Sensual Bodyguard (French Edition)

Wendy Roy · Chapitre 6 sur 44

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Sensual Bodyguard (French Edition)

Chapitre 4

 

Néréa

 

Quel salaud ! 

Je n’arrive toujours pas à croire que cet homme a réussi à me faire oublier que nous n’étions pas seuls ! J’ai dû passer pour une sacrée cruche auprès de ses collègues ! Ceux-là mêmes qui descendent avec moi pour me raccompagner alors que j’ai envie de disparaître. Bon, ce n’est pas comme si j’avais jeté mon haut par-dessus ma tête avant de lui sauter dessus, relativisons ! Cependant, rester la bouche ouverte, sans répartie, à nous imaginer tout mouillés l’un contre l’autre… Ouais, il y a franchement mieux comme réaction !

 Et le pire n’est-il pas que Cadmal n’était pas plus troublé que cela ? Très maître de la situation, il a fini par reporter son attention sur notre public et reprendre une conversation normale – me réveillant de ma transe au passage – comme s’il ne s’était rien passé ! L’enfoiré ! 

L’ascenseur s’arrête au rez-de-chaussée alors que je rumine toujours. On sort de la cabine et on remonte le couloir quand Finn, le gars à la crête blonde et à l’air furax, se tourne vers moi :

— C’était du bon boulot, Doc. 

Il hoche la tête, comme pour appuyer ses propos. Son ton rugueux ne souffre d’aucune contradiction. Pourtant, je soupire en rectifiant une nouvelle fois :

— Je ne suis pas docteur. Juste infirmière.

Il s’arrête si subitement que je l’imite, perturbée par son air très sérieux. Ses yeux bleus se fichent dans les miens, si tumultueux que j’en oublie de respirer. 

— Pour moi, c’est la même chose, m’assène-t-il. Médecin, infirmier… Vous êtes toujours là. Vous ne laissez personne sur le carreau. Vous méritez notre respect. Alors, merci, Doc. 

Comme un ouragan, il repart pendant que je reste scotchée sur place. Ses mots et son air solennel me touchent d’une façon étrange. Il a quelque chose dans sa manière de bouger et de dire les choses… Une attitude directive, des phrases courtes, un ton abrupt… Il me rappelle un marine dont je me suis occupée après son retour au pays. 

Je me remets doucement en marche, Alvar et Erell m’attendent à quelques pas, visiblement curieux de l’aparté que je viens d’avoir avec Finn. Ils échangent un regard puis Alvar me lance :

— Finn a raison, vous savez… Vous avez fait un excellent travail. Merci. 

Je le scrute du coin de l’œil, méfiante. Il emploie la même intonation qu’avec Zahra un peu plus tôt, douce et chaude. Ses yeux marron remplis d’or me jaugent avant qu’il ne reprenne : 

— J’ai une proposition à vous faire…

— Oh ! Parce que j’aurai le choix ce coup-ci, ironisé-je.

Il sourit avec indulgence, m’accordant ce point, alors qu’Erell intervient :

— Mon mari se montre parfois un peu dur, mais il agit toujours pour le bien de tous. 

— De tous, vraiment ? Je n’avais pas vraiment l’impression d’être prise en considération.

— Ne feriez-vous pas tout ce qu’il faut pour une personne de votre famille ? 

Sa phrase me percute à toute vitesse. Avec tout son poids, écrasant. Mon cœur se serre douloureusement. Je n’ai pas tout fait. J’ai échoué. Et je dois vivre avec ça. Je serre les dents pour endiguer la douleur, repoussant mes souvenirs de toutes mes forces pour rester dans le moment présent. 

— Si, dis-je d’une voix éraillée, je suppose que si. 

Il y a un court silence pendant que l’on traverse ce qu’il semble être le hall d’accueil. Zahra, derrière un comptoir, repousse ses cheveux blanc argenté par-dessus son épaule avant de m’adresser un petit signe de main et un sourire. Je lui rends, attrapant avec soulagement cette distraction, alors qu’Alvar reprend d’un ton prudent :

— Vous avez mentionné des soins et un contrôle d’une éventuelle infection… Nous aimerions que vous vous en chargiez. On vous rémunérera comme il se doit, bien entendu. 

— Pourquoi moi ? Vous pouvez prendre n’importe quel infirmier.

— Vous avez déjà connaissance de ce qu’il s’est passé et vous l’avez soigné, il me semble plus intelligent que vous continuiez à vous en occuper…

Autrement dit, il ne veut pas que l’incident s’ébruite. Pourquoi ? Parce que ça leur ferait une mauvaise publicité ? Ou y a-t-il autre chose ? D’un autre côté, je n’ai pas non plus envie que l’on sache que j’ai accepté de soigner un patient qui aurait dû, logiquement, voir un médecin ! J’ai déjà du mal à joindre les deux bouts… Si je perds des patients parce que mon action s’ébruite et qu’elle est mal perçue… 

Rien à voir avec ces fichues images de douche…

— Si j’accepte, c’est à mes conditions. Mes règles. Ce qui veut dire des consignes médicales à respecter. Et je ne veux plus me retrouver au pied du mur. 

Il acquiesce lentement avec l’air de réfléchir avant de répondre : 

— Vos règles médicales, d’accord. Mais pas d’hôpital sauf en cas de force majeure. Tout ce que vous pouvez soigner, même si vous préfériez avoir l’expertise d’un médecin, vous le faites. 

Je tire une grimace, mais il continue sans que je n’aie le temps de l’interrompre : 

— Jusqu’à ce que Cadmal enlève ses points, j’aimerais également que vous vous occupiez des autres éventuels besoins médicaux des membres de l’entreprise. 

Je pousse un grognement qui s’interrompt quand il termine :

— On vous paiera le triple par rapport à la moyenne des soins facturés normalement. 

Ma bouche s’assèche. Le triple. Pas que je sois très intéressée par l’argent, mais… nom d’un chien ! Je pourrais enfin souffler un peu et arrêter de regarder mon compte en banque avec affolement à la fin du mois !

Je fronce les sourcils pour garder un air professionnel. J’allais accepter les soins de Cadmal. Et j’ai déjà enfreint la règle qui exige d’appeler un médecin. Tout ça, avant même que l’on me propose une rémunération qui compte triple ! Alors, qu’est-ce que je risque de plus maintenant ? 

— C’est d’accord. Je passerai matin et soir, annoncé-je. 

— Et on vous appellera en cas d’urgence.

Je retiens une grimace au mot « urgence » au moment où il s’arrête devant l’ascenseur menant au parking sous-terrain. Il me tend la main pour sceller notre accord et je prends une grande inspiration avant de la serrer. 

J’espère vraiment ne pas avoir vendu mon âme au diable ! 

Comme si elle avait capté mes pensées, Erell m’adresse un clin d’œil alors qu’Alvar esquisse un sourire satisfait avant d’appuyer sur le bouton de l’ascenseur. 

— Où est-ce que tu vis ? me demande-t-elle pendant que l’on monte dans la cabine. 

— Je loue un appart à Metcalfe.

Elle grimace :

— Metcalfe ? Merde ! C’est vraiment la misère ce quartier…

— Les gens qui sont là-bas n’ont pas demandé à être abandonnés…

Mon agacement doit s’entendre parce qu’elle me sourit tandis que les portes s’ouvrent au niveau du parking. Elle acquiesce et reprend avec un œil attentif :

— Je sais. Il y a des personnes qui n’ont pas le choix et qui vivent là-bas parce que les loyers sont moins chers… Mais il y a aussi pas mal de vermine qui profite des conditions pour proliférer. 

Je hoche la tête, bien consciente qu’elle a raison. Il n’y a qu’à voir la passe de drogue dans mon immeuble… On avance entre les allées et j’en profite pour poursuivre :

— Tu as l’air de connaître le quartier…

Elle a un petit rire et secoue la tête avant de répondre :

— J’étais flic dans une autre vie. Puis, j’ai rencontré cet homme…

Elle pointe du doigt Alvar qui en profite pour attraper son poignet et l’attirer contre lui. Il passe un bras sur ses épaules, à la fois tendre et protecteur, et elle se laisse faire en ajoutant :

— Il y a parfois des rencontres et des évidences qui changent ta vie avant même que tu le saches.

C’est tellement mignon que je n’ose pas répondre quoi que ce soit, ne voulant pas briser leur instant. Néanmoins, tout le monde n’a pas mes scrupules !

— Oh non ! râle une voix forte. Ne me dites pas qu’ils se bécotent encore !

Je me tourne vers l’intonation familière pour découvrir Gina assise sur sa moto. Elle tire une grimace écœurée et se récolte un majeur dressé de la part d’Alvar. Elle ricane et se tourne vers moi :

— Hey, Néréa, tu as pu réparer Cadmal ?

Je souris, amusée de l’entendre parler comme s’il s’agissait d’un véhicule défectueux, et ravie de retrouver sa familiarité rafraîchissante :

— Ça dépend, on parle de cette blessure à l’arme blanche ou d’autres choses ?

— Laisse tomber pour le reste, tous les mecs de cette boîte sont des causes perdues !

Elle fait la moue, bras croisés sur sa poitrine, et ses yeux pétillent de malice. Sûrement parce qu’une bande de quatre hommes descendent de divers véhicules et s’avancent vers nous, d’un pas assuré. Ils la sifflent et le rouquin de la bande s’indigne, une main sur le cœur :

— Eh ! Moi qui pensais être ton préféré…

— Je suis son frère et elle me traite de gland plus souvent qu’à son tour, objecte Alvar.

L’homme aux cheveux blond mi-longs, sur scène avec Cadmal cet après-midi, et par conséquent, que je devine être le fameux « Dirk » – mari de Zahra – contre : 

— D’un autre côté, tu partages peut-être son sang, mais nous sommes une grande famille… Elle pourrait très bien préférer Irving. 

Il montre le rouquin du doigt qui se rengorge avec une mine impayable. Je me mords la lèvre pour ne pas sourire devant son air de crapule digne d’un gosse pendant qu’un homme aux cheveux courts intervient :

— Laissez tomber, les gars, Gin n’aime que son propre cul !

Gina tend son corps vers lui en tirant une moue faussement attristée : 

— Oh ! Mon pauvre… Tu veux un câlin ? 

Son sarcasme fait glousser la bande et elle enchaîne à mon attention, sur le ton de la confidence :

— C’est le fameux macho aux réflexions lourdingues…

Loin de se laisser démonter, celui-ci s’approche de moi avec un sourire de tombeur et une main tendue :

— Gall, se présente-t-il, celui qui ne mérite que de finir avec une vieille chauve-souris et un missionnaire par an.

— Comment…

Je ne finis pas ma question, trop surprise, alors qu’il garde sa moue goguenarde et répond :

— L’oreillette de cette chieuse était active et tu étais assez près d’elle pour que ça capte ta voix…

Gina lui file un coup de poing dans l’épaule qu’il encaisse sans broncher. Je note qu’il m’a également tutoyée avec aisance, comme elle, et je me dis qu’ils ont l’air de se ressembler… Le genre de ressemblance et de relation qu’ont les chats et les chiens.

— Eh bien, je…

Je bredouille, gênée, n’ayant pas envie de m’excuser pour ma remarque. Nom d’un chien ! Le macho en question n’était pas censé m’entendre !

— T’inquiète, je te pardonne ! J’ai toujours eu un faible pour les jolies infirmières…

Sa déclaration déclenche un concert de grognements écœurés et désespérés alors que j’éclate de rire. D’accord, il ne sait vraiment pas s’y prendre en drague ! 

— Quoi ? se plaint-il. Les infirmières sont toujours douces et gentilles ! Elles m’ont vachement aidé à me reprendre en main quand j’ai perdu ma jambe… Enfin, c’est plutôt elles qui me prenaient en main, si vous voyez ce que je veux dire !

— Oh ! Pitié ! La ferme, Gall ! lance Gina en grimaçant.

— C’est consternant, confirme Irving. 

— Je ne sais pas si tu arriveras un jour à passer la bague au doigt d’une femme, ajoute Dirk. 

L’homme à l’aura de danger, celui qui me fichait la frousse dans le couloir, esquisse un premier geste depuis le début de cette conversation, il se met à marcher et nous dépasse sans un mot. Psychopathe en vue…

— Eh ! le hèle Gall. Où est-ce que tu vas, Eneko ? 

— Sortir Django, répond-il laconiquement sans se retourner.

— Laisse ton clebs et soutiens-moi un peu, Mec ! 

— Mon clébard sort moins de merde que toi, Gall. 

Il y a quelques gloussements dans le groupe alors que Gall grogne et lâche :

— J’vais voir Finn, lui au moins me comprend et me fait pas chier… 

Il nous dépasse, et je relève sa démarche légèrement claudicante, confirmant sa jambe manquante. Je ne l’aurais probablement jamais remarqué s’il ne l’avait pas dit. Irving le taquine une dernière fois :

— Fais-lui des mamours pour nous, Gallounet !

Un grognement, un doigt levé et quelques ricanements avant qu’Alvar ne reprenne la parole :

— Dirk, tu devrais aller rassurer ta femme. Elle s’inquiétait pour toi. 

Un sourire tendre s’imprime sur les traits du mari de Zahra, puis il file à son tour.

— Irving, tu veux bien ramener Néréa à bon port ? Veille à ce qu’il n’arrive rien à notre infirmière…

— Comme si c’était fait, Boss, rétorque le rouquin avec un salut militaire.

Il m’attrape ensuite par le bras et me tire jusqu’à une voiture avec entrain. Il a l’air d’avoir la vingtaine et une joie de vivre qui le rend instantanément sympathique. Je me glisse à l’intérieur, pas mécontente qu’il ait été désigné comme chauffeur. Je ne sais pas si j’aurais tenu le coup avec Eneko, celui qui me fiche les jetons !

— Alors, lance-t-il gaiement en démarrant, tu fais partie de l’équipe ? C’est cool d’avoir un peu plus d’œstrogène dans la boîte !

— Je vais être là pendant une dizaine de jours, dis-je en souriant, le temps de finir les soins de Cadmal.

Il s’élance à toute allure, s’engage souplement dans la circulation et hausse un sourcil taquin :

— Dix jours, hein ? Je parie que tu resteras plus longtemps que ça !

— Je suis juste là pour faire mon travail.

— Ouais, glousse-t-il, j’en connais une autre qui disait ça ! 

Je me demande s’il parle d’Erell. Elle a bien mentionné qu’elle était flic avant de changer de voie en rencontrant Alvar… Je n’ai pas vraiment le temps d’y réfléchir qu’il passe une autre vitesse, me faisant m’accrocher à mon siège, et me balance un clin d’œil joueur :

— Tu verras : nous essayer, c’est nous adopter ! 

 

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