre un autre proche. Elle finit par acquiescer au moment où les portes s’ouvrent sur des agents de police qui prennent la situation en main après avoir échangé trois mots avec Erell. Elle me fait signe de la suivre, laissant les flics rassurer la salle et procéder à l’évacuation, pendant que l’on sort rapidement du bâtiment. 

Dehors, les sirènes d’une ambulance éclairent la rue. De nouveau, les fantômes de mon passé essayent de me tirer dix ans en arrière. Puis, mes yeux accrochent ceux de Cadmal, hantés eux aussi. On s’ancre ensemble, suspendu à l’autre pour rester dans le présent. Je ne sais pas si c’est lui ou moi qui avance, mais on se retrouve soudain côte à côte. 

— Est-ce que ça va ? demandé-je. 

— Oui. Je n’ai pas eu besoin d’intervenir. Eneko, ce grand malade, avait déjà collé une balle dans la jambe de l’un avant de mettre le deuxième à terre et de les tenir en joue. 

Je jette un œil à Eneko, aussi immobile qu’une statue et aussi effrayant qu’un dragon. Le bad boy tatoué ne semble pas perturbé pour un sou d’avoir tiré sur un homme. Son visage, partiellement caché par ses lunettes de soleil noires, reste aussi impassible qu’à l’habitude. 

— Erell, Alvar et Eneko restent sur place pour parler aux flics, continue Cadmal. Moi, je te raccompagne, viens. 

Il esquisse un signe de tête pour m’inciter à le suivre, ce que je fais sans hésitation. On marche rapidement jusqu’au parking avant de monter dans sa voiture et il démarre sur les chapeaux de roues, comme ce matin lorsqu’il est passé me prendre en bas de mon immeuble. 

Appuyée contre la portière, tournée vers lui, je le contemple en silence comme pour me rassurer à nouveau. C’est irrationnel. J’ai pu voir qu’il allait bien. Pourtant, je ne peux pas m’en empêcher, comme si une estafilade allait soudainement apparaître sur sa joue, son bras, sa jambe ou n’importe où ailleurs.

— J’ai eu la frousse, avoué-je à mi-voix. 

— Ce n’est pas une situation à laquelle les gens ont l’habitude de se confronter.

Il me jette un rapide coup d’œil alors qu’il tente de me rassurer et j’ai l’impression que ma retenue se fracture. Tout ce que je retiens en arrière-plan se précipite dans ma gorge, se bouscule sur ma langue. J’ai envie de lui expliquer pourquoi je voulais être là et pourquoi la peur m’a assaillie de façon bien plus brutale que la plupart des personnes présentes. Je me rends compte que cela n’a vraiment pas dû être facile pour lui de me laisser venir. Si mon identité est de soigner, la sienne est de protéger. Cela me sonne comme une évidence, son métier est bien plus qu’un simple travail dans lequel il se donne à fond. Cadmal est comme moi. On partage la même pièce, si je suis pile, il est face. Si je n’ai pas pu sauver mon père, il n’a pas pu protéger sa fiancée de la mort. Chacun de nous a choisi une voie en conséquence. Chacun de nous est devenu la somme de son passé, d’un événement si douloureux qu’il a bousculé toute notre vie et nous a façonnés pour le reste de notre existence. Je ne sais pas ce qui a arraché Kali à Cadmal, mais cela lui a laissé bien plus qu’une peur ou une rancœur des blouses blanches, j’en suis désormais certaine. Son besoin d’aller au-dehors, d’affronter le danger avec les autres tout à l’heure… Cela lui venait du fond de ses tripes. 

Alors, comme si je venais de trouver la personne qui pouvait tout comprendre de mon passé et de ce que je suis aujourd’hui, j’ouvre la bouche :

— Je t’ai dit que j’avais perdu mon père… En fait… J’étais avec lui quand il est mort. 

Les larmes me piquent les yeux et ma gorge se resserre. Pas assez, cependant, pour empêcher les mots de continuer de couler :

— On est partis de la maison et on a pris l’I-94 en direction de Milwaukee. J’avais envie de visiter le musée d’arts et mon père a fini par bien vouloir m’y emmener. C’était un trajet court et facile. Vingt minutes à rouler toujours tout droit sur la voie rapide avant d’arriver en ville…

Mes joues s’humidifient. La culpabilité grossit. Doucement, la voix de Cadmal vient me rattraper avant que je dégringole :

— Vous avez eu un accident, suppose-t-il. 

Je prends une courte inspiration, tout juste de quoi remplir mes poumons d’air afin de pouvoir expulser le reste de mon récit :

— Juste avant la sortie de Miller Park. Une voiture a pris la sortie comme une entrée et nous a foncés dessus à contresens. On n’a pas pu l’éviter. 

J’entends Cadmal prendre une brusque inspiration entre ses dents et je cligne des yeux pour essayer de chasser les larmes qui m’empêchent de voir correctement. 

— Mon père… Mon père était hémophile. C’est une maladie génétique qui crée un déficit de la coagulation. Je suis porteuse du gène, moi aussi, mais presque la moitié de mes facteurs de coagulation sont normaux, ce qui me rend quasiment comme les autres… Mais mon père était porteur d’une hémophilie modérée, à l’extrême limite de l’hémophilie sévère, en vérité… Quand on a été percutés, il a eu une fracture ouverte de la jambe. C’est déjà grave, mais pour lui… 

Un sanglot m’étrangle et je sens la main de Cadmal glisser sur ma joue avant d’attraper fermement ma nuque. Il me rapproche de lui, pose mon front sur son épaule et me soutient pendant que je pleure. J’ai vaguement conscience que l’on doit être arrivés à mon immeuble, à l’arrêt sur le bas-côté. 

— Il s’est vidé de son sang en quelques minutes, sangloté-je contre lui. Et je ne savais pas quoi faire, Cad. Je ne savais pas quoi faire pour l’aider. Je l’ai juste regardé mourir… 

Je renifle bruyamment avant de me rejeter en arrière pour essuyer mes yeux d’un geste rageur. Il me laisse faire tout en me dévisageant avec une compassion mêlée de… Douleur ? D’effarement ? D’horreur ? C’est une combinaison étrange que je n’arrive pas à décrypter ni à comprendre. 

— Alors, tu vois, je me suis juré que je ne serai plus jamais aussi impuissante et ridicule.

— Une fracture ouverte… Tu n’aurais rien pu faire, Néréa…

— J’aurais pu au moins arrêter de pleurer… Arrêter d’être celle qu’il consolait pendant qu’il mourait ! Avoir les mots qu’il faut et des gestes rassurants… Faire quelque chose !

Le visage crispé, les yeux tiraillés, il semble réfléchir et peser ses mots avant de dire :

— Tu étais jeune, non ? C’était il y a combien de temps ?

— Ça a fait dix ans, cet été… J’avais quinze ans. J’étais assez grande pour réagir…

— Tu étais effrayée et blessée. Ce n’était pas ta faute. 

Sa voix tonne dans l’habitacle. L’affirmation puissante me percute avec toute sa force, comme pour me traverser de part en part. Comme mue sous le coup d’une impulsion que je ne saisis pas, il descend brusquement du véhicule et claque sa portière. Je reste assise, sonnée, alors qu’il fait le tour de la voiture pour m’ouvrir la mienne. Je prends sa main tendue, acceptant qu’il m’aide à sortir, puis Cadmal referme ma portière avant de m’y appuyer dessus. Son corps se presse contre le mien et ses doigts passent sous mon menton pour relever mon visage vers le sien. Ses incroyables prunelles acajou sont agitées par leur propre tourment :

— Je suis désolé, me dit-il avec une sincérité mordante. Si je pouvais retourner dans le passé pour t’éviter ça, sheranee… 

Il ne finit pas sa phrase et secoue la tête, agité. Alors, contre lui et dans le fouillis de nos émotions, entre sa voiture de luxe et mon immeuble délabré, quand tout se heurte et tout détonne autour et entre nous, je l’embrasse. Parce qu’il n’y a que cela qui ressemble à une évidence. 

Ses lèvres contre les miennes. 

 

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